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EAN : 9782070776184
160 pages
Éditeur : Gallimard (05/01/2006)

Note moyenne : 3.96/5 (sur 34 notes)
Résumé :

" Je suis Sadiq. Tout le monde m'appelle Sad. Entre tristesse et cruauté, la ligne est mince. Eve est ma raison, mais elle prétend ne pas le savoir. Quand elle me croise, son regard me traverse sans s'arrêter. Je disparais. Je suis dans un lieu gris. Ou plutôt brun jaunâtre, qui mérite bien son nom: Troumaron. Troumaron, c'est une sorte d'entonnoir ; le dernier goulet où viennent se déverser les eaux usées de tout un pays.

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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
  21 juillet 2014
Je me demande pourquoi Ève se fait toujours malmener. Cette histoire semble mal partie : elle sent trop le péché qui a perdu en chemin ses raisons d'être. Des millénaires et une subtile variation, le mal décrit avec une gaucherie embarrassante dans un langage qui n'est ni original, ni perturbant.
Pourtant, Ève a un karma qui détonne. Malgré le parasitage de son environnement, elle parvient à irradier autour d'elle et c'est la raison pour laquelle elle suscite sans cesse le désir d'hommes qui ne comprennent pas ce qui leur arrive (il y en a même un qui lui écrit des poèmes, c'est le plus touchant de tous car il essaie d'être personnel et perd du temps dans l'accomplissement d'un acte qui ne changera rien au cours de l'histoire). Si Ève avait eu plus de chance, elle aurait pu être Jésus par exemple, ou quelque chose du même genre, mais c'est une gamine de banlieue alors elle ne peut pas vraiment. On retombe dans le convenu : Ève n'a pas les mots pour se dire ni pour se comprendre et elle ignore les horizons que son karma pourrait lui faire atteindre. Elle croit peut-être se venger de son impuissance lorsqu'elle se livre à des hommes qu'elle n'aime pas (à tous) mais si elle s'écoutait, elle saurait qu'elle aime l'humanité et qu'elle espère l'apaiser globalement en procédant localement, individu par individu.

Perdus dans cette histoire, on découvre Sévita et Clélio, personnages secondaires qui ne servent pas à grand-chose. Ils apparaissent seulement pour figurer l'évolution classique de ceux qui ne connaissent pas l'horizon. Sans eux, le récit se serait envolé beaucoup plus loin que les moyens narratifs d'Ananda Devi ne le permettent. Ici, on se contente d'être triste et malheureux. Eve ne peut pas sauver l'humanité car elle n'a pas compris que la souffrance ultime et rédemptrice ne peut être atteinte qu'en chérissant sa douleur. le jour où elle cessera d'haïr les hommes –ou de se haïr- elle y parviendra enfin.

