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EAN : 9791093160641
76 pages
Editions Vanloo (06/10/2021)
4.17/5   3 notes
Résumé :
Le 21 juin 1985 à Taipei, un promeneur découvre sur une berge le corps sans vie d'une enfant que la rivière vient de rejeter. Sans nom, sans passé, sans histoire, ''la petite inconnue de la rivière'' sera, pendant trente ans, l’objet d’une enquête qui n’aboutira jamais.

Le souvenir de ce meurtre hante la ville et modifie ses habitants. En l'absence de causes, les effets se détachent, s’autonomisent et se déchaînent. L'ordre des jours se dérègle. Des l... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
« Il y avait, au bord de la rivière, la statue d'une déesse... »
Écoutez le chant grave, oraison et litanie. Laissez venir à vous les larmes. Les configurations intrinsèques d'une écriture théologale, immanente. L'heure du génie, d'une littérature qui a tout compris.
« La rivière draguée », l'émotion souveraine. La maîtrise hors pair d'un texte qui dépasse tout entendement. La rivière pourvoit à la polyphonie. Taipei en 1985 le 21 juin jour du solstice d'été, une enfant rejetée de la rivière, ballot blanc et anonyme.
Arno Calleja est le passeur d'un drame, celui de l'A10, la fillette retrouvée morte, l'inconnue du cosmopolite, des regards d'une mère, corps replié à flanc d'asphalte.
La trame soulève les cris et métamorphose le macabre, l'impossible en fable métaphysique.
D'aucuns vont dire. Tous, jusqu' à la rivière auront raison de la dernière syllabe. de ce qui fut réellement , l'essentialisme des paroles réinventées.
Les statues : « Personne n'avait vu ça dans toute la ville, dans tout le pays, à aucune époque, personne n'avait jamais vu ça. »
Une jeune femme prend le flambeau. Elle cherche le nid près de la rivière pour accoucher. L'enfant de Taipei, tout est trouble, symbolique, conjugaison des invisibilités.
« Elle est toute petite sinon le corps ne rentrerait pas dans de si petits sacs... »
« Il était là. 
Le promeneur l'a vu.
C'est moi. »
N'ayez pas peur. La passation est une corde à noeuds. Chacun est assigné aux survivances, à la pureté de l'enfant, morte et si là, si près de notre chair . On frissonne sous la majestueuse ligne à suivre. Comprendre d'où viennent les voix et s'arrêter.
L'enquêteur : « Ça fait 30 ans qu'on cherche son nom. 33 ans. Mais elle n'a toujours pas de nom. Elle aurait dans les 38 ans aujourd'hui. Mais elle n'a toujours pas de nom. »
La rivière se métamorphose. Acclame ses fables, résurgence et transmutation. Un paquet dans son ventre tel « Jonas et la baleine ».
« Moi, immense, ce paquet, je n'ai pu l'enfanter. le rendre. Et lui il l'a fait. Il s'est fait naître, sur la berge. Et on l'a vu. Et on l'a pris. Sont restés au fond : l'horreur du crime, le miracle de la remontée et le nom. »
« La rivière draguée » est une apothéose littéraire. La renaissance d'une enfant dans un monde parabolique lorsque l'écorce cède et pourvoit. C'est un choc de lecture. Un chef-d'oeuvre incontournable. Publié par les majeures Éditions Vanloo.
Lisez ce texte magistral à voix haute vous verrez comme tout change.
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Et j'ai dragué la rivière à la recherche de la vérité.
J'ai traversé les ponts d'une litanie narrative. J'ai côtoyé cette petite inconnue à la peau blanche d'un corps sans vie et meurtri. J'ai rencontré un enquêteur en quête de réponses à son enquête depuis 30 ans ! J'ai croisé une statue et une femme à la pastèque comme des mirages énigmatiques qui semblaient avoir tout vu et tout entendu.

21 juin 1985, un homme découvre au bord de l'eau à Taïpei le corps sans vie d'une fillette, celle qui devient alors « la petite inconnue de la rivière ».
Alors que l'enquête n'aboutira jamais à la vérité de cette enfant, les protagonistes qui l'entourent semblent bouleversés et l'ordre des choses vacille et la forme du texte avec : réitération, personnification, répétitions, phrases non verbales, espaces typographiques, langage froid et distant…
Arno Calleja construit un texte protéiforme pour incarner le bouleversement et la dimension éclectique des réactions qui s'animent autour de cet événement tragique.
On est d'abord surpris et déstabilisé puis on se laisse emporter par le courant de ce texte en constant mouvement, entre prose poétique et nouvelle, entre narration elliptique et roman choral.

