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Luba Jurgenson (Traducteur)
ISBN : 2253157813
Éditeur : Le Livre de Poche (09/02/2011)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 56 notes)
Résumé :
En février 1943, le mot " Stalingrad " est sur toutes les lèvres : ce mot aux sonorités tranchantes deviendra le symbole de la citadelle sur laquelle s'est brisé le raz de marée allemand. C'est à cette époque, immédiatement après les combats auxquels il a assisté en tant que correspondant de l'Étoile rouge et dont il a rendu compte dans ses chroniques, que Vassili Grossman entreprend sa fresque monumentale, Pour une juste cause, dont la seconde partie, mondialement ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
christinebeausson
  25 janvier 2019
Il y a un moment où il faut se décider, il ne suffit pas d'acheter deux pavés de plus de mille pages et de les laisser traîner dans le mouton à lire ....
Ce moment est arrivé, pourquoi, je ne sais pas vraiment, je tourne autour de la Russie actuellement alors pourquoi ne pas découvrir ce que certains ont appelé l'un des grands romans du XXe siècle, "vie et destin" mais j'ai souhaité respecter la chronologie et commencer par le début ...
Ce sera pour quelques temps .... pour une juste cause.
Les jours se sont enchaînés, les pages se sont tournées avidement, convulsivement .... deux années se sont écoulés 1941 et 1942, j'ai été éblouie par le malheur, les morts, les scènes de combat, les discours traumatisant de ceux qui se croyaient les maîtres du monde, la tranquillité de ceux qui étaient sûrs de combattre pour la survie de leur territoire, les scènes invraisemblables où l'âme russe nous amenait à la contemplation de ce que l'on pourrait nommer l'horreur et qui se transformait en sentiment de jouissance face à la beauté du monde.
C'est une lecture renversante, épuisante de par son volume et par l'éclatante élégance de l'écriture.
Il faut lire "pour une juste cause", pour comprendre l'engouement d'un peuple sûr de sa force, de ses certitudes, qui est à ce moment là une façon de résister à l'invasion fasciste.
1942 était encore une époque où l'on pouvait croire en la grandeur du communisme !
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andreepierrette
  28 octobre 2014
Je viens de terminer les 1.050 pages de ce roman-récit, épopée, écrite par un journaliste de guerre, observateur : Vassili Grossman) entre l'armée nazie d'Hitler et l'armée soviétique. de Staline.
Le thème principal : victoire des russes sur les allemands en gagnant la bataille de Stalingrad.
J'ai eu, non pas des difficultés de lecture, l'écriture reste claire et parfaitement accessible, mais les principales pierres d'achoppement furent : la complexité des grades militaires à laquelle est ajoutée des qualifications précises par rapport à la profession civile ou politique; les noms russes des personnages, : trois mots, plus souvent, des diminutifs, pour une seule personne (je sais c'est comme cela en russe), j'ai dû me faire une petite liste,; les nombreuses petites villes éparpillées : sur un bout de carte géographique, et enfin les tactiques, les stratégies militaires : avances, retraits, encerclements, attaques, contre-attaques, qui font une grande partie du récit, où viendra apparaître les personnages, avec pour chacun un morceau de son histoire personnelle.
Le commissaire politique est un agent de surveillance, chargé d'orienter les hommes de tous grades dans le sens voulu par le parti communiste.Il reflète la discipline et la propagande inhérente à toute dictature.
La guerre, les destructions massives, la mort, le courage face à un ennemi puissant sur-armé, la force, la volonté de défendre sa terre, son pays, son honneur face à une armée d'envahisseurs décidée à tuer, à éliminer tout ce qui n'est pas allemand afin de conquérir un monde qui serait à sa merci
Je ne regrette pas cette lecture ayant été jusqu'à la dernière page avec ténacité. Je vais lire la suite "Vie et Destin" paru en 1980., universellement reconnu comme l'un des plus grands romans du XXe siècle.. Mais sincèrement, j'ai eu quelquefois un peu de mal à suivre les troupes, les régiments, les bataillons etc n'ayant pas l'esprit militaire..
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Warrenbismuth
  22 juin 2019
Puisqu'il est de bon ton de raisonner en « actes », ce « Pour une juste cause » est l'acte 1 du roman fleuve « Vie et destin » de Vassili GROSSMAN. Il représente une immense fresque de plus de 1000 pages sur la bataille de Stalingrad qui s'étalera entre juillet 1942 et février 1943, mais aussi et surtout à son déclenchement, soit l'invasion de l'U.R.S.S. par les troupes nazies malgré le pacte de non agression germano-soviétique de 1939.
