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ISBN : 2813200344
Éditeur : Guy Trédaniel éditeur (06/07/2009)

Note moyenne : 3.6/5 (sur 10 notes)
Résumé :
Initialement paru en 1934, traduit en allemand un an après, " Révolte contre le monde moderne " est considéré comme l'ouvrage le plus important de Julius Evola (1898-1974). Ce livre prouve que déjà à cette époque, les bases d'une révolte globale contre la civilisation contemporaine avaient été posées, révolte en comparaison de laquelle la " contestation " qui s'est exprimée à la fin des années soixante du XXe siècle apparaît chaotique et invertébrée. Au-delà des der... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
colimasson
  03 novembre 2016
Livre très intéressant. Je vais essayer d’en faire un résumé impersonnel pour que personne ne vienne me faire chier avec ses petites opinions personnelles politiques à deux francs cinquante.
Sujet principal : la décadence dont serait victime notre monde moderne suite à l’éloignement de l’homme d’avec la Tradition.
Moyen de la démonstration : Etude de l’involution parcourue depuis l’âge d’or jusqu’au dernier âge (le kalî-yuga hindou décrit dans le Vishnu-Purâna).
Première partie : Qu’est-ce que le monde de la Tradition ?
- Une conception de la réalité plus vaste.
- Une royauté qui garde la qualité symbolique et solaire de l’invictus : juste milieu, centralité.
- Une royauté également rattachée au symbole polaire avec l’idée effective d’un centre du monde exerçant une fonction suprême sur terre.
- Caractère divin de la loi. (on pense que c’est un droit de contester la loi mais c’est en fait la conséquence de son usurpation ; on ne conteste pas ce qui est bon).
- Respect du rite comme véritable ciment de l’unité familiale, de la gens.
- Caractère primordial du patriciat.
- Importance de la virilité spirituelle qui définit la primauté de la loi de l’action plutôt qu’un état de contemplation reclus du monde.
- Respect naturel de la hiérarchie comme ordre du monde n’incluant aucun jugement de valeur ou de mérite, excluant d’emblée la compétition pour des fins égoïstes et personnelles. Doctrine des castes.
- Initiation de la royauté.
- La royauté a la primauté sur le sacerdoce.
- Ame de la chevalerie.
- Profession considérée comme un art, comme une vocation, porteuse d’une véritable initiation par le biais de la transmission.
- Ascèse virile et aristocratique, dictée par la force et non pas le besoin. Alimente les forces de stabilité et de centralité.
- Petite et grande guerre saintes au cœur de l’homme pour surmonter sa nature inférieure, son attachement matériel.
- Nature du temps non linéaire mais en devenir : « Le temps n’est pas une quantité, mais une qualité ; il n’est pas série, mais rythme. Il ne s’écoule pas uniformément et indéfiniment, mais se fracture en cycles, en périodes, dont chaque moment a un sens, donc une valeur spécifique par rapport à tous les autres moments, une individualité vivante et une fonctionnalité propre ».
- Caractère sacré de la terre : sa possession ou sa maîtrise est un engagement spirituel, pas seulement politique.
Deuxième partie : Signes de la dégénérescence moderne :
- Passage d’une terre individuelle à une terre collective : « L’idée […] que l’apparition du « testament » au sens d’une liberté individualiste laissée aux possédants de diviser leur propriété, de la désintégrer d’une manière ou d’une autre, de la détacher de l’héritage du sang et des normes rigoureuses du droit patriarcal et du droit d’aînesse, est un des signes typiques de la dégénérescence de la mentalité traditionnelle […] ».
- Féminisation de la spiritualité : apparition des figures divines chtoniennes, civilisation de la Mère. Transposition métaphysique de la femme en tant que principe et substance de la génération. Chaque être, conçu comme son fils, lui est conditionné, subordonné, privé de vie propre.
- Féminisme dénaturé, qui ignore la force traditionnelle de la femme, celle-ci ne pouvant s’affirmer qu’à condition qu’il existe une force virile, centrale, solaire : « Après des siècles d’ « esclavage », la femme a donc voulu être libre, vivre pour elle-même. Mais le « féminisme » a été incapable de concevoir pour la femme une personnalité, sinon en imitant la personnalité masculine, de sorte qu’il n’est pas excessif de dire que ses « revendications » masquent une défiance fondamentale de la nouvelle femme envers elle-même, son impuissance à être et à valoir en tant que femme, et non en tant qu’homme. [De plus, cet homme qu’elle imagine n’est] en rien l’homme vrai, mais […] l’homme-construction, l’homme fantoche d’une civilisation standardisée, rationalisée, n’impliquant quasiment plus rien de vraiment différencié et qualitatif ».
