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Ce roman dépeint la vie de la famille Chapochnikov pendant le siège de Stalingrad fin 1942, début 1943. Chaque chapitre raconte une bribe d'existence pour constituer le puzzle familial, chaque bribe apporte sa touche de couleur au récit, couleur terne, sombre ou joyeuse, selon. Nous nous approchons au plus près des vies, des besoins, des questions, des préocupations de toutes ces personnes. Puis les situations se font plus intenses : l'entrée dans le Ghetto, dans la chambre à gaz, dans le bureau d'interrogatoire de la Loubianka, où sont les services secrets soviétiques.
Grossman n'a rien omis, le plus futile comme le pire, dans le camp, sur le champ de bataille, dans l'isba, dans l'appartement défoncé, dans la maison résistant à l'ennemi, au sein du laboratoire de recherches.

Bien sûr certaines personnes ont plus souffert que d'autres mais le général qui doit décider d'envoyer ses chars conduits par des gamins sans expérience, souffre de les mener à la boucherie. Il prétend plus souffrir que son rival amoureux qui est interrogé à la Loubianka.
Des images fortes restent après avoir refermé ce chef-d'oeuvre. Par exemple, les bolcheviques continuaient à exercer leurs pressions à l'intérieur des camps de prisonniers russes. L'encerclement des allemands à la fin du siège de Stalingrad aurait pu être évité si Hitler lui-même ne leur avait pas enjoint de continuer à se battre puisqu'il leur faisait encore confiance. Il y a aussi ce petit passage où Staline décide, alors que la guerre n'est pas finie, que les prisonniers russes rejoindront les prisonniers allemands dans les goulags après la guerre.
Bien sûr, ces faits sont plus ou moins connus mais là on mesure à quel point il est difficile de se dépêtrer du totalitarisme, de la peur entretenue à tous les niveaux de la société, avec un système avilissant de récompenses et de sanctions.
Heureusement, d'autres petits fragments de vie sont lumineux à leur façon, car il en ressort une très grande humanité. Il y a cette histoire de cette vieille femme qui sauve la vie de l'allemand qui avait tué le mari la veille. Il y a cet accouchement sur les planches glacées de la péniche. Il y a Natacha qui traverse Stalingrad complètement détruite, pour faire cuire les petits pâtés à la viande qu'elle offrira pour le départ de ses amis. Tous ces gens s'oublient, pour rester vivants et continuer coûte que coûte, en s'adaptant avec un immense courage. Ces beaux gestes consolent de la dureté.
Grossman met parfois son histoire entre parenthèses, en nous livrant ses réflexions, pour parfaire son message.

Lire ce livre offre l'occasion de savoir ce que les gens ont enduré, de leur rendre hommage, car leurs voix ont été tues. En effet, cet ouvrage n'aurait jamais dû être édité car il a été saisi par le FSB en 1969, chez l'auteur. Il franchira le rideau de fer et sera imprimé à Lausanne en 1980.

Chaque vie est précieuse et singulière. Nous avons tous en nous une petite graine de bonté à faire grandir.
Lien : http://objectif-livre.over-b..
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La guerre et la paix au temps de Stalingrad sont, dans ce gros roman russe où il faut accepter - comme toujours chez les Russes - de se perdre un peu dans la forêt de personnages, entremêlés. le lecteur suit le quotidien des soldats au front, retranchés dans des usines désaffectées, il voit des amours contrariées par la mort ou naissant dans les décombres, il perçoit les dilemmes des chercheurs affectés par le poids du contrôle soviétique des idées, il pénètre dans les chambres à gaz nazies et dans le goulag, il connaît le désespoir de l'attente au milieu des puces et la joie de la victoire, il réfléchit à l'emprise de Staline sur son peuple, il s'indigne des trahisons et des dénonciations, bref il est plongé dans un monde terrible et beau, parce que rien n'est larmoyant, tout est placé sous le signe de la vie, parfois de la vie la plus crasseuse et la plus immorale, mais d'une vie passionnée et intense qui montre que le rouleau compresseur de l'histoire n'efface jamais totalement la liberté des hommes qu'il écrase.
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oeuvre magistrale sur le fascisme, le stalinisme, la prise de Stalingrad par les armées d'Hitler et sa reprise par les armées russes au cours de terribles combats. La politique : nazisme, fascisme, stalinisme, l'antisémitisme. La vie des gens dans un monde de folie meurtrière. Lire toutes les critiques excellentes, des lecteurs qui donneront le détail de cette histoire mondiale.
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Une oeuvre énorme et sublime. Sur fond de 2ème guerre mondiale et de bataille de Stalingrad Grossman nous livre une immense saga, un gigantesque laboratoire du comportement humain dans un vivier d'idéologies.