Un texte physique donc car déconstruisant les codes habituels avec une délicieuse désinvolture. Une lecture enivrante parfois, par sa répétitivité mais une ivresse des mots qui fait sens pour mieux frapper l'esprit.
J'ai aimé cette rivière-personnage traumatisée, qui se bat, comme hantée, pour se libérer du poids de ce paquet indésiré.
J'ai aimé le compte à rebours de cette vie qui n'a pas eu lieu, comme une projection désespérée d'une existence échouée sans jamais avoir réellement eu le temps d'éclore.
J'ai aimé le cynisme, l'irrévérence littéraire, le brouillage des codes et cette capacité à sortir du récit anodin d'un fait divers pour en proposer un autre regard, déchainé et défait, comme une longueur d'avance sur ce que pourrait être aussi à l'avenir raconter une histoire.

Merci à Vanloo de proposer une autre littérature, celle qui « sort de l'anodin » et qui bouscule le regard du lecteur pour mieux le tenir en éveil sur les textes d'aujourd'hui. Et ça fait du bien !
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Réaliste et magique, glaciale et attachante, poétique contre toutes attentes, une fable policière hautement signifiante à propos d'un crime irrésolu il y a trente-cinq ans.

Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2021/12/26/note-de-lecture-la-riviere-draguee-arno-calleja/

En juin 1985 à Taipei, capitale de la république de Taiwan, le cadavre d'une fillette est découvert au bord d'une rivière, par un promeneur. Baptisée « la petite inconnue de la rivière », elle suscite une vaste enquête policière qui, trente ans plus tard, n'aura toujours pas pu aboutir, engendrant au fil des années un impressionnant corpus de rumeurs, de fausses pistes, de suppositions sensées ou absurdes, voire de véritables légendes avec leur dose d'ingrédients fantastiques, surnaturels ou science-fictifs. En résidence à Taipei il y a quelques années, Arno Calleja, à qui l'on doit des interventions aussi décisives et diverses que « La performance » (2012), « Tu ouvres les yeux tu vois le titre » (2018), « Un titre simple » (2019) ou encore « La mesure de la joie en centimètres » (2020), nous propose en octobre 2021 chez Vanloo le texte de cette enquête poétique en prose onirique et obsessionnelle, qui a déjà fait l'objet d'une mise en scène en 2018 par Franck Dimech.

Pour répondre au voeu initial de l'animateur de la compagnie théâtrale Ajmer, passerelle s'il en est entre l'Asie et l'Europe, qui souhaitait qu'on lui fasse ressentir, à lui d'abord et au public ensuite, l'ombre portée de ce crime trentenaire sur la jeunesse taïwanaise, le Marseillais Arno Calleja, performeur sonore dans l'âme au moins autant qu'écrivain et poète, s'est à nouveau surpassé. Mobilisant en un savant désordre apparent les saccades de pensées et de sensations qui hantent, cruellement bien entendu, mais aussi presque joueusement dans certains cas, si longtemps après la macabre découverte, l'enquêteur (en obsessionnel nécessaire et convaincu), la femme à la pastèque (en témoin universel et quasiment météorologique), l'homme au sac plastique (en havre logique de soupçons qui ne le sont pas nécessairement), les quatre enfants (en colporteurs et examinateurs, réalistes et magiques, de possibles « n'importe quoi »), la petite inconnue de la rivière (par deux fois, avec une subtile variation de contenu et de tempo), et la rivière elle-même (qui aurait pu avoir tant à dire, désormais, après s'être sentie aussi impuissante, jadis), une fable policière aux redoutables résonances psycho-langagières prend forme sous nos yeux. Et cette fable résonne magnifiquement et cruellement, en à peine plus de 50 pages, avec l'omniprésence des storytellings contemporains, à tout propos, avec les obsessions croisées des uns et des autres, avec le sentiment d'inanité qui traverse les êtres justement effrayés d'une certaine dé-marche du monde, et avec l'ultra-moderne solitude qui semble devoir partout s'imposer. Sachant inventer les mots et les phrases entrecroisées qui mettent un sens possible sur l'impalpable du malaise permanent, Arno Calleja nous offre une sublime et paradoxalement réjouissante métaphore d'un présent cruel éternellement reconduit.
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Polyphonie de la hantise, dérèglement d'une disparition : l'écoute de la vie quand elle est détournée de son cours. Dans cette fausse simplicité du ressassement, dans cette langue commune, Arno Calleja envisage toutes les conséquences, discours nés du corps anonyme d'une jeune fille rejeté par une rivière de Tapeï. La rivière draguée ou une admirable tentative de donner voix au désordre tacite du
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5 bonnes raisons de lire la rivière draguée :
La 1ere : son originalité
Le grand atout de ce livre, c'est son originalité. Quoi de mieux que d'en parler en première bonne raison ? Car, vous vous demandez peut être ce qu'il y a de si original avec ce livre. C'est simple : on va de surprises en surprises. Chaque partie fait varier les points de vue et l'auteur nous raconte une histoire de meurtre. le suspense est présent du début à la fin. On plane carrément, la rivière, la petite fille et autres nous disent leurs versions des faits. C'est prenant.

