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Critiques sur Les Essais (46)
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LydiaB
  04 février 2013
"C'est icy un livre de bonne foy, lecteur. Il t'advertit dés l'entrée, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ay eu nulle consideration de ton service, ny de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ay voué à la commodité particuliere de mes parens et amis : à ce que m'ayant perdu (ce qu'ils ont à faire bien tost) ils y puissent retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entiere et plus vifve, la connoissance qu'ils ont eu de moy. Si c'eust esté pour rechercher la faveur du monde, je me fusse mieux paré et me presanterois en une marche estudiée. Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moy que je peins. Mes defauts s'y liront au vif, et ma forme naïfve, autant que la reverence publique me l'a permis. Que si j'eusse esté entre ces nations qu'on dict vivre encore sous la douce liberté des premieres loix de la nature, je t'asseure que je m'y fusse tres-volontiers peint tout entier, et tout nud. Ainsi, lecteur, je suis moy-mesmes la matiere de mon livre : ce n'est pas raison que tu employes ton loisir en un subject si frivole et si vain. À Dieu donq, de Montaigne, ce premier de Mars mille cinq cens quatre vins."

C'est par cet avertissement au lecteur que Montaigne entame ses fameux Essais. En écrivain maniaque, il en fera trois publications, s'efforçant de corriger ses premiers jets. Je ne sais pas s'il s'agit réellement "d'un livre de bonne foi", on peut en discuter. Ceci dit, il s'agit d'un riche témoignage de la société de son temps. En philosophe, Montaigne s'interroge sur la complexité de l'homme, notamment sur le corps et l'âme. Contrairement à la pensée de l'époque, il va s'attacher à montrer que les deux sont étroitement imbriqués. Rien n'est tabou pour lui. C'est ainsi qu'il abordera tous les thèmes : vie, mort, sexualité, désir, amitié etc...

Si je remettais en question la "bonne foi", c'est que ce texte n'est en rien objectif. Montaigne fustige souvent ses contemporains et se montre quelque peu en donneur de leçons. Ceci dit, les dites leçons sont tellement bien amenées que l'on s'y laisse prendre avec plaisir.
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
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Joualvert
  27 novembre 2015
Ce fut une lecture de longue haleine. Volumineux d'une part et pas si aisé à déchiffrer par moments. C'est qu'on ne parle plus tout à fait comme il y a 435 ans. Certes, on a adapté l'orthographe et la ponctuation, mais on a scrupuleusement gardé les tournures de phrases, expressions et mots disparus intacts, sous peine de défigurer le texte. Mais on a fait un bon effort pour simplifier le problème en mettant sur la page même les définitions, sens de mots différents d'aujourd'hui et traductions des citations qui émaillent le texte (c'est du moins le cas dans l'édition folio). Il m'a fallu cependant relire certaines phrases plusieurs fois avant d'en saisir le sens ou l'idée. Malgré ces contretemps, l'intérêt est définitivement présent.

D'abord, on découvre la merveilleuse personnalité de ce vénérable bonhomme, raisonné, amoureux de la vérité, sans-façon et qui se moque volontiers de lui-même. Dans ses actions et ses idées, il est le gros bon sens incarné, en quelque sorte.

Ensuite il parle de TOUT. Absolument tout. Si un essai vous lasse quelque peu, vous pouvez être sûr qu'un autre abordera un sujet qui vous intéresse. Vous serez peut-être surpris de voir exprimé en ce langage du XVIe siècle vos propres cogitations, tant la majorité de ces discours et sujets sont intemporels. Ce qui m'amène au point suivant.

Comme tout ces lettrés des siècles passés, Montaigne affectionne la littérature et l'histoire de l'antiquité. Il rapporte une multitude d'anecdotes et de citations de ce passé déjà vieux de mille ans et plus pour lui. Pour quelqu'un comme moi qui ne s'est jamais penché sur cette antiquité, il s'agit d'un merveilleux aperçu et introduction.