Vie et destin est l'histoire d'une victoire, de la victoire de l'URSS sur le nazisme. Mais sous cette victoire se glisse la perte irrémédiable de la foi. La foi aveugle que l'auteur portait au communisme n'a pas résisté à une crise personnelle longue et profonde et sous la victoire de l'armée rouge se cache la défaite du communisme identique au nazisme car totalitaire.

C'est par petite touches subtiles que Grossman fait passer son message (il espérait publier son livre en URSS, mais l'ouvrage fut saisi par le KGB et miraculeusement retrouvé 20 ans plus tard dans une maison d'édition suisse) tout au long de cette extraordinaire chronique historique.

Si vous hésitez entre les bienveillantes et Vie et destin, décidez-vous pour Grossman, les formes peuvent se comparer, le fond de Vie et destin est infiniment plus riche.
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Pour un lecteur acharné, il y a une vie avant et une vie après la lecture de Vie et Destin. Personne ne peut sortir indemne de cette lecture, bouleversante,
Peut-on ne pas lire VED ? Oui , même un lecteur intéressé peut pendant des années tourner autour de ce gros bouquin
sans y toucher et appréhender l'effort que l'on imagine pour aborder un tel mythe. Mais…. ; si on l'ouvre, si on met le petit doigt à l'intérieur, on tombe, on disparait car ce livre est un gouffre

Ce livre d'histoire a également sa propre histoire, longtemps interdit, il sera publié en 1983 , 20 ans après la mort de son auteur.


Il y a plusieurs manières d'approcher l'ouvrage de Vassili Grosman ;
Par l'histoire, par la littérature, ou par le message humain qu'il nous apporte

L'histoire

Il y a le coté historique, on vit littéralement la bataille de Stalingrad, moment clef dans le déroulement de la seconde guerre mondiale. Mais on assiste également à la création par les allemands de ghettos à la concentration et à l'extermination du peuple juif dans les camps de la mort on découvre également les purges de Staline en 1937 ; la vie dans les goulags En fait, on suit avec Grossman son propre parcours historique jusqu'à sa découverte de l'antisémitisme soviétique


Un monument de la littérature :
. Les romans russes ont souvent une place à part dans la littérature mondiale, du fait de leur ampleur de leur précision et du projet littéraire qu'ils développent.
La littérature Russe est une histoire de familles, et chaque auteur semble solidaire de l'ensemble des auteurs de son pays. Ce n'est pas qu'il y ait un style commun ou un message humaniste et politique commun, c'est que leurs textes sont tous emprunts d'un héritage commun qui mêle la littérature nationale et le peuple russe. 28sec
Dans cette grande famille Grossman pourrait être placé au milieu. le titre du roman est un pendant à Guerre et paix de tolstoi, et grossman cite souvent dans ce roman les autres auteurs Russes et en tout premier lieu Tchekov
« La voie de Tchekhov, c'était la voie de la liberté. […] Essayez donc un peu de faire le tour de tous les personnages tchékhoviens. […] Tchekhov a fait entrer dans nos consciences toute la Russie dans son énormité ; des hommes de toutes les classes, de toutes les couches sociales, de tous les âges »

Les personnages de Vie et destin sont également très nombreux au moins 150 parait il, ils sont regroupés autour de la famille et des amis de Strum qui est un double de l'auteur de son métier, de ses amours, de son courage, et de ses faiblesse. Certains sont à Moscou d'autres sont à Stalingrad d'autres sont dans les camps de travail dans des ghettos ou dans les camps d'extermination. le lecteur vit et souffre avec tout ce groupe pendant ces quelques années décisives, on a froid l'hiver, on suit les nouvelles du front, on est inquiet par les dénonciations et la menace d'être interrogé par la police de Staline, on subit les petites trahisons d'amis proches, on s'émerveille de la résistance au malheur de ces femmes et de ces hommes russes qui avaient tous un idéal commun
L'un des chapitres les plus bouleversant du livre le chapitre 17 ) est celui ou la mère de Strum écrit à son fils et lui raconte ses derniers jours avant son exécution ce témoignage est inspiré directement par le sort de la propre mère de Grossman.