Ananda Devi ne nous présente pas cette éventualité. Elle divague sur les mots et le pouvoir de l'écriture et conclut son histoire dans une rêverie littéraire aussi cotonneuse qu'insipide.
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adtraviata
  29 mars 2020
Ce court roman raconte, à travers le « destin » de quatre adolescents coincés dans une « banlieue » misérable de Port-Louis, la face cachée de l'île Maurice. Troumaron, c'est ainsi que s'appelle le quartier dans lequel vivent Sad, Clélio, Eve et Savita et ils prennent de plein fouet la misère, la violence, l'ennui, le désespoir qui ronge cette banlieue oubliée, oblitérée. Entre colère et fatalisme, sexe et dépendances, les mots de Rimbaud s'offrent sur les murs pour tenter de conjurer le sort. Dans la chaleur poisseuse de Troumaron, le corps est mis à rude épreuve, particulièrement celui des femmes. C'est presque une tragédie shakespearienne que vivront les quatre jeunes gens.
« Seulement » 154 pages mais des pages denses, âpres, qui donnent la parole à chacun des protagonistes, des pages où la langue française virevolte et traduit les états d'âme au plus près. Une belle découverte.
Lien : https://desmotsetdesnotes.wo..
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HangingOutInPlaygrounds
  30 avril 2016
C'est un livre où on la voit déchoir, s'écrouler, s'embourber dans les ténèbres de son corps. C'est un livre où l'on voit des enfants tristes, des adolescents amoureux, des adultes lâches. C'est un livre où chaque détail scabreux nous est livré, vêtu de poésie. Les métaphores s'enchevêtrent pour nous laisser entrevoir l'enfer de la prostitution. Un enfer si commun, si vrai. Il y a des Ève partout. du commencement jusqu'à maintenant, dans le livre d'Ananda Devi, elle aura croqué au fruit défendu.
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absolu
  01 août 2012
Un cercle dans un cercle. Eve débute et clôt l'histoire. Ou plutôt son sac, le début et la fin de tout. Un sac empli de livres, monnayés contre son corps. L'intérieur de son corps lui permet de monnayer la sortie de son esprit, hors de ce cercle vicieux, pour le plonger dans un autre.
Des jeunes qui sillonnent l'île, enfermés dans leur quotidien, incapables de sortir d'eux-mêmes, brisés d'avance. Enfermés dans leur clan, pour échapper à l'individualité dénuée de tout ; guidés par l'élan de quitter cette île, élan qui devient violence face à la côte trop vite atteinte, à l'inconnu trop souvent effleuré.
Sad tente de sortir de ses poèmes pour trouver ce qui l'arrime encore ici, pour se trouver, au-delà des murs qui l'entourent, sur lesquels il martèle les mots de Rimbaud, ses propres mots.
Sauver Eve, la sortir d'elle-même. Amour fou, pur, amour pour sortir de soi, aller vers l'autre, quitte à s'(y enfermer aussi.
ar Eve se fuit, avec l' illusion d'échapper à cette vie en s'échappant d'elle-même : toutes ces mains lui prennent un peu de vide à chaque fois. Eve laisse son corps s'ouvrir à d'autres, désabusés, affamés d'une autre chair que la leur, tentant de puiser ailleurs l'énergie qui leur fait défaut depuis longtemps, qui se fuient, eux aussi.
Une mise en abyme fantastique, un vrai tourbillon.
Tous tentent de s'échapper les uns dans les autres, dans les yeux d'une autre. Sad dans les yeux d'Eve, Eve dans les yeux de Savita.
Une écriture douloureuse, sans issue, qui se referme sur les mots contenus, les vrais, les cris d'amour étouffés à la naissance, le cordon mauricien coincé dans la gorge.
Et, malgré tout, Sad : "Dans ma tête, je te fais une promesse : Eve, je te sortirai de tes décombres."
Lien : http://www.listesratures.fr/..
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Pamploush8
  15 février 2015
J'ai adoré ce livre ! Je l'ai lu avec appréhension car dans le cadre d'un cours à l'Université sur la violence faîtes aux femmes dans la littérature francophone mais une fois dedans je n'ai pu me décrocher de cet ouvrage. J'ai aimé cette structure d'abord, j'ai aimé ces personnages bien identifiables et aux caractères très pointus, j'ai aimé comment l'on se fait et comment l'on se défait. J'ai aimé cette poésie dans cette écriture pourtant dure et violente. Je recommande et plutôt deux fois qu'une !
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
LencreuseLencreuse   26 juillet 2010
Sad :

On me dit que je réussirai. Il faut savoir que réussir, ça ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. C’est un mot à déclinaison variable. Dans mon cas, cela veut simplement dire que les portes fermées pourraient s’entrebâiller et que je pourrais, en rentrant bien le ventre, me glisser entre elles et tromper la vigilance de Troumaron. Tout le monde sait que la pauvreté est le plus féroce des geôliers. Les profs, eux, disent que tout est possible. Ils me racontent qu’eux aussi apprenaient leurs leçons à la lumière de la bougie. Je vois d’ailleurs dans leurs yeux l’obscurité de penser qui en a résulté. Ils me disent, il faut saisir votre chance, vous ne devez pas freiner le développement du pays. C’est qui vous ?
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LencreuseLencreuse   26 juillet 2010
Eve :

Un mouchoir de dégoût. Oui, moi aussi on me l’a enfoncé dans la bouche dès la naissance.

Debout près de la fenêtre, je crache la fumée du tabac dans la nuit. Je la regarde se dissoudre comme si elle emportait une part de moi. Ma mère, quand elle viendra dans ma chambre après avoir longtemps hésité devant la porte fermée, ne dira rien, ne sentira rien. Elle s’est délibérément insonorisé la chair pour ne pas avoir à ressentir la vie et à la regretter. Une existence à l’abri de tous les remous, voilà ce qu’elle voudrait. Mais peut-être est-ce la seule vision possible, pour ceux qui sont accouchés par le besoin ?
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colimassoncolimasson   24 juillet 2014
Je glisse un livre de poésie dans son cartable.
Plus tard, elle me croise et appuie sur moi son regard. Cela me met dans tous mes états.
Je lui dédie toutes les phrases dont je noircis mes murs.
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colimassoncolimasson   15 avril 2015
Mon Ève, qui se croit née avec de l’acier au cœur, ne sait pas que c’est le jaune et la chaleur de l’or qui vivent en elle, qu’elle ne cesse de fondre et de fuir, et que de cette fille en fusion ne restera bientôt plus qu’une flaque sans forme et sans visage.
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colimassoncolimasson   28 juillet 2014
Je lis en cachette, sans m’arrêter. Je lis aux latrines, je lis au milieu de la nuit, je lis comme si les livres pouvaient desserrer le nœud coulant autour de ma gorge. Je lis en comprenant qu’il y a un ailleurs. Une dimension où les possibles éblouissent.
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Vidéo de Ananda Devi Nirsimloo
Bruno Doucey présente le dernier recueil d'Ananda Devi, "Danser sur tes braises suivi de Six décennies", paru en février 2020.
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