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Critiques sur Eugénie Grandet (36)


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    • Livres 4.00/5
    Par NastasiaBuergo le 05/11/2012


    " - Dis, Maman. Raconte-moi ton premier Balzac.
    - Eh bien, vois-tu, ma fille, mon premier Balzac n'avait rien de très poétique ni de très motivant.
    C'était par un temps gris d'automne, de la pluie et du vent à ne plus savoir qu'en faire. de plus, comme pour bon nombre d'entre nous, c'était une lecture imposée à l'école. Si tu savais comme je détestais ces lectures imposées. Bien souvent, je m'arrangeais pour ne pas les lire, pour faire illusion. Bref, cela m'est tombé dessus.
    Bien sûr, Balzac, je connaissais de nom, mais n'avais jamais rien lu de lui. On ne m'en avait dit que du mal, que c'était ennuyeux, pénible à lire, très démodé, une vraie corvée. Certains titres de ses romans m'étaient connus, mais pas celui-là. Non, ça ne me disait vraiment rien ce nom, Eugénie Grandet, je n'en avais jamais entendu parler.
    Ma mère était allée me l'acheter à l'une des mauvaises librairies de la ville, car, comme tu peux te l'imaginer, il n'y avait pas beaucoup de livres chez mes parents. Quand j'ai vu le livre que me rapportait ma mère, j'eus encore plus le bourdon. La couverture était moche comme il n'y a pas.
    Un samedi après-midi, il n'y avait vraiment rien à faire dehors, il pleuvait sans discontinuer. Notre chienne était sur le point de mettre bas et comme elle n'avait pas l'air très en forme, mon père m'avait demandé de la surveiller afin de pouvoir appeler le vétérinaire au bon moment si le besoin s'en faisait sentir.
    Alors je pris Eugénie Grandet avec moi et commençai à lire pour tromper l'attente. Je n'ai plus une conception précise du temps à partir de ce moment-là. Je sais juste qu'assez rapidement il m'a fallu allumer la lumière, soit que le ciel était trop gris, soit que la nuit commençait à tomber.
    Je sais aussi que je n'ai pas vu naître le premier petit chiot et que je me suis couchée tard ce soir-là. Il n'y avait pourtant rien à faire me semblait-il. Je ne me souviens pas avoir vraiment dîné, par contre, je me souviens parfaitement que ce jour-là, outre les six petits chiots, un grand amour pour Balzac est né... "

    Voilà un bien trop long préambule mais cela s'est réellement passé comme ça. Et ce n'est pourtant pas mon Balzac préféré ni même celui que je conseillerais à un jeune désireux de découvrir cet auteur. Mais celui-ci garde pour moi une saveur assez spéciale...
    Quoi vous dire que vous ne sachiez déjà sur cet ultra classique de chez classique ?
    Peut-être que, comme parfois chez Honoré de Balzac, le personnage qui donne son nom au roman ne semble pas être le personnage principal, du moins le plus marquant. Ici, la figure du père Grandet, ancien tonnelier avare ayant fait fortune à Saumur, trône au cœur du roman, lui dont l'ombre et la férule continueront de planer au-dessus de la tête de sa fille même bien après son décès.
    Quant au destin de sa fille Eugénie, il paraît n'être qu'un simple dommage collatéral de l'avarice maladive du vieux.
    Molière nous avait peint un avare pathétique jusqu'au rire, Balzac nous en sert un pathétique tout court, qui crève avec son magot, le cœur dur comme un granit et les paupières plus sèches que le désert.
    Eugénie et sa mère sont les pauvres témoins, voire, de vulgaires expédients du vieux radin. Elles n'ont nul droit à la chaleur humaine et surtout pas à l'amour. le vieux non plus d'ailleurs, mais il s'en fiche comme d'une guigne tant qu'il a de l'or.
    À la mort du vieillard, Eugénie demeure richissime, mais effroyablement seule dans la froide maison de Saumur. Les oiseaux de proie tournent autour de ce jeune petit cœur naïf, petit cœur de femme qui a éclos coupée du monde et qui n'en connaît pas les dangers, petit cœur qui s'émeut et qui croit à l'éternité d'un premier amour né d'une rencontre fortuite, petit cœur qui croit en la pureté des hommes aimés et de leurs sentiments, petit cœur qui croit en l'inaltérabilité de la parole donnée, petit cœur qui croit qu'on l'aime pour ce qu'elle est non pour ce qu'elle possède... Aura-t-elle droit à sa parcelle de bonheur ? Ceux qui l'ont déjà lu le savent et pour les autres, je me dépêche de me taire et de vous laisser lire la fin...
    Ce monument De Balzac vaut principalement pour la dentelle dans laquelle l'auteur cisèle la sensibilité d'Eugénie, ses frêles attentes, ses désirs accessibles, son âme neuve, éprise de romantisme et si éloignée de la cruelle réalité de son père, de la rudesse confinant à la goujaterie de son cousin qu'elle aime, la dentelle encore avec laquelle Honoré de Balzac sait si bien nous faire sentir les attentes cupides des deux clans ennemis cherchant à tout prix à faire un beau mariage rentable avec Eugénie, la considérant, elle, comme une quantité négligeable.
    Sublime œuvre psychologique et sociale, écrite tout en finesse, en sensibilité, en amertume aussi, c'est à juste titre que ce roman figure parmi les plus célèbres de son auteur. Mais ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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    • Livres 5.00/5
    Par Under_The_Moon le 14/02/2013