Si Vie et destin est assez typique des grands romans staliniens dans la forme, dans le fond il est totalement différent du fait de son message humaniste.


Le message humain :
Dans le siècle de la barbarie et des désillusions, la réflexion de Grossman suit son propre parcours car il est exemplaire. En fait, grâce à l'écriture, comme son personnage Strum il arrive à la vérité .

Ecrivain de la nation russe, dans l'esprit du parti communiste, son premier grand roman, le peuple est immortel, sera même proposé pour le prix Staline , membre de l'armée rouge, il est à Stalingrad en 1942 et en juillet 44 , il entre dans les camps de concentration à peine libérés, et sera ainsi le premier à les décrire. Son récit L'Enfer de Treblinka sera utilisé lors du procès de Nuremberg
Mais Grossman est également un écrivain contestataire, sa prise de conscience des conséquences de la main de fer de Staline lors des purges de 1937, du climat politique pendant les années de guerre puis l'apparition d'un antisémitisme d'état qui se dévoile peu à peu vont effacer chez lui l'espoir d'une rédemption du régime soviétique après l'expérience de la guerre.
Dans la victoire de la Russie il retrouve une prolongation de la monstruosité du nazisme, et va faire dans son livre, la démonstration du parallèle entre les régimes nazi et soviétique qui finalement se retrouvent dans l'antisémitisme


Mais Grossman reste optimiste et nous délivre un message de bonté et de confiance dans l'homme
Plus les ténèbres du fascisme s'ouvrent devant moi plus je vois que l'humain continue invinciblement à vivre en l'homme/ même au bord de la fosse sanglante /même à l'entrée de la chambre à gaz, j'ai trempé ma foi dans l'enfer
Si encore maintenant, l'humain n'a pas été tué dans l'homme, alors jamais le mal ne vaincra.

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lu en 2021. Depuis 15 ans, ce livre attendait sa lecture. Pour un pavé de 1200 pages, le covid devait s'installer dans notre vie avec la cohorte de toutes les interdictions qui nous ont été imposées pour que je m'y plonge.
D'après les historiens et les romanciers, c'est un des plus grands livres du siècle. Grossman, juif russe né en 1905, fut pendant longtemps un écrivain et un journaliste communiste d'une orthodoxie absolue. Correspondant de guerre, il avait couvert la bataille de Stalingrad, et à ce titre, il décrit parfaitement la monstruosité des combats qui ont duré 6 mois, fait 800 000 victimes russes, et 400 000 allemands (voir son livre « Années de guerre »). Après la guerre Vassili Grossman est un homme meurtri, déchiré. Il a assisté au déchaînement de l'antisémitisme dans son propre pays (sa mère assassinée à Baby Yar), entendu les procès, analysé le stalinisme. Frappé par la convergence de deux systèmes politiques opposés : nazisme et communiste qui aboutissent à créer des camps de concentration/goulag ; gestapo/KGB, et un nationalisme d'état, il utilise la forme d'un roman avec des personnages fictifs pour analyser et accuser la politique répressive et meurtrière menée par Staline. Son manuscrit est saisi par le KGB, mais paru en 1980 en Europe, ce livre n'a survécu que par miracle.
Il dénonce les famines des années 1920 et 1932 en Ukraine, les arrestations arbitraires, les camps de prisonniers, les procès de 1937 où Staline a décapité l'ancienne garde des militaires lors de la révolte d'octobre, fidèles à Lénine ; l'antisémitisme sournois qui va s'amplifier après la guerre. La vie et la liberté sont de plus en plus précaires, personne n'est à l'abri d'une dénonciation. La méfiance devient un mode de vie.
La lecture est ardue, je me suis souvent perdue dans les personnages et effectué de nombreux retour en arrière. Mais ce livre est indispensable. Il est devenu l'introduction à un autre pavé qui fait suite : « le livre noir du communisme » qui illustre absolument les pages de ce roman.



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Roman russe lu en anglais dans une traduction de Robert Chandler.


Le XIXème siècle russe tenait son grand roman, son épopée, sa fresque historique, en la merveilleuse Guerre et la paix de Tolstoï.
Le XXème siècle ne fut pas en reste : Life and fate est aujourd'hui considéré comme LE grand roman russe de la période. Un livre qui pourtant, faillit ne jamais voir le jour : en 1960, le roman fut « arrêté » par le KGB, les brouillons brûlés et les rubans encreurs de la machine à écrire utilisée pour sa rédaction, détruits. Life and fate semblait à jamais perdu.
Heureusement, les sursauts de l'Histoire font parfois bien les choses, et grâce à deux copies dissimulées pendant des décennies, le manuscrit put être traduit et publié en Suisse en 1980. Il fallut attendre la glasnost pour qu'il paraisse en Russie en 1989.


