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Serge Niemetz (Traducteur)
EAN : 9782253158165
704 pages
Le Livre de Poche (19/01/2011)
4.13/5   26 notes
Résumé :
Chef-d'oeuvre de la littérature allemande, best-seller international dès sa parution en 1925, Le Juif Siiss est le roman qui a fait connaître Lion Feuchtwanger. Une fresque foisonnante, portée par un formidable souffle baroque, un tableau chatoyant de l'Allemagne du XVIIIe siècle. L'odyssée d'un personnage historique fascinant, de la toute-puissance au martyre... Financier de génie, doté d'une intelligence et d'une habileté politique hors du commun, Süss Oppenheimer... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Jud Süss
Traduction & préface : Serge Niémetz

ISBN : 9782253158165

"Le Juif Süss" apparaît avant tout comme une leçon d'Histoire germanique dispensée par un professeur qui a le don de retenir l'attention de ses élèves et ne se perd ni dans les a priori, ni dans les à-peu-près. En ce sens, il déplaira sans doute aux lecteurs peu férus de cette matière qui hésiteront à dépasser les dix premières pages. le texte, voyez-vous, est comme un océan dans lequel il vous faut vous immerger totalement pour goûter au maximum tout ce qu'il recèle, signifie et sous-entend. Or, l'action se situe dans la première moitié du XVIIIème siècle, dans le grand-duché de Wurtemberg, à constitution protestante - le point est très, très important - un petit pays qui, en raison de maints aléas successoraux, finit par revenir à un prince catholique, lequel a pour favori et en quelque sorte ministre des Finances l'un de ces "Juifs de Cour" qui, selon l'expression de l'époque et depuis Vienne, la capitale d'un Empire des Habsbourg qui est encore tout-puissant, commencent à rayonner dans toute la haute société germanique.

Autre détail très important : que ce soit dans les pays allemands ou dans le reste de l'Europe occidentale, les rouages économiques et plus encore peut-être la façon de concevoir l'économie dans la politique entament une mutation qui culminera au siècle suivant et trouvera tout à la fois sa Bible et son Livre noir dans "Le Capital" de Marx. Spéculateur-né, Süss prête, achète, revend et, en génie des affaires, n'hésite pas à expérimenter les méthodes nouvelles dont le siècle qui change a déjà fait l'expérience avec par exemple, en France, sous la Régence, le système de Law. Et bien entendu, dès qu'il s'est trouvé un protecteur suffisamment puissant, Süss met ses incroyables dons financiers au service de celui-ci sans porter une attention suffisante à ce fait qui le mènera pourtant à sa perte : les intérêts du grand-duc de Wurtemberg sont portés par une idéologie catholique et quasi absolutiste et de ce fait radicalement opposés à ceux de ses sujets, lesquels sont pour une monarchie constitutionnelle et protestante.

Fils de théâtreux juifs et neveu d'un rabbin - c'est ainsi qu'il nous est longtemps présenté - Süss se soucie comme d'une guigne de la Loi de ses pères. Il est né juif, soit mais c'est tout. Ce n'est pas pour autant qu'il ira à la synagogue et célèbrera le Shabbat ou les Pâques. Pendant plus des deux tiers du livre - qui fait quand même près de sept-cents pages - le financier vit comme un laïc libertin à qui seul l'anti-sémitisme de ceux qui l'entourent vient rappeler sa religion. A ce stade, Süss ne se sent pas juif et il rejette avec agacement, voire exaspération les us, coutumes et tics divers de ses coreligionnaires. La mort de sa fille unique, provoquée par la lubricité du grand-duc de Wurtemberg et de quelques uns de ses proches, sera, en quelque sorte et le tragique en plus, le "pilier de Notre-Dame" du financier.

Cette découverte de la judéïté, Süss l'accomplit en outre alors qu'il apprend la véritable identité de son père, un célèbre militaire allemand du nom de Georg von Heydersdorf, qui avait été l'amant de sa mère alors que celle-ci brillait encore sur les planches. Mi-chrétien, mi-juif, voilà ce qu'est en réalité le fringant, le sémillant, le si distingué Josef Süss. Si l'aveu de sa mère le soulage pour une part - en secret, il se posait tant de questions sur son rejet et même son mépris des traditions hébraïques - Süss s'en retrouve aussi, on le comprendra, fortement ébranlé - et déchiré. Alors que, après la mort du grand-duc, emporté par une embolie pulmonaire, on cherche un bouc-émissaire responsable du complot monté par son entourage catholique et pro-vaticanais pour abolir la constitution du pays et retirer leurs privilèges à l'élite protestante, il n'aurait qu'un mot à dire pour que lui soient épargnées l'humiliation de la prison, d'un procès infamant et d'une exécutions honteuse, pendu au plus haut gibet d'Allemagne ... Mais ce mot, qui révèlerait son ascendance paternelle, Süss se refuse à le prononcer. Toute sa vie, on l'a considéré comme un Juif, toute sa vie, on l'a traité comme un Juif - bien que lui-même ne se sentît guère d'atomes crochus avec le Peuple élu - c'est donc juif qu'il mourra.