- Involution de la hiérarchie des castes. Le pouvoir, initialement détenu par la royauté solaire, passe ensuite à l’oligarchie, puis à la bourgeoisie, enfin aux dominateurs illégitimes qui s’appuient sur le démos. « L’aristocratie cède le pas à la ploutocratie. Le guerrier s’efface devant le banquier et l’industriel. L’économie triomphe sur toute la ligne. »
- Passage de l’universalité à la collectivité : « Il y a régression vers le collectif et non progrès vers l’universel, l’individu apparaissant de plus en plus incapable de s’affirmer, sinon en fonction de quelque chose qui lui fait perdre son identité. »
- Emancipation laïque de l’Etat par rapport à l’Eglise, celle-ci devenant l’associée de la caste bourgeoise et marchande, incapable d’assumer ses fonctions spirituelles.
- Apparition de l’humanisme qui justifie l’individualisme « comme constitution d’un centre illusoire en dehors du centre, comme prétention prévaricatrice d’un Moi qui est simplement le Moi mortel du corps […] ».
Que faire ? Rien, sinon informer de ce qui est en train de se passer pour mieux se préparer. Les civilisations ont des cycles : apogée, déclin, fin. Nous sommes sur le déclin, et proches de la fin. La civilisation va se tuer par ses propres défauts. Notre culte moderne de l’action, « au lieu d’être une voie vers le supra-individuel […] est une voie vers l’infra-individuel. Ce culte favorise et provoque des irruptions destructrices de l’irrationnel et du collectif dans les structures déjà vacillantes de la personnalité humaine ». Les anciens enseignements traditionnels disent qu’une « espèce de hiatus sépare deux cycles : il n’y aurait pas renaissance et relèvement progressifs, mais un nouveau commencement, une mutation brusque, correspondant à une manifestation d’ordre divin et métaphysique ». Les veilleurs prendront peut-être le flambeau pour constituer les germes de la nouvelle civilisation à venir. Ainsi, la Tradition ne meurt jamais. Espoir : « Si le dernier âge, le kalî-yuga, est un âge de destructions terribles, ceux qui y vivent et qui pourtant restent debout peuvent obtenir des fruits difficilement accessibles aux hommes des autres âges ».
Réfutation des préjugés qui pourraient servir à disqualifier cette œuvre :
- Evola serait raciste. Non : pour Evola, la race biologique compte moins que le ralliement spirituel à la Tradition. « On défend parfois l’idée de la race. L’unité et la pureté du sang seraient au fondement de la vie et de la force d’une civilisation ; le mélange du sang serait la cause initiale de sa décadence. Mais il s’agit […] d’une illusion : une illusion qui rabaisse en outre l’idée de civilisation sur le plan naturaliste et biologique, puisque tel est le plan où l’on envisage aujourd’hui […] la race. »
- Evola serait misogyne. Pas plus que les autres : il reconnaît même une puissance supérieure de la femme qui s’affirme selon sa nature (méta-femme) : « La femme traditionnelle, la femme absolue, en se donnant, en ne vivant pas pour soi, mais en voulant être tout entière pour un autre être, avec simplicité et pureté, s’accomplissait […] avec un héroïsme spécifique –et, au fond, s’élevait au-dessus de l’homme commun ».
Limites de la démonstration :
- Evola prend le mythe des 4 Ages au pied de la lettre et en fournit une interprétation littérale qui nuit presque à son argumentation par ailleurs rationnelle.
- Dualisme exacerbé entre des peuples solaire/lunaire. Pousse-au-combat, un peu lassant.
- Disqualification de toute objection possible du fait de l’appartenance du lecteur à l’âge sombre. Evola pourrait dire : si vous jugez que mes propos sont immoraux, c’est parce que vous vivez dans l’âge sombre et que vous avez perdu tout rapport de réalité vraie avec la Tradition. (sauf si, bien sûr, on fait partie des quelques veilleurs ou excédés de la modernité). C’est peut-être vrai. Je ne sais pas encore.
