ISBN : 222889401X
Éditeur : Payot et Rivages (2001)


Note moyenne : 4.29/5 (sur 110 notes) Ajouter à mes livres
Depuis cinquante ans qu'il arpente le globe, Nicolas Bouvier fait figure de référence pour tous les écrivains voyageurs. Ses livres sont rares pourtant et l'on n'y trouvera guère mention de records ou de raids spectaculaires. Cet Usage du monde ne fa... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (12)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par EFar, le 26 juillet 2011

    EFar
    Gens pressés s'abstenir, c'est un livre qui prend son temps.
    J'ai découvert en même temps Nicolas Bouvier et L'usage du monde, et c'est un des meilleurs carnet de voyage que j'ai lu. Il n'y a pas que les qualités littéraires du récit - cet homme là écrit vraiment très bien - il y a surtout la lenteur du voyage, ce rythme qui fait que l'important c'est le trajet lui-même plutôt que la destination.
    Ce voyage de la Suisse aux portes de l'Inde est long, très long. Nicolas Bouvier et Thierry Vernet (qui illustre cette épopée de ses dessins à l'encre) jouissent des rencontres, de simples observations, de leur distance au monde. Et leur patiente avancée sur l'échine du monde est fertile.
    La vie intérieure de nos compères s'étoffe par la perte, quand le cheminement les dépouille de tout.
    Cela ne va pas sans questionnement, et l'errance devient peu à peu intérieure.
    Ce qui mène tout droit au Poisson scorpion, mais c'est une autre histoire.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par le_Bison, le 01 février 2012

    le_Bison
    Nicolas Bouvier, une invitation aux voyages. le lire me donne envie de récupérer ma vieille Renault 4 (à défaut de Fiat Topolino) et de partir sans but précis, juste à la rencontre des visages et des paysages. Car en plus de nous conter son expérience, Nicolas Bouvier nous ouvre au Monde, aux autres. Cette pérégrination de sa Suisse natale à Kaboul est une expérience indescriptible. Certes, c'est une toute autre époque de nos jours, et il me parait plus que difficile de refaire un tel parcours, sans avoir l'air d'un « touriste ». Pourtant, je me prends au jeu, je parcours le monde avec lui ; il n'est plus le seul à croiser des autochtones, moi aussi je bois des rakis avec quelques gueules cassées issues des fins fonds des terroirs locaux. Moi aussi je chemine à travers les Balkans, traverse la Turquie, franchit l'Iran, tutoie les sommets afghans et pakistanais… Il y a des livres qui vous transforment, qui vous font prendre conscience du monde qui vous entoure. Il y a des romans qui devraient se trouver sur une table de chevet et qui pourraient être lus maintes fois, sans s'en lasser, et toujours en découvrant une nouvelle facette de l'âme humaine. « L'usage du monde » de Nicolas Bouvier en fait partie. le seul souci, c'est qu'il me faudrait plus d'une table de chevet tant ce genre de romans me passionnent et semblent si merveilleux, entre poésie et philosophie. Nicolas Bouvier, c'est à la fois découvrir le Monde avec ses valeurs et le comprendre en toute humilité, surtout pour moi, petit occidental que je suis…

    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/?p=923
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par zorazur, le 05 novembre 2011

    zorazur
    "On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait. " C'est tellement vrai que cette phrase en a inspiré d'autres, cf une chanson de Lavilliers "Pas moi qui ai fait les voyages, c'est les voyages qui m'ont fait." Moi-même grande voyageuse, je confirme combien c'est vrai, et que comme Nicolas Bouvier je ne serai pas ce que je suis sans les voyages que j'ai faits.
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par m75000, le 02 février 2012

    m75000
    c'est une écriture fine, toujours juste et qu me rappelle mes voyages même si les conditions et l'époque sont différents ; l'humanité est la même avec ses surprises au détour d'un chemin , ses soleils levants , ses empires couchants ...ça donne forcément envie de reprendre la route, et aller vers l'autre au rythme de son coeur
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par licornedargent, le 29 avril 2010

    licornedargent
    Je n'ai pas aimé. Ou plutôt je n'ai pas compris cette écriture qui pour moi est figée, lente, parfois morte. Je me suis ennuyé de trop de paysages décrits mollement, de situation inextirpables qui finisse finalement par mourir dans l'œuf. C'est dommage on m'avait offert ce livre de bonne grâce. Si je mets deux étoiles c'est pour les dessins.
    Critique de qualité ? (2 votes positifs)

> voir toutes (23)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par lexote, le 05 juin 2010

