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EAN : 9782073003614
176 pages
Gallimard (08/06/2023)
3.75/5   389 notes
Résumé :
4 février 1912. Le jour se lève à peine. Entourés d’une petite foule de badauds, deux reporters commencent à filmer. Là-haut, au premier étage de la tour Eiffel, un homme pose le pied sur la rambarde. Il veut essayer son invention, un parachute. On l’a prévenu : il n’a aucune chance. Acte d’amour ? Geste fou, désespéré ? Il a un rêve et nul ne pourra l’arrêter. Sa mort est l’une des premières qu’ait saisies une caméra.
Hanté par les images de cette chute, Éti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (132) Voir plus Ajouter une critique
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Le 4 février 1912 au petit matin, un homme de trente trois ans a le pied posé sur la rambarde du premier étage de la tour Eiffel et regarde la trentaine de personnes, policiers, journalistes et curieux, rassemblée au pied de la tour, qui ont les yeux levés vers lui. Deux reporters commencent à le filmer…
Cet homme s'appelle Franz Reichelt. Tailleur pour dames, il est venu de Bohème à Paris en 1900 tenter sa chance.
Il y mène une vie simple et solitaire. Ce sont les débuts de l'aviation et un véritable engouement est né : « Ça et là, des appareils construits dans des arrière-boutiques ou des cours de ferme s'élevaient laborieusement dans les airs avant de retomber ». Si Franz n'est pas spécialement tenté par ces essais, il aime cependant laisser son regard errer vers les nuages, laissant ainsi refluer en lui les souvenirs d'un amour perdu. Lorsque Antonio Fernandez, son seul ami, véritablement fasciné lui, par l'aventure des airs, après être monté jusqu'à trente mètres à bord de son « Aéral » s'écrasa à la verticale, le 7 décembre 1909, laissant une jeune veuve et un bébé, la vie de Franz va quelque peu changer.
La sécurité aérienne devenue une cause nationale, sept morts ayant endeuillé cette année-là, la Ligue aérienne et l'Aéro-Club décident d'offrir la somme de 5000 francs à l'inventeur d'un parachute adapté aux aviateurs.
Franz se lance dans la compétition, voulant créer un parachute qui sauvera d'autres vies. Il met au point un prototype, un parachute intégré à la tenue du pilote.
Même si plusieurs essais se sont révélés infructueux, le 14 février 1912, il décide de tenter un saut depuis les 57 mètres du premier étage de la tour Eiffel. Malheureusement, son appareillage, qui ne semble qu'à demi-ouvert, se replie sous lui et il tombe alors en chute libre durant quelques secondes avant de s'écraser sur le sol gelé.
Le film de cette mort en direct ainsi que le testament laissé par Franz sont à l'origine du roman de Étienne Kern.
C'est donc l'histoire vraie de cet homme, ni ingénieur, ni savant, mais inventeur, ce destin tragique que Étienne Kern nous confie dans ce roman, Les envolés, en y mêlant le souvenir de ses propres disparus et les traces qu'ils lui ont laissées. En effet, dans ce destin tragique, l'auteur va trouver des résonances avec son propre vécu, avec son grand-père et avec une amie suicidée, amie à qui il dédie le livre, qui sont morts eux aussi dans une chute.
C'est un roman biographique et historique dans lequel, évidemment, l'imagination a sa place et il est souvent difficile de savoir si les scènes sont tirées de la vie de Reichelt ou pas. Bravo à l'auteur d'ailleurs, car j'ai été surprise par la réalité de certaines que je pensais fictives.
En lisant ce roman j'ai été très émue par ce héros à la fois doux, simple, touchant et généreux.
Les envolés, premier roman de Étienne Kern, à la fois sobre, beau, mélancolique et bouleversant m'a permis de découvrir la figure méconnue de Franz Reichelt à qui l'auteur rend hommage ainsi qu'à ses chers disparus.
Portrait d'un inventeur au destin tragique, Les envolés est un roman court, très sensible au titre poétique, il est l'histoire d'une incroyable solitude et un beau témoignage d'amour à ces « envolés ».

