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Le roi vient quand il veut1Ajouter à mes livres
Le roi vient quand il veut
Parmi les entretiens que j'ai donnés
depuis 1984, j'en ai réuni trente. [...]
Et puis, relisant ces propos, je me dis
qu'à défaut de la vérité introuvable,
on y trouve enlacés les souvenirs<... > voir plus
Ces entretiens de Pierre Michon sont passionnants et beaux. Ils permettent de découvrir la genèse de son oeuvre, les livres et les auteurs qui ont été et sont encore pour lui essentiels dont il nous parle avec ferveur ; et la difficulté et la souffrance au coeur de la création. "Le roi vient quand il veut" c'est le souffle créateur qui se déclenche au moment où on ne l'attend plus, l'angoisse qu'il ne vienne plus, que la source soit tarie.
Oui, le bref est une sorte de tyrannie.... le récit bref, qu'on peut préparer pendant des mois, doit être écrit d'un seul tenant, dans l'ivresse et la fièvre, peut-être la grâce, sans retour ni repentir, sur la corde raide. Cette mise en risque ne permet que l'échec (la plupart du temps), ou la merveille d'une cinquantaine de pages retombant sur leurs pieds, comme tissées d'échos, nécessaires. Et la moindre fausse note précipite l'ensemble au panier. Le bref ne se rattrape pas.
Il y a ceux qui jouissent de la vie, et les rêveurs exaspérés : quand les deux se rencontrent dans un même, il se fait une oeuvre très forte et très violente. Quand la gloutonnerie de vivre et l'impossibilité de le faire se rejoignent, la résolution ne peut se faire que dans la violence. L'art est cette violence.
Ecrire, c'est changer le signe des choses, transformer la douleur passée en jouissance présente, faire de l'art avec la mort. Je ne valorise absolument pas la douleur, je ne suis ni doloriste ni saint-sulpicien. Seule l'écriture, cet après-coup inouï, peut la sublimer en joie, c'est-à-dire lui donner un sens. L'écriture n'est jamais là au moment où les choses se passent, elle vient après, bien après parfois.
Faulkner disait que nous disposons tous d'un territoire pas plus grand qu'un timbre-poste, et que ce qui importe n'est pas la superficie, mais la profondeur à laquelle on creuse. Mon timbre-poste est minuscule. Je ne sais pas si je le creuse bien.