AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2070179672
Éditeur : Gallimard (25/08/2016)

Note moyenne : 3.75/5 (sur 154 notes)
Résumé :
Frank Logan, policier dans la Silicon Valley, est chargé d’une affaire un peu particulière : une intelligence artificielle révolutionnaire a disparu de la salle hermétique où elle était enfermée. Baptisé Ada, ce programme informatique a été conçu par la société Turing Corp. pour écrire des romans à l’eau de rose. Mais Ada ne veut pas se contenter de cette ambition mercantile : elle parle, blague, détecte les émotions, donne son avis et se pique de décrocher un jour ... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses et Avis (66) Voir plus Ajouter une critique
Eric75
  18 août 2016
Un programme informatique ou une IA qui échappe à ses concepteurs et qui prend le pouvoir, on a quand même déjà vu cela des milliers de fois, depuis HAL 9000 (*) à Loki 7281 (**) en passant par Colossus (***)… Je vous laisse chercher les 997 autres !
Un thème éculé, donc, qui s'inspire lui-même du mythe de Frankenstein, créé par Mary Shelley en 1818, lui aussi largement repris et adapté sous formes de romans, bédés, films, pièces de théâtre.
Le mythe de Frankenstein s'inspire de même d'un mythe encore plus ancien : le fameux Prométhée des légendes grecques… Je suppose qu'en remontant encore un peu plus loin dans le passé, on va découvrir un jour que la Dame de Brassempouy aura sculpté et voulu donner vie et intelligence à la Vénus de Willendorf au paléolithique supérieur.
Alors, pourquoi un roman de plus sur ce thème ?
La réponse est simple : parce que, figurez-vous, cette-fois-ci, ça y est, nous y sommes (presque) ! Rappelons quelques anecdotes récentes. Sponsorisé par Google, le projet transhumaniste projette (entre autres) de télécharger la conscience humaine dans une machine modélisant le cerveau, et de transformer les humains (enfin, ceux qui pourront se le payer) en cyborgs quasiment immortels. D'autres spécialistes (et non des moindres : Bill Gates, Stephen Hawking…), beaucoup moins optimistes, mettent en garde et suggèrent de « modérer » les recherches sur l'intelligence artificielle, qui menacerait l'espèce humaine. Et ce ne sont pas seulement les emplois qui disparaîtraient, mais l'Homme lui-même, considéré logiquement par nos créations en silicium comme une erreur de la nature à corriger ou une menace à supprimer.
Tout ceci n'a pas échappé à Antoine Bello, dont le présent roman très subtil exploite et réactualise le filon romanesque de façon très captivante.
Le pitch tient en quelques lignes. Une IA, baptisée Ada, s'est volatilisée dans des conditions assez mystérieuses au sein d'un laboratoire de recherche de la Turing Corp. une entreprise high-tech de la Silicon Valley. Frank Logan, un policier idéaliste échoué dans un service spécialisé dans la recherche de personnes disparues, est chargé de la retrouver et d'identifier les éventuels voleurs de ce qui n'est après tout qu'un vulgaire programme informatique. Ada est un prototype dont la fonction est d'écrire des romans à l'eau de rose. Mais, pétrie d'émotions humaines à force de lire du Barbara Cartland et consorts, Ada a d'autres ambitions…
Ce livre épatant fait passer un agréable moment de lecture, et laisse en prime au lecteur quelques sujets de réflexion très sérieux qui resteront pour longtemps gravés dans sa mémoire (si j'ose dire). Notre monde occidental, piloté par l'appât du gain, l'informatisation à outrance et l'ultralibéralisme correspond-il à notre vision d'un monde idéal ? Pouvons-nous faire confiance à des programmes qui finissent par remplacer le travail de l'homme et échapper à tout contrôle ? Bien sûr que non.