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Le 4 février 1912, les caméras filmaient en direct la mort de Franz Reichelt, alors qu'il essayait son invention de costume-parachute depuis le premier étage de la tour Eiffel. Qu'est-ce qui avait bien pu pousser cet homme à sauter, quand tous l'avaient prévenu qu'il n'avait aucune chance de réussir ? Etienne Kern reconstitue le parcours de ce tailleur pour dames d'origine autrichienne, mêlant à sa narration les interrogations qui le hantent depuis la mort par défenestration de deux êtres chers.


Du vieux film en noir et blanc, l'on ne sait ce qui est le plus saisissant : des hésitations de l'homme avant son saut, ou du public et des caméras venus assister sans broncher à un dénouement que tous savaient inéluctable. Au-delà de la curiosité malsaine des foules, c'est à ce qui a pu conduire Franz Reichelt à une telle extrémité qui intéresse l'auteur, lui que la peur du vide assaille depuis la chute accidentelle d'un parent et le suicide d'une amie. Ses doutes et ses interrogations quant à ces deux fins dramatiques que rien ne laissaient prévoir, trouvent une résonance obsédante dans l'étonnant cheminement d'un homme que son métier de tailleur, associé à son amitié pour un ami mort de sa passion pour l'aviation, ont curieusement amené à défier toute raison.


Pendant que le Paris de la Belle Epoque entrevoit avec optimisme un futur ouvert à tous les possibles d'un progrès technique en soudaine accélération, il faut bien des illuminés et des aventuriers pour s'élancer dans l'expérimentation des inventions, notamment celles qui entament la conquête du ciel. Franz Reichelt s'est-il laissé contaminer par une foi inébranlable en cet avenir magique ? A-t-il fini par prendre ses rêves pour des réalités, lui que son monde modeste, ses deuils et ses amours déçues clouaient au sol ? A moins qu'il n'ait choisi, en toute conscience, de préserver jusqu'au bout une illusion mortelle, mais qui valait pourtant mieux que sa morne et terre-à-terre réalité ? Sans les caméras qui le poussaient dans la lumière, aurait-il renoncé ?


Une certaine tristesse étreint le lecteur qui l'accompagne dans la très crédible restitution historique d'Etienne Kern. Les réflexions contemporaines et personnelles de l'auteur contribuent à cette mélancolie, alors qu'elles apparaissent de plus en plus clairement relever du terrible questionnement dans lequel vous jettent ceux qui ont choisi de « s'envoler ». Un texte délicat et ciselé, tout en nuances et non-dits.

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C'est à partir d'un fait divers tragique qu'Étienne Kern a bâti ce roman. En 1912, un homme s'élance du premier étage de la Tour Eiffel pour expérimenter son invention, un parachute. le drame se déroule devant une foule de badauds et de journalistes venus assister à une performance dont l'issue ne laisse pas de doute, d'autant que les tentatives précédentes, avec un mannequin, ont les unes après les autres échoué malgré les améliorations successives du prototype.

Qui était ce fou volant, dont l'histoire s'inscrit au coeur de cette émulation inventive du début du vingtième siècle ? Quelles motivations l'ont conduit au terme de cette démarche ? Son sens de l'amitié, ses amours complexes , son histoire familiale ou un rêve de gloire ?

C'est ce que le roman va tenter d ‘élucider tout en établissant des parallèles avec des éléments biographiques de l'auteur lui-même qui sont une clé de compréhension pour expliquer cet intérêt pour le sujet. Car elle est au coeur de ces pages, l'amie disparue, celle dont l'envol, contrairement à celui du tailleur, a suivi la chute, volontaire, pour quitter ce monde devenu trop pesant, avec de nombreuses questions sans réponse.

C'est un récit tout en délicatesse, où l'on perçoit l'empathie et le souci de comprendre ces gestes fous.

Ce premier roman parvient en peu de pages à explorer avec tact et compassion un fait divers cruel et énigmatique, tout en rendant hommage à un être cher.


