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ISBN : 2251722270
Éditeur : Les Belles Lettres (13/06/2016)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
« Quelle farce ! Ben quoi ? Un meurtre, c'est bien une farce, non ? Cette maison, d'abord, c'est cette maison qui est une vaste farce ! Est-ce qu'on peut vraiment avoir l'air sérieux ici ? Je croyais que c'était un lupanar, mais tu parles ! C'est pire que ça ! »

Un écrivain à la mode est assassiné dans la vaste demeure d'un homme politique puissant et fortuné. Ainsi commence Meurtres sans série, roman policier farcesque et décalé, écrit en 1947, dans ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
deuxquatredeux
  02 août 2016
Comparativement à la scandinave, à l'anglaise ou à l'américaine, la littérature japonaise de romans policiers reste relativement méconnue en France.
Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'auteurs dignes de lecture - on pense notamment à Edogawa Ranpo, Seicho Matsumoto, spécialiste du « Travel Mystery », ou plus récemment Soji Shimada et son Tokyo Zodiac Murders - mais peu d'entre eux ont été traduits en français - même si, grâce aux éditions Picquier, la proposition de livres traduits aux lecteurs français a été grandement améliorée.
Dans la collection Japon, Les Belles Lettres propose Meurtres sans série de Sakaguchi Ango.
L'intrigue est la suivante : à la suite d'un premier meurtre d'un écrivain à succès dans la maison d'un homme politique, une série de sept meurtres va être commise avant qu'un détective amateur ne confonde le meurtrier dans un final à la Hercule Poirot.
Bien que Sakaguchi ne soit pas un auteur de romans policiers - il s'agit ici de son seul roman policier -, Meurtres sans série a obtenu le prix du Club des auteurs de romans policiers. Cet unique roman policier de Sakaguchi est même considéré comme un classique du genre reprenant une grande partie des codes et règles en vigueur mais pour les détourner en une espèce de « farce policière »*.
Un des personnages du roman s'étonne que « Quelle farce ! Ben quoi ? Un meurtre, c'est bien une farce, non ? Cette maison, d'abord, c'est cette maison qui est une vaste farce ! Est-ce qu'on peut vraiment avoir l'air sérieux ici ? Je croyais que c'était un lupanar, mais tu parles ! C'est pire que ça ! » mais c'est bien Sakaguchi qui propose à ses lecteurs une farce policière comme. 
Dans le roman, on retrouve bien les principaux ingrédients d'un roman policier. Des meurtres - une série en fait ; une équipe d'enquêteurs professionnels aux surnoms étonnants - l'inspecteur « Soupçons » est entouré de « Le Pif », « Je-lis-trop » et « Eureka » - plutôt dépassés par la série de meurtres ; un enquêteur amateur - « Docteur » Kose, qui n'est pas « plus docteur qu'autre chose » et c'est parce qu'il est « nul comme romancier (qu'il comprend) si bien le crime » ; et un final à la Poirot.
Mais il s'agit aussi d'une farce comme le souligne Estelle Figon en se demandant entre autres « Pourquoi tous ces gens, suspectés mais pas inculpés, s'acharnent- ils à rester dans une maison, où ils ont toutes les chances de se faire tuer, sans sembler d'ailleurs particulièrement terrorisés ? », « Pourquoi passent-ils leur temps à boire et à échanger des considérations aigres sur la vie et sur l'art au lieu de chercher à fuir ? » ou « Pourquoi ne voit-on pas enquêter cette équipe de police composée d'inspecteurs aussi nombreux qu'incompétents, aux surnoms improbables, plus farfelus les uns que les autres et incapables d'empêcher le moindre crime ? ».