Au coeur de cette épopée, la famille Chapochnikov, dont presque tous les personnages principaux du romans sont intimement ou plus indirectement liés. Auprès des nombreux personnages fictifs y évoluent d'historiques, retraçant ainsi avec une rare précision cette guerre au coeur de la deuxième guerre mondiale.
Le roman fait la part belle au quotidien, au mode de vie des soviétiques durant cette période : généralisation des kolkhozes, outils de travail dépassés, bavardages informels en famille sur les mesures à prendre sur l'invasion allemande, l'amour entre protagonistes, défense du stalinisme malgré les difficultés à se nourrir, à survivre devant l'agression. Étalage sans concession de la fierté russe, mais nombreux éléments sur l'esprit de compétition, entre soldats notamment.
Pour l'aspect purement guerrier, nombreuses mises en abyme sur les stratégies militaires de part et d'autre, des attaques repoussées aux encerclements en passant par les attentes, longues. L'essence est un élément primordial du récit : il faut sans cesse ravitailler les engins de guerre et l'Allemagne a en partie la mainmise sur les carburants. Les usines sont le centre d'affrontements violents puisqu'elles renferment nombre de matières premières utiles à la guerre et qu'elles deviennent de fait un enjeu majeur. GROSSMAN n'oublie pas l'exode massif de familles entières vers l'est pour fuir l'armée nazie et les combats, tout comme il tient à préciser certaines alliances internationales signées et non respectées. La violence est omniprésente, quoique pas exagérée par des superlatifs de mauvais alois : « Les immeubles mouraient comme meurent les hommes. Les uns hauts et maigres, s'affaissèrent sur le côté, les autres, trapus, restèrent debout, tremblants et chancelants, éventrés, laissant voir tout ce qui jadis était caché : les portraits au mur, les lits à deux places, les bocaux de céréales, une pomme de terre à moitié épluchée sur une table recouverte d'une toile cirée maculée d'encre ». Épluchée aussi avec force détails la situation à Stalingrad durant cette période troublée et prise de folie.
Dans ce récit vertigineux, le temps semble figé : alors que de nombreux événements se déroulent sur le terrain, les dates n'avancent pas, ou peu, c'est à mon sens l'un des aspects majeurs du livre. La nature est beaucoup dépeinte, sans doute parce qu'elle aussi possède une place de choix, notamment la Volga et ses eaux majestueuses qui jouera un rôle prépondérant dans la victoire soviétique. GROSSMAN n'oublie pas non plus que les animaux souffrent au quotidien de cette guerre, dépérissent ou tentent de trouver une porte de sortie, se recroquevillent sur eux-mêmes ou amorcent un baroud d'honneur.
La guerre par le prisme de personnages fictifs en croisant des réels, ça nous rappelle forcément quelque chose. En effet, on peut voir « Pour une juste cause » puis « Vie et destin » comme les « Guerre et paix » du XXe siècle, d'autant que les accents sont bougrement tolstoïens dans l'écriture. Et puis il y a les chiffres, eux aussi dans la démesure : pour ce premier volet, 176 chapitres en plus de 1000 pages présentant des centaines de personnages dont la plupart ne feront qu'un tour rapide, mais tout de même 33 personnages principaux énoncés comme une sorte de généalogie au début du récit. Ils n'auront bien sûr pas tous le même destin (la version proposée est ponctuée de 131 notes très instructives).
GROSSMAN trempe aussi sa plume du côté de l'Allemagne nazie, il brosse notamment au coeur du récit un portrait au vitriol d'HITLER, comme pour tenter de comprendre son parcours depuis la première guerre mondiale : « L'Allemagne vaincue eut besoin des idées d'un Hitler faisant son microscopique homme de chemin. Aujourd'hui, il est devenu évident que le surhomme fut engendré par le désespoir des faibles et non par le triomphe des forts. Les idées de liberté individuelle, d'internationalisme, d'égalité sociale de tous les travailleurs sont celles d'un homme sûr de la puissance de son esprit, de la force créatrice de son labeur. Ces idées-là ne connaissent qu'une seule forme de violence : celle de Prométhée à l'égard de ses chaînes ». HITLER avait prévu la fin de la guerre pour novembre 1941, il voyait le nazisme régner sur le monde pour 1000 ans. L'Histoire lui prouvera ses torts.
« Qu'elle aille se faire foutre, la vie ! », pourtant les combattants russes sont courageux, un brin têtes brûlées, ils défendent leur patrie vaille que vaille contre l'agresseur nazi, malgré le brasier que va devenir la ville de Stalingrad, ses quartiers flambants comme de vulgaires allumettes, la panique de la population, mais toujours l'espoir.