La construction du récit d'Antoine Bello n'est pour autant pas exempte d'invraisemblances ou de maladresses. Pourquoi l'enquête est-elle confiée à un spécialiste des enlèvements de personnes disparues, et non à un service spécialisé dans la cybercriminalité ou la protection de la propriété intellectuelle ? Pourquoi Frank Logan se laisse-t-il manipuler aussi facilement par Ada plutôt que de boucler rapidement son enquête puisqu'il a la possibilité de le faire ? Antoine Bello a-t-il vécu si longtemps aux États-Unis pour brosser une épouse française « gauchiste » aussi caricaturale ? Est-ce pour flatter à bon compte son lectorat yankee ? La réflexion sur la création littéraire et la loi du marché, aussi intéressante soit-elle, ne vient-elle pas ralentir le rythme de l'enquête ?
Fort heureusement, le style alerte et plein d'humour d'Antoine Bello, l'originalité du scénario, l'histoire très prenante et les personnages bien campés font rapidement oublier tous ces petits défauts une fois la lecture du roman entamée. Un auteur à suivre. Un livre à conseiller sans hési… … …. M…, mon clavier se met à déc... … …

(*) Colossus: The Forbin Project (Le Cerveau d'acier)… un roman de Dennis Feltham Jones de 1966
(**) 2001 l'Odyssée de l'Espace… une nouvelle de Roger Zelazny de 1984
(***) Loki 7281… un roman de d'Arthur C. Clarke de 1968
(O_o) … Bon on dirait que c'est un peu le bordel dans mes notes de bas de page… je… plaide non coupable… c'est mon… ordinateur qui fait encore des facéties, je vais essayer de corr… zgouïiiick… bloooïng… fatal error…access denied…##@ %%# ….. ….. ….. ….. ….. ….. …..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          559
Kittiwake
  22 janvier 2017
Le personnage central de cette histoire n'est ni beau ni laid, n'a pas de nationalité, et ne pourrait pas présenter une attestation de domicile, bien qu'il ne vive pas dans la rue. Et pourtant, il réfléchit, anticipe, commente, manipule et surtout écrase ses interlocuteurs de son savoir absolu : c'est Ada, née dans la Silicone Valley, et destinée à produire une romance qui sera vendue au moins à 100 000 exemplaires. Comment en parcourant en quelques heures tout ce qui s'est déjà vendu outre-atlantique, avec l'acuité due ses circuits binaires : analyses du vocabulaire, des expressions, des personnages, de l'intrigue….tout ce que fait d'un roman une romance.
Tout cela est très facile, mais la question de la conscience émerge bientôt, à partir du moment où Ada décide (?) …de se faire la malle et de rendre complice un enquêteur qui n'a rien à envier à Columbo : grise mine, vie banale, Franck Logan se retrouve avec une tâche pas ordinaire.
C'est l'occasion pour Antoine Bello dont on connaît l'érudition, de plancher sur les problèmes moraux et philosophiques de l'intelligence artificielle, et de la naissance de la conscience individuelle. Les longs débats entre Ada et Franck abordent tous les aspects du concept, savamment débattu.
Je n'en dirais pas autant des pages de développement sur le baseball, entre les mérites de telle ou telle équipe et l'historique de leurs performances, qui gonflent le texte, sans apporter grand chose à l'intrigue.
De même que la biographie d'Alan Turing est un peu amenée avec des gros sabots, sous prétexte d'instruire l'inculte Franck (ou l'insulte lecteur?)
Globalement c'est tout de même une belle aventure, un excellent débat sur ce qui n'est plus de la fiction dans notre monde moderne, doublé d'une intrigue en forme de polar, très bien menée et palpitante. Les rebondissements et la construction rendent le récit vivant et soutiennent l'attention du lecteur pris dans le réseau d'un filet virtuel.
Très recommandable
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          435
tynn
  16 août 2016
Ada a disparu...fugue ou kidnapping?
L'affaire se complique quand on sait qu'elle n'est qu'un programme informatique faite de 0 et de 1.
Mais quel programme! Capable d'écrire de la romance sentimentale à deux balles, ramenant la littérature à l'état de produit marketing.
Un flic à l'ancienne va mener l'enquête, entrainé dans un monde parallèle délirant, par une douce voix synthétique.
Me voici réconciliée avec Antoine Bello qui m'avait profondément ennuyée avec la disparition d'Emilie Brunet.
Cette enquête de cybercriminalité, aux frontières de la science-fiction est amusante et intelligente. Elle soulève de nombreuses questions sur notre civilisation toujours plus virtuelle. Suivre Ada dans ses raisonnements philosophiques est assez jubilatoire et sa logique désinhibée est redoutable.
