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EAN : 9782361836184
Éditeur : Les Moutons Electriques (21/02/2020)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 26 notes)
Résumé :
Dragons, cavalières et herboristes !

Un royaume divisé, instable, des forces luttant pour le pouvoir. Un Ordre de femmes chevauchant des dragons. Des matriarches, des cavalières, des écuyères et, parmi elles, Sophie, qui attend. Le premier sang, le premier vol ; son amante, son moment ; des réponses à ses questions. Pour trouver sa place, elle devra louvoyer entre les intrigues de la cour et de son Ordre, affronter ses peurs et ses doutes, choisir son... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
boudicca
  06 mars 2020
Cette fois encore, les trois maisons d'édition associées sous le nom d'« Indés de l'Imaginaire » ont profité de la nouvelle année pour mettre chacun en avant une autrice ou un auteur débarquant sur la scène des littératures de l'imaginaire. Chez Les Moutons Électriques, c'est le roman de Jeanne Mariem Corrèze qui se voit attribuer le qualificatif de « pépite », et, si le terme a pu être utilisé trop souvent ou à mauvais escient précédemment, il me semble ici parfaitement adapté. Car quelle belle surprise que ce « Chant des cavalières » ! L'autrice y met en scène l'ascension d'une jeune femme nommée Sophie, novice appartenant à l'ordre des Cavalières dont toute une cohorte d'intrigants a décidé du destin il y a bien longtemps. Un destin exceptionnel et qui, si la jeune fille se montre à la hauteur des attentes que certains ont placé en elle, devrait totalement bouleverser le royaume de Sarda et la vie de ses habitants. En parallèle du parcours de la jeune novice, le roman s'attache à dépeindre les spécificités, l'histoire et le fonctionnement de ce royaume vaincu il y a plusieurs décennies par leurs voisins, les Sabès. Une défaite suivie d'un traité de paix que certaines jugent humiliant et ne rêvent que de remettre en question. Dans la forteresse nordique de Nordeau, dans laquelle étudie Sophie, le point de vue de la matriarche est sans appel : Sarda a les moyens de mettre un terme à la domination, il faut donc reprendre les armes. Mais d'autres, notamment dans la capitale du royaume, ne sont pas de cet avis. Pour faire pencher la balance du côté de la guerre, il faut un symbole fort. Et quoi de plus fort que le retour tant attendu d'un membre de la dynastie Pendragon ? Quoi de plus galvanisant pour Sarda que de retrouver une reine ceignant Lunde, l'épée légendaire ayant appartenu à la dernière souveraine, Maude, et cachée depuis son trépas par le magicien Myrddin ? Voilà, pour résumer, quels sont les principaux enjeux de ce roman solide qui repose sur une intrigue, des personnages, et surtout un univers, très convaincants.
Parlons-en, de cet univers. le roman met principalement en scène une communauté, celle des cavalières, qu'on pourrait qualifier d'ordre religieux formant les femmes à trois voies bien distinctes : bâtisseuse, intrigante ou annonciatrice. Toutes se voient contraintes de respecter une hiérarchie stricte qui distingue les novices des écuyères, celles-ci des cavalières et celles-ci encore des Aînées. Présentes aux quatre coin du royaume de Sarda, les cavalières résident dans des forteresse à la tête de laquelle se trouve une matriarche qui rend des comptes au royaume à l'occasion d'un congrès réunissant les grands de Sarda, à savoir les maréchales chargées des quatre provinces, les nobles du royaume, et les personnes occupant deux fonctions clé : celle de Prince/Princesse, et celle de Condottiere. Voilà le socle sur lequel repose l'organisation politique du royaume imaginé par Jeanne Marième Corrèze. Un fonctionnement qui nous est expliqué avec beaucoup d'élégance au fil des pages, et non pas de manière « bourrine », à l'aide de longs monologues comme certains romans de fantasy en ont malheureusement l'habitude. Ici, l'autrice prend le temps de poser son univers et ne dévoile ses spécificités que petit à petit, lorsque l'intrigue le requiert. La curiosité du lecteur en est d'autant plus stimulée, sans que les manques ne gênent en rien la compréhension ou l'immersion. L'autrice a également recourt à un procédé fréquemment utilisé qui se révèle ici très efficace et qui consiste à placer au début de chaque chapitre des extraits de textes nous en apprenant plus sur tel ou tel aspect de l'univers (chroniques, proverbes, pamphlets, chansons…). En seulement trois cent pages, l'autrice parvient ainsi à mettre en place un univers cohérent et d'une richesse que le récit ne semble qu'effleurer. le roman a la particularité de mêler à la fois des aspects très classiques de la fantasy, et d'autres qui sont beaucoup plus originaux. Parmi les éléments traditionnels, on peut relever notamment le cadre médiéval fantastique (au niveau de l'architecture, de l'armement…) ou encore la présence des dragons. Chaque cavalière fait en effet équipe avec un dragon avec lequel elle entretient un lien particulier. Des interdits et des tabous règnent autour de cette créature qui, bien qu'elle ne semble servir que de monture, est particulièrement révérée par l'ensemble des habitants. Parmi les aspects classiques du roman, on peut également noter les abondantes références à la légende arthurienne, que ce soit dans le choix des noms (Myrddin, Pendragon), ou des thématiques abordées (un souverain dont on attend l'avènement, une épée dans la pierre…).