Ainsi résumée, l'histoire semble vaciller au bord du gouffre du mélodrame et l'on comprendra sans doute pourquoi le Dr Goebbels - qui s'y connaissait, rappelons-le tout de même - la qualifiait de "propagande judaïque". Mais la résumer, même si elle nous permet d'attirer votre attention sur elle, c'est aussi et malheureusement vous présenter un squelette qui s'en est retourné à la poussière pour plus de la moitié de ses os. Car le destin de Süss sert en fait de pivot central à un roman foisonnant, à une fresque haute en couleurs, bourrée à craquer de passions contradictoires et de personnages à qui, malgré leur caractère historique et sa propre judéïté, l'auteur a su conserver une complexité fouillée, d'ailleurs souvent déstabilisante, une fresque qui nous conte, au-delà les implications politiques, sociales et historiques de l'affaire, une tragédie humaine tendant à l'Universalité. Dans "Le Juif Süss", il y a des lâches, des poltrons, des complaisants et quelques âmes plus belles, plus fortes, bien qu'elles-mêmes imparfaites, réparties dans les trois religions mises en cause, mais il n'y a ni bons, ni mauvais : rien que des êtres humains.

Oubliez donc sans tarder tout ce que vous savez ou croyez savoir sur "Le Juif Süss" et jugez sur pièce : lisez-le. Amateurs de romans historiques, cette recommandation vaut en particulier pour vous : vous ne serez pas déçus. ;o)
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D'un livre magnifique a été tiré un film épouvantable, voulu par l'idéologie nazi pour faire de Süss une caricature de juif destinée à inspirer répulsion et frayeur au commun des mortels. Ce film, lorsqu'on le revoit maintenant ne peut en réalité susciter que dégoût et effarement devant 'incommensurabilité de la bêtise et de l'ignominie nazies. Détournant un livre riche et profond à des finalités de propagande, ce film est d'un bout à l'autre un mensonge à l'état pur. Il serait dommage d'en rester là et de ne pas découvrir un livre qui, inspiré d'une histoire vraie, demeure universel dans son analyse des mécanismes du pouvoir et des relations que celui-ci entretient avec l'argent ; et tout cela à travers la destinée hors du commun d'un homme qui, parvenu aux plus hautes sphères du pouvoir, en devient la victime. Loin d'être le juif machiavélique et retors d'un film absurde, Süss est ce personnage infiniment humain et tourmenté que le viol de sa fille atteint au plus profondément de lui-même, au point de vouloir lier sa propre perte au sort du puissant dont il a tant contribué à asseoir la grandeur. A la fois génial et tragique, Süss nous parle de notre condition en général (et pas seulement de celle des juifs) face aux grands de ce monde dans un contexte historique (le XVIII en Allemagne) que Feuchtwänger a su rendre universel.
Non seulement critiqué -voir rejeté- par sa famille et par ses proches pour avoir eu le courage de publier ce livre, qui se veut la dénonciation d'un antisémitisme récurrent, Feuchtwänger vit son oeuvre défigurée et trahie, utilisée par les ennemis de son peuple. Je préfère ne pas penser à ce qu'il a pu en ressentir. Raison de plus pour lire et réhabiliter ce roman, à la fois roman historique, psychologique et thriller et de quelque façon qu'on le prenne, passionnant.
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Avant de lire ce livre, je croyais qu’il s’agissait d’un roman à connotation très nettement antisémitique. Certes, ce jugement est justifié pour le film (1940), qui relayait la propagande nazie. Mais ce serait un contresens de l’appliquer au livre. L’auteur lui-même était issu d’une famille juive !
Seconde surprise pour moi: il s’agit d’un gros roman historique, grouillant d’un humanité complexe, très fouillé et bien documenté. Il revient sur le destin d’un "Juif de cour" dans la première moitié du XVIIIème siècle, au Sud de Allemagne: Josef Oppenheimer Süss avait toute la confiance du duc de Wurtemberg, un prince catholique dans un Etat de tradition protestante. Süss était homme d’affaires très habile, courtisan sans scrupules, libertin, animé par son appât du gain et son appétit de pouvoir. En réalité, bien d’autres conseillers au service des princes de l’époque avaient un profil analogue ! Mais Süss s’est retrouvé au centre d’un grave conflit politique. Il fallait l’abattre. A l’époque, les préjugés antisémites, très courants, ne semblaient pas moralement condamnables. Ses ennemis, voyant en lui une âme noire caractéristique de son appartenance à la "race" juive, menèrent une campagne haineuse contre lui. La mort du duc le priva de protection. Arrêté et jugé, il fut exécuté ignominieusement en 1738.
L. Feuchtwanger fait un portrait nuancé du personnage principal, dont il ne dissimule pas les travers. Dans le roman, Süss reconnait tardivement sa propre judéité (j’ignore si ce trait est véridique). Autour de lui, de nombreux personnages secondaires, très différents, peuplent le récit. La lecture est instructive, car l’auteur nous plonge dans le monde du XVIIIème siècle, qui ne nous est pas familier. "Le Juif Süss" est un très bon roman, complexe et pas si facile à lire; il suscite en nous de fortes résonances, car il questionne directement l’antisémitisme.

