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EAN : 9791028112486
352 pages
Bragelonne (18/08/2021)
3.57/5   406 notes
Résumé :
Un manoir isolé. Un aristocrate dangereusement séduisant. Et une jeune mondaine poussée à dévoiler leurs atroces secrets. Après avoir reçu un mystérieux appel à l'aide de sa cousine récemment mariée, Noemí Taboada se rend à High Place, un manoir isolé dans la campagne mexicaine. Elle ignore ce qu'elle va y trouver, ne connaissant ni la région ni le compagnon de sa cousine, un séduisant Anglais. Avec ses robes chic et son rouge à lèvre, Noemí semble plus à sa place a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (116) Voir plus Ajouter une critique
3,57

sur 406 notes
Quand j'étais petite, j'adorais aller explorer les vieilles demeures croulantes qui croisaient mon chemin : au cours d'une randonnée ou en explorant le quartier, j'aimais cette sensation d'interdit et, probablement aussi, d'indiscrétion qu'il y a à pénétrer l'antre de quelqu'un d'autre, même si les habitants ne sont plus là. En réalité, surtout si les habitants ne sont plus là. Car alors tout un imaginaire se crée qui n'a pas à se confronter à la réalité : on peut inventer l'univers qui nous plaît au gré des trouvailles, de la déco, des objets miraculeusement non encore dérobés par les squatteurs. Parfois les journaux intimes d'anciens propriétaires, des correspondances. Alors la vérité se mêle à l'imagination pour me faire mentalement vivre des aventures fantastiques.
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C'est pourquoi ma préférence allait toujours aux vieilles maisons mangées par leurs jardins luxuriants à l'abandon, au papier peint daté, aux grandes verrières ornées de vitraux lumineux à moitié cassés, moulures aux plafonds et grandes cheminées en pierres… J'imaginais la vie qui y grouillait, et je m'y insérais souvent : quel rôle y aurais-je tenu ? Comme une lecture grandeur nature, je m'identifiais aux habitants que j'imaginais. Et puis j'aimais ressentir cette petite pointe de danger, consistant à se demander à chaque pas si le parquet allait s'effondrer, me laissant atterrir dans quelque sous-sol secret palpitant, si l'escalier allait craquer sous mon poids, ou encore si j'allais faire une mauvaise rencontre une fois à l'étage…? de chair et d'os ou évanescente ? Parfois même, dans certains lieux chargés d'histoires, j'entendais presque respirer la maison, je sentais son pouls en caressant les murs et, bien sûr, l'écoutais murmurer ses secrets.
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Ces maisons sont-elles hantées ? Ou pire, possédées ? Ou serait-ce les émanations de ces champignons sur lesquels je marche qui me montent au cerveau ? Dans ce cas, à chaque pas spores et fumée me contaminent un peu plus, et plus j'en écrase sous mes pas, plus je les respire et ils entrent en moi, il se faufilent, ils sont partout dans les recoins de la maison, les joints des carrelages et sous les papiers-peints… Peut-être que j'aime les romans gothiques pour ces raisons. Parce qu'ils me permettent de retrouver ces sensations d'enfant partant à l'aventure, à la rencontre de son imaginaire, aux frontières du réel. Aussi parce qu'ils nous font vivre un autre temps, un autre rythme. Parce que leur atmosphère les rend à la fois rassurant, cossus, mais aussi inquiétant et mystérieux. Ni trop roses ni trop sombres, donc.
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Entre le rose et le noir : C'est exactement l'ambiance de ce roman dont le titre annonce la couleur ! Il est mexican puisqu'il commence à Mexico dans les années 1950. Noemi, fille d'une famille aisée au père influent, a l'âge des flirts et du marivaudage, des soirées où prendre la pause pour fumer, des belles robes qui montrent sa beauté. Sa vie légère va s'envoler lorsque, de sa plume apeurée, sa cousine Catalina va leur écrire de venir la sauver… de l'affreux manoir où elle vie recluse avec sa belle-famille. Sa lettre ressemble à un long délire psychotique dans lequel on l'imagine tour à tour séquestrée, violentée, empoisonnée ou même folle à lier. Doit-on prêter quelque crédit à ces écrits ? Lorsque le père de Noemi propose au mari de Catalina de dépêcher un psy sur place, celui-ci répond sèchement qu'il n'en est pas question, que son délire de tuberculeuse est passé et qu'elle va mieux. Qu'en est-il vraiment ? C'est ce que le père de Noemi veut qu'elle découvre en allant sur place, elle la citadine débrouillarde qui a la tête sur les épaules et ne s'en laisse pas conter.
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C'est alors qu'au mexican s'ajoute le gothic : Nous pénétrons avec Noemi dans le manoir de la famille Doyle : immense, brumeux, poussiéreux, sans électricité mais dont les bougies alourdissent encore l'atmosphère. Pire encore, des occupants presque dignes de la famille Addams, sortes de zombies se ressemblant tous, héritier d'une mine d'argent ayant périclité suite à une étrange épidémie… Et comme pas de roman gothique sans une bibliothèque, celle-ci est emplie de livres sur la supériorité de certains êtres et races. de quoi accentuer l'envie de vomir qui prend Noemi aux tripes depuis qu'elle est arrivée. Ajoutons à cela d'étranges cauchemars qui semblent réels dans lesquels la maison l'enserre et des entités lui parlent, et l'on s'attend à chaque seconde à se qu'elle se fasse égorger, empoisonner… ou même violer par le mari de sa cousine . Et toutes ces sensations qu'elle ressent sans qu'elles ne soient les siennes… ou alors si ? Elle perd le contrôle, que lui arrive-t-il ? C'est par là, enfin, que le fantastique frappe à la porte du manoir et nous fait osciller, jusqu'à la fin et par une montée en puissance lente et délicieusement lancinante, entre explication rationnelle ou irrationnelle.
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J'ai aimé l'ambiance, les personnages, les décors et même le fantastique si bien dosé, moi qui ne suis pas fan habituellement. J'ai bu cette potion jusqu'à la lie, j'en ressors avec une légère sensation d'enivrement que seule une bouffée de cigarette volée dans le sillage d'un passant pourra dissiper.
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De passage dans ma librairie, j'ai voulu aller jeter un oeil au rayon littérature fantastique. Ce livre a attiré mon attention, sa couverture que je trouve très belle déjà, son résumé alléchant et les références à l'univers de Daphné du Maurier. Sans compter les multiples récompenses (prix Locus et British Fantasy Award). C'est bien la première fois que j'achète un livre littéralement en aveugle.