Mais trêve d'histoire maintenant !
Ce récit, tout le monde le connaît. Depuis ses débuts, l'ouvrage n'a cessé de faire scandale, il a terrifié le monde politique soviétique, a glacé l'Europe de la guerre froide et a relevé haut la main le défit lancé par le bien connu Archipel du Goulag de Solzénicyn.


Car Life and fate était dangereux.
Près de 900 pages de vérités exposées sans concession, de récits séditieux, de dénonciations d'un système que personne alors n'osait faire.
Et surtout, et pour la première fois, une mise en parallèle de deux régimes totalitaires : l'Union Soviétique de Staline et le Troisième Reich d'Hitler. Deux régimes également capables des pires atrocités, des plus terribles abominations.


Son auteur fut pendant longtemps un écrivain et journaliste communiste d'une orthodoxie absolue, suivant l'Armée rouge sur les différents fronts et découvrant avec elle les ruines fumantes du camp de Treblinka.
Pourtant, lorsque Vasily Grossman entreprit, en 1952, cette immense fresque consacrée à la bataille de Stalingrad, il n'était plus le même homme. Il avait assisté au déchainement de l'antisémitisme dans son propre pays, vu pleuvoir les procès insensés et les dénonciations en cascade. Il avait vu ce que le Stalinisme avait de plus sombre, de plus caché, de plus sordide.
Frappé par les similarités entre deux systèmes politiques opposés, il décida de repenser l'histoire du siècle et faire de l'enfer un monstre à deux visages.


Ce hydre bicéphale prit la forme d'un immense roman : un millier de pages, près de 150 personnages , des centaines de courts chapitres dessinant d'innombrables et fascinant tableaux, une kyrielle d'intrigues s'enchevêtrant, une série de relations se dessinant au fil des pages, et une montée en puissance de la peur indéniable. A l'incroyable récit de la bataille de Stalingrad qui fit basculer la guerre dans une seconde phase, se mêlait celui de la famille Shaposhnikov, aux ramifications multiples, disséminées en Allemagne, à Moscou, à Stalingrad, à Kazan, en Sibérie et dans les montagnes de l'Oural.


Avec force de détails, Grossman donne naissance à une immense tapisserie décrivant une époque durant laquelle l'inimaginable et l'horreur côtoient les plus splendides passions. Il nous donne à voir un peuple dans toute son humanité, une population civile affamée, terrée dans les caves de Stalingrad, des soldats d'une terrifiante jeunesse envoyés au combat comme à l'abattoir, des scientifiques terrassés de découvrir leurs découvertes jugées « antisoviétiques » par le pouvoir en place, des hommes reniés, des dizaines d'« ennemis du peuple » envoyés dans un goulag sibérien, des milliers de femmes et d'enfants conduits vers les chambres à gaz sans autre forme de procès, des grand-mères éplorées d'avoir vu tous leurs enfants disparaître, des prisonniers ravagés dans un camps de concentration allemand.


J'avais peur en entamant cette impressionnante lecture de me perdre dans ce tableau démesuré, de ne pas être touchée par cette fresque historique trop documentée, d'être ennuyée par d'incessants épisodes de batailles (qui, je dois l'avouer, m'avaient quelque peu déstabilisée lors de ma lecture de Guerre et Paix), de ne pas bien saisir les différentes considérations idéologiques et philosophiques des personnages. D'être désemparée face à l'ampleur de la tâche, somme toute.