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« Il est difficile de vaincre ses passions, et impossible de les satisfaire. »
Mme de la Sablière.

Quelle qu'en soit la raison, Franz est allé au bout. Au bout de ses rêves, au bout de sa vie.
Paris, février 1912, il va enjamber le parapet du 1er étage de la Tour Eiffel et sauter.
Pour se prouver que son parachute qu'il souhaite breveter est fiable.
Il va réussir où les mannequins ont échoués. le croit-il ?
Tout le monde connait l'issue de ce roman avant de le débuter, mais quelle importance.
C'est le cheminement de cet homme qu'Etienne Kern relate qui est fascinant.
C'est la découverte de ce personnage réservé et modeste mais amoureux qui s'écrase au sol en quatre secondes qui m'a ému. Ce sont les rouages de sa passion, ses motivations qui m'ont chamboulé.
A-t-il sauté par amour éperdu, par défi, par l'envie dévorante de créer un parachute et ainsi sauver la vie d'aviateurs intrépides aussi enragés que lui ?

L'auteur, d'une écriture douce mais poignante raconte l'ivresse d'une brulante passion qui balaie tout discernement.
Je suis allé visionner le court film muet de sa folie, un texte l'accompagne : « Comme s'il eut pressenti l'horrible sort qui l'attendait, le malheureux inventeur hésita longtemps avant de s'engager dans le vide… »

Ce petit roman me restera bien longtemps en mémoire.
J'ai un profond respect pour les passionnés et pour toutes les passions.
« Hier soir, je dis à ma femme : Crois-tu que la passion, ce soit fini entre-nous ?
Elle me répond : On discutera de ça après la pub. »


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Pour un moment d'éternité

Étienne Kern a choisi, pour son premier roman, de retracer le parcours de Franz Reichelt. Car l'histoire de l'homme qui s'est jeté de la tour Eiffel en 1912 est bien plus riche que le fait divers filmé à l'époque. Elle dit aussi la puissance d'une conviction, la force d'un rêve.

Il s'appelait Franz Reichelt, avait émigré en France et était tailleur. Mais il est surtout connu pour avoir sauté un jour de février 1912 du premier étage de la tour Eiffel. La courte vidéo de ce drame a été visionnée des millions de fois, symbole tout à la fois d'un monstrueux accident et de la volonté farouche de vivre son rêve.
Étienne Kern, qui vient de décrocher le Prix Goncourt du premier roman pour ce livre, a choisi de raconter comment il en était arrivé à faire ce choix. Et c'est passionnant.
Sur ses pas, on découvre combien la France se passionnait alors pour les pionniers de l'aviation. «Chauffeurs de taxi, étudiants, coureurs cyclistes, des centaines de têtes brûlées se prenaient à rêver des nuages. C'était plus qu'un engouement, c'était une frénésie, un élan gigantesque comme après une longue absence. Les étagères sc tapissaient de revues spécialisées. Jamais les coeurs n'avaient vibré de plus d'émotions. Çà et là, des appareils construits dans des arrière-boutiques ou des cours de ferme s'élevaient laborieusement dans les airs avant de retomber.
Partout, les pieds enfoncés dans le sol, des foules se rassemblaient, poussant le même cri de plaisir, les bras tendus vers tous ces héros, ces perdus, ces damnés qui lançaient de gros jouets vers le ciel sans savoir qu'ils y creusaient leur tombe.
En ce temps-là, on ne parlait pas encore d'avions. On parlait d'aéroplanes.»
Si Franz n'avait pas croisé la route de Antonio Fernandez, il n'aurait sans doute jamais envisagé de voler. Ce collègue, qui lui a mis le pied à l'étrier quand il est arrivé en France et ne parlait quasiment pas la langue, a rapidement fait fortune avant de se lancer dans la construction de l'un de ces aéroplanes. Lors d'une soirée passablement avinée, il va lui faire détailler son projet. Quelques jours plus tard, du côté de Nice, il mourra aux commandes de l'Aréal, son invention qui avait réussi à décoller, mais un câble défectueux a sans doute lâché et provoqué sa chute.
Quelques jours plus tard sa veuve, accompagnée de leur fille que son père n'aura jamais vue, se présentera à sa boutique parisienne, vendue pour trois fois rien. Elle parviendra à se faire embaucher comme couturière et croisera par la suite la route de Franz. Ignorant leur amitié passée, Emma va accorder sa confiance à cette homme si attentionné. Franz, quant à lui, s'est lancé dans la confection d'un costume-parachute. Il veut ainsi rendre hommage à son ami Antonio et offrir une belle preuve d'amour à sa veuve. Qui se sent trahie, qui voit une seconde fois la folie s'emparer de son homme.
Étienne Kern, en racontant les jours et les heures qui vont mener Franz à la mort, dit bien davantage que les journalistes qui ont alors relaté ce fait divers. Il dit les rêves des émigrés, il dit la chute de son grand-père et celui de son amie, de tous ceux qui sont partis trop tôt, des rêves plein les yeux.
En insérant son histoire personnelle entre les chapitres, en racontant son enquête sur les pas de Franz Reichelt, le romancier donne à ce livre une dimension universelle. En rendant hommage à tous les envolés, il montre aussi que leurs espoirs continuent de nous accompagner, qu'ils sont au-dessus de leur tragique destin. Derrière la mort, il nous donne une émouvante leçon de vie.