Indéniablement, Sakaguchi joue avec ses différents types de lecteurs. Initialement, le roman avait été publié sous la forme d'un feuilleton et un concours avait été organisé afin de découvrir le meurtrier. Dans cette édition, les notes d'accompagnement de Sakaguchi lors de chaque livraison sont reproduites - ainsi que les résultats détaillés du concours - et, dans celles-ci, Sakaguchi interpelle les lecteurs ayant envoyés des réponses - y compris « Je-lis-trop », « Le Pif » et « Eurêka » !!! -, commente leurs propositions et invite même certains de ses confrères à envoyer leur proposition de résolution de la série criminelle. Par ailleurs, Sakaguchi place ici et là dans son roman des réflexions sur le monde littéraire - ces réflexions passent très bien dans la mesure où les principaux protagonistes du roman sont des écrivains ; lui-même est d'ailleurs cité dans le roman - et également sur le roman policier en distillant ses préférences en termes de romans policiers - « les Anglaises, comme Christie » plutôt que « Van Dine** ou Queen (qui) sont inutilement pédants » - et glissant ses commentaires sur le roman policier.
Bien que farce policière - ce qui rend relativement paradoxal le statut de classique du genre de ce roman -, Meurtres sans série constitue une excellente lecture. Il est simplement dommage qu'il ne s'agisse pas d'une série mais d'une incursion sans série dans le genre policier.
* À la fin du livre, on trouve une postface de la traductrice Estelle Figon intitulée « Ango et la farce policière » ainsi que des repères biographiques et une bibliographie.   
** Auteur de romans policiers, S.S. van Dine sera un des premiers à codifier le genre en publiant dans American Magazine « Les vingt règles du roman policier » en 1928. Lui-même ne les respectera pas (toutes) dans ses propres romans policiers.
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
deuxquatredeuxdeuxquatredeux   02 août 2016
"Bien. Comme chacun de vous le sait, dans cette seule maison, en trois jours, quatre personnes ont été assassinées, ce qui est un fait sans précédent au Japon. En la circonstance, vous tous qui résidez dans cette villa, en dépit de la vie pure et droite que vous menez habituellement, vous ne pouvez éviter d'être soupçonnés, c'est la logique dans un État de droit, je crois. Aussi je vous le demande à tous franchement : je voudrais examiner vos chambres ainsi que tous vos effets personnels. À ce propos, eu égard aux sommités de la culture que vous êtes tous, je vais vous révéler les points principaux de notre enquête : en somme, en raison de l'atroce hémorragie de Monsieur Utsumi il est impossible, selon nous, que l'assassin n'est pas eu de taches de sang sur ses vêtements ; donc soit il les a gardés, soit il les a lavés, mais il a bien fallu qu'il en fasse quelque chose. C'est la raison pour laquelle nous allons examiner vos chambres et vos affaires, mais nous ne vous y contraindrons pas. Nous en appelons à votre sens de la justice et requérons votre coopération ; ainsi nous espérons que vous donnerez pour l'enquêtes de puissantes preuves de votre innocence."
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   17 juillet 2016
- Ce pavillon occidental n'est guère adapté à la montagne, mais c'est du béton armé...
- Exactement. Il a été conçu dans le style de Wright. Je dirais qu'il a été construit il y a une quinzaine d'années. La maison principale date de cent cinquante ans environ.
- Alors la serrure de la porte d'entrée doit être extrêmement compliquée...
- Il n'y a aucune maison au fond de ces montagnes où l'on ferme la porte à clef. La peur du voleur n'existe pas. Bien sûr, il y a des gens qui font intrusion chez les autres la nuit. On les appelle des amoureux clandestins...
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   31 juillet 2016
C'est alors que je me rendis compte. Il y avait toutes sortes de livres sur les étagères dans cette chambre. C'étaient principalement des ouvrages historiques , mais près de la moitié des romans qu'i s'y trouvaient étaient également des traductions de romans policiers. Il y avait aussi du Ruikô. Et du Van Dine. Parmi les autres romans, les traductions comme Le Comte de Monte-Christo, Les Misérables ou Autant en emporte le vent étaient le plus nombreuses.
