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EAN : 9782070776184
160 pages
Gallimard (05/01/2006)
3.92/5   39 notes
Résumé :

" Je suis Sadiq. Tout le monde m'appelle Sad. Entre tristesse et cruauté, la ligne est mince. Eve est ma raison, mais elle prétend ne pas le savoir. Quand elle me croise, son regard me traverse sans s'arrêter. Je disparais. Je suis dans un lieu gris. Ou plutôt brun jaunâtre, qui mérite bien son nom: Troumaron. Troumaron, c'est une sorte d'entonnoir ; le dernier goulet où viennent se déverser les eaux usées de tout un pays.

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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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marlene50
  30 juin 2022
Que l'écriture est belle ! Que ce livre est beau dans sa douleur !
Une "cruelle" poésie suinte à chaque page au travers du désenchantement !
Si juste, il écorche les coeurs, cogne les vies, détruit les cartes postales !
La rage - le désespoir
* les désirs d'une jeunesse oubliée, cabossée, enterrée à Troumaron au bas des immeubles construits sur des marécages qui n'a pas réussi à combler l'odeur du goémon ni l'incertitude du sol où ne poussent que les cadavres des ronces et des rêves. (p.29)
La douleur des âmes s'infiltrent dans les mots qui vous prennent aux tripes et se gravent en larmes d'océan sur le sable du soleil brûlant.
Le silence d'Eve est celui qui grandit , naufragée d'un visage noyé - Une si grande solitude !
* L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles, l'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins et l'homme saigné noir à ton flanc souverain.
Je suis jeune : prenez moi la main *.
Gribouillis d'humanité qui ne croit en rien mais souffre quand même.
Eve, Sarita, Clélio, Sad et les autres les oubliés de Port Louis, à l'Ile Maurice .
*Les enfants ont des ailes de plomb et persistent à croire qu'ils peuvent voler, jusqu'à ce qu'on les retrouve, ordures parmi un tas d'ordures *. (p.114)
L'auteure originaire de l'Ile nous raconte le verso de la carte postale entre tristesse et cruauté de la vie.
Livre trouvé en boîte à livres, une pépite !
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colimasson
  21 juillet 2014
Je me demande pourquoi Ève se fait toujours malmener. Cette histoire semble mal partie : elle sent trop le péché qui a perdu en chemin ses raisons d'être. Des millénaires et une subtile variation, le mal décrit avec une gaucherie embarrassante dans un langage qui n'est ni original, ni perturbant.
Pourtant, Ève a un karma qui détonne. Malgré le parasitage de son environnement, elle parvient à irradier autour d'elle et c'est la raison pour laquelle elle suscite sans cesse le désir d'hommes qui ne comprennent pas ce qui leur arrive (il y en a même un qui lui écrit des poèmes, c'est le plus touchant de tous car il essaie d'être personnel et perd du temps dans l'accomplissement d'un acte qui ne changera rien au cours de l'histoire). Si Ève avait eu plus de chance, elle aurait pu être Jésus par exemple, ou quelque chose du même genre, mais c'est une gamine de banlieue alors elle ne peut pas vraiment. On retombe dans le convenu : Ève n'a pas les mots pour se dire ni pour se comprendre et elle ignore les horizons que son karma pourrait lui faire atteindre. Elle croit peut-être se venger de son impuissance lorsqu'elle se livre à des hommes qu'elle n'aime pas (à tous) mais si elle s'écoutait, elle saurait qu'elle aime l'humanité et qu'elle espère l'apaiser globalement en procédant localement, individu par individu.

Perdus dans cette histoire, on découvre Sévita et Clélio, personnages secondaires qui ne servent pas à grand-chose. Ils apparaissent seulement pour figurer l'évolution classique de ceux qui ne connaissent pas l'horizon. Sans eux, le récit se serait envolé beaucoup plus loin que les moyens narratifs d'Ananda Devi ne le permettent. Ici, on se contente d'être triste et malheureux. Eve ne peut pas sauver l'humanité car elle n'a pas compris que la souffrance ultime et rédemptrice ne peut être atteinte qu'en chérissant sa douleur. le jour où elle cessera d'haïr les hommes –ou de se haïr- elle y parviendra enfin.