Les lecteurs amateurs d'une fantasy sortant des sentiers battus devraient pourtant eux aussi trouver leur compte dans ce roman qui sait également fait preuve d'originalité. Ainsi, si le récit met en scène un cadre indéniablement médiéval, plusieurs dialogues laissent entendre que les puissants voisins du royaume de Sarda utilisent des armes à feu et possèdent donc un niveau de technologie plus avancé (ce qui explique d'ailleurs la défaite des cavalières qui ne purent résister malgré leurs montures cracheuses de feu). Autre originalité, et non des moindres, la société dépeinte par l'autrice est une société matriarcale. le fonctionnement de l'ordre des cavalières n'est, en effet, pas une exception mais une norme : les postes de pouvoir sont occupés par des femmes (à l'exception notable de ceux de Prince et de Condottiere, ce que certaines considèrent d'ailleurs comme assez ironique), la divinité vénérée dans le royaume est une déesse, et le féminin l'emporte lorsqu'il est question de qualifier une catégorie de population (par défaut, on parle non pas de paysan mais de paysanne, par exemple). Cela peut paraître dérisoire mais tous ces éléments conjugués participent à modifier efficacement le point de vue du lecteur qui, société patriarcale oblige, a parfois bien du mal à imaginer un fonctionnement et un mode de pensée dont le masculin ne serait plus le centre. Parmi les autres éléments qui contribuent à installer une atmosphère particulière, on peut également citer l'importance accordée par l'autrice à la nature, et plus spécifiquement à la flore. Surnommé le royaume des forêts, Sarda entretient en effet un lien très étroit avec la terre et ce qui y pousse, et cela est encore une fois très bien rendu dans le récit. Outre l'importance revêtue par le personnage de l'herboriste Frêne, on peut également mentionner les nombreuses descriptions très évocatrices des jardins ou forêts, décors dans lesquels se déroulent certaines des scènes les plus importantes du roman. On peut d'ailleurs noter que, si la terre est l'élément principalement mis en avant ici, les trois autres ont aussi un rôle clé à jouer dans l'intrigue, qu'il s'agisse de l'air dans lequel évoluent les dragons, du feu des forges de Soufreu, ou encore de l'océan qui borde la côté de la forteresse du sud et que les cavalières tiennent en piètre estime.
Compte tenu du fonctionnement matriarcal de la société mise en scène ici, l'essentiel des personnages sont, pour la plupart, des femmes. Or, s'il est de plus en plus fréquent de voir des héroïnes mises en scène, de même que les rôles secondaires féminins ont tendance à s'étoffer, il faut avouer qu'il reste plus courant d'avoir une majorité de personnages masculins plutôt que l'inverse. Sophie, la jeune novice choisie par certaines pour incarner l'espoir et le futur du royaume, occupe évidemment le devant de la scène. Une héroïne qui parvient aisément à susciter l'empathie du lecteur et qui, en dépit de son apparente passivité, se montre capable de réfléchir par elle-même et de prendre ses propres décisions lorsque cela s'avère nécessaire. Penderyn, son amie de toujours, se révèle quant à elle touchante par sa loyauté et, de plus en plus attachante à mesure que l'autrice étoffe son personnage. Assez étonnement, Eliane, la distante et calculatrice matriarche de Nordeau, parvient elle aussi à trouver son chemin vers le coeur du lecteur en dépit de ses choix et méthodes discutables. Autour de ces trois grandes figures gravitent toute une galerie d'autres personnages féminins réussis, qu'il s'agisse de l'ancienne matriarche, de l'herboriste Frêne, ou de Brigandine. Les personnages masculins, eux, sont moins nombreux mais occupent, chacun à leur manière, un rôle clé pour l'intrigue, qu'il s'agisse du Prince, du Condottiere ou du magicien (on pourrait presque se croire dans une partie de « Citadelle »!). Concernant le traitement des personnages, l'autrice a l'intelligence de se garder de tout manichéisme, si bien que l'on trouve des personnages haïssables et des personnages attachants dans les différents camps qui s'opposent. Même les protagonistes ne sont pas tout blanc, et l'autrice se plaît d'ailleurs à placer ses personnages face à leurs contradictions. Il en résulte une intrigue remarquablement bien ficelée et qui offre son lot de surprises. D'un pitch de départ relativement classique, l'autrice parvient ainsi à s'écarter de la trame traditionnelle au fur et à mesure que les manigances des personnages sont dévoilées et que de nouveaux enjeux apparaissent et viennent complexifier et l'intrigue et l'univers. Un mot, pour terminer, sur la plume de l'autrice qui s'avère très agréable : travaillée sans jamais être pompeuse, tour à tour épique ou poétique.
