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ISBN : 2266143786
Éditeur : Pocket (2004)


Note moyenne : 3.62/5 (sur 16 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Un soir de février, une voiture se dirige lentement vers un hameau isolé, au bout de l'autoroute, au-delà des collines, des friches et des bois.
Dans le véhicule, deux frères. L'un d'eux vient toucher l'héritage du cousin joseph, un ermite qui vivait dans une vie... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (2)

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    • Livres 3.00/5
    Par oops, le 02 avril 2012

    oops
    Pierre, le narrateur et son frère quittent pour quelques jours la ville afin de se rendre dans un hameau perdu de vingt cinq habitants dans le Cantal où ils ont eu l'habitude de passer leurs vacances durant leur enfance. le vieux cousin Joseph a fait du frère de Pierre son héritier, c'est dans une masure crasseuse à la ressemblance de l'infâme solitaire qui y vivait, que les deux frères débarquent. A leur arrivée, ils apprennent le décès de Lucie, la fille des voisins avec laquelle ils ont partagé quelques heures de leur enfance. Dans ces terres reculées les veillées funèbres sont l'occasion de se souvenir et de rencontrer les habitants du village restants, ceux notamment que l'auteur a connu puisqu'ils l'ont vu grandir au fur et à mesure qu'il venait en vacances. Ainsi l'auteur fait le portrait de ces villageois d'un autre temps où le froid et le désoeuvrement les amènent à se noyer dans l'alcool avec des conséquences impitoyables. Un roman âpre et rugueux qui décrit un monde paysan désuet que l'on préfère ignoré de l'intérieur de notre petit confort douillet. Cette chronique autobiographique a d'ailleurs valu un procès à l'auteur, tant les villageois se sont insurgés contre ce qu'il avait écrit sur eux. Pour connaître la région et le monde paysan, j'ai trouvé les portraits authentiques et la vie des uns et des autres très réalistes. Avec une certaine poésie l'auteur fait passer de vraies émotions tout en assumant de dire avec ces mots ce que ces villageois auraient sans doute voulu ne pas étaler au grand public !

    Lien : http://ma-bouquinerie.blogspot.com
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    • Livres 3.00/5
    Par jcfvc, le 26 octobre 2009

    jcfvc
    Ce livre avait provoqué l'ire des habitants s'étant reconnus dans les portraits féroces de villageois alcoolisés sculptés par l'auteur à coup de serpe vitriolée. Ces autochtones offensés avaient attaqué l'écrivain et sa famille alors qu'il venait passer des vacances dans le village, dans sa maison familiale.
    Ce fait divers consternant avait d'ailleurs fait l'objet de commentaires dans la presse nationale et locale lors du procès des agresseurs au tribunal d'Aurillac
    Le texte (s'agit-il vraiment d'un roman ?) est vraiment très bien écrit. Il est vrai que l'écrivain ne ménage pas ses modèles, ne voyant chez les êtres qu'il évoque, que les mutilations causées par les outils de travail, la boisson, les animaux. Ce côté glauque, impitoyable, est d'ailleurs un peu trop systématique chez cet auteur, que ce soit dans sa fiction (voir Festin secrets), ou dans son oeuvre critique (La Littérature sans estomac) Mais en même temps, comment ne pas voir, au-delà de ces portraits cruels de personnages dévastés par la vie, l'humanité, certes frêle et chancelante, qui émane de ces portraits. J'y vois pour ma part sourdre, au coeur même de l'écriture impitoyable, une profonde empathie envers ce pays (le plateau du Cezalier), abandonné en marge de l'autoroute pas si lointaine, envers les gens qui persistent à vivre et à exister aux marges d'un monde en pleine mutation.
    Il est curieux que ce livre rejoigne, dans ses thèmes et son écriture, sa vision d'un monde rural en train de sombrer (ayant déjà largement disparu dans les trente glorieuses), trois autres écrivains du centre de la France : Millet, Michon et Bergougnoux.
    Cela me parait confirmer qu'une littérature puisant son inspiration dans le terroir du massif central (ou d'autres terroirs d'ailleurs) - qui n'est pas "régionaliste" et qui est bien plus intéressante que celle de l'école dite "de Brive" - est possible, existe bel et bien.
    Tant mieux si de nouveaux Giono peuvent renouveler le genre et sortir un peu la littérature française de l'ornière introspective parisienne dans laquelle elle a parfois tendance à s'enliser.
    La France existe aussi au-delà du périphérique, et la littérature doit en rendre compte, à sa manière.