Pour terminer, un extrait résumant bien le chaos qui secoue notre époque et qui, s’il peut aussi renvoyer à d’autres explications qu’à celles avancées par Evola, peut aussi très bien s’expliquer par sa démonstration :
« Lorsque le rythme est brisé, lorsque les contacts sont bloqués, lorsque le regard ne sait plus rien des grandes distances, toutes les voies semblent ouvertes et chaque domaine est saturé d’actions désordonnées, inorganiques privés de base et de sens profond, dominées par des motivations exclusivement temporelles et individuelles […]. La « culture », alors, ne veut plus dire réaliser son être propre dans l’adhérence sérieuse et la fidélité –elle signifie « se construire ». Et puisque la base de cette construction n’est autre que le sable mouvant de cette nullité qu’est le Moi empirique humain sans nom et sans tradition, on voit s’avancer la prétention à l’égalité, le droit pour chacun de pouvoir être, en théorie, tout ce qu’un autre peut être aussi.
[…] C’est alors le chaos des possibilités existentielles et psychiques, qui condamne la plupart des hommes à un état de disharmonie et de déchirement : chose qui se vérifie aujourd’hui. »
Parfois chiant parce qu’il se pose en « sujet supposé savoir », et parfois passionnant parce qu’il semble effectivement savoir.
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BVIALLET
  01 décembre 2019
Alors que pour la plupart des historiens ou des politologues, la fracture entre l'ancien monde et le nouveau se situe à la Révolution Française, pour Julius Evola il faut remonter beaucoup plus loin, quasiment à la nuit des temps, quand le monde de la Tradition céda peu à peu la place à la modernité. Il faut aller jusqu'aux temps lointains de l'Egypte des Pharaons, de la Rome antique voire de l'Empire Inca pour retrouver trace de cette tradition primordiale. Dans ces mondes ignorant la modernité, toute la société était organisée autour du surnaturel, de la spiritualité dans une harmonie confondante. le monarque, de quelque nature qu'il fût, se devait d'être un être supérieur, d'essence divine ou quasi divine. Sans discussion possible, il était le centre, l'âme agissante de son Etat et le père aimant et aimé de son peuple. Quiconque aurait voulu s'opposer à sa volonté se se serait retrouvé à aller contre la volonté de Dieu lui-même. Il se serait mis lui-même au ban de la société. Ainsi, à l'origine ou à la disparition de toute civilisation se trouve la présence ou l'absence du fait divin…
« Révolte contre le monde moderne » est un essai de philosophie politique basé à la fois sur l'Histoire telle que nous l'entendons et sur les mythes, légendes et autres hypothèses archéologiques ou non (Atlantide, règne des Titans, traditions nordiques, iraniennes, hindoues, etc.) Evola base sa théorie sur les quatre cycles de l'Humanité (or, argent, bronze et fer). le premier serait celui de la divinité, celui du grand Monarque. Il aurait dégénéré en âge d'argent avec la prépondérance des guerriers avant de tomber dans celui du bronze le pouvoir passant entre les mains des bourgeois et des marchands. Depuis 1789 et surtout depuis la révolution russe de 1917, le fait spirituel aurait totalement disparu et le pouvoir serait tombé aux mains de la plèbe, de la caste la plus basse et la moins intelligente. Nous en serions au stade le plus bas de la décadence, à l'âge du fer, du Kali-Yuga. Pour aussi troublante qu'elle soit, cette théorie n'en demeure pas moins basée sur des prémisses discutables vu le peu de documents disponibles sur certaines époques. D'une lecture assez laborieuse, cet ouvrage important donne cependant énormément à réfléchir sur le fait que tout a sans doute toujours pas très bien fonctionné et que notre état de décadence semble déjà bien avancé !
Lien : http://www.bernardviallet.fr
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Jazzytriton
  05 août 2017
chef d'oeuvre absolu
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enkidu_enkidu_   27 août 2014
Le monde moderne, s'il a dénoncé l'« injustice » du régime des castes, a stigmatisé davantage encore les civilisations antiques qui connurent l'esclavage, et a considéré comme un mérite des temps nouveaux d'avoir affirmé le principe de la « dignité humaine ». Mais il ne s'agit, là encore, que de pure rhétorique.

On oublie que les Européens eux-mêmes réintroduisirent et maintinrent jusqu'au XIXe siècle, dans les territoires d'outre-mer, une forme d'esclavage souvent odieuse, que le monde antique ne connut presque jamais. Ce qu'il faut plutôt mettre en relief, c'est que si jamais une civilisation pratiqua l'esclavage sur une grande échelle, c'est bien la civilisation moderne.