Avec « Le chant des cavalières », Jeanne Mariem Corrèze signe un premier roman remarquable qui mérite tout à fait le qualificatif de « pépite ». Un univers riche et original en dépit de son apparent classicisme, une intrigue bien ficelée dont les enjeux se complexifient au fil du récit, une belle galerie de personnages, une plume soignée : autant de qualités qui font de ce roman une véritable réussite. A lire !
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Dionysos89
  25 mai 2020
Après deux années où leurs nouvelles publications s'orientaient davantage vers des romans pulp, Les Moutons électriques proposèrent, dans le cadre de l'opération des Pépites de l'Imaginaire (conjointement avec les autres Indés de l'Imaginaire avec Les Chevaliers du Tintamarre chez les éditions Mnémos et Cuits à point chez les éditions ActuSF) un nouveau roman de fantasy d'une autrice pour l'instant inconnue, Jeanne Mariem Corrèze : le Chant des cavalières !
Geste d'une chevaucheuse de dragon
Sophie est une petite fille recueillie dès son plus jeune âge par le principal ordre militaire du royaume auquel elle appartiendra désormais : les Cavalières. Elle grandit dans la citadelle de Nordeau auprès de la Matriarche, des écuyères, des soigneuses de dragons, des herboristes et des intendantes. Il n'y a pas grand-chose à faire à part attendre de grandir, apprendre un peu quand c'est possible, mais globalement elle n'a pas trop à se plaindre, ce n'est pas la vie des paysannes… Or, à la mort étrange de la Matriarche, elle est désignée comme la future héritière à former, héritière de la nouvelle Matriarche, mais elle serait aussi héritière de la dernière grande reine locale. Sauf qu'une prophétie ne s'applique pas par l'opération du hasard, il faut bien s'y préparer et clairement la nouvelle Matriarche n'est pas motivée pour entraîner la petite Sophie. Il s'agit alors de se débrouiller pour être reconnue comme importante, elle la petite cavalière sans dragon à chevaucher. Quelques intrigues de cour, surtout quelques amies motivées et l'arrivée très étrange de Myrrdin, un très ancien mage aux pouvoirs incommensurables, font pencher la balance, tantôt dans le sens d'une plus grande liberté dans le royaume, tantôt dans celui des intérêts personnels de plusieurs personnages. En effet, bien peu veulent vraiment voir émerger une nouvelle souveraine sortie de nulle part.
Corpus thématique
Le début du roman peut paraître long à de nombreux lecteurs, si on s'attend à une intrigue très rythmée, voire enlevée, mais l'autrice prend son temps, car cela lui permet de mettre en place plusieurs visions du monde qui se dénouent dans le dernier tiers. Au premier abord, cela peut paraître insignifiant, mais c'est utile malgré tout. Elle met d'abord en place une société féminine, difficile de parler de matriarcat, car il me semble qu'il n'y ait dans ces citadelles que des femmes, donc pas de véritable domination du genre féminin sur le masculin. Par contre, les métiers sont souvent mis au féminin, les postes militaires ont l'air destiné aux femmes et deux postes de décision sont tenus par des hommes mais non seulement ils sont secondaires, mais en plus cela semble exceptionnel pour cette société. Cette dernière remarque est d'ailleurs la conséquence locale de la géopolitique du Royaume mise en place par l'autrice. Ainsi, le Royaume est dominé par un peuple voisin, les Sabès, et est divisé en différentes provinces (Nordeau, Soufeu, Estari, Ousterre et la capitale Zinia au centre, en gros) où agissent différents corps de Cavalières qui sont l'élite militaire et religieuse. Enfin, l'autrice insiste beaucoup sur les volontés contradictoires d'assurer la paix dans cette contrée et l'envie de recouvrer une certaine indépendance, sachant que chaque région du Royaume a une vision différente de la bonne manière de l'obtenir. En cela et en bien d'autres aspects qu'il peut être amusant de détailler au fur et à mesure de la lecture, le Chant des cavalières semble un volontaire pastiche des aventures des Chevaliers de la Table Ronde avec son roi légendaire, sa geste épique, son mage au nom si reconnaissable et son dénouement tragique.