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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Voilà, c’est chez moi. C’est grand, oui. J’ai toute la place. Il y a la ville autour. Tout le ciel dessus. On voit tout. À des kilomètres. Oui c’est très très beau. On me le dit souvent. C’est très harmonieux, très contenant. Immense et contenant, c’est un peu ça l’idée. Et réconfortant. C’est le principe. Oui, très très beau, merci.
Et mon rôle, parce qu’ici j’ai un rôle, c’est d’être là. Passer, et être là. Voilà mon rôle. C’est assez simple. C’est aussi assez singulier. C’est un rôle pour la ville. Pour les gens. On est nombreuses dans le monde, on est connues dans le monde entier. Mais moi, ici, je suis particulière. Je ne sais pas, c’est ce qu’on dit.
Je passe, constamment et calmement. Calmement mais, attention, avec beaucoup de puissance en dessous : je peux turbiner un maximum. Il faut faire attention.
On vient de loin pour me voir. Ma constance, ma douceur, mon silence. Je ne fais pas d’histoires. On vient de loin et on me regarde, un long moment, puis on s’en va. C’est mon rôle. Je suis impassible. On me pisse dedans si on veut, ça m’est complètement égal.
Et puis on me confie des choses que vous n’imagineriez jamais. On dépose en moi tout un bordel, quand j’y pense.
Les maboules m’aiment beaucoup, j’ai remarqué. Ils aiment venir me regarder. C’est un fait connu. On peut lire beaucoup de choses sur ce phénomène. Les schizophrènes. Ils aiment venir me voir. Parce qu’ils ont l’impression que je suis immobile et que c’est eux qui passent. C’est intéressant. Ils sont intéressants. Je les remarque ils arrivent le soir, ils se posent, ils me regardent. Parfois ils veulent me mettre la main. Je ne leur en veux pas.
Mais on me dépose des choses que vous n’imagineriez vraiment pas. Je reçois tout un bordel, quand on y pense, quelle histoire.
Je distingue deux choses, on est obligé de distinguer les choses, sinon on devient fou. Je distingue deux choses : il y a moi, avec tous mes attributs, mes propriétés. Et puis il y a tout le bordel qu’on me jette dedans. C’est deux choses différentes et je fais bien la distinction.
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Au début je voulais tout comprendre. Toutes les pistes. On a fait tous les prélèvements possibles, les empreintes, les recherches de témoins, tout. Puis évidemment, tu te dis, sans le nom, tu n’as rien. Il suffit de trouver son nom. C’est la bobine. On déroule tout à partir du nom. Le nom c’est son adresse, l’adresse de son école, le nom de son père, le nom de sa mère, sans doute le nom de son meurtrier, l’adresse de son meurtrier, qui est sans doute l’adresse même de ses parents, le mobile du meurtre, l’arrestation du meurtrier, le jugement du meurtrier, ou des meurtriers, et une destinée, une destination finale pour cette enfant, une tombe, une vraie tombe avec dessus ton nom, et tes dates.
Ça fait trente ans qu’on cherche son nom. Trente-trois ans. Mais elle n’a toujours pas de nom. Elle aurait dans les trente-huit ans aujourd’hui. Mais elle n’a pas encore de nom.
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Voilà ça a repris à l’affaire de l’enfant sans nom.
Migraine et troubles visuels.
Décoordination du son et de l’image.
C’est un corps humain d’accord, tout est conforme, mais la taille. C’est si petit. Et le visage, comme la paume de ma main, pas plus grand. Quelle histoire. Après ça on ne regarde plus. On ne regarde plus rien pareil. Même un nuage, tu ne le regardes plus pareil. Tu le regardes tu te dis « il est immense ». Et violent. Tout est plus violent. Même les nuages passent plus violemment.
La rivière a continué de couler. J’y allais souvent, le soir. Je fumais. Parfois, que la rivière continue de couler, je me disais, c’est ça l’injustice. À un moment donné il faudrait que la rivière s’arrête. J’avais des pensées comme ça. Des moments de confusion.
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