Aucune civilisation traditionnelle ne vit jamais des masses aussi nombreuses condamnées à un travail obscur, sans âme, automatique, à un esclavage qui n'a même pas pour contrepartie la haute stature et la réalité tangible de figures de seigneurs et de dominateurs, mais se trouve imposé d'une façon apparemment anodine par la tyrannie du facteur économique et les structures absurdes d'une société plus ou moins collectivisée. Et du fait que la vision moderne de la vie, dans son matérialisme, a enlevé à l'individu toute possibilité d'introduire dans son destin un élément de transfiguration, d'y voir un signe et un symbole, l'esclavage d'aujourd'hui est le plus lugubre et le plus désespéré de tous ceux que l'on ait jamais connus.

Il n'est donc pas surprenant que les forces obscures de la subversion mondiale aient trouvé dans les masses des esclaves modernes un instrument docile et obtus, adapté à la poursuite de leurs buts : là où elles ont déjà triomphé, dans les immenses « camps de travail », on voit pratiquer méthodiquement, sataniquement, l'asservissement physique et moral de l'homme en vue de la collectivisation et du déracinement de toutes les valeurs de la personnalité. (pp. 154-155)
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enkidu_enkidu_   13 mai 2015
L'Amérique aussi, dans sa façon essentielle de considérer la vie et le monde, a créé une « civilisation », qui se trouve en parfaite contradiction avec l'ancienne tradition européenne. Elle a définitivement instauré la religion de l'utilitarisme et du rendement, elle a placé l'intérêt pour le gain, la grande production industrielle, la réalisation mécanique, visible, quantitative, au-dessus de tout autre. Elle a donné naissance à une grandeur sans âme de nature purement technico-collective, privée de tout arrière-plan de transcendance, de toute lumière d'intériorité et de vraie spiritualité. Elle aussi a opposé à la conception de l'homme intégré en tant que qualité et personnalité dans un système organique, une conception où il n'est plus qu'un simple instrument de production et de rendement matériel dans un conglomérat social conformiste.
(...)
Ainsi, bien que l'Amérique ne pense pas du tout à bannir tout ce qui est intellectualité, il est certain qu'elle éprouve à l'égard de celle-ci, dans la mesure où elle n'apparaît pas comme l'instrument d'une réalisation pratique, une indifférence instinctive, comme à l'égard d'un luxe auquel ne doit pas trop s'attarder celui qui est porté vers les choses sérieuses telles que le « get rich quick », le « service », une campagne en faveur de tel ou tel préjugé social et ainsi de suite.
(...)
Si l'Amérique n'a pas banni officiellement, comme le communisme, l'ancienne philosophie, elle a fait mieux : par la bouche d'un William James, elle a déclaré que l'utile est le critère du vrai et que la valeur de toute conception, même métaphysique, doit être mesurée à son efficacité pratique, c'est-à-dire, en fin de compte, selon la mentalité américaine, son efficacité économico-sociale. Le pragmatisme est une des marques les plus caractéristiques de la civilisation américaine envisagée dans son ensemble, ainsi que la théorie de Dewey et le behaviorisme, qui correspond exactement aux théories tirées, en U.R.S.S., des vues de Pavlov sur les réflexes conditionnés et, comme celles-ci, exclut totalement le Moi et la conscience en tant que principe substantiel. L'essence de cette théorie typiquement « démocratique » est que n'importe qui peut devenir n'importe quoi - moyennant un certain training et une certaine pédagogie - ce qui revient à dire que l'homme, en soi, est une substance informe, malléable, tout comme le conçoit le communisme, qui considère comme anti-révolutionnaire et anti-marxiste la théorie génétique des qualités innées. La puissance de la publicité, de l'advertising, en Amérique, s'explique d'ailleurs par l'inconsistance intérieure et la passivité de l'âme américaine, qui, à maint égard, présente les caractéristiques bidimensionnelles, non de la jeunesse, mais de l'infantilisme. (pp. 409-411)
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enkidu_enkidu_   20 mars 2015
Bien qu'il s'agisse d'un cycle qui se définit au cours de cette période beaucoup plus récente où nous devrons nous limiter à l'histoire de la civilisation européenne, il nous faut mentionner une dernière tradition qui prit forme chez les races d'origine sémite, et parvint, dans une notable mesure, à surmonter les thèmes négatifs qui viennent d'être examinés : nous voulons parler de l'Islam. De même que dans l'hébraïsme sacerdotal, l'élément central est constitué ici par la loi et la tradition, en tant que forces formatrices, auxquelles les souches arabes des origines fournirent toutefois une matière beaucoup plus pure, plus noble, et empreinte d'esprit guerrier. La loi islamique, shâryah, est la loi divine ; sa base, le Coran, est considérée comme la parole même de Dieu – kalam Allâh – comme une œuvre non-humaine, un livre « incréé », existant ab aeterno dans les cieux. Si l'Islam se considère comme « la religion d'Abraham » et a même voulu faire de celui-ci le fondateur de la Kaaba, où réapparaît la « pierre », le symbole du « Centre », il n'en demeure pas moins qu'il affirme son indépendance vis-à-vis de l'hébraïsme comme du christianisme, que le centre de la Kaaba contenant le symbole en question a des origines préislamiques lointaines, difficiles à déterminer, et qu'enfin le point de référence de la tradition ésotérique islamique est la mystérieuse figure du Khidir, considérée comme supérieure et antérieure aux prophètes bibliques.