Mais il ne se borne pas là, et vous vivrez aussi sa propre époque, de guerres et de découvertes. Vraiment une mine inépuisable d'idées, d'anecdotes et de philosophie. Vous rirez aussi, car il peut se montrer hilarant et mordant.
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candlemas
  04 août 2017
A l'heure d'évoquer cet ami fidèle, mort en 1592, mon propos ne sera point d'une quelconque érudition, que d'autres, dans un français plus digne de la vénérable Sorbonne, manient mieux que moi.
Quoique l'aisance de son dialogue avec les ancêtres latins donne clairement à voir sa vaste culture classique, Michel de Montaigne cultive dans ses Essais un langage des plus simples (pour l'époque), "naturel et ordinaire, sans contention ni artifice". Il me semble qu'un commentaire aussi personnel que simple lui est dû.
"Mon dessein est de peindre" cette belle rencontre que je fis, depuis la première page de ces Essais, jusques à la dernière, durant plusieurs années. Montaigne réservait ces Essais comme une commodité pour se faire connaître de ses parents et amis, quand il aurait quitté cette terre. N'étant point, à ma connaissance, de sa famille, c'est donc en ami que je parlerai de lui.
Comme beaucoup, je le rencontrai au détour d'une page d'un manuel scolaire (Lagarde et Michard je crois). Cet homme se décrivait alors, après une vie d'aventure, à courir le monde et les femmes, à voyager et survivre au milieu des guerres et intriques politiques de son temps, à faire profiter autant que possible les Princes, puis ses concitoyens bordelais, de son humanisme engagé, prenant refuge dans sa bibliothèque.
Au coeur de la tour du château de Montaigne, il entreprenait de livrer son âme non à Dieu mais à qui voudra, dans cette entreprise de prime abord pleine de vanité, et finalement au contraire tellement belle d'humanité et de simplicité, de parler de lui-même (ce que nous faisons tous, tout le temps, en définitive.... ) Grâce à cet abandon de fausse pudeur, j'eus la joie et l'honneur de me sentir dans l'intimité de cet honnête homme du XVIème Siècle incarné.
L'évocation de ce sage retiré en son château de Montaigne nourrit mon désir au fil des pages du 1er volume des Essais. A l'âge où d'autres jeunes gens s'imaginent pilote de ligne ou ingénieur informatique, je rêvais, moi, d'une telle retraite, après une même vie de voyages, d'aventure et d'expérience des relations humaines, en notre temps.
Il faut sans doute plus de temps au XXIème siècle pour réaliser cette ambitieux programme humaniste, probable utopie, et la retraite n'est pas pour tout de suite (pour peu qu'elle arrive un jour), mais la lecture des tomes 2 et 3 des Essais, achevée une première fois à l'âge de 38 ans (âge qu'avait Montaigne quand il entreprit leur rédaction) continue à me hanter avec bonheur dans cette vie. Quelle joie, en écrivant ce commentaire, de constater que cette ambition n'a pas varié depuis 25 ans, et que mes choix d'études, de métier et de vie continuent de s'inspirer de cette vision de l'existence humaine, face aux pièges de l'ambition, de l'habitude, des déceptions.
Probablement l'un des rares livres que je relirai.
Monument de littérature, témoignage historique ou autobiographique, oeuvre moraliste, philosophique.... pour moi peu importe, Michel de Montaigne fait partie de ces grands frères qui me guident sur un chemin d'humanité avant tout, et dont les doutes et les remises en question, les rires et les coups de colère, les inquiétudes et les bosses de la vie, répondent aux nôtres, suscitant l'émotion d'un partage au-delà des siècles.
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ivredelivres
  20 février 2009
Cette édition chez Arléa en français moderne, avec la « traduction » des mots qui ne sont plus usités ou qui ont changé de sens, enfin la traduction immédiate des citations latines tout cela fait de cette édition, la version indispensable qui permet à tout lecteur d'entrer dans les Essais.

A lire sans modération mais pas tout d'une traite, Montaigne dit qu'il aime lire et écrire « à sauts et à gambades », picorer, « pilloter » dans les livres. Faites de même avec le sien et votre addiction est assurée.
La langue de Montaigne est colorée, luxuriante.
Les préoccupations, les réflexions d'un gentilhomme du XVII ème siècle sont proches des nôtres.
Il vous appartient de piocher sans ordre dans les différents chapitres, l'amitié, la mort, la vanité, le goût de la lecture, la tolérance ......

