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ISBN : 2915514658
Éditeur : Editions du Monde Libertaire (09/07/2015)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Kôtoku Shûsui (1871-1911) est un journaliste japonais socialiste (on le surnomma le Jaurès japonais) puis communiste libertaire. Pacifiste à ses débuts, il lutta contre la guerre russo-japonaise. Il fut aussi l'élève de Chomin Nakae, grand homme politique, écrivain et philosophe. Ayant été exécuté accusé de trahison par le gouvernement japonais, il a rejoint le panthéon des martyrs anarchistes. Biographie par Philippe Pelletier, géographe anarchiste et spécialiste d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Seijoliver
  11 septembre 2018
Alors que paraît au Cavalier bleu, une 3° édition revue et augmentée de la Fascination du Japon, penchons -nous sur un autre livre de Philippe Pelletier.
Le court ouvrage que consacre Philippe Pelletier à Kôtoku Shûsui (1871-1911) est passionnant pour qui s'intéresse au Japon et à l'anarchie (ah coming out!)
Kôtoku Shûsui incarne le nouveau Japon issu de la révolution Meiji et son évolution vers l'impérialisme et le militarisme. le régime va sombrer et s'éloigner des espoirs démocratiques qu'il avait générés.
Issu d'un milieu modeste, Kôtoku Shûsui, devient journaliste ; il rejoint les milieux socialistes à la fin du XIX°, puis se radicalise pendant l'opposition à la guerre russo-japonaise (1904-1905). Après un emprisonnement, il voyage aux Etats-Unis où il rencontre des militants anarchistes et des membres de l'IWW (industrial workers of the world) naissante, et prône l'abandon de la tactique électoraliste, et le recours à la grève générale.
Il animera des journaux, publiera des ouvrages qui auront une grande influence. Une affaire montée en procès politique le condamne à mort en janvier 1911.
Après « l'ouverture » de leur pays, les japonais ont eu rapidement connaissance de l'existence d'un mouvement socialiste eu Europe et en Amérique. Les traductions se multiplient dans les années 1880. La région du Kyûshu y tient un rôle important par le biais de la présence russe à Nagasaki. A noter également l'influence du christianisme, qui se rapproche par son apport éthique du confucianisme : les premiers socialistes japonais sont souvent entrés en contact avec le socialisme par le biais du christianisme car « il revêt un parfum de modernité, il propage un message d'amour et de fraternité. »
C'est le pacifisme, et les mouvements sociaux des mines de cuivre d'Ashio (les conditions d'exploitation des mineurs provoquent d'importantes émeutes en 1907), qui font se rapprocher un temps socialisme et christianisme.
Mais Philippe Pelletier précise bien que le christianisme n'a eu « qu'un impact diffus sinon superficiel » sur les premiers socialistes. Par ailleurs pour Kôtoku Shûsui,qui n'a jamais été attiré par la religion, le pacifisme n'est qu'un moyen pour parvenir à des fins sociales. (il s'éloigne ainsi des positions de Tolstoï très populaire à l'époque).
C'est la guerre russo-japonaise – et donc la question du nationalisme et de l'impérialisme – qui va accélérer les clarifications idéologiques et donner son essor au socialisme : il critique le soutien officiel qu'accordent les églises à la guerre, ainsi que « le pacifisme mystique coupé de la question sociale et géopolitique ».
C'est aussi bien sûr à cette époque – contexte de misère et d'agitation sociale, faut-il préciser, car on ne voit à tort la révolution Meiji que par ces réussites industrielles, économiques, matérielles - que commence à apparaître parallèlement aux mouvements socialistes et anarchistes, un mouvement syndical.
La répression est forte, l'état japonais, sur la base de lois (loi sur les publications ; loi sur la sécurité publique de mars 1900 par exemple) déploie tout un arsenal (amendes, interdiction de publications, filature, emprisonnement) qui handicape le développement de ces mouvements.
Cette montée impérialiste pousse Kôtoku Shûsui à approfondir ses réflexions, ses critiques, qui le conduiront vers l'anarchisme.
Incarcéré cinq mois au début de l'année 1905, il découvre Kropotkine, avec qui il va désormais correspondre. D'autres auteurs anarchistes commencent à circuler (Proudhon, Bakounine, Grave).
En juin 1906, il revient d'un voyage sur la côte ouest des états-unis, convaincu de la stratégie syndicale (action directe et grève générale). La séparation avec le mouvement socialiste s'opère car pour lui la participation parlementaire est inepte, inefficace, illusoire. Kôtoku Shûsui continue de traduire différents auteurs (Arnold Roller, Kropotkine).
L'un des autres motifs de la rupture avec la social-démocratie c'est leur attitude xénophobe et raciste notamment face aux travailleurs de l'immigration japonaise (le péril jaune).
L'affaire de haute trahison coûtera la vie à Kôtoku Shûsu. Rappelons qu'au début du XX° pour la première fois, la figure sacrée de l'empereur est mise en cause. Un petit groupe, dont la compagne de Kôtoku Shûsui (lui ne sera pas au courant de leur discussion), envisage de renverser le système en tuant l'empereur, et lorsque la police découvre de quoi fabriquer des bombes chez l'un des conspirateurs, la machine répressive se met en route et entraînera avec elle Kôtoku Shûsui. le procès sera une mascarade : procès tenu secret, et à huis clos, pas de témoins, minutes du procès introuvables. Plusieurs centaines d'anarchistes, de socialistes ou de sympathisants sont arrêtés. 12 exécutions capitales dont Kôtoku Shûsui et sa compagne Kanno Sugako. La violence d'état s'amplifie à la suite du procès : création d'une « police spéciale » et formation de procureurs idéologiques.
Philippe Pelletier s'appuie abondamment sur les travaux de Christine Levy pour qui derrière ce procès se joua une lutte politique au sommet entre les partisans d'un régime libéral-démocratique et les partisans d'un renforcement du pouvoir impérial ». On sait ce qui adviendra quelques années plus tard…
L'ouvrage n'est pas simplement biographique car il décrit aussi l'évolution de la pensée complexe (!!!) de Kôtoku Shûsui, fortement diffusée, et que celui-ci a su rendre accessible grâce à une langue « plus parlée ».
Dans le dernier chapitre, l'auteur écrit qu'on peut le considérer « comme l'un des premiers théoriciens, sinon le premier, du socialisme au Japon », résumant sa trajectoire partant « d'une sorte d'humanisme confucéen, passant par un matérialisme marxisant, pour aboutir au communisme libertaire ».
Pour traduire toute la richesse de son idéal, le mouvement anarchiste au Japon aura inventé deux mots : museifushugi (musei- sans gouvernement – et shugi – principe) et anakizumu.
Le texte est suivi par la traduction de quatre textes de Kôtoku Shûsui, notamment "J'ai changé d'opinion" (1907) où il explique son abandon de la politique parlementaire.
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