Dans ce roman, GROSSMAN n'utilise jamais le mot « U.R.S.S. » pour désigner son pays, comme s'il refusait le stalinisme. Cependant, malgré quelques pistes, il ne met pas la nuque de STALINE sur le billot, il ne critique pas ouvertement sa politique. « Pour une juste cause » (sorti tout d'abord en version censurée en 1952, il paraîtra en version intégrale en 1954, juste après la mort de STALINE survenue en 1953) s'attelle à mettre l'accent sur la défense soviétique durant cette bataille sanglante et éprouvante, repoussant les assauts de l'envahisseur nazi. Il se fait patriote, admirateur de la stratégie militaire. le livre va remporter un franc succès qui donnera les coudées franches à GROSSMAN pour dépeindre l'envers du décor en 1962 : « Vie et destin ». Mais stoppons ici puisque, d'une part cette chronique est suffisamment longue, d'autre part parce que nous avons déjà évoqué « Vie et destin » dans nos colonnes, vous pourrez vous reporter au lien suivant pour en savoir plus sur le « destin » de ce livre si votre curiosité est piquée :
https://deslivresrances.blogspot.com/2018/05/vassili-grossman-vie-et-destin.html
Quoi qu'il en soit, ces deux oeuvres de GROSSMAN représentent une documentation historique de haut vol et se placent comme une seule oeuvre, l'une des plus surdimensionnées de la littérature russe du XXe siècle.
https://deslivresrances.blogspot.fr/
Lien : https://deslivresrances.blog..
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Woland
  11 avril 2012
За правое дело suivi de Жизнь и судьба
Traduction : Luba Jurgenson pour "Pour Une Juste Cause" et Alexis Berelowitch et Anne Coldefy-Focard pour "Vie & Destin"
I - Aucun livre n'a jamais été présenté de cette manière sur notre forum et il n'y en aura sans doute pas d'autre. Les deux volumes peuvent se lire séparément et ont été édités tous deux séparément et pourtant, il ne nous viendrait pas à l'esprit de les présenter l'un sans l'autre car la spécificité de "Vie & Destin", son caractère unique non seulement dans la littérature russe mais aussi dans la Littérature tout court, ne se perçoit pleinement que par opposition à ce que son auteur avait conçu comme la première partie de sa fresque, "Pour Une Juste Cause."
L'axe central des deux volumes, c'est le siège de Stalingrad. Rappelons brièvement que le sort de l'Europe et de la Seconde guerre mondiale s'est décidé à Stalingrad et que, sans l'héroïsme du peuple russe tout entier et de ses soldats, les Alliés auraient peut-être réussi à abattre Hitler mais cela leur aurait pris infiniment plus de temps. L'affirmer n'est ni faire mentir L Histoire, ni dénier aux Américains l'importance que revêtit pour nous leur intervention dans le conflit. Mais il faut garder à l'esprit que, au moment où débute "Pour Une Juste Cause", l'Europe entière, à l'exception de l'Italie fasciste, de l'Espagne, d'obédience franquiste, et de la Grande-Bretagne de Sa Gracieuse Majesté, est envahie par les Nazis. On peut chipoter sur les distinctions entre les pays annexés (comme l'Autriche ou une partie de la Pologne), les pays effectivement occupés (comme la France) et les pays satellites (comme la Roumanie ou la Hongrie) mais la réalité s'impose : l'Europe appartient aux nazis.
Pour une raison connue de lui seul, Hitler prit la décision de rompre le pacte que l'Allemagne avait signé avec l'URSS le 23 août 1939. L'idéologie nazie des "sous-hommes" incluait largement les Slaves et cette arrogance de ceux qui s'auto-proclamaient comme appartenant à la "race des Seigneurs" allait entraîner leur perte. Car si l'attaque allemande du 22 juin 1941 fut pour Staline comme un véritable coup de massue - et l'homme n'était pourtant pas facile à déstabiliser, on le sait - il allait très vite se reprendre et, à sa manière très particulière, exiger et obtenir du peuple russe un effort si gigantesque, si surhumain, qu'il finit par renverser la vapeur de l'énorme machine de guerre allemande.
Toutefois, le 22 juin 1941, l'armée allemande se trouve aux portes de la taïga : l'Ours soviétique semble sur le point de rendre l'âme et le reste de l'Europe se tait, comprenant avec horreur que la conquête de l'URSS, si on l'ajoute à toutes les précédentes et aux victoires remportées également en Asie et en Afrique, marque la naissance d'un monde entièrement soumis au nazisme. (A suivre ...)
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Woland
  11 avril 2012
II - Correspondant de guerre pour "L'Etoile Rouge", Vassili Grossman eut tout le temps d'assister aux combats qui marquèrent le siège de Stalingrad et qui durèrent de juillet 1942 à février 1943. Il y puisa l'idée de "Pour Une Juste Cause" qui, on ne s'en étonnera pas, est avant tout une oeuvre très engagée, patriotique et nationaliste. L'auteur nous dépeint la lutte de géants qui opposa son pays à l'Allemagne nazie en nous présentant tout un lot de personnages plus ou moins attachants, dont les membres de la famille Chapochnikov. Si l'on excepte les absurdités administratives de l'armée, les instances soviétiques ne sont pas critiquées.