    C'est le premier Balzac que j'ai lu. C'était il y a .... un certains temps à dire vrai ! Mais ce livre m'a quand même marquée.

    Il m'a fallu du temps pour comprendre qu'avec cet écrivain il faut prendre sur soi car on a vite fait de bouillir d'impatience lorsque nous, pauvres lecteurs du 21ème siècle, nous retrouvons au milieu de digressions qui s'étalent sur des pages et des pages .... et encore d'autres pages !!
    D'accord, en ce temps les écrivains étaient payés à la quantité, et tout flambeur qu'était le grand Honoré de Balzac, on imagine très aisément qu'il est ressenti le besoin d'étaler ses récits sur le plus de pages possibles.
    C'est vrai aussi que ces descriptions nous laissent une peintures des moeurs de l'époque - dans son milieu social s'entend - des plus riches. Mais, difficile de ne pas se laisser tenter par l'abandon dans des moments pareils !

    Enfin, une fois tout cela mis de côté, j'ai été touchée par Eugénie grandet. Une jeune fille pleine de candeur, généreuse... et bien trop crédule !
    Alors pourquoi ne pas m'être agacée ? Sans doute parce que je me suis un peu identifiée à cette époque (j'avais 13 ou 14ans), et découvrais que "donner" n'est pas gage de recevoir encore moins de gratitude.

    C'est donc comme cela que Balzac est resté dans ma mémoire : comme un peintre des tempéraments humains. En montrant aussi que tous ne sont pas blancs ou noirs, et que les préceptes enseignées à la messe ... restent à la messe ! car la vie a d'autres obligations : celles du "soi".
    Une révélation pour moi à l'époque !

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    • Livres 4.00/5
    Par cicou45 le 15/04/2013


    J'ai lu mon premier roman d'Honoré de Balzac à l'âge de 14 ans, et pour être tout à fait franche avec vous, je n'avais pas du tout aimé, trouvant que l'auteur s'éternisait dans des descriptions d'objets ou de lieux beaucoup trop longues, et y préférant de loin, à l'époque, Emile Zola. Je m'étais un peu réconcilié avec Balzac quelques années plus tard avec sa nouvelle "Le Chef-d'oeuvre inconnu"' mais maintenant que d'autres années ont passé, je me suis décidée à me replonger dans l'univers de ce que Tous considèrent comme un grand auteur du XIXe siècle. Alors qu'à l'age de 14 ans, je ne comprenais pas pourquoi tant déloges, aujourd'hui, alors que je suis âge de 29 ans et est dons beaucoup mûri, je commence à comprendre !

    Je ne vais pas vous refaire un résumé complet de toute l'histoire que, la plupart d'entre vous, j'en suis certaine, connaissent déjà, ou, du moins en ont entendu parler, mais simplement vous donner mes impressions sur cette lecture. Celle-ci m'a procuré beaucoup de plaisir en y découvrant le père Grandet, riche et avare homme de Saumur, de sa femme et de leur fille Eugénie, que les gens intéressés se disputent afin de faire un beau mariage pour leur propre progéniture. Pour le plus grand malheur d'Eugénie, celle-ci vivait dans un monde, celui du début des années 1800 où les femmes, et encore plus les filles de famille, n'avaient que très peu le droit à la parole et ne devaient pas se permettre le luxe de tomber amoureuse et de choisir elles-mêmes leur mari. Aussi, est-ce une malédiction lorsque celle-ci s'éprendra de son jeune et beau cousin de Paris, Charles. Mariage qui n'est pas envisageable pour le père de la jeune demoiselle étant donné que son frère, le père de Charles, a fait faillite et est, par conséquent, déshonoré.