Du style, madame !
Le Chant des cavalières peut paraître au départ pour le moins lent : le rythme suit les interrogations de la jeune protagoniste, alors forcément au début, elle hésite beaucoup, elle n'y croit pas, elle tâtonne. du même coup, autant s'intéresser au style. Au fur et à mesure que Sophie se forme, le vocabulaire s'affirme à la fois riche, fin et soigné. La narration faisant commencer chaque chapitre par un extrait de chronique ou un poème issu de l'histoire de ce monde, ainsi que la toute fin nous laissant sur un nouveau départ, plusieurs éléments peuvent faire hésiter le lecteur sur la manière de recevoir ce roman. En effet, c'est une très belle introduction à un monde dont nous aimerions en apprendre davantage, tant sur la géopolitique extérieure au Royaume, sur les moeurs des paysannes qui sont quasiment absentes que sur le devenir de l'héroïne, mais c'est tout autant une aventure qui peut se lire seule et être appréciée comme une intrigue dont on ne saura jamais davantage. Une fois la lecture terminée, qu'il est difficile de pencher d'un côté ou de l'autre de ces deux visions !
Le Chant des cavalières est donc un premier roman tout à fait captivant : le style est riche, l'univers prometteur, les thématiques approfondies et les choix de narration se défendent (même si certains peuvent en être lassés). Une autrice à suivre, c'est certain !
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JustAWord
  20 février 2020
Cette année encore, les Indés de l'Imaginaire renouvellent leur opération spéciale Les Pépites de l'Imaginaire avec la parution simultanée de trois romans chez ActuSF, Mnémos et Les Moutons Électriques.
Ce sont de ces derniers dont nous allons parler aujourd'hui avec le premier roman de la française Jeanne Mariem Corrèze : le Chant des Cavalières.
Sublimement illustré par Melchior Ascaride (mais on a l'habitude), voici une fantasy avec des dragons, des mages et des herboristes !
La destinée, encore ?
On pénètre dans le Chant des Cavalières en terrain connu.
Le roman pêche en effet de prime abord par son classicisme en réutilisant le mythe usé jusqu'à la moelle de l'enfant-destin (Sophie de Pendragon) qui doit prouver sa valeur auprès des siens (Les Cavalières du royaume de Sarda) en trouvant des objets magiques/mythiques (le baudrier Baldré et l'épée Lunde) pour pouvoir devenir le sauveur de son peuple (ici, la Reine) en s'appuyant sur un compagnon de toujours (Pènderyn) et un/des mentors (Acquillon et Frêne). le premier roman de Jeanne Mariem Corrèze ne serait-il qu'une énième histoire de fantasy en mode copier-coller ? En réalité, non.
Reprenons, nous suions l'histoire de la jeune Sophie Pendragon (mythe Arthurien es-tu là ?), novice dans l'Ordre des Cavalières de Sarda (des chevaucheuses de dragons pour tout dire) et qui devient rapidement l'écuyère d'Éliane, la Matriarche fraîchement nommée à la tête de la Citadelle de Nordeau. Autrement dit, Sophie sera la prochaine Matriarche et doit apprendre son rôle du mieux qu'elle le peut…sauf que celle qui devrait lui apprendre les rouages du pouvoir ne veut pas d'elle (par orgueil ou par souffrance) et que c'est finalement la vieille Frêne, herboriste-cavalière, qui va faire de Sophie une intrigante digne de ce nom. Dans le Royaume de Sarda, les Matriarches des quatre Citadelles (Nordeau, Ousterre, Estrali et Soufeu) se questionnent sur l'avenir de leur domaine. Depuis des années maintenant, Sarda a perdu la guerre qui l'opposait aux Comtés-Unis et ceux-ci ont établi une sorte de Protectorat qui empêche Sarda de renaître mais lui offre, en échange, une évidente stabilité.
