ISBN : 2742799516
Éditeur : Actes Sud (2011)


Note moyenne : 2.95/5 (sur 19 notes) Ajouter à mes livres
Une disparition annoncée, une grande maison vide, un robinet peut-être pas purgé, un rhume colossal, une tempête de neige... et des souvenirs plus ou moins fiables dans cette histoire de famille.
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Malaura, le 01 mars 2012

    Malaura
    Dans la lettre qu'il lui adressait, un bref courrier posté d'une gare, son frère Odd prévenait Paul de son départ pour une durée indéterminée et le priait d'aller vérifier si l'un des robinets de la maison était bien fermé.
    « le cerveau embrouillé par un rhume colossal », Paul avait alors parcouru, sous un froid glacial et par temps de neige, les 300 kilomètres qui le séparaient de la vieille demeure familiale où frères et sœurs avaient vécu leurs jeunes années et dans laquelle Odd vivait seul désormais.
    Dans la maison glaciale où il n'était plus venu depuis des années, Paul ne comptait pas s'attarder, mais la neige avait rendu tout espoir de retour impossible pendant plusieurs jours.
    Il s'était alors résigné à attendre, assis devant la cheminée, dans le vieux fauteuil qu'occupait autrefois leur père. Il avait laissé des bribes de souvenirs remonter à la surface, suivant le fil de pensées chaotiques, disparates et désordonnées, passant sans retenue, comme le fait souvent la mémoire, d'une réflexion à l'autre, pensant à ses parents, à ses frères et sœurs, à sa propre existence, esquissant ainsi mentalement la trame d'une histoire familiale pesante, triste et solitaire.
    Trois jours à dérouler le fil d'une destinée familiale alourdie d'ennui et de neurasthénie, et appréhendant peu à peu l'état d'accablement physique et moral dans lequel son frère Odd avait du vivre, en végétant ainsi seul et isolé dans cette grande maison austère.
    C'est donc par Paul, le narrateur, ingénieur hydraulique naturellement inquiet et désabusé, chez qui « tout sentiment d'allégresse est aussi fugitif qu'un appel d'air entre deux trains qui se croisent à grande vitesse », que l'on fait connaissance des parents et de la fratrie composant ce foyer pétrifié dans sa gangue de mélancolie, gelé par une langueur triste et par un manque de sève et de vigueur dont la grande demeure à l'abandon semble être le pitoyable reflet.
    Une mère tragiquement décédée d'une chute de cheval ; un père qui s'enfuit en Malaisie en vidant les comptes ; trois sœurs dont la cadette internée à l'asile et les deux autres miraculeusement bien mariées après des années de célibat forcé ; deux frères, l'un avocat d'affaires camouflant son affliction sous un tempérament intransigeant « plein de mépris pour l'échec », et enfin Odd, artiste raté, le frère jumeau de Paul, dont la missive aussi intrigante qu'inquiétante et l'existence solitaire, confirment la propension au désespoir. Une fratrie où chacun se démène ou se résigne avec les moyens du bord, face au processus d'échec qui l'anime.
    Suivant les pensées et souvenirs chaotiques du narrateur en même temps que ses brèves incursions au village proche, l'on se transpose sans transition de la demeure familiale à l'enterrement d'une mercière, de la jungle Malaisienne à un coin reculé de montagne, d'une cabine de téléphérique à un tour en tracteur, d'une salle de restaurant à une piscine couverte…
    Une écriture en longues phrases amples, qui se dévide par associations d'idées au gré des souvenirs du narrateur, qui tourne, bifurque, s'écarte du chemin initial par mieux y revenir, qui s'engouffre dans une voie de pensée, puis revient sur ses pas, saute, se cabre, freine et repart dans un « road-trip » qui ne perd finalement jamais sa trajectoire puisqu'il nous amène à réfléchir sur notre condition moderne où solitude, indifférence et banalité régissent nos existences de plus en plus névrotiques.
    Il fallait tout le talent de la romancière Véronique Bizot pour nous faire toucher du doigt, en quelques cent pages à peine, le vide existentiel et l'aura trouble et cafardeuse qui enveloppent cette famille aussi curieuse qu'ordinaire, et arriver, malgré un sujet au premier abord plus que sombre et navrant, à ponctuer son texte d'un humour noir distancié, d'une drôlerie insolite et somme toute, d'une forme de jovialité tout à fait plaisante et incongrue.
    Si certains lecteurs s'accommoderont mal des longues phrases élancées de l'auteur et d'un roman qui, entre parenthèses et digressions, se veut faussement construit de bric et de broc, les autres devraient découvrir avec plaisir l'univers très personnel, fantaisiste et singulier de l'auteur ainsi que cet humour subtil qui réside dans la noirceur, ce ton passif légèrement ironique et cette « lucidité étonnée » qui ont valu à Véronique Bizot d'être récompensée en 2010 par le Prix Lilas pour son précédent livre « Mon couronnement ».
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    Critique de qualité ? (27 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Melopee, le 08 septembre 2011