Le pitch : Noémí, 22 ans est une jeune femme libre comme l'air qui profite des joies de la vie. Elle aime les villes qui grouillent, la musique qui sourde, l'ambiance de sa ville Mexico. Quand son père reçoit une lettre de leur cousine Catalina des plus troublantes et confuses, il envoie sa fille à El Triunfo dans le manoir où réside Catalina. High Place est un manoir lugubre, sinistre qui se dresse en haut de la misère de ce petit village tel une gargouille.

Noémí va découvrir un lieu malaisant et des habitants tout autant dérangeants. Virgil, le mari de Catalina, un homme froid et obscur. Florence la maîtresse de maison, une femme stricte qui impose le respect de ses règles. Howard le patriarche, un vieillard malade obsédé par l'eugénisme. Et enfin Francis, le fils de Florence, un homme différent qui intrigue par sa gentillesse peu conforme à l'endroit.

Catalina est mal en point, apathique, elle passe son temps à dormir comme la belle au bois dormant et entre deux roupillons elle divague. Elle entend des voix.

Il ne se passe pas grand chose dans ce roman. Les trois quart du livre servent à planter le décor, à décrire les différents personnages. Il y est question de champignons, de moisissures, de pustules odorantes, de voix, de cauchemars. La frontière entre la réalité et l'obscur est mince.

Il faudra attendre les dernières pages du livre pour basculer dans le fantastique. Tout m'a tellement semblé être long que ce final se montre bien trop précipité. Il n'y a pas vraiment de rythme qui monterait crescendo, pas vraiment d'ambiance qui ferait trembler ou frissonner.