Si Éliane est aussi distraite quant à l'éducation se Sophie, c'est aussi parce qu'elle voudrait bien renverser l'échiquier politique avec l'aide du Prince Régent, Roland. le Chant des Cavalières se déroule au milieu de ces deux intrigues, l'une intime et personnelle, l'autre politique et guerrière. Mais, étrangement, Jeanne Mariem Corrèze poursuit un autre but que celui de dresser le portrait d'une héroïne prête à faire triompher son Peuple.
Briser les chaînes
Au contraire, Sophie de Pendragon s'avère rapidement une victime des diverses manipulations politiques qui ont lieu autour d'elle. D'enfant-destin, elle passe au statut d'enfant puis de jeune femme-objet. Utilisée par les uns et par les autres pour s'emparer des rênes du pouvoir, Sophie devient un objet de convoitise et un symbole à brandir. de façon fort intelligente, Jeanne Mariem Corrèze explore la libération d'une héroïne des filets du destin qu'on lui impose. le Chant des Cavalières surprend en explorant la volonté d'indépendance de son personnage principale et la façon dont les Grands manipulent l'Histoire et les autres. Dès lors, le récit devient beaucoup plus intéressant à mesure que les chausse-trappes se font et se défont.
Pour ne rien gâcher, la française a une idée géniale : exposer un monde fantasy quasi-exclusivement féminin…sans jamais expliquer cette prépondérance féminine. Oui, on trouve quelques personnages masculins dans le Chant de Cavalières mais ils restent en arrière-plan et ne font pas l'histoire. En ne justifiant jamais cette position, Jeanne Mariem Corrèze normalise son monde et ses héroïnes. Après tout, un roman fantasy avec une majorité de personnages masculins doit-il justifier de la quasi-absence des femmes en son sein ? C'est ainsi qu'à l'instar des Récits du Demi-Loup, le Chant des Cavalières s'affirme comme un roman féminin et féministe sans le crier sur tous les toits et permet la construction de personnages attachants et passionnants. L'idéologie sert l'histoire et non l'inverse.
L'élégance des mots
Autre point fascinant : l'univers de Jeanne Mariem Corrèze, souvent effleuré, jamais totalement exploré et explicité. le lecteur découvre par petites touches Sarda et ses Citadelles, ses tradition, ses dragons (quelque part entre les monstres à écaille traditionnels et les Chocobos de Final Fantasy) et ses positions de pouvoir. Certaines pages, comme celle dans la forêt des Lymphes ou dans le piège temporel du Ravin, offrent de vraies beaux moments de fantasy, à la fois oniriques, fascinants, dangereux et étranges. Pour ne rien gâcher, la française possède une plume élégante et fluide qui sait prendre des intonations poétiques et mystiques quand il le faut. La lecture devient donc un réel bonheur, encore enrichit par les descriptions luxuriantes d'endroits merveilleux et inattendus. le seul vrai reproche que l'on puisse faire au Chant des Cavalières, c'est qu'il ressemble à s'y méprendre au premier tome d'un cycle plus vaste et qu'en fin de volume, l'épopée de Sophie, celle qu'elle a choisi et que personne ne manipule, cette épopée ne semble que débuter.
Malgré ses atours classiques, le Chant des Cavalières tire son épingle du jeu en mettant l'accent sur l'émancipation de son héroïne. Sortie des griffes du Destin, Jeanne Mariem Corrèze tisse par sa langue élégante et poétique un monde féminin franchement passionnant qui a certainement encore beaucoup à offrir à l'avenir.
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Tachan
  01 avril 2020
Comme les Chevaliers du Tintamarre dont je parlais le mois dernier, le chant des cavalières est un premier roman qu'un éditeur français a décidé de mettre en avant pour Les pépites de l'imaginaire 2020. Si le premier jouait la carte de l'originalité avec des anti-héros plein de gouaille, ici l'autrice est plutôt partie sur une classique histoire de dragons et de politique.
Je découvre Jeanne Mariem Corrèze avec ce roman comme beaucoup d'entre vous. Son titre et surtout sa couverture ont de suite attiré mon regard. J'en aime beaucoup la composition mettant en avant la relation entre le dragon à plumes et sa cavalière, ça donnait de suite le ton et mes espérances étaient grandes. Dans un premier temps, j'ai trouvé la plume de l'autrice très agréable, simple et fouillée à la fois, permettant de rentrer facilement dans l'histoire et l'univers proposé, ce qui n'est pas toujours le cas chez ses collègues. Ici cette simplicité servait vraiment le propos et donnait l'impression d'une fantasy classique, peut-être même déjà vue, mais agréable à retrouver.
