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Sophie Benech (Traducteur)
EAN : 9782909589053
70 pages
Interférences (11/08/2003)
4.06/5   9 notes
Résumé :

Avoir été parmi les premiers à découvrir et à décrire les camps de concentration nazis a sans doute beaucoup contribué à transformer le regard de Vassili Grossman sur le monde : c'est après la guerre qu'il a écrit ses oeuvres maîtresses, les plus profondes et les plus lucides. C'est aussi à partir de cette époque que ses yeux se sont ouverts sur le caractère totalitaire du régime c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Under_the_Moon
  14 avril 2016
Première rencontre avec l'oeuvre de Vassili Grossman, et : wouah ouh ! Quelle rencontre !
Ce petit recueil des éditions interférences rassemble deux nouvelles "La Madone Sixtine" et "Repos éternel". Deux réflexions sur l'humain, la beauté, la vie, la mort et le sens qu'on leur donne.
"La Madone Sixtine" m'a éblouie. Pas d'autre mot possible. C'est une nouvelle magnifique, qui m'a touchée au plus profond. L'auteur réussit à parler de l'oeuvre, de la beauté et de la fascination qu'elle nous inspire . Et il parvient à faire le lien avec sa découverte du camp de Treblinka lorsqu'il faisait partie de l'armée rouge. le résumer comme ça est une insulte à l'auteur, car ces mots semblent bien réducteurs face à la force que ses quelques mots dégagent.
"Repos éternel" est une réflexion sur la vie et la mort à partir des tombes que Vassili Grossman observe dans un cimetière. Venant juste après " La Madone Sixtine", difficile de ne pas constater que le ton de ce récit est plus "léger" et humoristique.
Bien sûr ces deux nouvelles sont aussi lyriques et justes.
Un très bon moment de lecture. Il me tarde de retrouver l'écriture et les réflexions de cet auteur.
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Warrenbismuth
  05 mars 2020
Deux textes de Vassili GROSSMAN dans ce petit livre, par ailleurs visuellement splendide. le premier, écrit en 1955, s'attarde sur le tableau de RAPHAEL « La Madone Sixtine » peint en 1514, détaillant l'oeuvre d'art, et la replaçant dans le contexte historique du XXe siècle, puisque durant la seconde guerre mondiale, l'U.R.S.S., après sa victoire sur l'Allemagne nazie, a ramené un certain nombre de tableaux alors gardés à Dresde. Une dizaine d'années plus tard, en 1955, elle va les rendre à son propriétaire, dont la fameuse Madone. Alors que les oeuvres sont en transit, GROSSMAN a l'occasion de les voir. Il exprime ici son ressenti sur cette divine madone qu'il voit comme un tableau intemporel et immortel, voire invincible. Faisant de RAPHAEL un visionnaire, il devine dans cette oeuvre la chute du XXe siècle : « La mère nourrit son enfant eu sein, et des centaines de milliers de gens bâtissent des murs, tendent du fil de fer barbelé, installent des baraques… Dans des cabinets tranquilles, on met au point des chambres à gaz, des automobiles tueuses, des fours crématoires… ».
Treblinka, entre autres. GROSSMAN a assisté de ses yeux aux conditions de déportations dans ce camp, il en restera traumatisé à vie. « Et on a peur, on a honte, on a mal : pourquoi la vie a-t-elle été si horrible, n'est-ce pas de ma faute, de notre faute ? Pourquoi sommes-nous en vie ? Question terrible, pénible, les morts sont les seuls à pouvoir la poser aux vivants. Mais les morts se taisent, ils ne posent pas de questions ». Dans les yeux de la Madone et de son fils, il y voit les souffrances des prisonniers de Treblinka, de la barbarie nazie. Il a déjà publié le roman « Pour une juste cause » et travaille sur son chef d'oeuvre « Vie et destin ». S'il fait parler ce tableau de RAPHAEL, c'est aussi pour y voir les yeux des déportés, non sans une lueur d'espoir en fin de texte.
« Repos éternel » a quant à lui été écrit entre 1957 et 1960. le personnage central est étonnamment LE cimetière. Pourquoi y va-t-on ? Pour les morts, pour l'hommage, le souvenir, pour soi-même ? Un cimetière ne comporte pas d'espace illimité, cependant la demande est toujours plus forte que l'offre. Alors, comme pour les vivants, on a construit en hauteur, mais sous le sol. On a établi plusieurs couches de cadavres pour gagner de la place. Un HLM funéraire en quelque sorte. La famille ne se prive pas de louer l'esprit fin du défunt dans des écrits parfois longs gravés sur les tombes.
Ces cimetières sont parfois pillés, violentés. GROSSMAN s'appuie sur des faits, donnent des exemples parlants qui peuvent donner la nausée. le cimetière n'est pas le lieu de silence et de calme plat qu'il est censé représenter. « Un colonel qui avait servi dans les troupes d'occupation en Allemagne avait rapporté à sa petite fille une poupée qui parlait. La fillette était morte peu après et, comme elle adorait sa poupée, les parents l'avaient placée dans le cercueil de l'enfant. Quelque temps après, la mère avait vu une femme qui revendait cette poupée. Elle s'était évanouie ».
Ces deux textes sont une façon originale de connaître une autre facette de GROSSMAN, certes encore fortement imprégnée de la seconde guerre mondiale pour le premier, mais très loin du GROSSMAN de l'imaginaire collectif pour le deuxième, quoique 1941 vient encore jouer les trouble-fête. Seulement 70 pages, traduites comme toujours magnifiquement par Sophie BENECH, le recueil est d'ailleurs paru dans ses propres éditions, Interférence, en 2012. La couverture, dessin s'inspirant de celui de RAPHAEL, mais en noir et blanc, est elle aussi splendide. Décidément, ces éditions ont beaucoup de mal à me décevoir.
https://deslivresrances.blogspot.fr/