Ce n'est pas un mauvais livre en soi. Il se lit sans ennui mais il ne restera pas gravé dans ma mémoire. Et de là à le comparer à du Du Maurier, non non. Absolument pas. On est ici dans un style young adult qui manque cruellement d'épaisseur.
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Ne vous est-il jamais arrivé d'entrer dans une maison abandonnée, la porte d'entrée entrebâillée comme une invitation insensée ? Une maison abandonnée n'est jamais totalement vide. Bien sûr il reste parfois quelques objets entrelacés dans les gestes de la poussière et des toiles d'araignées. Non, je veux dire qu'elle n'est pas tout à fait inhabitée, jamais totalement, certes elle nous habite au moment où nous y entrons mais ceux qui vivaient là autrefois, qui sont peut-être loin à présent, ou bien morts, quelque chose d'eux est encore présent et habite le lieu...
La preuve, ne vous est-il jamais venu l'idée d'allumer cette bougie posée sur ce candélabre pour éclairer la pièce sombre qui vous invite dans son antre et ses méandres ? Et à peine l'avez-vous allumé qu'un souffle espiègle vient aussitôt l'éteindre que vous attribuez à un courant d'air parce qu'imaginer autre chose serait non pas incroyable mais juste effrayant.
Dans mes pérégrinations, j'aime aussi visiter les cimetières, de préférence les vieux cimetières de campagne, parfois à flanc de montagne, au pied d'une petite église, d'une chapelle, certaines tombes sont totalement abandonnées, les pierres se sont effondrées, enfoncées dans le sol, couvertes de végétations.
J'aime lire les noms, les dates, imaginer des vies fauchées par les guerres, des enfants foudroyées par la maladie ou des accidents... C'est ma chère et tendre qui aime m'inviter dans ces cimetières avec ce rituel intransigeant de sortie, toujours se laver les mains de peur que les esprits des morts ne viennent continuer de vous suivre en s'agrippant à vos gestes. J'aime ce rituel qui me fit sourire la première fois, auquel je me plie strictement même si je suis totalement agnostique. J'aime l'idée que l'âme des morts pourrait venir effleurer mes gestes...
Voilà ! Je vous ai posé le décor de mon état d'esprit sur le thème du roman dont je veux vous parler, Mexican gothic, de l'autrice mexicaine Silvia Moreno-Garcia, état d'esprit qui m'a forcément incité à y aller, d'autant plus qu'il y avait un message accrocheur sur la première de couverture évoquant un roman d'horreur convoquant à la fois l'univers de Howard Phillips Lovecraft et d'Emily Brontë. Bon, j'y reviendrai plus tard sur ces messages de plus en plus abusifs et racoleurs qui s'obligent à venir souvent de manière exagérée tenter de faire la promotion d'un livre mais aussi le desservir lorsque la promesse n'est pas au rendez-vous.
Bon, je ne vais pas vous mentir, la promesse ne fut pas pour moi au rendez-vous. J'ai trouvé les références totalement exagérées et hors de propos. La mariée était trop belle.
Pourtant tout était bien parti au début.
J'ai adoré l'entrain de la jeune, insouciante et pétillante personnage principale, Noemi Taboada. Elle adore la fête. Avouez que l'idée de départ est alléchante. Nous sommes dans les années cinquante, au Mexique. Noemi ressemble à ses robes, à ses lèvres, un rouge vif, un rouge baiser résolument festif, aimant la vie avec joie et gourmandise.
Après avoir reçu un mystérieux appel à l'aide de sa cousine récemment mariée, Noemí Taboada se rend à High Place, un manoir isolé dans la campagne mexicaine. Elle ignore ce qu'elle va y trouver, ne connaissant ni la région ni le compagnon de sa cousine, un séduisant Anglais.
Peu à peu, les rêves de Noemí invitent des visions de meurtre et de sang.
Car High Place cache bien des secrets entre ses murs. Autrefois, la fortune colossale de la famille la préservait des regards indiscrets. Aujourd'hui, Noemí découvre peu à peu d'effrayantes histoires de violence et de folie.
Si elle ne s'en échappe pas très vite, elle risque fort de ne plus jamais pouvoir quitter cette demeure énigmatique…
Le début du roman m'a tenu en haleine. J'imaginais ce lieu, ce manoir sordide, ces murs suintant de respirations, derrière le papier peint surgissaient des champignons dont les ramifications peut-être courraient depuis le cimetière en contrebas.
J'ai aimé suivre Noemi dans cette sorte d'enquête obscure où elle semble prise dans les griffes d'une famille proche de la famille Adams...
Le roman tient beaucoup à cette héroïne qui le porte jusqu'au bout.
Pour le reste, l'intrigue est à la fois légère et complexe. On se perd vite dans certains méandres et le désir fantastique se fait attendre. La promesse horrifique inscrite sur le fronton du livre ne fut pas au rendez-vous. J'ai attendu.
Des événements sont venus à la fin, fantastiques à souhait, mais peut-être trop tardivement et me laissant sur ma faim.
Je n'ai pas trouvé dans ce roman ni l'âme d'Emily Brontë ni celle de H.P. Lovecraft.
Ce fut pour moi un rendez-vous manqué .
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« Mexican Gothic » : un tel titre indéniablement envoie quelques promesses assez intéressantes. Des mystères dans un château, qui plus est, au Mexique, ce qui pourrait renouveler le genre… c'est alléchant !