    Quel avenir envisager alors pour ces deux âmes égarées ? La richesse, voilà le thème principal de cet ouvrage car sans fortune, pour Grandet père et, en se replaçant dans le contexte de l'époque, l'on n'est rien !
    Un livre aussi sur les sentiments que l'on doit souvent enfouir pour faire plaisir à son père, qui à créer son propre malheur !

    Une lecture qui m'a ravie, même si elle n 'est pas des plus joyeuses, mais qui m'aura au moins permis de me réconcilier définitivement avec l'auteur en me donnant cette fois envie de ma plonger dans l'intégralité de "La comédie humaine" afin de combler mes lacunes dans le domaine balzacien ! A lire !

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    • Livres 4.00/5
    Par Ellen-R le 08/02/2013


    S'il est moins connu que Harpagon, Félix Grandet est quand même un des meilleurs exemples d'avares dans la littérature, sa femme, sa bonne et sa fille, Eugénie, lui sont entièrement dévouées et lui obéissent aveuglément, jusqu'à l'arrivée de Charles, le cousin. Et par amour pour ce dernier, Eugénie va défier son père, la scène du sucrier : acte de rébellion très grave au prix que coûte le sucre !

    Marcel Aymé avait trouvé la phrase: "Simenon c'est Balzac sans les longueurs." Sans à tout prix rapprocher les deux auteurs, cette phrase n'est pas totalement fausse, car Simenon, à mon avis, aurait pu aussi écrire Eugénie Grandet, car Balzac et Simenon, dans leurs romans, donnent une description de la société et du mode de vie de leur siècle.

    Eugénie Grandet décrit avec pertinence la période de la Restauration (1816-1826), les personnages des Grassins et des Cruchot se livrant à une guerre sans merci pour devenir la belle-famille de la riche héritière. Si Balzac ridiculise ses personnages c'est pour mieux dénoncer. le livre se lit bien et il est plutôt court. Sans m'avoir fait crier encore au génie pour Balzac, Le Colonel Chabert et Eugénie Grandet me donnent envie de poursuivre mes lectures de cet auteur.

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    • Livres 4.00/5
    Par mariech le 21/03/2012


    Mon Balzac préféré .
    Eugénie Grandet attend le grand Amour , celui qui illumine la vie , celui qui va bouleverser sa vie et elle croit le reconnaître à l'arrivée de son cousin .
    L'arrivée de son cousin est très romantique , il est ruiné et son père vient de se suicider , mais malheureusement pour Eugénie , il n'a rien d'un romantique et préfére l'argent à l'amour , Eugénie ,elle ,ne rencontrera jamais l'amour , elle finira seule en gardant les affreux réflexes d'avarice de son père , dès que le printemps arrive , elle ne chauffe plus , comme son père le faisait et tant pis si le printemps est terriblement froid .
    Il y a chez Balzac , comme dans Le Père Goriot , une description de personnages qui ne savent pas changer , ils sont figés dans un monde qui va disparaître avec eux , victimes d'une loyauté qui les fait renoncer au bonheur .
    Un tableau superbement nuancé de l'avarice poussé , à son paroxysme , ah quand le père Grandet compte les morceaux de sucre pour la semaine !

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    • Livres 4.00/5
    Par Megelio le 14/04/2013


    Au départ, j'ai dû m'y reprendre trois-quatre fois pour réellement me lancer dans la lecture d'Eugénie Grandet. Les longueurs m'ennuyaient. Et puis ensuite… Les mots De Balzac ont eu leurs effets. Les longueurs n'ont plus été ennuyantes mais sont devenues de la belle poésie.

    S'il est un peu difficile de se plonger dans l'histoire, du fait du vocabulaire, des longues descriptions et de l'époque, on a aucun mal à s'attacher à Eugénie Grandet. Une jeune femme soumise et bienveillante, éprise de son cousin, convoité uniquement pour la grande fortune de son père : l'avare père Grandet. Ce dernier ferait presque froid dans le dos tant il regorge d'austérité (Harpagon m'a manqué). Il est prêt à tous les stratagèmes et tromperies pour s'enrichir, quitte à sacrifier sa famille. Et sa cupidité va engendrer plus d'un drame.

    J'ai pris mon temps pour lire ce roman et j'en ai apprécié encore plus le style De Balzac.