Mais je dois avouer qu'il n'en fut rien. J'ai été subjuguée par la force du récit, son intensité rare, sa fougue, son interminable progression vers le point culminant de l'horreur.
J'ai aimé ses personnages si humains, si beaux, si purs et si faibles tout à la fois, leurs émotions partagées, leurs amours, leurs espoirs et leurs combats.
J'ai goûté le plaisir de me sentir moins béotienne au coeur de cet effroyable siècle, de comprendre certains enjeux géopolitiques que je n'avais pas fait miens jusqu'alors et de prendre conscience de certains terribles mécanismes de « l'oeuvre » totalitaire.
J'ai enfin été saisie par l'ampleur de l'oeuvre, sa grandeur, la force de caractère de son auteur et l'importance que ce roman a eu dans le cours de ce que l'on peut appeler Histoire avec un grand H.
Lien : http://www.mespetiteschroniq..
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Attention! Chef d'oeuvre absolu en vue! Et je pèse mes mots. A quel point? depuis cette lecture, le regard que je pose sur le livre -l'objet livre- est plein de respect. Quand je le déplace d'une étagère à l'autre, c'est comme si je tenais les tables de Moïse.Il n y a pas de mots pour rendre justice à l'oeuvre de Grossman. Vous voyez ces quiz qui vous demandent quels livres emmèneriez vous sur une île perdue? et bien comme tout le monde, j'ai répondu il y a dix ans à ce petit jeu, et depuis, malgré toutes mes lectures et découvertes, je me suis jurée de rester fidèle et de ne jamais changer cette liste...jusqu'à Vie et Destin. Vie et Destin est le second tome de l'histoire de la bataille de Stalingrad.J'avais lu la première partie; Pour une Cause Juste et déjà j'étais époustouflée. C'est l'histoire d'une famille, de leurs amis, collègues et voisins durant les premiers jours de la bataille de Stalingrad. J'avais lu cette première partie en 2016 je crois, et j'ai mis du temps à trouver Vie et Destin...jusqu'à ces dernières semaines. Trois années après donc, je commence Vie et Destin en me souvenant très vaguement des protagonistes de pour une Juste Cause et des détails de leurs destins, mais je me souvenais déjà, de l'effet incroyable de ce livre. Je me souvenais ne pas avoir été dérangée par la multitude de personnages secondaires, des détails militaires ultra-techniques, des plans de batailles...etc. J'entame donc cette deuxième partie, avec quelques appréhensions. Première chose à savoir pour bien comprendre le grandiose de l'oeuvre de Grossmann, c'est l'histoire de Grossmann justement et celle de ce livre. Dans la première partie, c'est son expérience de soldat- journaliste qu'il décrit superbement. Il est patriote à l'extrême, et rapporte l'héroïsme de ses compatriotes, leurs courages moraux et physique devant l'agression nazi, et il est admiratif de ce peuple vaillant qui , non seulement tient tête, seul, à l'offensive allemande, mais est également à l'origine d'une idéologie qui est seule capable de contrer le nazisme, de ramener l'égalité et la dignité à l'humanité: le communisme. Grossmann en était convaincu. La deuxième guerre s'achève, les nazis sont vaincus....et le communisme entame son expansion. Et quelle expansion! Grossmann découvre, comme le monde entier ce que devient le communisme et ce qu'il inflige au peuple russe.Et cette découverte est la raison d'être de Vie et Destin. Grossmann y raconte le siège de Stalingrad, mais avec un oeil nouveaux: les russes assiégés sont toujours aussi vaillants et courageux, leur vie dans cet état de guerre suit son cours malgré tout, on travaille comme on peut, on étudie comme on peut, on s'aime comme on peut, on survit comme on peut et on meurt parfois.Mais le ver est déjà dans la pomme. le système atroce à venir est déjà en marche et en on voit les prémices: l'antisémitisme, la surveillance permanente et son lot de délations, l'absolutisme idéologique qui se mêle de tous les aspects de la vie; même de la personne qu'on doit aimer. Chaque russe a, de près ou de loin, été déjà, depuis l'époque de la collectivisation, touché par la bête. Nul n'est à l'abri, et tous doivent vivre avec ce monstre qui dévoile tour à tour le courage des uns, la lâcheté des autres, la résignation de certains et l'aveuglement de quelques uns...jusqu'à ce que leur tour vienne....car, oui, nul n'est à l'abri. le propos de Grossmann est sa déception ( et il y a de quoi) face à ce qui résulte de la bataille de Stalingrad. Cette bataille était le symbole de la lutte contre le mal absolu, elle était l'obstacle, le barrage ultime face à ce que l'humanité a engendré de pire, le grand sauveur de l'humanité. Sauf que cette victoire a nourri une bête, a donné une légitimité à la bête miroir. le communisme qui était l'étendard, le moteur de cette bataille contre le nazisme n'était que son reflet, utilisant les mêmes rouages, pour aboutir aux mêmes finalités: l'annihilation de l'humanité. Grossmann ne juge absolument aucun personnage ni aucun de leurs comportements. Leur psyché et ses mécanismes sont déroulés minutieusement sur de longues pages fabuleuses et douloureuses....et que dire de sa description des camps d'extermination!!!!! On a vu des dizaines et des dizaines de reportages et d'images des camps et des horreurs nazis. Mais aucune, en ce qui me concerne, n'ont égalé les mots de Grossmann, quand il décrit les réunions de travail des bâtisseurs des camps, quand il nous emmène dans des villages où les uns ont massacré les autres...parcequ'on leur a donné l'ordre....quand il nous entraîne avec un enfant et une femme, tout au long de leur "voyage" en train, vers les camps, vers les chambres, vers les douches, vers" La" chambre , leurs incrédulités, leurs espoirs, leurs lentes marches stupéfaites et résignées...leurs morts.Pour la première fois de ma vie, j'ai dû fermer brusquement le livre, comme on se couvre les yeux devant un film d'horreur, l'excitation en moins. J'ai mis plusieurs jours avant de reprendre la lecture. Il y a encore tant et tant à dire sur ce livre, notamment l'histoire de la saisie du manuscrit, de sa réapparition vers les années 80 je crois. Mais j'invite vivement à le lire, car aucun mot n'en sera à la hauteur.
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Un incontournable de la littérature du XXe siècle, un roman colossal par bien des aspects : plus de 1000 pages et près de 200 chapitres, fresque immense de la seconde guerre mondiale, la réalité rejoignant la fiction, « Vie et destin » est à coup sûr le « Guerre et paix » de la bataille de Stalingrad.

