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ISBN : 282514522X
Éditeur : Rue Férou l'Age d'Homme (09/09/2015)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 3 notes)
Résumé :
De 1915 à 2015, Gérard Salem nous balade entre Orient et Occident, le temps d'une formidable saga familiale portant sur quatre générations. En 27 nouvelles, Marc de café dépeint la réalité d'une époque. Dans cet univers mystérieux, une écriture exigeante mêle au souci d'authenticité la quête d'une appartenance, d'une origine. Ainsi l'auteur reconstitue une sorte de kaléidoscope narratif et thématique pour donner corps à une forme inédite, « le roman en nouvell... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Eleusis
  22 septembre 2015
Pour cette sixième lecture de la rentrée littéraire, j'ai eu envie de quelque chose d'un peu différent. Marc de café de Gérard Salem arrive donc à point nommé car le livre est dépaysant à plusieurs points de vue.
Son sujet, tout d'abord. Pour être franche, j'ai navigué à vue, car je n'ai aucune idée précise du contexte culturel ou géo-politique dans lequel s'inscrit cette histoire. Bonne nouvelle : ça n'a pas gêné ma lecture car l'ouvrage, malgré une forme éclatée, réussit à distiller l'information comme il faut. Alors, certes, je me suis parfois un peu perdue dans les fréquents allers-retours de la famille entre la Turquie et le Liban et je n'ai pas fait l'effort de repérer où se trouvaient les villes mentionnées au fil de l'histoire, mais j'ai suivi les anecdotes, je les ai distraitement relié entre elles… Et surtout, j'ai senti les émotions, les ambiances et je crois que cela suffit. Les membres de la famille sont décrits par touches, tous caractérisés par quelques souvenirs forts, parfois un peu étonnants – parce que c'est ce qui est un peu bizarre qui reste en mémoire. Certains objets deviennent le relai du souvenir, madeleines proustiennes d'un nouveau style (je m'étais promis de ne pas faire l'analogie parce qu'elle me semblait facile… pardonnez-moi) : le coca glacé dégusté pendant que l'oncle Khalil fait ses longueurs aux bains militaires, la pierre fatidique lancée au camarade Gontran – ou Gonzague ? il ne sait plus trop – au collège Saint-Louis, la maquette de paquebot contemplée avec fascination dans le bureau du père, etc.
Avec ce livre, Gérard Salem revient sur une histoire familiale fondamentalement éparse : comment condenser en un seul texte les visions de tous les membres, représenter chaque maillon de la chaîne sans le caricaturer ou le déformer ? La difficulté est évoquée dans l'avant dernière nouvelle du recueil : Dernière touche. Je trouve justement que l'auteur a choisi le bon ton et la bonne distance pour traiter de sujets pas toujours simples. Si l'on devine les bouleversements qu'a pu connaître sa famille, c'est souvent vu par le prisme d'un des personnages, ou par l'intermédiaire de tranches de vie qui peuvent sembler à première vue anodines. Quelques nouvelles, comme Déserteurs, que j'ai beaucoup aimée, s'attardent sur un événement fort (en l'occurrence, Jijo et Djerdjos, qui passent la frontière pour éviter un nouvel enrôlement sous les drapeaux turcs) mais c'est avant tout la vie quotidienne, à travers un faisceau d'anecdotes, qui prend le pas sur l'Histoire. En témoigne l'étrange nouvelle intitulée Deux soeurs, où Georges, personnage-pivot du recueil et double de l'écrivain (psychiatre et amateur de lettres comme lui), se fait soigner une dent par quelqu'un de la famille qui, pendant l'opération, lui relate l'histoire de sa grand-mère qui a échappé aux tueries d'assyro-chaldéens en Turquie en 1915. Les événements tragiques racontés sont entrecoupés d'indications que font tous les dentistes. Et au poids de l'histoire, bien réel, aux interrogations qu'il suscite, (« Comment se fait-il que nous, leurs descendants, soyons devenus si fragiles, prompts à nous plaindre de trois fois rien ? »), s'ajoute le drame du retour à la normale, de la vie qui continue.