Jeune femme intelligente et indépendante, Noemi Taboada est une habituée des soirées mondaines de Mexico. Pourtant, plus occupée à trouver sa voie dans les études que par le mariage (l'histoire se passe dans les années 1950), son père la convainc d'aller voir sa cousine Catalina contre son accord pour que Noemi aille a l'université. En effet, Catalina, qui s'est mariée récemment et rapidement à Virgil Doyle, est partie vivre dans son château et les nouvelles qu'elle donne, assez incohérentes, sont plutôt inquiétantes.

Voilà donc Noemi partie pour High Place, la demeure des Doyle. Située dans une région inhospitalière et reculée, la demeure est plutôt délabrée depuis que la mine d'argent, qui faisait la richesse des Doyle et de la région, est désaffectée. Plutôt mal reçue par les Doyle, qui vivent dans le silence et les traditions instaurées par l'oncle Howard, dans une ambiance humide et délétère qui lui donnera rapidement des cauchemars, tenue à l'écart de sa cousine, Noemi sentira rapidement que quelque chose cloche. Bien résolue à découvrir le pot-aux-roses, Noemi devra s'armer de courage car les révélations seront nombreuses et assez abominables. Effusions de sang, chancres, champignons accompagnés d'une sauce goût déviances eugénistes et familiales seront au menu. Bon appétit !

J'ai globalement aimé « Mexican Gothic », principalement pour son héroïne Noemi et l'ambiance malsaine que Silvia Moreno-Garcia réussit à instaurer. Même s'il faut attendre longtemps (au moins la moitié du roman) pour que l'action prenne place et se résolve au final assez rapidement. Plutôt qu'un roman de terreur, il faudrait plutôt le présenter comme un roman d'ambiance terrifiante, cela me paraîtrait plus juste.

Noemi est aventureuse et intelligente, bien décidée à ne jamais se laisser marcher sur les pieds, surtout quand on lui fait sentir qu'elle n'est qu'une femme, et à aller au bout de ses idées, malgré le prix que cela pourrait représenter. Il y a donc un petit côté girl power agréable, mais malheureusement gâché par quelques scènes un peu gênantes, celle de ses rêves récurrents pendant lesquels Virgil l'agresse sexuellement. Et là l'autrice nous sert le cliché affligeant de la victime qui dit non mais derrière lequel finalement se cache un oui. Doit-on lire encore ça dans un roman paru en 2021 ?

Le roman mise clairement sur cette ambiance purement gothique, mystérieuse et angoissante. le manoir de High Place, décati et humide, est décrit quasiment comme une personne vivante, et concentre une partie des secrets de cette famille plus que tordue….

L'action, quand elle décide de se lancer, est bien menée, et plutôt divertissante, sans que ce soit non plus le chef d'oeuvre promis par les avis sur la couverture. Quelques personnages (je pense à celui de Catalina) ne sont pas assez creusés à mon sens, ce qui est un peu dommage. On sent que celui de Noemi évolue avec son aventure, elle devient un peu moins superficielle, cela aurait mérité d'être plus marqué.

Bref, un roman pas trop mal troussé pour passer un moment de loisirs sans conséquences.
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Encore inconnue en France, la canadienne d'origine mexicaine Silvia Moreno-Garcia s'est déjà taillée une belle réputation Outre-Atlantique. C'est avec l'un de ses dernier romans, Mexican Gothic, qu'elle a remporté le prestigieux Bram Stoker Award et le prix Locus du meilleur roman.
Encensée par la presse américaine, Mexican Gothic sort aujourd'hui chez Bragelonne dans une traduction signée Claude Mamier.
L'occasion pour le lecteur de s'aventurer dans High Place dans une atmosphère gothique qui donne la chair de poule.