On y découvre un royaume divisé et donc instable où plusieurs forces luttent pour le pouvoir, les uns pour retrouver un ordre ancien, les autres pour briser tout cela et proposer une nouvelle forme de gouvernance. Un ordre de femmes et de femmes uniquement chevauchent des dragons. Elles sont matriarches, cavalières ou écuyères mais surtout force de dissuasion et de frappe de leur pays. Parmi elles, l'une des matriarches décède lors d'une attaque et précipite un enchaînement d'événements qui va bouleverser leur monde. Celle qui se retrouve aux premières loges sans avoir rien demandé est la jeune Sophie, choisie comme apprentie de sa remplaçante alors que celle-ci ne le désirait pas. La voici à devoir louvoyer entre les intrigues de la cour et de son ordre, à affronter ses peurs et ses doutes pour pouvoir espérer choisir elle-même son destin.
Sur le papier le titre avait donc tout pour m'intéresser. L'univers déployé par l'autrice était prometteur avec un mélange entre politique du royaume et politique interne de l'ordre des cavalières, plus une touche de dépaysement avec les dragons et une touche féminine avec celles-ci comme seuls personnages de l'histoire ou presque. le problème, c'est que la mise en place de l'intrigue ne fut malheureusement pas à la hauteur de mes espérances... Je n'ai rien contre les histoires classiques, ça j'aime. Mais ici, en plus d'être classique, je trouve l'histoire mal écrite. On survole bien trop d'éléments et ça empêche de vraiment s'intéresser au récit et aux personnages.
En effet, la géopolitique, élément pourtant majeur de l'histoire, est présentée de manière floue. L'Histoire de ce pays l'est de même alors qu'elle semble très intéressante. On découvre le fonctionnement de l'Ordre au fil des chapitres mais ça reste bien souvent trop léger pour moi, ça manque de détails, ça aurait mérité plus de détails, notamment sur leur rôle de gardiennes, leurs reliques, les différentes places fortes avec leur matriarches. Je suis frustrée.
De la même façon, les personnages sont survolés. On ne voit que Sophie, Sophie, Sophie et celle-ci est tellement fade et manipulable que c'est difficile de s'attacher vraiment à elle. J'ai été bien plus fascinée par Éliane et sa relation avec le prince mais au final on ne la voit et l'entend que trop peu, du coup on ne comprend pas bien la révolution qu'elle souhaite mettre en place. Il en va de même pour Pèn, la meilleure amie de l'héroïne et Berhane son amante dont la relation aurait pu être bien plus forte et dramatique, que ce pis aller qu'on aperçoit même pas 10 pages au total... Beaucoup de promesses fort peu tenues. Il en va de même pour Acquilon, l'ancienne matriarche tellement charismatique, qui plouf disparait comme ça en plein milieu sans avoir eu un rôle aussi important qu'on veut bien lui prêter... L'écriture des personnages est vraiment décevante, du moins la déception est à la hauteur des espoirs qu'ils avaient suscité.
En parlant d'espoir, j'en avais beaucoup pour l'histoire. Ça me plaisait de suivre une héroïne dont l'ascension reposait entre autre sur l'évolution physiologique de son corps et celle de son esprit. Ça me plaisait de la voir gravir les échelons, se lier avec un dragon et avancer vers sa destinée. Classique mais toujours efficace avec moi. Mais au final, la narration n'avance que par à-coups rendant le récit de ses aventures fades et le pire c'est quand on réalise qu'elle n'a été qu'un pantin, on comprend alors le malaise qu'on ressentait pour cette histoire depuis le début. Je veux bien que ce ne soit pas facile de raconter tout ce que l'autrice aimerait en 320 pages mais au final j'ai l'impression qu'il ne s'est rien passé ou presque. Les rares moments qui auraient dû être marquants manquaient d'une touche d'épique propre à emballer notre coeur.
Je ressors donc un brin déçue de cette lecture que je sentais prometteuse au début grâce à la plume fort agréable de l'autrice. Plein d'éléments m'ont tentée dans son histoire mais la façon dont elle les a agencés, amenés, fait évoluer, ne m'a pas convaincue. Il y a encore trop de maladresses pour moi et cela donne un récit frustrant et incomplet, qui en plus appelle une suite sinon la frustration sera encore plus grande. J'attendais quelque chose de mieux ficelé.