Sans être ennuyeuse, cette partie du livre dépasse rarement le niveau d'un honnête roman de propagande. Mais tout va changer avec "Vie & Destin."
Quand il s'attaque à cette deuxième partie, Grossman est un homme gravement ébranlé par la guerre : il y a perdu son fils aîné et il a été l'un des premiers à entrer à Treblinka. Pire encore : sa mère, à laquelle il dédiera "Vie & Destin", est morte dans un ghetto. En d'autres termes, ce Russe d'origine juive, qui ne parle pas le yiddish et qui a été élevé dans une famille non pratiquante, se voit appelé, pour la première fois, à réfléchir à son identité.
Pour couronner le tout, si l'on peut dire, la sortie, en 1952, de "Pour Une Juste Cause", et sa démolition en flammes par un critique empressé aux ordres du Généralissime, font comprendre à Grossman que ce socialisme soviétique pour lequel il s'est battu est en train de relever le flambeau hitlérien contre les juifs. Oh ! bien sûr, Grossman avait entendu parler des pogroms mais tout cela se passait sous le régime tsariste et était d'autant plus inconcevable dans l'URSS marxiste-léniniste de l'après-guerre que les Soviétiques d'origine juive s'étaient battus comme les autres contre l'envahisseur ...
Et pourtant ... (A Suivre ...)
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critiques presse (1)
Lexpress   04 juillet 2011
Un des plus beaux témoignages sur l'héroïsme du peuple russe, incarné par de formidables personnages à la Tolstoï.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
ValiseBabelioValiseBabelio   06 août 2019
Lui marchait sur la route, et elle, debout devant le portail, le suivait des yeux, croyant qu’elle supporterait tout, qu’elle viendrait à bout de tout pourvu qu’il revienne ne serait-ce que pour une heure, pourvu qu’elle puisse le voir une fois encore. Piotr, petia, murmura-t-elle. Mais il ne se retourna pas, ne s'arrêta pas, il marchait vers l'aube rouge qui se levait à l'horizon au-dessus de la terre qu'il avait labourée. Le vent froid le frappait au visage, chassant de ses vêtements la chaleur, le souffle du foyer.
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ValiseBabelioValiseBabelio   06 août 2019
Les bombardements atteignirent et frappèrent la ville. Les immeubles mourraient comme meurent les hommes. Les uns, hauts et maigres, s’affaissèrent sur le côté, tués sur le coup, les autres trapus, restèrent debout, tremblant et chancelant, éventrés, laissant voir tout ce qui jadis était caché : les portraits aux murs, les buffets, les tables de nuits, les lits à deux places, les bocaux de céréales, une pomme de terre à moitié épluchée sur une table recouverte d’une toile cirée maculée d’encre.
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ValiseBabelioValiseBabelio   06 août 2019
Mes soldats tiennent bon, ils sont décidés à mourir en héros, en tout cas, l’adversaire ne passera pas à travers notre défense. Le pays tout entier entendra parler de la 3ème compagnie de tireurs. Tant que le chef de la compagnie est en vie, aucune de ces putains ne passera. Il leur faudra attendre que le chef de la compagnie soit tué ou grièvement blessé. Actuellement, le commandant de la compagnie se trouve dans une situation difficile, il est physiquement atteint, affaibli, et il n’entend pas bien. Il a des vertiges, tombe sans arrêt, saigne du nez ; malgré cela, la 3ème compagnie ne se retire pas. Nous mourrons en héros pour la ville de Stalingrad. Que la terre soviétique soit notre tombeau. J’espère qu’aucune de ces racailles ne passera. La 3ème compagnie verse son sang de soldats de la garde pour la libération de Stalingrad.
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ValiseBabelioValiseBabelio   06 août 2019
La ville sentait la Volga, invisible dans le crépuscule lunaire ; chaque rue, chaque ruelle, tout vivait, tout respirait au rythme de sa vie, de sa respiration. L'orientation des rues, les montées et les descentes de la ville, tout obéissait à la Volga, à ses courbes, aux escarpements de ses rives. Les usines immenses et massives, et les petites maisons de faubourgs, et les grands immeubles modernes, dont les vitres reflétaient vaguement la lune d’été, les jardins et les parcs, les monuments, tout était tourné vers la Volga, tout descendait vers elle.
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WolandWoland   11 avril 2012
[...] ... Déjà, à l'époque, avant la guerre, il était évident qu'Hitler avait triomphé de dix pays d'Europe occidentale presque sans effort, que l'énergie de ses troupes n'avait presque pas été entamée. D'immenses armées terrestres étaient concentrées à l'est de l'Europe. Sans cesse, de nouvelles configurations politiques et militaires provoquaient de nouveaux débats. La radio avait transmis la déclaration d'Hitler selon laquelle selon laquelle le sort de l'Allemagne et du monde était fixé pour mille ans.

