Çà et là, il se murmure qu'
Olivier Adam est aux lisières du Goncourt. Je n'irai pas jusque-là. Pour autant, malgré quelques longueurs et un agacement passager du fait de trop nombreux lieux communs et du caractère geignard du décalque de l'auteur, le livre a un côté clairement extatique tant on s'y reconnaît (vanité...), pour autant que l'on fasse partie de ces gens en lisières, de cette population périphérique.
Mais quelles sont-elles ces personnes en bordure, à la frontière ? Plus vraiment provinciale mais jamais réellement parisienne, absolument par riche mais pas tout à fait pauvre..., c'est moi, c'est le quidam, le monsieur tout le monde qui bosse plus pour gagner moins et qui surnage dans l'indifférence la plus crasse.
Olivier Adam écrit comme on parle, sans manière et parfois vulgairement ce qui ne fait que rajouter à la crédibilité, à la sincérité de son récit, véritable scanner de notre époque, de la fracture sociale et portrait fidèle de cette classe moyenne, majoritaire et pourtant toujours mise à la marge.
Si l'on s'accorde à dire que la mouvance littéraire française du moment à tendance à s'engluer dans des histoires moroses aux personnages torturés, Adam le fait, certes, mais avec sensibilité, intelligence, réalisme, gravité et surtout espoir. Ce qui fait toute la différence.
L'auteur semble rééditer ses sujets de prédilection (nostalgie du premier amour, amour parental, relations familiales, retour sur soi, séparation, fuite...). Si les lecteurs fidèles pourront être lassés, je n'avais pour ma part lu d'Adam que
Je vais bien, ne t'en fais pas. C'est donc avec plaisir que j'ai redécouvert une plume juste qui dresse un portrait impliqué de la société contemporaine et une analyse pertinente du mal-être ambiant. Je me suis assimilée avec force à l'exil intérieur de ce protagoniste double de l'écrivain mais également à certains de ses personnages satellites. Bien sûr, son anti-héros ne connaît pas les fins de mois qui commencent le 10 mais rappelons que si l'expression "l'argent ne fait pas le bonheur" est un adage de riche parce qu'il y contribue foutrement, il ne suffit pas, c'est évident.
Bref, c'est l'histoire touchante d'un mec imparfait qui nous permet de nous pardonner à nous-mêmes nos erreurs et nos apitoiements. Sa puissance réside dans son constat selon lequel nous avons tous une situation et quelle qu'elle soit, elle est toujours mieux ou pire que celle du voisin, ce qui ne nous empêche pas de comprendre le bonheur ou le malheur de l'autre et d'avoir un avis. C'est en somme en formidable appel à la tolérance, nous disant que si nous arrêtions de fonctionner en castes, de jalouser ou de mépriser, le monde serait un peu plus doux.
Une émotion intense se dégage de ce récit doux-amer et l'on ressort irrémédiablement chamboulé de ce roman.
Olivier Adam est, avec profondeur et authenticité, envers et contre tous, le porte-parole de toutes les France.
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