"Vous aimez les romans policiers , on dirait...", lui demandai-je et Tamon acquiesça:
"Depuis ma jeunesse je suis un grand admirateur de Ruikô, mais c'est lors de mes voyages à l'étranger que j'ai vraiment pris le goût des romans policiers. Okakura Tenshin était un grand lecteur de romans policiers mais, comme les gens de sa famille, préoccupé par sa maladie, ne venaient pas boire avec lui le soir, il leur racontait chaque soir la moitié d'un récit de Conan Doyle. Au moment le plus intéressant, il se taisait , et lorsqu'on lui demandait ce qu'il se passait ensuite, il les faisait languir en leur disant : "Non, non, ça suffit pour aujourd'hui. Si vous voulez connaitre la suite, apportez une autre bouteille". Si l'on veut réussir à boire le soir, Doyle fournit des récits tr!ès commodes. Les romans policiers récents sont fades, bizarres, compliqués, intéressants à lire, c'est sûr, mais inadaptés stratégiquement pour qui veut bien boire en comptante le soir.
- Moi aussi h'aime beaucoup les romans policiers, mais vous, quels sont ceux que vous aimez ?
- J'aime coude qu'écrivent les Anglaises, comme Agatha Christie. Van Dine ou Queen sont inutilement pédants, ils vous font indécemment languir et se donnent des grands airs, si bien que j'ai du mal à trouver plaisir à les lire dans la durée. Quand j'allais chez Maruzen autrefois, c'était uniquement pour ces romans policiers."
Le vieillard nous montra une pile d'ouvrages occidentaux qu'il avait pris dans un coin de sa bibliothèque. Ce n'étaient que des romans policiers. Des Crofts mais aussi Les Reydmaine aux cheveux roux, Zigomar ou encore des Freeman, de tout en fait.
"Dans ce cas, vous devez avoir une petite idée sur les événements qui viennent d'avoir lieu, n'est-ce pas ?"
Le vieillard garda un moment le silence, puis :
"L'assassin de Mochizuki et l'assassin de Tamao seraient-ils une seule et même personne ? Si c'est le cas..."
Il se tut à nouveau.
"Mais vous, Monsieur Yashiro, qu'en pensez-vous ? Tous les êtres humains, quel qu'ils soient, sont capables d'un meurtre. Chaque être humain a la possibilité de commettre n'importe quel crime. N'importe qui le peut."
Les yeux de Tamon étincelaient. Il nous fixa sans même chercher à le dissimuler. Puis sa bouche trembla à nouveau, comme s'il voulait nous dire quelque chose, mais il se ravisa et cessa de parler.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   10 juillet 2016
Pour nous autres littérateurs, l'home était une chose incernable, le labyrinthe de la psychologie humaine devait déboucher sur un chaos éternel et infini, c'était la raison d'être de la littérature, mais pour lui, le coeur des hommes était toujours parfaitement explicable.
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deuxquatredeuxdeuxquatredeux   30 juillet 2016
On le charriait : "Toi qui comprends si bien les hommes , pourquoi es-tu aussi nul comme romancier ?
- Ha ha ha ! c'est justement parce que je suis nul comme romancier que je comprends si bien le crime .!"
Et ce n'était ni de la blague , ni de la modestie. Il visait tout à fait juste, et dans sa façon d'observer les hommes il se bornait, il me semble, à la frontière profonde délimitée par la psychologie du crime et il n'en sortait jamais, ce qui fait qu'il ne se perdait jamais dans ce fameux labyrinthe infini. C'était génial.
C'était aussi la raison pour laquelle il ne pouvait écrire, l'animal. Comme en littérature il n'y a pas de limites bien définies dans l'observation des hommes, il était un détective de génie, mais un handicape de l'écriture.
Cependant, nous reconnaissions sans réserve ses compétences de détective et nous avions décidé d'appeler au contraire "Docteur" ce paresseux si peu studieux ; il faut bien dire que le coquin, s'il ne connaissait rien à ces sciences qui vous donnent mal au crane, pour ce qui était des futilités en revanche , il passait des nuits blanches plongé dans la lecture des ouvrages les plus raffinés, comme ceux des conteurs épiques ou des œuvres complètes des conteurs comiques, aux plus vulgaires, comme le livres cochons, les revues de cinéma, les résultats de sumo, bref en matière de frivolité, il en connaissait un rayon.
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