En famille, dans les maisons de repos, dans les entreprises, on parlait guerre et politique. L'heure de la tempête avait sonné : les événements du monde s'étaient mêlés au destin de chacun, avaient fait irruption dans la vie des gens et on ne prenait plus de décision concernant les vacances d'été à la mer, l'achat de meubles ou d'un manteau d'hiver sans consulter les communiqués de la presse militaire, les discours et les études publiés dans les journaux. Les gens se disputaient souvent, remettaient en question leurs relations. On se disputait surtout au sujet de la puissance de l'Allemagne et de l'attitude à prendre envers cette puissance.

A cette époque, le professeur biochimiste Maximov était revenu d'une mission scientifique. Il avait été en Tchécoslovaquie, en Autriche. Strum n'avait pas de grande sympathie pour lui. Cet homme aux cheveux blancs, aux joues rouges, aux gestes onctueux et à la voix douce lui semblait timide, veule, une bonne âme. "Avec son sourire, on peut obtenir du thé gratis," disait Strum, "deux sourires pour un verre."

Maximov avait fait un exposé dans une petite réunion de professeurs. Il n'avait presque rien dit sur le caractère scientifique de son voyage mais avait parlé de ses impressions, de ses conversations avec des savants, avait décrit la vie dans les villes occupées par les Allemands.