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critiques presse (3)
LeMonde
26 juin 2023
Il se dégage de ce texte une grande douceur, qui laisse aux fantômes de l’auteur la possibilité de se frayer un chemin.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeFigaro
06 septembre 2022
Action d'éclat, suicide déguisé, panache d'un homme qui voulait croire à son rêve ? Etienne Kern s'interroge en respectant le mystère de son personnage et reconstitue autour de lui cette époque un peu folle qu'était la Belle Époque.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
SudOuestPresse
11 mai 2022
Au-delà du personnage de Franz Reichelt, il évoque d’autres chutes, d’autres disparitions, et les vides qu’elles laissent dans nos vies.
Lire la critique sur le site : SudOuestPresse
Citations et extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
𝑱'𝒂𝒊𝒎𝒆 𝒕𝒂 𝒔𝒊𝒍𝒉𝒐𝒖𝒆𝒕𝒕𝒆 𝒔𝒖𝒓 𝒍𝒂 𝒑𝒐𝒓𝒕𝒆 𝒄𝒍𝒐𝒔𝒆. 𝑱'𝒂𝒊𝒎𝒆 𝒄𝒆𝒕𝒕𝒆 𝒊𝒎𝒑𝒓𝒆𝒔𝒔𝒊𝒐𝒏 𝒅𝒆 𝒔𝒆́𝒓𝒆́𝒏𝒊𝒕𝒆́, 𝒅𝒆 𝒍𝒆́𝒗𝒊𝒕𝒂𝒕𝒊𝒐𝒏. 𝑻𝒖 𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒎𝒎𝒆 𝒖𝒏 𝒆𝒏𝒇𝒂𝒏𝒕 𝒒𝒖𝒊 𝒑𝒓𝒆𝒏𝒅 𝒖𝒏 𝒑𝒂𝒓𝒂𝒑𝒍𝒖𝒊𝒆 𝒆𝒕 𝒔𝒂𝒖𝒕𝒆 𝒅'𝒖𝒏 𝒎𝒖𝒓𝒆𝒕 : 𝒄'𝒆𝒔𝒕 𝒖𝒏𝒆 𝒄𝒉𝒖𝒕𝒆 𝒑𝒐𝒖𝒓 𝒓𝒊𝒓𝒆. 𝑬𝒕 𝒋'𝒂𝒊𝒎𝒆 𝒑𝒂𝒓-𝒅𝒆𝒔𝒔𝒖𝒔 𝒕𝒐𝒖𝒕 𝒄𝒆𝒕𝒕𝒆 𝒄𝒍𝒐𝒄𝒉𝒆 𝒅𝒆 𝒕𝒊𝒔𝒔𝒖 𝒒𝒖𝒊 𝒅𝒆́𝒓𝒐𝒃𝒆 𝒕𝒐𝒏 𝒗𝒊𝒔𝒂𝒈𝒆 : 𝒕𝒖 𝒆𝒔 𝒏'𝒊𝒎𝒑𝒐𝒓𝒕𝒆 𝒒𝒖𝒊.𝑻𝒖 𝒆𝒔 𝒍𝒆 𝒓𝒆̂𝒗𝒆, 𝒍𝒂 𝒇𝒐𝒊, 𝒍𝒆 𝒅𝒆́𝒔𝒊𝒓, 𝒍𝒆 𝒗𝒆𝒓𝒕𝒊𝒈𝒆.
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C’est alors l’édifice le plus haut jamais construit par les hommes. C’est la Tour. C’est Babel. C’est la bergère d’Apollinaire, la girafe en dentelle de Cocteau, la cheminée d’usine de Maupassant, l’inutile et monstrueuse construction pourfendue par Zola. Elle est tiède encore d’avoir été fondue, martelée, caressée par tous ceux qui, deux ans durant, à raison de douze heurs par jour pendant l’été, neuf heures pendant l’hiver, ont, rivet après rivet, assemblé, fixé, poli, rendu possible la formidable éruption de métal qui jaillit vers le ciel.
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La France se découvrait une passion nouvelle.
Chauffeurs de taxi, étudiants, coureurs cyclistes, des centaines de têtes brûlées se prenaient à rêver des nuages. C’était plus qu’un engouement, c’était une frénésie, un élan gigantesque comme après une longue absence. Les étagères se tapissaient de revues spécialisées. Jamais les cœurs n’avaient vibré de plus d’émotions. Ça et là, des appareils construits dans des arrière-boutiques ou des cours de ferme s’élevaient laborieusement dans les airs avant de retomber.