Ananda Devi ne nous présente pas cette éventualité. Elle divague sur les mots et le pouvoir de l'écriture et conclut son histoire dans une rêverie littéraire aussi cotonneuse qu'insipide.
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adtraviata
  29 mars 2020
Ce court roman raconte, à travers le « destin » de quatre adolescents coincés dans une « banlieue » misérable de Port-Louis, la face cachée de l'île Maurice. Troumaron, c'est ainsi que s'appelle le quartier dans lequel vivent Sad, Clélio, Eve et Savita et ils prennent de plein fouet la misère, la violence, l'ennui, le désespoir qui ronge cette banlieue oubliée, oblitérée. Entre colère et fatalisme, sexe et dépendances, les mots de Rimbaud s'offrent sur les murs pour tenter de conjurer le sort. Dans la chaleur poisseuse de Troumaron, le corps est mis à rude épreuve, particulièrement celui des femmes. C'est presque une tragédie shakespearienne que vivront les quatre jeunes gens.
« Seulement » 154 pages mais des pages denses, âpres, qui donnent la parole à chacun des protagonistes, des pages où la langue française virevolte et traduit les états d'âme au plus près. Une belle découverte.
Lien : https://desmotsetdesnotes.wo..
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absolu
  01 août 2012
Un cercle dans un cercle. Eve débute et clôt l'histoire. Ou plutôt son sac, le début et la fin de tout. Un sac empli de livres, monnayés contre son corps. L'intérieur de son corps lui permet de monnayer la sortie de son esprit, hors de ce cercle vicieux, pour le plonger dans un autre.
Des jeunes qui sillonnent l'île, enfermés dans leur quotidien, incapables de sortir d'eux-mêmes, brisés d'avance. Enfermés dans leur clan, pour échapper à l'individualité dénuée de tout ; guidés par l'élan de quitter cette île, élan qui devient violence face à la côte trop vite atteinte, à l'inconnu trop souvent effleuré.
Sad tente de sortir de ses poèmes pour trouver ce qui l'arrime encore ici, pour se trouver, au-delà des murs qui l'entourent, sur lesquels il martèle les mots de Rimbaud, ses propres mots.
Sauver Eve, la sortir d'elle-même. Amour fou, pur, amour pour sortir de soi, aller vers l'autre, quitte à s'(y enfermer aussi.
ar Eve se fuit, avec l' illusion d'échapper à cette vie en s'échappant d'elle-même : toutes ces mains lui prennent un peu de vide à chaque fois. Eve laisse son corps s'ouvrir à d'autres, désabusés, affamés d'une autre chair que la leur, tentant de puiser ailleurs l'énergie qui leur fait défaut depuis longtemps, qui se fuient, eux aussi.
Une mise en abyme fantastique, un vrai tourbillon.
Tous tentent de s'échapper les uns dans les autres, dans les yeux d'une autre. Sad dans les yeux d'Eve, Eve dans les yeux de Savita.
Une écriture douloureuse, sans issue, qui se referme sur les mots contenus, les vrais, les cris d'amour étouffés à la naissance, le cordon mauricien coincé dans la gorge.
Et, malgré tout, Sad : "Dans ma tête, je te fais une promesse : Eve, je te sortirai de tes décombres."
Lien : http://www.listesratures.fr/..
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HangingOutInPlaygrounds
  30 avril 2016
C'est un livre où on la voit déchoir, s'écrouler, s'embourber dans les ténèbres de son corps. C'est un livre où l'on voit des enfants tristes, des adolescents amoureux, des adultes lâches. C'est un livre où chaque détail scabreux nous est livré, vêtu de poésie. Les métaphores s'enchevêtrent pour nous laisser entrevoir l'enfer de la prostitution. Un enfer si commun, si vrai. Il y a des Ève partout. du commencement jusqu'à maintenant, dans le livre d'Ananda Devi, elle aura croqué au fruit défendu.
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Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
armand7000armand7000   03 juillet 2020
Par blessure. Par mystère. Pour confirmer, avec rage, avec hargne, avec désespoir, ce qu'ils pensent tous, là bas, dehors.

pour être. Pour devenir. Pour ne pas disparaître à tes propres yeux. Pour sortir de la gangue des passifs, des oisifs, des ratés, de la sciure des regards, du plomb des jours, du tranchant des heures, de l'ombre des vivants, de l'absence des morts, du gravier des médiocres, du moisi, de la nudité, de la laideur, de la moquerie, des rires, des pleurs, des instants, de l'éternité, du bref, du lourd, de la nuit, du jour, de l'après-midi, de l'aube, des madones effacées, des diablesses disparues.

Rien de tout cela n'est toi.