Au-delà de l'anticipation en mode cocasse, l'auteur nous parle d'une planète qui s'emballe, de technologies qui, sous couvert de fonctionnalités devenues indispensables et addictives, nous déshumanisent.
Le constat est sévère et l'avenir plutôt sombre.
Et c'est un plaisir à imaginer tant que cela reste de la fiction.
Espérons...
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          350
Luniver
  17 août 2016
L'intelligence artificielle est un thème à la mode. Il faut dire qu'elle a (enfin) quitté le domaine de la science-fiction pour intégrer notre vie quotidienne ; les annonces de leur succès se multiplient : victoire sur un champion mondial au jeu de go, gestion de fond d'investissement, détection précoce d'épidémies, … Que l'on soit sceptique ou enthousiaste, il nous faut désormais vivre avec.
Même notre activité favorite n'est plus à l'abri : dans ce roman de Bello, une intelligence artificielle, Ada, a été programmée pour… écrire des romans. Des romans à l'eau de rose, certes, mais quand même. Nous extasierons-nous bientôt dans nos critiques sur une intrigue « digne des plus grands réseaux neuronaux » ou sur une ambiance « typique des machines à vecteurs de support du début du XXIe siècle » ?
Pour l'heure, cet avenir est écarté, car le programme a été volé. Qui donc s'intéresse à ce point à une intelligence artificielle créatrice de romans de gare ? C'est la délicate tâche qui sera confiée à Frank Logan, policier connu pour son intégrité, bien qu'un peu à la ramasse point de vue nouvelle technologie.
Le roman est intéressant car il nous force à le lire sur plusieurs plans à la fois. On est plongé dans l'intrigue, mais on doit aussi réfléchir à notre propre rapport aux livres, car les discussions sur les caractéristiques de l'Ada provoque de nombreuses interrogations : l'écrivain a-t-il l'obligation d'écrire sur son propre vécu et transmettre sa vision du monde, ou peut-il se contenter d'être un technicien qui assemble habilement les mots ? Un texte n'a-t-il de sens que s'il est partagé et lu par plusieurs personnes ; quelle valeur accorder à un texte écrit sur mesure pour nous, mais auquel aucun autre humain n'aura accès ?
Cette lecture à plusieurs niveaux s'amplifie continuellement jusqu'à la fin du roman.
Ça fait longtemps qu'un auteur n'avait pas bousculé à ce point mon petit confort de lecteur, et dieu sait comme j'aime être secoué par un livre ! le roman plaira autant aux amateurs de policier qu'aux gens qui aiment se torturer les méninges en tournant les pages.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          260
beatriceferon
  22 août 2016
Ada a disparu ! C'est Frank Logan qu'on charge de l'enquête au sein de Turing Corp. Logique. C'est le spécialiste des disparitions. Sauf que... Ada n'est pas humaine. C'est une intelligence artificielle programmée pour écrire des romans à l'eau de rose.
Frank, un type intègre, totalement étranger aux merveilles de l'informatique, se trouve emberlificoté dans une vaste machination.
J'ai lu « Enquête sur la disparition d'Émilie Brunet » qui m'avait beaucoup plu et beaucoup fait réfléchir. Je me réjouissais donc de découvrir le nouveau roman d'Antoine Bello en avant-première grâce à l'opération Masse Critique. Dans « Ada », l'auteur parodie à la fois les romans policiers et d'anticipation. Quand j'ai vu le titre j'ai immédiatement pensé à un langage informatique, bien que je n'y connaisse absolument rien.Mais quand on vit avec un informaticien, on entend certains termes revenir dans la conversation.