    Melopee
    Paul reçoit une lettre de son frère jumeau, Odd. Celui-ci lui annonce sa décision de disparaitre et lui demande en post-scriptum s'il peut passer chez lui vérifier que le robinet du lavabo a bien été purgé. Bien que la lettre soit énigmatique, elle n'en est pas moins inquiétude et Paul file donc vers la demeure vide. Arrivé sur les lieux, il est assailli par les souvenirs et par les doutes. Que s'est-il passé pour que la famille devienne ce qu'elle est?
    En cent pages, Véronique Bizot nous entraine dans une sorte de road-trip où sont livrés pèle-mêle portraits familiaux, anecdotes mais aussi solitude et espoir.
    J'ai aimé l'écriture de Véronique Bizot, pleine de fantaisie car faite de contrastes, d'images... Certes, le récit est court mais il n'empêche qu'on prend ces cent pages avec plaisir. C'est avec un égal plaisir qu'on découvre la famille : le rigide Harald, Adina et Dorthéa (les récentes sœurs mariées), Margrete (envoyée en asile). Odd parait déjà très isolé car loin de tous et c'est Paul qui fait le lien, tentant toujours de le ramener vers le cocon familial. Bien sûr, les personnalités ne sont pas aussi fouillées qu'elles pourraient l'être mais, pour ce roman, la mission est pour moi accomplie : j'ai suivi la déambulation du narrateur avec ce pincement au cœur, ne sachant le dénouement, et une pointe de joyeuse impatience.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 1.00/5
    Par canel, le 09 octobre 2011

    canel
    Une famille de six enfants, désormais adultes. le père s'est esquivé quelques années plus tôt en Malaisie. L'un des fils vient de disparaître à son tour, laissant une lettre où il demande qu'on aille vérifier la fermeture des robinets de son domicile. Son frère jumeau fait la route... Et puis là, une fois arrivé, eh bien... pas grand chose pour moi. Des histoires de plomberie, de robinets, d'accident de téléphérique. Des fragments de rencontres et de souvenirs pas toujours très clairs - mais souvent très ch!ants...

    Mon désintérêt, mon incompréhension et partant mon ennui lors de cette lecture sont allés crescendo. Vu la brièveté du récit, je l'ai quand même terminé, tout en restant en dehors de l'histoire, m'en éloignant de plus en plus, ayant vite cessé d'attendre un déclic, une ouverture malgré le titre évoquant "Un avenir".

    Un rendez-vous complètement raté, une énorme déception. Sans doute pas le bon moment pour que j'adhère à ce genre de propos intimiste, qui tourne en rond et ne va finalement nulle part. Ou plutôt, je dois désormais manquer de patience pour ce style - définitivement plus pour moi.
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par kathel, le 18 décembre 2011

    kathel
    Je voulais découvrir depuis longtemps Véronique Bizot, alléchée par des billets qui donnaient envie d'en savoir plus, et par la couverture, ah, la couverture... Eh bien, je ne sais pas trop quel est mon avis sur ce livre, quelques jours après l'avoir rendu. Les points positifs, d'abord, ce sont l'écriture et la noirceur. le style est fait de longues phrases, très longues même, mais dans lesquelles on ne se perd jamais, qui arrivent toujours là où elles voulaient aller. L'histoire ensuite est noire, insolite, faites de petites touches de fantasque et d'incongruité. Les souvenirs étranges de la famille de Paul, ses parents, ses cinq frères et sœurs, semblent s'exhaler du canapé où il est emmitouflé pour soigner son rhume. Une sortie pour aller chercher quelque nourriture semble se transformer en épopée de cauchemar, où tout est ralenti, ouaté…
    Mes restrictions viennent de la longueur du livre, un peu "entre deux" : si c'est une nouvelle, elle est excellente, quoiqu'un peu longue, avec des digressions dont on se demande si elles sont utiles. Si c'est un roman, sa construction tout en zig zag ne me convainc pas, dans la mesure où elle repose entièrement sur le style et sur la toute fin, sur la dernière phrase. C'est un livre qui se lit bien, mais dont on ressort un peu frustré...
    Voilà, comme bien souvent, il ne vous reste plus qu'à vous faire votre avis vous-mêmes, et si cette histoire ne vous tente pas, retenez le nom de Véronique Bizot, dont le style, bien à part, mérite d'être connu.

    Lien : http://lettres-expres.over-blog.com/article-veronique-bizot-un-aveni..
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    • Livres 3.00/5
    Par liratouva2, le 25 novembre 2011

    liratouva2
    Ce que j'ai aimé, c'est que dans cette situation bien peu réjouissante, Paul fasse revivre les souvenirs de sa famille de façon sympathique, son père Harald, si rigide, sa mère gaie et rieuse, si bien que, tout en soupçonnant un geste extrême de la part du frère disparu, on devine que la fin ne sera peut-être pas exactement celle à laquelle on s'attend.
    Dommage que cent pages, ce ne soit jamais assez pour moi, bien que de plus en plus à la mode, ces courts récits ne sont ni tout à fait de vrais romans ni tout à fait des nouvelles non plus mais, à part cette restriction, j'ai plutôt apprécié ce livre
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)