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LesFantasydAmanda
  05 mai 2020
--- Un premier roman faussement classique, dites-vous ? ---
Eh bien, je n'aurais pas dit mieux ! Jeanne Mariem Corrèze reprend effectivement des éléments typiques de la fantasy épique : des dragons, ces créatures mythiques qui ne peuvent se lier qu'à une seule personne au cours de leur existence, une héroïne au destin extraordinaire, des artefacts de légende, etc. Toutefois, l'auteure est parvenue à se les approprier et à les réinventer !
En fait, ce qui m'a frappée, c'est qu'elle nous montre les jeux de pouvoir à l'oeuvre, mais sans jamais nous confier ce qui est préférable pour le Royaume. Ainsi, un personnage aux actes malveillants peut tout à fait poursuivre un but noble. C'est donc au lecteur de choisir son camp.
Bref, vous l'aurez compris, ce récit n'est en rien manichéen !
--- Une lecture exigeante ---
J'ai trouvé le style de Jeanne Mariem Corrèze assez complexe. Celle-ci utilise du vocabulaire soutenu, et il m'est arrivé de chercher la définition de certains termes. Cependant, le résultat est bien là : le texte est magnifique, en dépit de passages descriptifs particulièrement longs.
Quoi qu'il en soit, cela nécessite de la concentration pour ne pas se perdre entre les mots. Honnêtement, j'ai sûrement loupé quelques informations utiles, surtout durant mes longues périodes de lecture. D'ailleurs, je me suis rapidement aperçue que je savourais davantage le livre avec des pauses régulières, car elles me permettaient d'assimiler plus facilement l'histoire.
En outre, l'auteure ne nous explique pas tout, et c'est volontaire. Par conséquent, dénouer les ficelles de l'intrigue pour en comprendre les tenants et les aboutissants n'était pas une mince affaire, pourtant j'y ai pris plaisir ! Toutefois, Tampopo24 a raison lorsqu'elle affirme dans sa chronique qu'un certain flou entoure l'histoire, que cette dernière manque de détails. Mais il s'agit selon moi d'un parti pris de l'écrivaine auquel on adhère ou non.
--- Deux visions parallèles ---
Dans le Chant des cavalières, le récit est scindé en deux.
D'un côté, nous suivons Sophie depuis sa plus tendre enfance, car elle est destinée à un avenir exceptionnel. Il est donc important d'en savoir plus sur ses choix, ses actes et même ses sentiments. Par son regard, on en apprend énormément sur l'univers, même si l'on a conscience qu'elle est manipulée de toutes parts.
De l'autre côté, l'intrigue est beaucoup plus générale et aborde de multiples points de vue, toujours féminins. Un jour, nous accompagnons Éliane dans ses tentatives pour s'emparer du pouvoir, le suivant, nous nous intéressons à Pèn, la meilleure amie de Sophie, alors qu'elle vaque à ses occupations quotidiennes. Ainsi, cette seconde partie s'apparente davantage à un patchwork d'éléments disparates qu'à un scénario bien ficelé. Il revient donc au lecteur de faire les liens entre chaque scène, l'auteure ne donnant pas toutes les clefs. Quoique… des indices sont disséminés ici et là, mais on a tendance à les oublier.
Personnellement, j'approuve cette approche, car elle en révèle suffisamment pour attiser notre curiosité, mais trop peu pour nous permettre de prédire ce qui va se passer dans le chapitre suivant. C'est justement ce qui rend les rebondissements encore plus inattendus, les revirements de situation encore plus passionnants !
--- Des nuances de gris pour les personnages ---
Il est difficile de s'attacher à l'un ou l'autre personnage, tant ils sont nombreux. En outre, excepté Sophie, aucun ne dévoile véritablement son jeu. Alors, quels sont leurs buts ? Jusqu'où iront-ils pour les atteindre ? Se laisseront-ils convaincre par leurs pairs ou feront-ils cavalier seul ?
Selon leurs actes et leurs décisions, je me suis surprise à les détester, puis à les apprécier. En fait, je n'ai pas d'avis tranché, ce qui prouve que l'auteure a construit ses personnages avec beaucoup de nuances.