Ce qu'en disent de bien plus érudit que moi

Etiemble appelait Les Essais des « Contre-poisons »

André Comte-sponville dit « Il nous apprend à aimer cette existence éphémère au lieu d'en rêver une autre »

F Nietzsche : « Qu'un tel homme ait écrit , vraiment la joie de vivre sur terre en a été augmentée »

Mme de la Fayette «  Ce serait plaisir d'avoir un voisin comme lui  »

Michel Onfray «  Montaigne me touche, me ravit et m'émeut avec une indefectible constance »

Lien : http://asautsetagambades.hau..
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vincentf
  09 août 2012
Parcourir Les Essais, s'y perdre pour s'y trouver, tâter de tout pour toujours revenir à soi, à cet homme qui, le premier, ne choisit que de s'étudier lui-même pour tenter de comprendre un petit rien à ce qu'il est, est une expérience de lecture unique. On y voit, à vif, la pensée d'un homme se construire, des petits essais du premier livre, qui compilent les idées des autres, de ces modèles anciens, Sénèque, Plutarque, Lucrèce, que petit à petit l'on oublie, aux longues et tortueuses réflexions tous azimuts du troisième livre, qui, en voulant se concentrer sur l'essentiel, sur Michel de Montaigne, seul objet pensable, s'échappe vers tous les grands thèmes humains, la vanité, l'utile et l'honnête, la volonté, l'expérience... C'est que, pour Montaigne, rien n'est stable, rien n'est définitif, rien n'est résolu une fois pour toutes, pas même sa propre identité, qu'il ne peut frôler qu'en la déformant, dans un mouvement sans fin. Cet échec, s'il en était un, aurait pu aboutir à un pessimisme absolu. Mais Montaigne n'est pas tout à fait un moderne. Il voit que tout est relatif, vague et insaisissable, mais continue à s'enfoncer en lui-même, et s'il n'y trouve rien de solide, s'accroche à l'ordre établi, à la Nature, à la sagesse divine. Il remet tout en cause tout en étant profondément conservateur; il casse toutes les idées à la mode et s'accroche à la coutume, sans en être dupe; il ne veut que penser à partir de lui-même et cite sans cesse les références de jadis. Bref, Montaigne est à la fois excessif et sage, spirituel et grossier, ancien et moderne, mort et vivant. Ses Essais sont ce qu'il peut s'écrire de plus vivant, et de plus humain.
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peloignon
  24 octobre 2012
Ce n'est pas l'effort qui prime en compagnie de Montaigne. Il s'agit plutôt d'une détente agréable où l'on apprend de ses expériences parfois pour s'en plaindre et surtout pour s'en moquer, dans l'optique que le « grand et glorieux chef-d'oeuvre, c'est de vivre à propos. » (III, XIII, 320)
Le lire, c'est entrer dans un monde où un titre de chapitre est moins un endroit où l'on reste enfermé qu'un point de départ d'où l'on va et vient, selon le fil de la pensée, sans se soucier de l'élégance ou d'exigences pouvant dénoter quelque « sçavoir pedantesque ».
Et les mots qu'il utilise, mots dont résonnent encore souvent les échos dans notre expression actuelle, ont une fraîcheur sublime, qui s'accorde extraordinairement bien à la tonalité de ses Essais.
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LaForceduTemps
  30 juillet 2011
Un livre que l'on mange par petite bouchées
Quand je marche dans ma bibliothèque,
Je pense à lui, ne sachant pas constituer son livre autrement quand marchant
Comme Socrate qui marchait dans son espace de vie en parlant, ce qui a donné ce que nous étudions toujours


Je suis la matière de mon livre
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Nebulas
  14 mars 2016
« Essais » de Montaigne, un livre historique et connu qui n'a pas besoin d'une quelconque introduction. Je suis heureux que j'ai pu terminer ce premier tome sans problème de compréhension, car la littérature du XVI siècle, c'est généralement « un challenge » pour moi. (Je me souviens encore des textes néerlandais de la même époque qu'on devait lire au lycée ; la plupart étaient vraiment ennuyeux. Franchement, cette lecture était une punition …).