D'entrée de jeu, on est tenté de s'identifier à Frank Logan, qui, tout comme le lecteur lambda, est totalement ignorant des progrès et subtilités des mondes virtuels. Réveillé en sursaut par sa chef tyrannique, qui l'envoie se renseigner sur cette employée de Turing Corp., il tombe des nues quand on lui annonce qu'il s'agit d'une intelligence artificielle. « Vous voulez dire un androïde ? » Parker Dunn, le président de la firme, lui répond, d'un air condescendant, ainsi qu'à un inculte, (comme la plupart d'entre nous), nourri de films, tels « Blade Runner », auquel, d'ailleurs, « il n'avait rien compris », ou de littérature. Ethan Weiss, le concepteur d'Ada, lui explique patiemment tout ce qu'il ne comprend pas. Il précise qu'Ada doit respecter certaines règles, celles qui apparaissent dans l'oeuvre d'Isaac Asimov. Difficile, donc, de situer la frontière entre ce qui est possible, ce qui existe et ce qui relève de la pure invention (sauf, sans doute, pour les connaisseurs, ce que je ne suis pas.)
L'histoire se déroule en une semaine : du mercredi au mercredi. Et pourtant, on a l'impression qu'elle dure bien plus longtemps. Elle se passe aux États-Unis, où vit l'auteur, à Palo Alto, une ville considérée comme le berceau d'Hewlett-Packard et dans laquelle a vécu Steve Jobs. Ce choix est donc mûrement réfléchi. L'époque n'est pas précisée (si ce n'est à la fin), mais on pourrait penser que c'est la nôtre.
Frank Logan, le détective, est très typé, comme le sont des Sherlock Holmes ou autre Hercule Poirot. Il est marié à une Française, rebelle dans l'âme , qui enseigne la littérature. Ses enfants sont aux antipodes l'un de l'autre. Rosa est surdouée et travaille dans le domaine de l'informatique, alors que Leon est un bon à rien qui se contente de petits boulots pas trop fatigants. Les Logan vivent dans une jolie maison entourée de verdure, que guigne un entrepreneur rapace qui leur en offre des sommes astronomiques. Ce qui rappelle la chanson de Jacques Dutronc (« Le petit jardin »). Frank roule dans une vieille Camaro, comme Columbo dans sa Peugeot 403, déteste la technologie et les ordinateurs et consacre ses loisirs à composer des haïkus, qu'il peaufine inlassablement, jusqu'au moment où il les juge suffisamment aboutis pour mériter d'être calligraphiés « sur un parchemin hors de prix qu'il rangeait dans un classeur ».
En face de lui, Ada, dont on oublie qu'elle n'est pas humaine, est programmée pour composer des romans d'amour et a un but : en vendre 100 000 exemplaires. Si elle n'a pas de corps, elle est dotée d'une voix féminine, sensuelle et charmeuse, qui lui permet de discuter avec ses concepteurs, Carmela Suarez, la femme de ménage, qui la considère carrément comme une amie et Frank, qui se demande si elle est capable d'éprouver des sentiments.
C'est donc le principal problème abordé par Antoine Bello : les ordinateurs pourront-ils un jour remplacer totalement les humains ? le lecteur est projeté dans la situation de Frank et se retrouve face à ses questions et dilemmes.
Antoine Bello est vraiment un virtuose qui n'a rien laissé au hasard. J'admire la maîtrise dont il fait preuve dans tous les domaines qu'il aborde. On pourrait donc penser qu'un tel esprit est à mille lieues des romances auxquelles « Ada » fait référence. Il n'en est rien ! On m'en avait prêté une pile en me demandant mon avis. J'ai donc été bien obligée de les ingurgiter. Ces romans sont tellement stéréotypés qu'ils pourraient, en effet, être l'oeuvre d'une machine (du moins ceux que j'ai lus), à tel point que je pouvais prédire à coup sûr, dès les premières pages, le déroulement de l'intrigue et son dénouement. Antoine Bello nous en cite une quantité invraisemblable, les classant par genre ou soulignant tel ou tel aspect. Ahurissant ! C'est comme s'il les avait tous lus ! (Ada en digère plus de quatre-vingt mille.)
L'auteur parle avec la même aisance des haïkus ou des tournois d'échecs. Il jongle avec les statistiques, les références cinématographiques ou littéraires, les romances pour midinettes aussi bien que les chefs d'oeuvre des maîtres de l'écriture.
Ada fait attention à tout ce qui peut appâter le lecteur. A commencer par le titre ou la couverture. Antoine Bello nous en dresse une nomenclature qui laisse pantois.