    Lien : http://jcfvc.over-blog.com
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Citations et extraits

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  • Par jcfvc, le 27 octobre 2009

    Ces visages que le froid colorie violemment, sous les casquettes, beaucoup ont été sculptés par l'alcool, ces corps fabriqués par lui ou démembrés par lui. L'alcool préside aux besognes du fer, de la pierre, du bois, de la corne. Il tuméfie les faces, cogne les épouses, ruine les exploitations, déforme les membres, ourdit les accidents. Lui, et lui seul. Ceux qui lui ont vendu leur âme ne sont plus que l'alcool, le corps provisoire et titubant de l'alcool. Il travaille au lent retour vers la confusion des formes, vers les créatures du chaos, il fabrique des succédanés de titans.

    On parcourt le territoire d'une mauvaise plaisanterie mythologique, la parodie grinçante des puissances originelles. Cet attelage impressionnant que vous avez croisé sur la route était mené par Jupiter en personne, torse nu, maîtrisant avec facilité la puissance du monstre grondant qui tire son char, on reconnaît sa barbe, sa musculature et son regard étincelant. Derrière lui, juché sur l'amoncellement de barres odorantes qui brillent au soleil, massif et brut, Vulcain vous considère. Plus tard, on trouvera Vulcain trébuchant, la parole empâtée, un peu d'écume sèche au coin des lèvres.

    Rares sont les maisons où l'alcool n'a pas ses victimes, ses esclaves. Il y a ceux qu'il a ruinés, ceux qu'il a mutilé. Les couples défaits, les fortunes dispersées, les professions abandonnées. Ce jeune homme de trente ans, intelligent, doué, et qui a dû être assez beau ne conduit plus sans embarquer son petit fût de mauvais vin dans la voiture : le voici métamorphosé en polichinelle bouffi et violacé, comme s'il portait un masque monstrueux, ou qu'un démon facétieux lui avait soufflé les vapeurs éthyliques à l'intérieur de la peau. Il y a perdu son métier et se retrouve cantonnier.

    L'alcool est entré dans le sang, il engendre, il fait partie de la famille, on reconnaît ses traits dans le visage des enfants. Il prescrit les destins, on se conforme à ses impératifs, avec fatalisme, sans en retirer de plaisir ni d'oubli véritable. Il s'agit d'autre chose avec l'alcool.

    Nulle grandeur d'ailleurs, nulle tragédie dans cet acharnement. Les histoires d'alcool appartiennent au registre comique. C'est pourquoi il est difficile d'en dire du mal. Les plaisirs qu'il donne sont de toute espèces, parfois subtils, parfois brutaux. Il réchauffe, il aide à parler, anime les conversations, leur donne une matière, crée des complicités, solennise les transactions, dénoue la méfiance, soutient la vie sociale. Il marque tous les moments de la vie, tout ce qui assure l'être humain dans son humanité et l'homme dans sa virilité. C'est un petit dieu rieur et familier.

    Les hommes seuls lui rendent un culte. Aucune femme ne boit jamais, ici, ou presque, à part certaines petites filles ou quelques vieilles isolées dans leurs villages morts. La plupart, prétextant n'en pas avoir le goût, refuseront obstinément le verre de vin, de muscat ou de porto que l'on propose avec insistance. À l'heure rituelle de l'apéritif, où les hommes se réunissent autour de la table, elles ne s'assiéront même pas, soit qu'elles servent, soit qu'elles vaquent à d'autres occupations. Cela fait partie d'une forme persistance de distinction des sexes. Chacun son type de travail et son lieu.

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  • Par oops, le 27 mars 2012

    Que les qualités de ce qu'on aime nourrissent en secret des chagrins, on l'ignore presque toujours. On ne veut pas le voir. On le pressent cependant, dans la crainte qui s'attache aux choses belles, on tourne autour, on se garde d'ouvrir la porte, sachant ce qui se tient derrière, avec sa force atroce. Vivre n'est possible que si la porte est fermée.