Dépaysant, Marc de café l'est aussi par sa forme. Il est question sur la quatrième de couverture de « roman en nouvelles ». Voyons d'un peu plus près sa structure : le livre commence par une Ouverture, où la nouvelle La phrase magique nous donne tout de suite la clé du titre. Ensuite, deux parties, Première donne – de près ; Deuxième donne – de loin séparées par un Intermède intitulé Rite de passage. Enfin, un Envoi, avec une dernière nouvelle, Prophylaxie balnéaire. Une forme particulièrement éclatée (compensée en partie par le fait que chaque nouvelle porte la mention d'une date à la fin), mais qui retranscrit bien le chaos initial de la mémoire – et a fortiori de la mémoire collective. D'ailleurs, à la lecture, j'aurais presque été tentée d'inverser les titres des première et deuxième donnes : la deuxième partie me semble en effet davantage centrée sur le personnage de Georges, qui n'est présent que de loin en loin au début. Mais le choix de l'auteur souligne aussi à quel point le personnage – celui-là même qui s'est donné la charge de préserver la mémoire familiale – s'éloigne peu à peu de la matière brute, des expériences, au point de ne pas toujours bien comprendre ceux qui, dans sa famille, ont été façonnés par elle. Et, sans que le questionnement prenne le pas sur les soubresauts de sa grande histoire, l'auteur ne cesse de s'interroger en filigrane sur la question de la mémoire et de sa transmission au fil des générations.
Marc de café, malgré sa forme un peu déconcertante, est assurément un bon livre, bien construit et qui sous des dehors de recueil de nouvelles nous raconte bel et bien une histoire suivie. J'imagine que c'est pour cette raison qu'il est présenté comme un roman par nouvelles. En vérité, le terme me gêne un peu, parce que j'ai l'impression que la nouvelle est tellement en mal de légitimité aujourd'hui, qu'il faut, lorsqu'un recueil de nouvelles est bon, construit et cohérent, lui apposer d'une façon ou d'une autre le terme de roman. Sous un ciel qui s'écaille de Goran Petrovic, qui présente un peu le même genre de procédé est lui aussi classé comme un roman, et s'est vu reprocher par nombre de lecteurs son caractère éclaté et non linéaire, alors même que le choix d'écriture permet de rendre compte des bouleversements d'une société.
Dans tous les cas, recueil de nouvelles ou roman éclaté, Marc de café mérite qu'on s'y intéresse. Merci aux éditions L'âge d'homme pour la découverte !
Lien : https://gnossiennes.wordpres..
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motspourmots
  16 septembre 2015
Voilà un joli recueil de nouvelles, un brin nostalgique, servi par une belle écriture, sobre et précise. Un voyage entre orient et occident, une visite du siècle dernier à travers l'histoire d'une famille qui, prise dans les feux de l'histoire, essaime ses membres entre le Moyen-Orient et l'Europe. Gérard Salem fait jaillir les images, les sons, les odeurs et diffuse une petite musique orientale qui ressuscite des époques révolues.
Les nouvelles sont autant d'instantanés, de moments de vie relatifs à une même famille. D'ailleurs, certains protagonistes se retrouvent parfois, au détour d'une page. du début du XX ème siècle à nos jours, l'auteur fait défiler une galerie de personnages qu'Albert Cohen n'aurait pas reniés. On a l'impression d'être dans un grenier et de découvrir des photos, des lettres, des bribes de vies qui forment un tout et racontent une histoire familiale.
Cela parle de mémoire, socle de la transmission et de l'identité. Une identité qui passe par les hommes et les femmes qui, par petites touches, passent le relais aux générations suivantes. Cela parle d'exil, d'un triangle d'or (Turquie - Iran - Liban) soumis aux guerres et aux invasions mais terreau d'une société résolument cosmopolite, façonnée par l'obligation de fuir et de s'adapter à d'autres cultures.
L'auteur fait particulièrement bien passer l'ambiance d'une époque, quand Beyrouth était un refuge cosmopolite et francophone avant que l'Europe ne prenne le relais (Il est lui-même installé en Suisse).