Même s'il s'étend sur une période relativement courte des années 1941 et 1942, il revient sur l'Histoire ancienne et récente de la Russie puis de l'U.R.S.S., c'est un pays, une nation, un peuple passés au scanner, sans concession.

Attention, on entre pas dans « Vie et destin » comme on pénètre dans un confessionnal, il faut même une certaine préparation psychologique, la trame est complexe, suavement embrouillée, sautant sans prévenir de l'Histoire à la fiction, du présent (1941/1942) à 1917 en passant par 1937 avec des téléportations dans le futur (années 50), mêlant les personnages historiques de ceux nés de l'imagination de GROSSMAN.

Aucun point faible dans cette saga gigantesque puisque les nombreuses anecdotes historiques accélèrent le rythme de certains passages un peu plus longs voire légers et rend un tout palpitant. On apprend entre mille choses que le fils de STALINE, prisonnier de l'armée allemande, lui donnerait des renseignements sur l'armée russe de son père, que les civils fuient parfois la « liberté » trop dangereuse pour se réfugier dans des ghettos dans lesquels ils se considèrent en sécurité. Des petites bluettes de ce genre, le bouquin en regorge.

La littérature n'est pas en reste, on cause sans masque, notamment dans les camps de prisonniers, de DOSTOIEVSKI, TOLSTOI (surtout) ou encore TCHEKHOV, on les compare, on les analyse. Pour les conversations politiques, les échanges sont longs et minutieux, on croit justement atterrir sur un chapitre de DOSTOIEVSKI qui savait si bien faire échanger ses personnages jusqu'à l'épuisement.

L'épuisement psychologique est d'ailleurs au coeur de ce récit où la fiction avec tous ses humains que nous allons suivre, que nous allons voir évoluer, principalement autour de la famille Chapochnikov aux nombreuses ramifications. L'action se déroule en divers lieux : dans un stalag, dans un camp d'extermination, sur le front ou à l'arrière de la bataille de Stalingrad, dans les rues de Stalingrad, mais aussi dans celles de Moscou, sans oublier la fameuse « maison 6bis ». La narration se déplace tantôt dans le camp soviétique, tantôt (mais beaucoup moins souvent) dans celui de l'Allemagne nazie.