Lien : https://deslivresrances.blog..
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cedratier
  11 février 2020
« La Madone Sixtine » Vassili Grossman (Editions Interférences, 71 pages)
Deux courts textes, dont le premier donne le titre du recueil.
Vassili Grossman rend compte de ce qu'il ressent à la vue de ce tableau de Raphael, assez (ou très) connu, la Vierge présentant son enfant. Elle semble passer une tenture qui s'ouvre pour elle, elle est encadrée de deux Saints, deux angelots à ses pieds semblent bien perplexes.
Ces images, en particulier le visage lisse, assez atone, de la Madone, me renvoient aux images pieuses que nous recevions et distribuions au moment de la communion, cérémonie bien ennuyeuse. Ce texte est tout le contraire d'une analyse didactique du tableau, ce n'est pas « l'explication » d'une oeuvre d'art par un professeur es peinture. C'est juste ce que cela provoque comme émotion chez l'auteur-écrivain. Cette toile le bouleverse, l'offrande d'une vie en le sachant, c'est ce que VG voit, et cela le retourne, le chavire, il tire le fil et lui viennent les images de Treblinka et de ses horreurs, de toutes les mères en souffrances indicibles, de tous les drames.
Le second texte, Repos éternel, un peu plus long, nous fait visiter un cimetière connu de Moscou, la vie qui s'en empare au printemps lorsqu'il faut nettoyer les tombes, et là aussi, VG brode, invente des vies et des morts, sans réel fil conducteur.
J'ai trouvé un peu d'intérêt et d'émotion au premier, beaucoup moins au second, qui semble inachevé, plus une matière en travail qu'un texte à publier en l'état. Il n'en restera certainement pas grand-chose.
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Villebard
  07 mai 2020
Grossman a vu à Moscou la célèbre toile de Raphaël avant que l'URSS ne restitue la toile à l'Allemagne d'où les troupes l'avaient rapportée en temps que prises de guerre. L'émotion ressentit fut violente, tant elle remuait en lui des souvenirs douloureux, souvenirs qu'il évoque dans ce court texte. Grossman, comme correspondant de guerre de “Krasnaïa Zvesda”, le journal de l'armée rouge est arrivé avec elle à Treblinka. La Madone évoque les mères portant leurs enfants vers les chambres à gaz, les paysannes déportées vers le Goulag, les massacres des grands procès de 37… Il conclut avec “optimisme”, la beauté de la Madone survivra aux horreurs humaines, ce qu'elle fait depuis quatre siècles. Puisse -t-il avoir raison…
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Under_the_MoonUnder_the_Moon   12 avril 2016
Ce qu'il y a de plus magnifique au monde, c'est le cœur vivant de l'homme. Sa faculté d'aimer, de croire, de pardonner, de tout sacrifier au nom de l'amour, est une chose magnifique. Mais les cœurs vivants dorment d'un sommeil éternel dans la terre des cimetières.