Critiques presse (4)


  • LesEchos , le 25 octobre 2011
    C'est fou ce qu'il se passe de choses dans ce « petit » livre qui cultive les histoires d'hier, pour mieux préparer un « avenir » à ces héros. Un avenir incertain, mais volontaire, qui tire un trait sur l'engourdissement, l'inaction, la perte - enfin digérée.
    Lire la critique sur le site : LesEchos
  • Lexpress , le 26 septembre 2011
    Lancinant, Un avenir montre comment il est difficile de trouver sa place, de faire table rase du passé.
    Lire la critique sur le site : Lexpress
  • LeFigaro , le 16 septembre 2011
    Trois jours dans l'existence d'un homme qui retourne dans sa maison de famille désertée. Un avenir de Véronique Bizot est un roman affligé mais pas du tout affligeant.
    Lire la critique sur le site : LeFigaro
  • LeSoir , le 05 septembre 2011
    Un avenir est un livre magique. Inutile d'essayer d'y trouver une trame romanesque qui servirait de point de repère. Le territoire s'affirme dans le flou dont il fait sa matière, instable et changeante, à la manière d'un paysage qui se modifie au fur et à mesure qu'on l'examine. Bizot utilise une langue déhanchée et assez souple pour servir son projet.
    Lire la critique sur le site : LeSoir

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Citations et extraits

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  • Par kathel, le 18 décembre 2011

    Une fois sur place et trouvant une maison glaciale, j’ai poussé la conscience jusqu’à contrôler la totalité des robinets, après quoi j’ai allumé un feu dans la cheminée de la bibliothèque et passé là deux ou trois heures, assis avec une boîte de kleenex dans le canapé, face au fauteuil de vieux velours jaune qui avait gardé l’empreinte du corps de notre frère et dans lequel il avait probablement médité son projet de disparition, à moins qu’il n’ait été pris d’une subite impulsion, comme autrefois notre père, que nous avons connu assis en pyjama dans ce même fauteuil jusqu’à ce qu’un matin on ne l’y voie plus, ni là ni nulle part, et qu’il nous ait fallu recevoir, cinq ans plus tard, un avis de décès en provenance d’un gouvernement de Malaisie pour cesser de l’attendre. Cet avis de décès avait à l’époque révolté nos soeurs, qui les a fait toutes les trois se ruer sur un atlas afin de localiser l’endroit précis et, soupçonnaient-elles, paradisiaque pour lequel notre père non seulement nous avait tous les six abandonnés après avoir vidé ses comptes bancaires, mais où, comme elles l’ont dit en martelant la péninsule malaise de leurs index, il n’avait vraisemblablement fait que couler cinq idylliques et indignes années, après quoi, refermant définitivement l’atlas, elles ont déclaré qu’il était hors de question de faire rapatrier son corps. Et si notre frère Odd, que je n’avais pas vu depuis longtemps, laissait maintenant entendre dans son courrier qu’il n’était pas certain de revenir un jour, je n’en ai pas pour autant conclu qu’il s’installait là-bas en Malaisie, bien que l’idée m’ait naturellement effleuré.
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  • Par liratouva2, le 25 novembre 2011

    Le mercredi notre frère m’écrivit qu’il disparaissait pour un temps indéterminé, un bref courrier posté d’une gare que j’ai reçu le jeudi, dont j’ai aussitôt transmis copie aux autres, qu’ils n’aillent pas se lancer dans d’inutiles recherches, et j’ai ensuite parcouru sous la neige, le cerveau embrouillé par un rhume colossal, les trois cents kilomètres qui séparent mon domicile du sien afin de vérifier, comme il me le demandait en post-scriptum, que le robinet d’un lavabo du second étage, à propos duquel il conservait un doute, avait bien été purgé par lui avant son départ.
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  • Par Melopee, le 08 septembre 2011

    De notre mère émane cette lumière mate propre à la Norvège et comme une espèce d'insouciance, je suppose qu'alors elle riait beaucoup et que notre père devait en quelque sorte se nourrir de son rire, qui le dispensait lui-même du moindre effort de gaieté. (p.43)
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  • Par luocine, le 22 octobre 2011

    Quoiqu’il présentât outre ses costumes bien coupés, certaines des caractéristiques qu’on se figure représentatives du diplomate, mains fines, impeccable chevelure argentée et pondération courtoise pouvant, ou non, dissimuler quelque vive intelligence.
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  • Par claracambry, le 05 octobre 2011

    il existe une photo de nos parents prise dans une rue d'Oslo, sur laquelle elle ne semble pas encore effrayée par le regard voilé de notre père, un regard qui n' exprimait rien, même à l'époque de leur rencontre. De notre mère émane cette lumière mate propre à la Norvège et comme une espèce d’insouciance, je suppose qu'alors elle riait beaucoup et que notre père devait en quelque sorte se nourrir son rire, qui le dispensait lui-même du moindre effort de gaieté.
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Vidéo de Véronique Bizot

Véronique Bizot présente "Un avenir" - paru dans la collection "Domaine français" le 17 août 2011 http://www.actes-sud.fr/node/31018








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