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    • Livres 3.00/5
    Par Claudepuret le 08/05/2013


    Un des premiers Balzac que j'ai lu, Eugénie Grandet nous met tout d'abord aux prises avec son père, tonnelier terriblement sévère et avare qui règne sur sa famille.
    Arrive alors un cousin parisien dont le père, ruiné, s'est donné la mort. Eugénie croit voir en lui le grand amour et elle en sera cruellement déçue.
    L'intrigue est typique d'une époque où les familles étaient ainsi faites et où les mariages et les vies se faisaient ainsi.
    J'ai regretté les très longues descriptions et digressions, elles aussi typiques d'une époque, mais j'ai tout de même apprécié, au prix de quelques efforts.

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    • Livres 4.00/5
    Par hanta le 26/07/2012


    Ce livre m'a été recommandé par une amie et je la remercie vivement d'avoir insisté pour que je le lise. C'est aussi le premier roman De Balzac que je lis donc mon commentaire risque d'être long.
    Dès le début du livre, j'étais rebutée par les longues descriptions et il a fallu que je m'y prenne deux à trois fois avant de m'insérer totalement dans l'histoire. Malgré tous les éloges faits sur cet auteur, je n'aime définitivement pas son style d'écriture, surtout sa façon de décrire les paysages ou le décor. J'ai l'impression qu'il s'attarde beaucoup sur des petits détails inutiles et superflus. Néanmoins, cet aspect n'a pas gâché l'ensemble de la lecture.
    Au-delà de l'histoire d'amour bien triste qui se noue entre Eugénie et Charles, le thème principal du livre reste l'argent, personnifié par M. Grandet. Dans mes lectures, j'ai déjà rencontré des personnages cruels mais celui-ci est le plus détestable et exécrable : c'est un être avide, avare, égoïste, despotique, totalement obnubilé par l'argent et capable de tout pour arriver à ses fins.
    Si au début du livre j'ai ressenti de l'attachement pour Eugénie avec sa candeur, sa naïveté et sa simplicité, vers la fin elle m'a déçue, comme si l'héritage l'avait en quelque sorte corrompu et rendu mauvaise. Certes, son geste était généreux mais j'y ai quand même senti un arrière-goût de rancœur et d'amertume.
    A travers cet ouvrage, l'auteur nous montre aussi un monde qui change et qui évolue vers un capitalisme où règne la loi du plus fort et du plus malin. Même si l'ouvrage a été écrit en 1833, il a des accents très contemporains, comme en témoigne ce paragraphe : « les avares ne croient pas à une vie à venir, le présent est tout pour eux. Cette réflexion jette une terrible clarté sur l'époque actuelle, où, plus qu'en aucun autre temps, l'argent domine les lois, la politique, les mœurs. Institutions, livres, hommes et doctrines, tout conspire à miner la croyance d'une vie future sur laquelle l'édifice social est appuyé depuis dix-huit cent ans. Maintenant, le cercueil est une transition peu redoutée. L'avenir, qui nous attendait par delà le requiem a été transposé dans le présent. Arriver per fas et nefas au paradis terrestre du luxe et des jouissances vaniteuses, pétrifier son cœur et se macérer le corps en vue de possessions passagères, comme on souffrait jadis le martyre de la vie en vu de biens éternels, est la pensée générale ! pensée d'ailleurs écrite partout, jusque dans les lois, qui demandent au législateur : « Que paies-tu ? » au lieu de lui dire « Que penses-tu ? ». Quand cette doctrine aura passé de la bourgeoisie au peuple, que deviendra le pays ? ».


    Lien : http://leslecturesdehanta.eklablog.com/eugenie-grandet-a83790206

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    • Livres 4.00/5
    Par Woland le 14/12/2007