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  • Par jcfvc, le 27 octobre 2009

    Si lourdes les montagnes et si perdues d'aspect, entrelaçant les friches et les bois, si petit, si indistinct le bout de village enfantin qu'on dirait une illusion. On est dans le loin. On aura beau avancer se dit-on, on n'ira pas au-delà. Le village là-bas, quelque effort qu'on fasse, on se demande si on l'atteindra jamais. Quel chemin prendre, d'ailleurs, pour franchir tant de vide ? Par où passerait-il ? On n'aperçoit que des courbes où pénètre le ciel comme une mer, des reliefs qu'il a écrasés, et qui s'allongent, s'étalent, s'enfoncent dans des trous sans fond. La montagne ne s'élève pas, elle s'abaisse, se rétracte, et l'on sent la poussée, la présence invisible et tyrannique de l'espace. Si ces minuscules maisons semblent reculées, c'est qu'elles constituent l'axe d'un paysage où tout ne cesse de régresser dans l'immobilité. Lorsqu'on y sera, on se demandera encore si on est bien dans ce qu'on a vu, si on a pas aperçu un mirage, un village fantôme ; mais la montagne passant la gueule entre tous les murs, ou l'horizon, plus grand qu'ailleurs, où se déversent et se vident les maisons les chemins et les prés, rappelleront à chaque instant qu'on y est : loin.

    Déjà le jour faiblit, de grands pans de terre baignent dans l'ombre. Deux ou trois points lumineux se sont allumés parmi les maisons, vacillants, si fragiles qu'ils se réduisent presque à des signes, réabsorbés de temps à autre par le noir, pour en ressortir tout de même. C'est à eux que doivent ressembler ces lueurs aperçues dans la forêt par les héros des contes, et qui les perdent. À les voir, on sent déjà le froid plus vif, le vent roulant deux feuilles dans les venelles noires, le passage d'un chien silencieux, le souffle d'une bête à corne invisible et puis, s'avançant au ras de végétations indistinctes, humide et chargé d'odeurs lourdes, le mufle de la nuit.

    Difficile d'estimer à quelle distance se trouve le lieu que désignent les lumières, les obstacles qui en séparent, si cet emplacement qu'elles s'efforcent si faiblement de marquer encore un peu l'idée de lieu, en dépit de tout, alors que tout l'espace est occupé par les longs mouvements de l'obscurité qui se déploie, théâtralement, en vastes plissements.

    À nouveau, comme si on ne devait jamais en finir, descendre entre les hauts sapins noirs, à nouveau remonter en lacets qui mènent la voiture tantôt ici, tantôt là, nez vers la roche, nez vers le vide. Les incessants changements d'orientation modifient les perspectives et les paysages, et la route a l'air de ne jamais décider dans quel pays elle va, au fond des forêts, dans les hauts pâturages ou sur le rebord des plateaux. On n'a pas seulement abandonné la ligne droite, mais encore la logique même de l'orientation. La route se transforme doucement en lieu. Les virages ne sont plus des détours, ils valent pour eux-mêmes.

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  • Par Musikant, le 16 février 2010

    Le verre rempli à ras bord doit durer. Son contenu marque le développement de la première phrase, son remplissage permettra une relance. La conversation avec le vieux cousin n'implique pas nécessairement un dialogue verbal. Son fonds principal se constitue de grommellements dispersés, d'onomatopées entre lesquels on laisse s'installer un silence de bon aloi.
    La-dessus, quelques remarques à propos du temps, des récoltes, de la famille viennent se détacher en guise de fioritures décoratives.
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  • Par Musikant, le 16 février 2010

    A si peu être, à exister si bas, tout en donnant à ce presque rien toute sa présence et toute sa douce ironie, tout son abandon et toute sa force, tu étais peut-être bien, Ritou, le génie du lieu. Celui qui s'exile et qui revient, une dernière fois, juste avant de disparaître. Celui qu'on a toujours ignoré,dont l'absence ne change rien, Jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que les ombres ne sont plus les mêmes.
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