Commenter  J’apprécie          372
Vers cette époque là, plusieurs aviateurs moururent coup sur coup. Ce fut d'abord, à Antibes, un jeune officier dans le biplan s'était abîmé en mer ; à Pau, le même jour, un mécanicien tué par l'explosion d'un moteur ; au Mans, la nuit d'après, un pilote qui n'avait pas pu s'extraire de l'appareil et qui, blessé par un éclat métallique, s'était vidé de son sang.
Les journaux en firent leurs gros titres. D'article en article, on rendait hommage aux vaillants pionniers qui avaient si bien mérité de la patrie. On écrivait qu'ils étaient morts au champ d'honneur du progrès. On consacrait une ligne ou deux aux veuves, aux enfants. La colonne d'à côté parlait de la canicule, d'une lotion capillaire, des élections.
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Ce vieux film en noir et blanc, je l’ai découvert un soir d’hiver, sur Internet. (…)
Arrivé au bout, j’ai recommencé, une, deux, trois fois.
La même scène se rejouait, comme une cérémonie dont chaque geste est codifié, chargé de sens, aimanté par quelque chose qui le dépasse : le pied sur la rambarde, le corps penché, le mouvement de recul, le grand saut, tout convergeait vers la quatre-vingt-deuxième seconde – l’instant précis où tu atterris sur le sol.
Chaque visionnage me racontait une autre histoire. Tu étais un nouvel Icare, puni par les dieux pour ton audace. Tu voulais mourir. Tu mourais plein d’espoir, aveuglé jusqu’au bout par ton rêve. Tu étais une victime. Sans cette caméra, peut-être, tu aurais fini par redescendre de cette chaise, bredouiller quelques excuses et rentrer chez toi. Tu étais un héros : tu refusais le réel, tu faisais sauter les rambardes.
Tu étais tous les scénarios. Tu étais tout ce qui m’obsède. Le souvenir des corps qui chutent. L’évidence de cette quatre-vingt-deuxième seconde qu’il faudra bien vivre un jour. Cette vérité si troublante : l’expérience du vertige n’est pas la peur de tomber mais le désir de sauter.
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