L'incroyable force de ce roman est de renvoyer dos à dos les idéologies hitlérienne et stalinienne, émanant d'un citoyen russe pour lequel le tout semblait à l'époque particulièrement périlleux. L'état d'esprit d'une population prise entre deux feux est mis à nu : « Je pense souvent au suicide et je ne sais pas ce qui me retient, est-ce ma faiblesse, ma force ou un espoir insensé ? », car l'espoir perdure dans ce quotidien où on ne peut envisager aucun avenir : « le fascisme et l'homme ne peuvent coexister. Quand le fascisme est vainqueur, l'homme cesse d'exister, seuls subsistent des humanoïdes, extérieurement semblables à l'homme mais complètement modifiés à l'intérieur. Mais quand l'homme doué de raison et de bonté est vainqueur, le fascisme périt et les êtres qui s'y sont soumis redeviennent des hommes ». Dans cet affrontement entre deux dictatures, le peuple ment : « Un homme, disons, aime une femme. Elle est tout le sens de sa vie, son bonheur, sa joie, sa passion. Mais il doit le dissimuler : ce sentiment, Dieu sait pourquoi, n'est pas convenable. Il doit dire qu'il couche avec cette bonne femme parce qu'elle lui prépare ses repas, lui reprise ses chaussettes et lui lave son linge ». Tout le monde doit être utile à la cause nationale, devenir opérationnel pour ce que GROSSMAN appelle le nationalisme étatique de STALINE.

L'auteur revient largement sur les purges staliniennes de 1937 suite à la collectivisation forcée, les comparant aux camps de concentration nazis érigés en système quelques années plus tard. Cette audace téméraire de GROSSMAN lui a valu les foudres de guerre du gouvernement soviétique aux débuts des années 1960 après qu'il a écrit ce « Vie et destin » : censure, destruction, interdiction. le manuscrit sera pourtant caché, et aussi incroyablement surprenant que cela puisse paraître, miraculeusement envoyé à l'ouest lors d'un épisode rocambolesque où c'est le physicien Andreï SAKHAROV lui-même qui jouera le rôle du passeur de microfilm afin que le livre voie le jour en 1980 en Europe de l'ouest. Entre temps, GROSSMAN sera mort d'un cancer en 1964 et ne verra jamais son oeuvre aboutir.

L'histoire de ce bouquin est déjà un vrai sujet de roman à elle seule, elle est contée dans le superbe reportage (visible sur le net) « le manuscrit sauvé du K.G.B. », où il est entre autres expliqué que, si pour la plupart des écrivains considérés comme sulfureux ou anti-révolutionnaires par le pouvoir stalinien, une balle dans la nuque où une déportation suffisaient, il n'en était pas de même pour un GROSSMAN alors au fait de sa gloire, pesant sur l'opinion, avec le risque qu'un assassinat réveillerait les consciences, et qu'il était de fait plus aisé de condamner un livre que son auteur.

À noter que ce roman fait suite à « Pour une juste cause », mais qu'entre temps (« Pour une juste cause » a été achevé en 1952, « Vie et destin » 10 ans plus tard), l'auteur a évolué dans ses opinions politiques, il est devenu farouchement anti-stalinien, dénonciateur infatigable du bolchevisme, et de ce fait les deux oeuvres peuvent se lire distinctement. Inutile de préciser que ce « Vie et destin » me paraît comme une oeuvre majeure, qu'elle est un mal nécessaire et que son contenu fait encore écho aujourd'hui puisqu'il paraît évident que cette bataille de Stalingrad fut un tournant définitif dans le dénouement de la seconde guerre mondiale et même au-delà par un changement des mentalités.
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Grande fresque dans la lignée de Tolstoï, mêlant un foisonnement d'intrigues romanesques et des considérations philosophiques sur les systèmes totalitaires. Malgré quelques passages un peu longs, la lecture est à la fois passionnante et pédagogique.

Principaux personnages : deux soeurs, Evguénia et Lioudmila Chapochnikov. Evguenia quitte son mari Krimov, un vieux bolchevik (qui sera arbitrairement arrêté), pour le colonel Novikov (qui maîtrisera de main de maître sa division de char, notamment en retardant de 8 mn leur intervention dans l'offensive) ; Strum, le mari de Lioudmila, physicien de génie, qui passera de la crainte de l'arrestation à la gloire après un appel téléphonique de Staline. Il est à la pointe de l'intelligence et du génie humain mais il est simultanément accaparé par des problèmes personnels (son amour pour la femme de son collègue), des remords dans des attitudes quotidiennes ou des questions bassement alimentaires ou matérielles.

Strum est le personnage le plus creusé. Ses questions sont celles de VG.

P 1134 : « Tous étaient faibles, les justes comme les pêcheurs. La seule différence était qu'un misérable qui accomplissait une bonne action se pavanait ensuite toute sa vie, tandis qu'un juste qui en faisait tous les jours ne les remarquait pas, mais était obsédé, des années durant par un seul péché » ;

Ce livre est un chef d'oeuvre. A relire dans 10 ans

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