Il rend ainsi un très bel hommage à sa lignée familiale mêlant truculence, mélancolie et joie de vivre. Et, suprême élégance, une certaine forme d'insouciance, marque de fabrique de l'héritage familial.
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
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julienleclerc45
  03 mai 2016
Ce roman commence par la légende du marc de café, utilisé par tante Margot pour prédire l'avenir. La prédiction nous guide dans les moments de la vie de Georges. Ces moments, que ce soit la découverte du hammam ou du corps de la jeune Linda, ne sont pas chronologiques. Il ne s'agit pas d'une biographie d'un personnage de fiction. Ces 27 histoires qui se rapprochent de la nouvelle plus que de simples chapitres nous dressent autant le portrait d'un homme que de sa famille et des lieux (Téhéran par exemple).
Gérard Salem utilise le principe de la nouvelle pour constituer ce roman. Il ne s'agit pas d'un recueil à proprement parler mais d'une succession d'histoires ayant pour point commun, un personnage. Nous passons d'une histoire à un moment, d'une époque à une autre. Cela nous donne l'impression d'un certain désordre, celui de la mémoire. Ce qui désarçonne au début séduit ensuite. L'auteur laisse notre esprit relier les points entre eux dans un jeu participatif. le but est de comprendre le personnage.
Georges ne raconte pas sa vie et celle de sa famille (l'histoire s'écoule sur un siècle) par la chronologie mais le sensible. On aborde une nouvelle par une odeur, un personnage marquant, un son ou une ambiance. A la fin de la lecture, c'est tout un monde que l'auteur nous a fait visiter et ressentir.En faisant appel à nos sens, l'auteur nous approche de son personnage, ce Georges, parfois simple témoin, souvent acteur de sa vie, qui se révèle petit à petit. Les 27 nouvelles instaurent une sorte de dialogue entre le lecteur et lui. C'est un roman très sensoriel qui va à la rencontre d'un homme.
L'air de rien, le lecteur, au bout des 27 nouvelles, aura parcouru plusieurs kilomètres, côtoyé plusieurs générations familiales et ressenti tous les instants forts de la vie de Georges.

Lien : https://tourneurdepages.word..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
motspourmotsmotspourmots   14 septembre 2015
La maquette avait été construite avec amour, non sans une précision obsessionnelle. Ses structures et ses éléments étaient reproduits à l'échelle, de même que les couleurs, les textures. Tant de précision dans la miniaturisation l'ébahissait. On eut dit un paquebot bonzaï, un bébé paquebot. Et n'était-il pas lui-même la réplique en plus petit d'une grande personne ?
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EleusisEleusis   22 septembre 2015
Non, mon voisin du dessus ne se doute pas de la cérémonie que nous célébrons lui et moi tous les soirs à travers mon plafond. [...] Il a une façon très personnelle de se déchausser, aux heures tardives de son coucher, alors que je suis déjà au lit. Il ne se contente pas d'ôter ses chaussures comme tout le monde. Pour d'obscures raisons, il les jette impétueusement au sol, autrement dit contre mon plafond. Ce n'est pas tout : il ne les ôte ni ne les jette jamais au même moment. Allez savoir pourquoi, un certain laps de temps s'écoule entre la première et la deuxième chaussure. Et pour compliquer les choses, cet intervalle n'est jamais constant. Parfois cinq, parfois quinze minutes, parfois davantage. Jamais plus d'une heure, grâce à Dieu.
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EleusisEleusis   22 septembre 2015
Une nouvelle famille, originaire du Proche-Orient, me sollicite de façon pressante pour rédiger ses annales en l’honneur du centième anniversaire de leur sage. J’ai déjà reçu par la poste le relevé généalogique, les copies des actes de naissance, de baptême, de mariage, de divorce ou de décès, sans compter les albums de photos et les extraits de lettres échangées entre les membres sur quatre bonnes générations. Et laissez-moi vous dire qu’avec cette famille, le ton à trouver ne sera pas une mince affaire…
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