You're my only hope…
Tout commence par une étrange lettre dans laquelle Catalina, épouse de Virgil Doyle, explique à sa cousine Noemi Taboada qu'on essaye de l'empoisonner et que les fantômes rodent au manoir de High Place.
Envoyée par son père pour tirer la situation au clair, Noemi débarque donc dans l'imposante demeure de la famille Doyle au coeur de la campagne mexicaine, bien loin de l'effervescence mondaine du Mexico des années 50.
Elle y découvre une demeure impressionnante mais qui semble bien loin de sa gloire passée. Les mines d'argent qui ont fait la fortune de la famille Doyle sont désormais fermées et le vieux patriarche, Howard, semble particulièrement diminué.
Quelques jours après son arrivée, Noemi commence à faire des rêves étranges qui tournent de plus en plus aux cauchemars tandis que l'ambiance qui règne à High Place pèse comme une chappe de plomb sur l'enquête de la jeune femme à propos de l'état de santé de sa cousine Catalina qui serait atteinte d'une forme bien étrange de tuberculose…
Tout en atmosphère, Mexican Gothic nous convoque à un voyage aux portes de l'horreur dans un endroit à la fois exotique — la campagne mexicaine — et familier — le manoir hanté anglais. Se revendiquant ouvertement des Hauts de Hurlevent ou de Rebecca, le roman offre une place particulièrement importante à l'impressionnante High Place, un lieu à la fois inquiétant et fascinant pour le lecteur où les secrets s'accumulent.
Des secrets étroitement liés à la famille Doyle et à son histoire, une famille anglaise qui a fait fortune en exploitant les pauvres paysans et miniers mexicains des alentours et qui vit désormais recluse dans un lieu figé où il est interdit de parler pendant les repas, où partir en ville ne semble jamais raisonnable et où le cimetière tout proche rappelle les multiples drames subis/causés par la famille.
Dans ce cadre brumeux, Noemi va affronter un mal qu'elle n'avait jamais imaginé rencontrer un jour.

Le pouvoir change de mains
Brillamment rythmée et construit de façon à distiller de façon très progressivement les indices quant à la véritable nature des lieux et de la famille Doyle, Mexican Gothic est aussi, et peut-être même avant tout, une chronique de femmes.
Des femmes qui prennent conscience de leur propre force et de leur propre détermination pour tenir tête au destin…et aux hommes qui les entourent.
Ce sera le cas de Noemi qui affronte non seulement la glacialité cordiale de Florence mais aussi la violence de plus en plus évidente de Virgil Doyle.
Silvia Moreno-Garcia nous parle d'une époque où la femme n'avait même pas le droit de vote au Mexique, et où elle sert encore « d'objets à marier ».
Noemi est la parfaite incarnation de la jeune femme mondaine qui refuse le jeu qu'on lui impose et se retrouve donc cataloguée comme vulgaire ou insolente. La place de la femme ne se limite plus à osciller entre la docilité et l'hystérie mais bien à prendre les choses en mains, à résister. Que ce soit Noemi, moteur de l'histoire et héroïne du roman, ou sa cousine Catalina qui résiste envers et contre tout malgré sa solitude et son isolement…ou encore Ruth lorsqu'elle décide de prendre les armes pour se libérer de la famille Doyle.
Mexican Gothic est à la fois l'histoire d'une femme qui mûrit dans sa façon de percevoir et de jouer avec les hommes mais aussi celle d'une femme qui refuse l'autorité et l'emprise de l'homme sur sa façon de penser et d'aborder le monde.

Le riche parasite
Au milieu de ça, Silvia Moreno-Garcia délivre un message sur la lutte des classes et l'exploitation des pauvres par les riches, sur l'anonymisation de la souffrance et du sacrifice de ceux qui n'ont rien comparés aux riches qui auront droit au cimetière et aux pierres tombales, pas aux fosses communes.
Dans Mexican Gothic, le riche est un parasite qui se nourrit de l'autre, et l'autrice parvient, littéralement, à le faire paraître comme tel.
C'est aussi une histoire sur une certaine vision de la pureté familiale, sur l'eugénisme et ce qu'engendre l'enfermement sur soi-même, à savoir la cruauté et la haine de l'autre. Sans parler des nombreuses autres déviances de la famille Doyle qu'on laissera aux lecteur le plaisir de découvrir.
Résister à l'ordre établi, qu'il soit patriarcal ou social, c'est finalement le mot d'ordre de ce récit où le mal, insidieux et roublard, ne sera combattu que par la force de caractère de quelques femmes bien décidées à brûler l'ancien monde.