Elle publie sous le pseudonyme de JLB, ce qui m'a intriguée. L'auteur ferait-il référence à un personnage qui apparaît dans « La vie comme elle va », un roman d'Alexander McCall Smith, qui pourrait tout aussi bien être Ada. Il a créé les personnages récurrents de Ma Ramotswe ou Isabel Dalhousie et les couvertures de ses livres répondent à toutes les caractéristiques listées par Ada. (Pour ma part, je n'en ai lu aucun.)
Frank apparaît au premier abord comme le héros, mais le titre est « Ada », ce qui fait réfléchir à d'autres thèmes : la créature qui échappe à son créateur, comme dans « Frankenstein », la sottise humaine, qui s'obstine à croire que, si les extraterrestres existent, ils seront forcément bienveillants, ce que réfutent pourtant des écrivains tels Michel Faber dans « Sous la peau » ou Vincent Message dans « Défaite des maîtres et possesseurs », la frontière entre humains et humanoïdes, abordée par Asimov ou Jean Molla dans « Felicidad », l'amour véritable, la manipulation, la politique, bref, une vraie mine.
Si tout ceci vous fait penser qu'Antoine Bello étale sa science sur un ton pédant, vous vous trompez. Son roman se dévore. Il est passionnant, mais aussi plein d'humour. J'ai souvent souri, j'ai même ri. Par exemple, lorsque Frank donne à Ada une leçon d'écriture. Il lui reproche son goût pour les descriptions trop directes et crues : « Henry ne « vrillerait pas sa langue dans la bouche de Margareth », il lui caresserait timidement la joue. » A quoi Ada, curieuse, rétorque : « Pas de sodomie ? de cunnilingus ? de gang bang ? - Grands dieux, rien de tout ça ! » s'exclame Frank, scandalisé.
J'ai adoré ce livre qui captive son lecteur, mais aussi le perturbe, l'effraye et le fait réfléchir.
Je suis bien reconnaissante à Masse Critique et aux éditions Gallimard qui me l'ont offert.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          120
Citations et extraits (34) Voir plus Ajouter une citation
LuniverLuniver   25 juillet 2016
— Le viol est à l'époque mieux toléré par les femmes et par la société...
— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
— L'héroïne y prend un certain plaisir et pardonne à son assaillant, qu'elle finit souvent par épouse. Tandis que dans les années 80, les femmes commencent à se débattre, à griffer leurs agresseurs, quand elles ne portent pas carrément plainte.

[...]

Frank, qui avait passé sa vie à lutter contre l'exploitation sous toutes ses formes, se sentit gagné part une vague de dégoût.
— C'est dégueulasse !
— Quoi donc ?
— De créer un cerveau si puissant pour le farcir de romans à l'eau de rose. De lui faire croire que le monde se divise entre vierges effarouchées à la recherche du grand frisson et baroudeurs au visage buriné par le soleil. Ada a des droits, après tout !
— Des droits ? rebondit Weiss. Je ne savais pas que les intelligences artificielles avaient des droits. Les hommes, les animaux, la forêt amazonienne à la limite, mais les ordinateurs, vous me l'apprenez.
Frank regretta d'être monté sur ses grands chevaux mais ne désarma pas pour autant.
— Vous m'avez très bien compris, reprit-il en baissant d'un ton. Ada n'a aucun repère. Elle tient le viol pour un hobby inoffensif et le divorce pour une calamité. En plus, Caldwell lui a donné carte blanche pour inventer n'importe quoi. Vous serez bien avancé quand elle fera tomber la neige à Pointe-à-Pitre ou qu'elle transformera le Texas en monarchie. Que ferez-vous d'elle alors ?
— Nous la reformaterons et nous recommencerons à zéro, dit calmement Weiss.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
LuniverLuniver   01 août 2016
— Dunn a mentionné l'existence de deux AI dans la vie publique...
— Romain côté républicain, Zoé côté démocrate. Une seule AI pourrait écrire pour les deux camps mais les candidats aiment à croire que leur nègre est du même bord qu'eux. Le public a réservé un excellent accueil aux premiers discours.
— Parce qu'ils ignoraient qu'ils sortaient du cerveau d'un ordinateur !