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Quel roman toujours d'actualité !

Le juif Süss ou je ne sais plus qui à écrit "la justice est une toile d'araignée au travers de laquelle les petits moucherons s'y empetrent et les gros bourdons passent au travers"

Quel roman illustre mieux le pouvoir et ses dérives ! Cet homme qui, un jour, a tout et le lendemain est injustement condamné à mort, et executé, par délis de sale gueule !

J'ai adoré cette brique, 700 pages tout de même, j'ai adoré voir la montée, lente mais sur, de cet homme, j'ai adoré lire les libertés offertes lorsqu'on est un homme influent.... Finalement, n'est il pas toujours d'actualité ce roman. Bien qu'il ait été écrit en 1925, les modes de fonctionnement sont à peine différent aujourd'hui. Ce sont toujours les hommes influents qui bénéficient d'une impunité totale, et leurs sbires bénéficient de la même impunité jusqu'à ce que la girouette tourne. Il suffit de regarder la crise financière que nous venons de connaître, ou les délocalisations d'entreprise par exemple, le fonctionnement n'a pas changé.

Par contre, pour en revenir au contenu de ce roman, ça ne m'étonne pas qu'il ait été utilisé comme propagande antisémite, c'était tellement facile de l'utiliser à cette fin et de vendre "les Juifs comme responsables de tout les maux !" et pourtant lorsqu'on sait lire ce magnifique roman, quel plus beau playdoyer pour le respect et la tolérance !

Je recommande vivement à tous la lecture de ce livre
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Un roman à l'histoire paradoxale : écrite par un juif de Munich, décrivant les heures de gloire et le déclin d'un juif de cour du XVIIIème siècle, le juif Süss fut réutilisé par la propagande nazie pour justifier sa politique antisémite.
Avant tout, le juif Süss est un roman historique qui se base sur la vie de Joseph Süss Oppenheimer, créancier du duc de Wurtemberg. Son statut de juif le relègue loin des puissants alors même qu'il est un outil essentiel de la politique du duc. Quand celui-ci meurt, son fils Karl Alexandre devient duc à son tour. C'est lui qui favorise Süss Oppenheimer, lui permettant de s'enrichir à condition que Süss mette le pays sous coupe réglée et continue de lui fournir les moyens financiers de sa politique. Redoutable économiquement, Süss est aussi un habile diplomate qui sait jouer des jalousies et des haines au sein de la cour. Il sait se faire écouter du duc et gère ses affaires d'une manière exemplaire. Bientôt, il s'enorgueillit de sa réussite et fait montre de sa richesse en plein jour. C'est alors le début d'une fin tragique, celle d'un homme qui n'a jamais répudié sa religion et, bien que peu respectueux des préceptes de la vie judaïque, se flatte d'être de ceux-là.
Le roman est une étude de moeurs (les jalousies, les rancoeurs, le vieil antijudaïsme qui revient tant chez les puissants que chez le peuple ...) et une étude historique d'un duché qui a sa propre vie économique et diplomatique. Au-delà, il s'agit aussi d'un livre sur la condition des juifs : maintenus à l'écart et pourtant toujours associés à la vie économique et sociale de la cité, certains d'entre eux se réfugient dans l'exercice de la religion, voire dans le mysticisme incarné par Rabbi Gabriel. Tous sont cependant unis par une formidable solidarité qui s'étend entre tous les membres de la communauté de l'Europe entière.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Avant même qu'ils eussent atteint la frontière serbe, une estafette les rattrapa.
"Il a quelque chose d'important à te dire, ton Juif, dit Marie Auguste en souriant. Qu'a-t-il donc de si pressé à te vendre ?"
Karl Alexander ouvrit la dépêche, la lut. Le prince héritier étati mort, subitement, pendant un bal à la cour de Stuttgart.
Il tendit le papier à la princesse. Le sang lui montait à la tête, il entendait une voix grinçante et revêche, et, tandis que, son pouls battant plus fort, sa vue se brouillait, il vit, au-dessus d'yeux d'un gris trouble et d'une tristesse de pierre, trois plis brefs et profonds, menaçants, mystérieux, pareils à un caractère étranger, indéchiffrable.
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The art of angel sanctuary; Angel cage
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