Très bon roman gothico-horrifique, Mexican Gothic est autant une histoire malicieuse sur le contrôle et sur le libre-arbitre qu'une réflexion sur le rôle de la femme et sur ses possibilités. Silvia Moreno-Garcia captive et donne la chair de poule à qui osera faire un détour par High Place…
Lien : https://justaword.fr/mexican..
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critiques presse (2)
Syfantasy
09 janvier 2022
Mexican Gothic est une belle découverte en horreur. Dracula, Lovecraft et les sœurs Brontë se sont donnés rendez-vous au cœur du Mexique pour accompagner la plume de Silvia Moreno-Garcia et proposer une roman lugubre et prenant. N’ayez pas peur (ou peut-être que si en fait…) et foncez !
Lire la critique sur le site : Syfantasy
Elbakin.net
11 octobre 2021
Ironiquement, c’est par son héroïne lumineuse que le roman séduit lorsque tout le reste garde ce goût de classique. Une intrigue intéressante, un mystère à résoudre à la fois simple et complexe et finalement, une histoire presque trop sage qui ne prend pas tant de risques que cela jusqu’à un dernier acte des plus précipités. Une lecture rapide, capable d’être agréable de par son cadre et quelques-uns de ses personnages, qui se lit comme un petit plaisir entre deux ouvrages plus exigeants. Et c’est presque dommage, car le genre horrifique mérite plus que des histoires toujours dites et redites même si certaines font mouche de par leur maîtrise.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
Lorsque Noemi était encore petite fille et que Catalina lui lisait des contes de fées, cette dernière évoquait souvent " la forêt ", l'endroit où Hansel et Gretel jetaient des morceaux de pain, où le Petit Chaperon rouge croisait la route du loup. Enfant de la ville, Noemi avait compris sur le tard que les foets existaient réellement et pouvaient être placées sur une carte. Sa famille passait les vacances dans l'Etat de Veracruz, en bord de mer, sans l'ombre d'un grand arbre en vue. Même après toutes ces années, la forêt restait associée dans son esprit aux images des livres pour enfants, avec lignes au fusain et à-plats de couleur.
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la réalité du mariage soutenait difficilement la comparaison avec les belles histoires d'amour des livres. Noemí pensait même qu'il s'agissait d'un jeu de dupes. Les hommes se montraient polis et attentionnés lorsqu'ils courtisaient une femme, l'invitant à des fêtes, lui offrant des fleurs, sauf qu’après les noces, les fleurs fanaient vite. Un homme marié n'envoyait pas de lettres d'amour à sa femme. Voila pourquoi Noemí passait d'un soupirant à l'autre : elle craignait toujours que son admirateur du moment finisse par se lasser d'elle. De plus, elle appréciait les plaisirs de la chasse, la joie qui coulait dans ses veines lorsque son numéro de charme fonctionnait. Mais, au final, elle trouvait les garçons de son age sans intérêt, ne sachant parler que de leurs fêtes de la semaine précédente et de celles prévues la semaine suivante. Des hommes trop simples, trop ennuyeux. 'pourtant, la perspective de s'attacher à quelqu'un de plus solide la rendait nerveuse. Elle se sentait prise entre deux feux, le désir d'une relation perenne et l'envie de ne jamais changer, de vivre une jeunesse éternelle.
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Lorsque Noemí était encore petite fille et que Catalina lui lisait des contes de fées, cette dernière évoquait souvent « la forêt », l’endroit où Hansel et Gretel jetaient leurs morceaux de pain, ou le Petit Chaperon rouge croisait la route du loup. Enfant de la ville, Noemí avait compris sur le tard que les forets existaient réellement et pouvaient être placées sur une carte. Sa famille passait les vacances dans l’Etat de Veracruz, en bord de mer, sans l’ombre d’un grand arbre en vue. Même après toutes ces années, la forêt restait associée dans son esprit aux images des livres pour enfants, avec lignes au fusain et à-plats de couleur.
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C'était tout à fait le genre d'ambiance susceptible d'impressionner sa cousine: un manoir ancien au sommet d'une colline, la brume, le clair de lune. Un vrai décor de roman gothique. Catalina adorait "Jane Eyre" et "Les Hauts de Hurlevent". La lande, les toiles d'araignée. Les châteaux où d'affreuses marâtres obligeaient les princesses à croquer des pommes empoisonnes. Les vilaines fées maudissant les jeunes filles et les sorciers transformant les princes charmants en bêtes sauvages.
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Noemí gardait un très mauvais souvenir de sa dernière conversation avec Virgil. Surtout des allégations sur la manière dont elle menait les hommes par le bout du nez. Cela la gênait d’être si mal perçue ; au contraire, elle voulait qu’on l’apprécie. Ce qui expliquait peut-être toutes ces fêtes, le rire cristallin, les belles coiffures, le sourire travaillé. Elle pensait que les hommes avaient le droit de se montrer sévères, comme son père, ou froids, comme Virgil, mais que les femmes devaient savoir se faire apprécier pour éviter les ennuis. Une femme mal perçue devenait une salope, or toutes les portes se fermaient devant les salopes.
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