L'âme d'un homme qui est mort, son amour et son malheur, on ne peut les voir ni les surprendre sur les pierres tombales, dans les inscriptions des monuments ou les fleurs poussant sur un tertre. Son mystère, la pierre, la musique, les pleurs et les prières sont impuissants à le rendre.

Devant le caractère sacré de ce mystère muet, tout est méprisable : tous les tambours et toutes les trompettes de cuivre de l'Etat, la sagesse de l'histoire, la pierre des monuments, le hurlement des mots et des prières pour les défunts. C'est cela, la mort.

(dans "Repos éternel)
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PiatkaPiatka   30 septembre 2014
Plus les profondeurs de la vie sont immuables, plus les changements à la surface de l'océan sont brutaux.
On constate que les tempêtes vont et viennent mais les profondeurs de la mer, elles, demeurent.

Repos éternel
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Under_the_MoonUnder_the_Moon   12 avril 2016
La Madone avec son enfant dans les bras, c'est ce qu'il y a d'humain dans l'homme, et c'est là son immortalité.
En regardant la Madone Sixtine, notre époque y discerne son propre destin. Chaque époque contemple cette femme avec son enfant dans les bras et, entre les hommes de générations différentes, de peuples, de races et de temps différents, surgit une fraternité tendre, émouvante et douloureuse. L'homme prend conscience de lui-même, de sa croix, il comprend soudain le lien merveilleux qui existe entre ce qui vit aujourd'hui et tout ce qui a été, tout ce qui sera.
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PiatkaPiatka   01 octobre 2014
Ce tableau nous dit combien la vie doit être précieuse et magnifique, et qu'il n'est pas de force au monde capable de l'obliger à se transformer en quelque chose qui, tout en ressemblant extérieurement à la vie, ne serait plus la vie.
La force de la vie, la force de ce qu'il y a d'humain en l'homme est immense, et la violence la plus puissante, la plus absolue, ne peut asservir cette force, elle peut seulement la tuer. C'est pour cela que les visages de la mère et du fils sont si sereins : ils sont invincibles. En ces temps de fer, la mort de la vie n'est pas sa défaite.


À propos du tableau La madone sixtine de Raphaël
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PiatkaPiatka   29 septembre 2014
Le monde entier, toute l'immensité de l'Univers, c'est l'esclavage résigné de la matière inanimée, seule la vie est le miracle de la liberté.
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Videos de Vassili Grossman (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Vassili Grossman
Ce documentaire de Priscilla Pizzato retrace l'histoire du roman Vie et destin de Vassili Grossman. Chef-d'oeuvre de la littérature du XXe siècle, Vie et destin est une violente charge contre le régime stalinien et les totalitarismes. Confisqué par le KGB en octobre 1961, le manuscrit du livre a été enfermé dans les sous-sols de la Loubianka, le siège de la police politique.
“Pourquoi ajouterions-nous votre livre aux bombes que nos ennemis préparent contre nous ?”, avait écrit Mikhaïl Souslov, l’éminence grise de Staline, à Vassili Grossman qui plaidait la cause de son livre.
Sauvé de la disparition grâce au courage d’un réseau de dissidents, parmi lesquels le physicien Andreï Sakharov et l’écrivain Vladimir Voïnovitch, Vie et destin ne paraît en France qu’en 1983.
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