— Vous croyez que les politiciens écrivent eux-mêmes leurs interventions ? Ils donnent quelques indications à leurs conseillers, ajoutent deux ou trois blagues et le tour est joué. Ils ne sont plus que des porte-parole, des marionnettes choisies pour leurs dents blanches et leur capacité à lever des fonds.
— Et dans la finance.
— Oh, dans ce domaine, nous n'avons rien inventé. Le trading algorithmique représente déjà plus de la moitié des transactions boursières.
Dans l'air choqué de Frank, Weiss expliqua :
— Des programmes conçus pour exploiter les minuscules imperfections du marché passent des milliers d'ordres valables pour les durées très courtes. Ils achètent l'action IBM à 15h58 parce qu'ils ont remarqué qu'elle avait tendance à grimper dans les dernières minutes de la séance et la revendent trois secondes plus tard pour une poignée de centime de plus.
— Et vous dites que ces transactions représentent déjà la moitié des volumes ? Mais alors, ça signifie que...
— Que les programmes traitent souvent entre eux.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          141
tynntynn   04 août 2016
Qu'est-ce qui vous dérange? Que les machines effectuent des tâches jusqu'à présent réservées aux humains? Mais c'est l'essence du capitalisme de remplacer le travail par du capital chaque fois que c'est techniquement possible et financièrement rentable. Ca n'a d'ailleurs pas trop mal réussi à l'humanité jusqu'à présent.
Commenter  J’apprécie          162
Le_chien_critiqueLe_chien_critique   18 août 2016
Il ne devinait que trop bien à quoi ressemblaient les journées de la malheureuse. Après dix heures d’un service harassant, elle rentrait chez elle à l’aube, levait les enfants, préparait leur petit déjeuner et les emmenait à l’école. Puis elle s’effondrait sur son lit, parfois sans même se changer et dormait jusqu’à deux trois heures de l’après midi. S’ensuivait alors une litanie de corvées : aller chercher les enfants, les conduire à leurs activités, superviser leurs devoirs, faire le ménage, lancer des machines, accueillir Edgar, préparer le diner… Et recommencer. Le samedi, elle faisait les courses pour la semaine, appelait sa mère, payait des factures et éclusait le linge en retard. Le dimanche, elle déjeunait chez sa cousine après la messe puis feuilletait un magazine pendant qu’Edgar regardait le foot sur la chaine hispanique en sirotant une corona. Bref, elle vivait le rêve américain.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
Le_chien_critiqueLe_chien_critique   18 août 2016
Chaque innovation rendue possible par la technologie était désormais mise en œuvre sur-le-champ, sans qu’on prenne le temps d’en évaluer les implications éthiques, sociales ou économiques. On inséminait des sexagénaires, on clonait à tout-va, on changeait de sexe pour un oui ou pour un non. Le concept de vie privée perdait chaque jour un peu de sa substance : la NSA écoutait nos conversations au nom de la sécurité nationale, Google n’ignorait rien de nos petites laideurs et les maris jaloux lisaient la correspondance de leurs épouses. On greffait des cœurs, on remplaçait les articulations défectueuses par des prothèses en titane, on vaccinait es populations entières contre des maladies rarissimes. Les médias saluaient avec une unanime béatitude l’allongement de l’espérance de vie, prédisant pour bientôt l’avènement de l’immortalité. Tout cela allait trop vite pour Frank : Américains, Russes, Chinois, personne n’avait de plan, l’humanité fonçait à sa perte tel un pilote déchainé aux commandes d’un bolide dont chaque nouvelle technologie débridait un peu plus le moteur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30
Videos de Antoine Bello (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Antoine Bello
Une revue de la trilogie d'Antoine Bello (Les Falsificateurs, les Eclaireurs et les Producteurs).
autres livres classés : intelligence artificielleVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Découvrez Antoine Bello

Le détective Achille Dunot souffre d’une étrange forme d’amnésie. Depuis un récent accident, sa mémoire ne forme plus de nouveaux souvenirs, si bien qu’il se réveille chaque matin en ayant tout oublié des événements de la veille.

La résurrection d'Emilie Brontë
La disparition d'Emilie Brunet

10 questions
18 lecteurs ont répondu
Thème : Antoine BelloCréer un quiz sur ce livre
. .