Heureusement, « Essais » est différent. En fait, la traduction en français moderne par Guy de Pernon est agréable et relativement facile à lire. Je n'ai pas lu ce premier tome rapidement, peut-être en deux ou même trois semaines seulement. J'ai dû doser la lecture un peu pour ne pas perdre la concentration.

Le livre comprend presque soixante chapitres dans lesquels l'auteur présente une grande variété de sujets. Il y a des chapitres vraiment intéressants qui semblent presque actuels, par exemple sur l'éducation, mais on trouve aussi des chapitres un peu moins captivants. C'est évident que Montaigne a lu « Lettres à Lucilius » de Séneque, car son livre contient plusieurs citations de cet oeuvre. On trouve aussi beaucoup de références aux autres auteurs de l'Ancienneté.

C'est une livre intéressant grâce à toutes ces pensées et réflexions d'une auteur du XVIe siècle. Les deuxième et troisième tomes m'attendent impatiemment.
Lien : http://nebulas-nl.blogspot.n..
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zohar
  27 avril 2011
En faisant abstraction du contexte historique et de la période littéraire dans laquelle a été écrit les Essais. J'essaierai, à travers ma critique de dégager, seulement et simplement, l'esprit et la philosophie des Essais.

Ils apparaissent comme une constellation de citations consignées à partir de lectures. Ces données servent, en quelque sorte, de points de départ à la réflexion et leur accumulation conduit, bien évidemment, au développement de l'esprit critique.
Aux expériences livresques de Montaigne s'ajoutent ses propres expériences personnelles ; et, c'est cette somme là qui permet de saisir l'homme dans sa totalité, qui amène l'émergence d'un humanisme.
Dans cette perspective écrire, chez Montaigne, c'est circonscrire le domaine à appréhender, c'est fixer dans l'esprit l'objet de la réflexion et l'auteur des Essais se propose de se peindre lui-même.
Le projet qu'il adopte, c'est celui de se connaître et pour se faire l'expérience quotidienne devient le vecteur de cette connaissance.
Il est à l'affût de lui-même : en apprenant à se connaître, il apprend également à connaître les autres. Finalement, ce livre est un discours tenu par l'homme sur l'homme.
Procédant de façon descriptive, les Essais posent tout simplement la question suivante : qu'est-ce que l'homme ? (ou de façon plus générale) L'unité de l'espèce se trouve-t-elle contestée par la diversité des individus ?
Montaigne est persuadé de nos singularités, il tente seulement d'expliquer et de trouver les raisons de nos actes et de nos réactions.
Dans ses Essais, il souligne sa (nos) faiblesse(s) tout en dégageant sa (notre) grandeur ; celle d'un être qui assume sa condition et accepte la vie telle qu'elle est.
Dans ce processus, plus il accumulera de détails sur ce qu'il est, mieux il révèlera l'humaine condition. Une telle approche lui permet de dépouiller tout masque et de saisir l'homme dans un effort d'anthropologie humaniste.

Nous avons là un véritable monument de pensée et de la littérature occidentale.
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ConfidencesLitteraires
  23 mars 2016
"De l'éducation", "Du voyage", "Valeur du dialogue", "Des coches"... du bon sens à la pelle, des idées bien arrêtées, un petit bout passionnant de philosophie.
Certes, c'est sans doute grâce à un super prof de Français de lycée que Les Essais m'ont autant plu, mais chacun devrait lire un ou deux essais sur la problématique qui l'intéresse. Je ne pense pas qu'il faille lire tout le livre d'un coup, juste piocher au gré des titres.
"De l'amitié" reste une des plus belles éloges sur ce thème que j'ai jamais lue, les images sont bien trouvées, comme souvent dans ces Essais.
Je recommande, car si on prend la peine de s'y plonger, on comprend que les idées de Montaigne du 16° sont encore d'actualité dans nombre de sujets...
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