Bon, il est vrai que j'ai eu envie de secouer Sophie par moments tant elle semblait passive, mais celle-ci est au centre de machinations qui la dépassent. Alors, comment l'en blâmer ? du reste, ma préférence va à Frêne, l'herboriste, car elle demeure lucide à propos de ses erreurs, contrairement à Acquilon.
--- Quelques longueurs et un final abrupt ---
Dans le dernier tiers du livre, j'ai ressenti quelques longueurs à l'approche du dénouement, comme si l'auteure souhaitait faire monter la pression. Je ne suis pas sûre qu'elle y soit parvenue, cependant j'ai dévoré les derniers chapitres avec avidité. Quel final ! L'apogée de manigances, de complots et de trahisons.
Mais je me dois de vous prévenir : la fin est ouverte, ce qui peut se révéler frustrant. Me concernant, j'y ai trouvé les réponses que j'attendais. de plus, Jeanne Mariem Corrèze a bien l'intention de creuser son univers dans d'autres ouvrages. J'espère néanmoins que les dragons y auront une place prépondérante car, oui, ils étaient somme toute assez secondaires dans le Chant des cavalières.
Lien : https://lesfantasydamanda.wo..
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critiques presse (1)
SciFiUniverse   07 avril 2020
Un roman de fantasy faussement classique, un monde cohérent et original de femmes et de dragons, un style élégant et poétique pour une histoire surprenante. Jeanne Mariem Corrèze nous offre ici un premier roman prometteur et se place en écrivaine à suivre.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
boudiccaboudicca   08 mars 2020
Les jardins du palais se refusaient d’abord au regard du visiteur. Buissons, haies, taillis se suivaient, se chevauchaient, menaient à leur guise les yeux des promeneurs. Comme une grande tapisserie d’émeraude, tendue en travers d’une scène, les troènes, les cyprès, les lauriers-sauce, dissimulaient les secrets de leurs sœurs florales derrière leur rideau verdoyant. On n’imposait pas sa maraude à ce jardin-là. Il fallait se laisser guider par la gent boisée, accepter de glisser des bras du lilas à ceux de l’albizia, se soumettre aux caprices des canaux de jade, s’oublier dans la volonté des gainiers, des pivoines, des ajoncs. On n’était pas flâneur sous le couvert des chênes et des figuiers, seulement un hôte toléré par les arrangements d’œillets, de roses et de tulipes. Les allées de gazon entraînaient celles qui les arpentaient dans des cheminements hasardeux, des détours incertains. On se perdait pour mieux se retrouver face aux délicats ornements d’un pavillon ombragé, pour mieux découvrir, soudain, derrière les branches basses d’un olivier, une fontaine où l’eau et le jasmin se confondaient. 
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Dionysos89Dionysos89   08 mars 2020
Considérons l'ordre comme un arbre ; si les feuilles dans leur multitude sont les écuyères, si les branches, solides et poussant toujours plus haut, sont les cavalières et si les racines, qui puissent savoir et nutrition dans la terre, sont les Aînées, alors le tronc ne peut être que la Matriarche. Sans son tronc, un arbre reste un buisson rachitique : il n'y a pas de citadelle sans Matriarche ; de même une Matriarche n'est rien sans sa citadelle.
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JustAWordJustAWord   20 février 2020
Ce que vous allez affronter dans le ventre de la grande engloutisseuse, ce que vous y découvrirez, ne peut être exprimé dans la langue commune, ne peut être évoqué dans le parler des flammes, ne peut être compris dans le verbe du vent. Seul le susurrement de la sève au cœur de l’arbre est à même de décrire ce que renferment les entrailles de la Terre et rares sont ceux qui savent l’entendre.
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Dionysos89Dionysos89   18 mars 2020
Nos alliés, seigneur ? Est-ce ainsi que l’on qualifie celui qui pille et s’approprie le travail de nos paysannes ? Est-ce ainsi que l’on nomme celui qui blesse et ampute nos terres ? Est-ce ainsi que l’on appelle celui qui nous impose sa tutelle et son jour ? […]
Je ne qualifie pas d’allié un voleur, je ne nomme pas voisin un bourreau, je n’appelle pas ami un tyran.
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lehibooklehibook   20 février 2020
"Nous ne sommes pas dans un conte ,Eliane de Nordeau ! Je ne reviendrai pas vers toi par trois fois afin que tu puisses te décider .Et je ne suis pas non plus un démon venu te demander la première âme qui passera le pont que tu construis. Ton ouvrage est grand , ta cause noble, ne tourne pas le dos au destin pour d'insipide principes!"
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