    A mon avis, "Eugénie Grandet" est l'un des plus grands romans de son auteur. D'abord en raison du père Grandet, qui s'égale ici à l'Harpagon de Molière dans tout ce que ce personnage a de sinistre et d'épouvantable. Ensuite parce que la destinée d'Eugénie atteint à la grandeur par l'implacable cruauté qui est son lot.
    L'action se déroule à Saumur - donc, en province - où les Grandet constituent l'une des plus riches fortunes de la ville grâce aux spéculations en tous genres (c'est-à-dire souvent à la limite du légal) du chef de famille, Félix. Celui-ci ne semble vivre que pour son argent et tyrannise sa femme, sa fille, Eugénie et leur servante, Nanon, rognant sur tout, vérifiant tout vingt fois plutôt qu'une et entassant, entassant, entassant ...
    A vingt-trois ans et à une époque où la Sainte-Catherine n'était pas un vain mot, Eugénie n'est pas encore mariée bien que sa dot soit convoitée pour leur fils par les meilleures familles de Saumur. Les Cruchot (aucun rapport avec l'adjudant du même nom Wink ) et les Grassins accourent d'ailleurs au bal que le père Grandet s'est tout de même décidé à donner pour son anniversaire.
    Un troisième larron entre alors en scène, Charles, le cousin d'Eugénie. Il arrive de Paris porteur d'une lettre de son père pour Grandet, lettre dans laquelle le malheureux annonce que, traqué par ses créanciers et devenu insolvable, il préfère se suicider. Il recommande évidemment son fils à la bonté de Félix Grandet mais ... Mais le lecteur a déjà compris qu'il aurait gagné à le recommander à un mur.
    Tandis que le père Grandet, absolument insensible à la tragédie qui le frappe, révèle au jeune homme la mort de son père, Eugénie, qui trouve son cousin bien différent des jeunes gens auxquels elle est accoutumée, décide secrètement de l'aider à recouvrer sa fortune. Pour financer son départ pour les Indes, elle lui remet l'intégralité des pièces de collection dont, chaque année, lui fait don son père.
    Après avoir offert en retour à Eugénie un nécessaire de toilette en or ayant appartenu à ses parents et non sans force larmes, apitoiements et grands serments, Charles quitte Saumur pour s'embarquer. Eugénie retourne à son train-train qui, le 1er janvier 1820, se voit très gravement troublé par l'explosion de fureur du père Grandet, découvrant que les cadeaux faits à sa fille ont disparu.
    Comme la jeune fille refuse d'expliquer l'usage qu'elle en a fait, Grandet l'enferme dans sa chambre avec interdiction d'en sortir. Eugénie tient bon mais sa mère, minée par le chagrin et la vie qu'elle mène depuis si longtemps, tombe malade. Elle trouve cependant la force de laisser sa fortune personnelle à la seule Eugénie. Ce que voyant, le père Grandet préfère se réconcilier avec sa fille. Au reste, il parviendra, deux ans plus tard, à la faire renoncer à son héritage ...
    Le temps passe, nous sommes en 1822, année de la mort de Mme Grandet. Eugénie demeure aux côtés de son père qui, sentant lui-même arrriver la Camarde, se décide à mettre sa fille au courant de ses affaires. Ne ratez pas la scène de l'agonie de Félix Grandet : sans jeu de mots, elle vaut son pesant d'or.
    Pendant huit ans - le père Grandet meurt en 1827 - Eugénie n'a pas reçu un seul signe de Charles. Mais quand elle entre en possession de la fortune de son père, il se manifeste enfin. C'est hélas ! pour lui avouer qu'il a fait un mariage d'argent. Eugénie se résigne alors à conclure de son côté un mariage blanc avec Cruchot de Bonfons, beaucoup plus âgé qu'elle.
    Devenue veuve, elle reviendra vivre dans l'ancienne maison paternelle où elle reprendra le train-train de jadis, seule avec les fantômes de ses espoirs perdus.
    Il est difficile de faire plus triste. Difficile aussi d'égaler Balzac dans sa peinture de cette vie morne, étouffante, abrutissante où les rares moments de bonheur ne semblent surgir que pour mieux se faire regretter de ceux qu'ils illuminent trop fugitivement. La fièvre des avares est ici examinée, disséquée, passée au crible du microscope littéraire avec une minutie et une vérité qui laisseront toujours pantois ceux qui, dans leur famille ou leur entourage, ont connu des avatars du père Grandet. Les caractères secondaires sont peints avec autant de force que les rôles-clefs et le style se libère des lourdeurs habituelles.
    Mais le tour de force de Balzac, dans ce roman, c'est peut-être d'inciter son lecteur à se poser la question suivante : et si, malgré tout ce qu'on peut lui reprocher - et on peut beaucoup - le père Grandet n'avait pas eu raison quant à la véritable nature de son neveu ? ... ;o)

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    • Livres 5.00/5
    Par olivberne le 04/03/2012


    Quand je lis Balzac, j'ai l'impression d'être avec le narrateur sur les lieux de l'action. Les descriptions sont tellement poussées qu'on est transporté sur place. Ce qui fait aussi la qualité du roman, c'est une histoire qui surprend, une peinture des sentiments et de l'âme humaine très forte et sensible. On souffre avec Eugénie, on suit son parcours, ses doutes et ses espoirs et ils deviennent personnels. Balzac a du génie, comme dans le titre de ce roman.

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