Comme il parlait de la situation de la science en Tchécoslovaquie, sa voix s'était mise à trembler, et il avait poussé un cri :

- "On ne peut pas raconter ça, il faut le voir ! Les gens ont peur de leur ombre, de leurs collègues de travail, les professeurs ont peur de leurs étudiants. La pensée, la vie intérieure, la famille, l'amitié, tout est sous le contrôle du fascisme. J'avais un camarade qui avait fait ses études avec moi, nous avions bûché à la même table les dix-huit synthèses en chimie organique, cela fait trente ans que nous sommes amis, eh ! bien, il m'a supplié de ne pas lui poser de questions. Il était terrorisé à l'idée que je puisse me servir de son récit et que la Gestapo le reconnaisse même si je ne révèle ni son nom, ni sa ville, ni son université. Le fascisme sévit dans la science. Ses théories sont effroyables , et demain, elles deviendront de la pratique. Elles le sont déjà d'ailleurs. Car on y parle sérieusement de sélection, de stérilisation, et un médecin m'a raconté qu'on avait tué des malades mentaux et des tuberculeux. C'est l'anéantissement total des âmes et des esprits. Les mots "liberté", "conscience morale", "compassion" sont traqués, il est interdit de les transmettre aux enfants, de les écrire dans les lettres privées. Voilà comment ils sont, les fascistes ! Qu'ils soient maudits !"

Ces dernières paroles, il les avait criées ; puis, prenant son élan, il avait donné un puissant coup de poing sur la table : on eût dit un matelot de la Volga fou de rage et non pas un professeur à la voix douce, à la tête blanche, au sourire agréable.

Son exposé avait produit une forte impression. Strum avait dit :

- "Ivan Ivanovitch, vous devez noter vos observations et les publier, c'est votre devoir ..."

Quelqu'un avait dit alors, prenant le ton d'un adulte qui s'adresse à un enfant :

- "Tout cela n'est pas nouveau et ce n'est pas le moment de publier des souvenirs de ce genre : nous avons intérêt à consolider la politique de paix et non pas à la fragiliser.*"

* : Pendant la période entre la signature du pacte Molotov-Ribentropp et l'agression allemande, le 22 juin 1941, la presse soviétique avait cessé de traiter l'Allemagne nazie de fasciste et accusait au contraire les Alliés d'avoir déclenché une campagne de haine. L'Allemagne était désormais présentée comme un pays agressé auquel l'Union soviétique devait apporter son soutien. Dans ce contexte, toute déclaration anti-allemande devenait dangereuse.... [...]
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