Sortir de tout cela, déjouer les chercheurs, les suiveurs, quitter la piste, tromper les chiens, changer de forme, achever ta mue et tes métaphores et tes métamorphoses, laisser une traînée argent qui fleure la femme et les plis de la nuit, suivre un chemin de broussailles qui mène loin au fond des mythes et permet d'en sortir refaite à neuf, récurée de ta peau, marchant sanglante au rouge de tes vies, être, devenir, ne pas disparaître.

Tu n'es pas d'ici, te dis-tu. Tu le diras jusqu'à la fin des choses.
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LencreuseLencreuse   26 juillet 2010
Sad :

On me dit que je réussirai. Il faut savoir que réussir, ça ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. C’est un mot à déclinaison variable. Dans mon cas, cela veut simplement dire que les portes fermées pourraient s’entrebâiller et que je pourrais, en rentrant bien le ventre, me glisser entre elles et tromper la vigilance de Troumaron. Tout le monde sait que la pauvreté est le plus féroce des geôliers. Les profs, eux, disent que tout est possible. Ils me racontent qu’eux aussi apprenaient leurs leçons à la lumière de la bougie. Je vois d’ailleurs dans leurs yeux l’obscurité de penser qui en a résulté. Ils me disent, il faut saisir votre chance, vous ne devez pas freiner le développement du pays. C’est qui vous ?
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marlene50marlene50   30 juin 2022
Elle est saisie par une lumière d'étoile. Son visage semble décousu. D'étranges couleurs, les couleurs des coups, brouillent ses traits. Ses yeux sont si profonds et leur résonnance si métallique que j'ai du mal à la regarder. Ils vont au-delà de cette maison au-delà de Port Louis, au-delà du présent.
Ses yeux sont à demain, et demain n'existe pas.
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marlene50marlene50   29 juin 2022
Personne ne sait qu'on peut aimer comme ça, à dix sept ans. Je baigne dans l'eau nocturne d'Eve. Je plonge dans sa vision trouble. Je me noie dans sa boue, dans son innocence. Je me fous de ce qu'elle est, et de ce qu'elle fait. Je suis le clin d'oeil noir au-dessus de la ceinture de son jeans. Je suis le talon arrondi de son pied nu dans ses sandales. Je suis le souvenir de son rire si rare, de sa force, de son défi.
Je ne vois rien d'autre. Les phrases sur mes murs ne sont plus écrites à l'encre noire mais blanche, et le stylo se remplit et se désemplit tout seul, en un incomparable jaillissement.
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LencreuseLencreuse   26 juillet 2010
Eve :

Un mouchoir de dégoût. Oui, moi aussi on me l’a enfoncé dans la bouche dès la naissance.

Debout près de la fenêtre, je crache la fumée du tabac dans la nuit. Je la regarde se dissoudre comme si elle emportait une part de moi. Ma mère, quand elle viendra dans ma chambre après avoir longtemps hésité devant la porte fermée, ne dira rien, ne sentira rien. Elle s’est délibérément insonorisé la chair pour ne pas avoir à ressentir la vie et à la regretter. Une existence à l’abri de tous les remous, voilà ce qu’elle voudrait. Mais peut-être est-ce la seule vision possible, pour ceux qui sont accouchés par le besoin ?
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Videos de Ananda Devi Nirsimloo (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ananda Devi Nirsimloo
La romancière et poétesse Ananda Devi semble avoir eu mille et une vies au travers des personnages qui émaillent sa vingtaine de romans étonnants publiés durant cinq décennies consacrées à l'écriture. Née à l'île Maurice en 1957, cette écrivaine discrète qui a composé une oeuvre littéraire exigeante, riche et bouleversante, a choisi de livrer récemment à ses lecteurs une réflexion sur le mystère de l'écriture. « Deux malles et une marmite », paru aux éditions Project'îles est un essai autobiographique titré comme un conte et qui se lit comme un roman, ce qui n'est pas étonnant concernant cette autrice francophone majeure provenant de l'océan indien. Ananda Devi publie concomitamment chez Grasset “Le rire des déesses” qui a reçu le prix Femina des lycéens 2021. Un roman captivant qui nous plonge en Inde dont toute sa famille est originaire et non pas dans son île paradisiaque où elle a grandi avant de la quitter à ses 20 ans. Un paradis pour touristes et dont elle n'a eu de cesse de dépeindre avec noirceur une réalité crue qui efface l'image de la carte postale à laquelle elle est associée !
ITV: Alexandre HéraudRéalisation: Benoit Artaud
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