L'Islam rejette le thème caractéristique de l'hébraïsme, qui deviendra, dans le christianisme, le dogme et la base du mystère christique : il maintient, sensiblement affaibli, le thème de la chute d'Adam, sans en déduire, toutefois, la notion du « péché originel ». Il voit en celui-ci une « illusion diabolique » – talbis Iblis. D'une certaine façon, même, ce thème est inversé, la chute de Satan – Iblis ou Shaitan – étant attribuée, dans le Coran (XVIII, 45), au refus de celui-ci de se prosterner, avec les Anges, devant Adam. Ainsi se trouvent repoussées à la fois l'idée centrale du christianisme, celle d'un rédempteur ou sauveur, et l'idée d'une médiation exercée par une caste sacerdotale. Le Divin étant conçu d'une façon purement monothéiste, sans « Fils », sans « Père », sans « Mère de Dieu », tout musulman apparaît directement relié à Dieu et sanctifié par la loi, qui imprègne et organise en un ensemble absolument unitaire toutes les expressions juridiques, religieuses et sociales de la vie. Ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le signaler, l'unique forme d'ascèse conçue par l'Islam des origines fut celle de l'action, sous la forme de jihad, de « guerre sainte », guerre qui, en principe, ne doit jamais être interrompue, jusqu'à la complète consolidation de la loi divine. Et c'est précisément à travers la guerre sainte, et non par une action de prédication et d'apostolat, que l'Islam connut une expansion soudaine, prodigieuse, et forma non seulement l'Empire des Califes, mais surtout l'unité propre à une race de l'esprit – umma – la « nation islamique ».

Enfin, la tradition de l'Islam présente un caractère particulièrement traditionnel, complet et achevé, du fait que le monde de la Shâryah et de la Sunna, de la loi exotérique et de la tradition, trouve son complément, moins dans une mystique que dans de véritables organisations initiatiques – turuq – détentrices de l'enseignement ésotérique, le ta'wil et de la doctrine métaphysique de l'Identité suprême, tawhid. La notion de masum, fréquente dans ces organisations et, en général, dans la Shya, notion relative à la double prérogative de l'isma, ou infaillibilité doctrinale, et de l'impossibilité, pour les chefs, les Imans visibles et invisibles, et les mujtahid, d'être entachés de faute, correspond à l'attitude d'une race demeurée intacte et formée par une tradition d'un niveau supérieur non seulement à l'hébraïsme, mais aussi aux croyances qui conquirent l'Occident. (pp. 298-299)
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colimassoncolimasson   03 novembre 2016
Si difficilement concevable que cela soit pour les modernes, il faut partir de l’idée que l’homme traditionnel connaissait la réalité d’un ordre de l’être bien plus vaste que ce à quoi correspond aujourd’hui, en règle générale, le mot « réel ». De nos jours, au fond, on entend seulement par « réalité » le monde des corps dans l’espace et dans le temps […].
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colimassoncolimasson   05 décembre 2016
On exigeait donc que le souverain gardât la qualité symbolique et solaire de l’invictus –sol invictus […]-, par conséquent l’état de centralité auquel correspond précisément l’idée extrême-orientale de l’ « invariable milieu ».
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Vidéo de Julius Evola
Julius Evola répondant aux questions de Dominique de Roux dans le cadre des enregistrements des Archives du XXe siècle.
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