    J’aurai longtemps vécu sans savoir grand-chose de la haine. Aujourd’hui j’ai la haine des mouches. Y penser seulement me met les larmes aux yeux. Une vie entièrement consacrée à leur nuire m’apparaîtrait comme un très beau destin. Aux mouches d’Asie s’entend, car, qui n’a pas quitté l’Europe n’a pas voix au chapitre. La mouche d’Europe s’en tient aux vitres, au sirop, à l’ombre des corridors. Parfois même elle s’égare sur une fleur. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, exorcisée, autant dire innocente. Celle d’Asie, gâtée par l’abondance de ce qui meurt et l’abandon de ce qui vit, est d’une impudence sinistre. Endurante, acharnée, escarbille d’un affreux matériau, elle se lève matines et le monde est à elle. Le jour venu, plus de sommeil possible. Au moindre instant de repos, elle vous prend pour un cheval crevé, elle attaque ses morceaux favoris : commissures des lèvres, conjonctives, tympan. Vous trouve-t-elle endormi? elle s’aventure, s’affole et va finir par exploser d’une manière bien à elle dans les muqueuses les plus sensibles des naseaux, vous jetant sur vos pieds au bord de la nausée. Mais s’il y a plaie, ulcère, boutonnière de chair mal fermée, peut-être pourrez-vous tout de même vous assoupir un peu, car elle ira là, au plus pressé, et il faut voir quelle immobilité grisée remplace son odieuse agitation. On peut alors l’observer à son aise : aucune allure évidemment, mal carénée, et mieux vaut passer sous silence son vol rompu, erratique, absurde, bien fait pour tourmenter les nerfs – le moustique, dont on se passerait volontiers, est un artiste en comparaison.

    Cafards, rats, corbeaux, vautours de quinze kilos qui n’auraient pas le cran de tuer une caille; il existe un entre-monde charognard, tout dans les gris, les bruns mâchés, besogneux au couleurs minables, aux livrées subalternes, toujours prêts à aider au passage. Ces domestiques ont pourtant leurs points faibles – le rat craint la lumière, le cafard est timoré, le vautour ne tiendrait pas dans le creux de la main – et c’est sans peine que la mouche en remontre à cette piétaille. Rien ne l’arrête, et je suis persuadé qu’en passant l’Ether au tamis on y trouverait encore quelques mouches.

    Partout où la vie cède, reflue, la voilà qui s’affaire en orbes mesquines, prêchant le Moins – finissons-en…renonçons à ces palpitations dérisoires, laissons faire le gros soleil – avec son dévouement d’infirmière et ses maudites toilettes de pattes.

    L’homme est trop exigeant: il rêve d’une mort élue, achevée, personnelle, profil complémentaire du profil de sa vie. Il y a travaille et parfois il l’obtient. La mouche d’Asie n’entre pas dans ces distinctions-là. Pour cette salope, mort ou vivant c’est bien pareil et il suffit de voir le sommeil des enfants du Bazar (sommeil de massacrés sous les essaims noirs et tranquilles) pour comprendre qu’elle confond tout à plaisir, en parfaite servante de l’informe.

    Les anciens, qui y voyaient clair, l’ont toujours considérée comme engendrée par le Malin. Elle en a tous les attributs : la trompeuse insignifiance, l’ubiquité, la prolifération foudraoyante, et plus de fidélité qu’un dogue (beaucoup vous auront lâché qu’elle sera encore là).

    Les mouches avaient leurs dieux : Baal-Zeboub (Belzébuth) en Syrie, Melkart en Phénicie, Zeus Apomyios d’Elide, auxquels on sacrifiait, en les priant bien fort d’aller paître plus loin leurs infects troupeaux. Le Moyen-Age les croyait nées de la crotte, ressuscitées de la cendre, et les voyait sortir de la bouche du pécheur. Du haut de sa chaire, saint Bernard de Clairvaux les foudroyait par grappes avant de célébrer l’office. Luther lui-même assure, dans une de ses lettres, que le Diable lui envoie ses mouches qui “ "conchient son papier” ".

    Aux grandes époques de l’empire chinois, on a légiféré contre les mouches, et je suis bien certain que tous les Etats vigoureux se sont, d’une manière et de l’autre, occupés de cet ennemi. On se moque à bon droit – et aussi parce que c’est la mode – de l’hygiène maladive des Américains. N’empêche que, le jour où avec une esquadrille lestée de bombes DDT ils ont occis d’un seul coup les mouches de la ville d’Athènes, leurs avions naviguaient exactement dans les sillage de saint Georges.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (6 votes positifs)
  • Par ilaluna, le 03 février 2011

    On nous invitait dans de sombres cuisines, dans de petits salons d'une laideur fraternelle pour d'énormes ventrées d'aubergines, de brochettes, de melons qui s'ouvraient en chuintant sous les couteaux de poche. Des nièces, des ancêtres aux genoux craquants – car trois générations au moins se partageaient ces logis exigus – avaient préparé la table avec excitation. Présentations, courbettes, phrases de bienvenue dans un français désuet et charmant, conversations avec ces vieux bourgeois férus de littérature, qui tuaient le temps à relire Balzac ou Zola, et pour qui J'accuse était encore le dernier scandale du Paris littéraire. Les eaux de Spa, "l'Exposition coloniale"... quand ils avaient atteint le bout de leurs souvenirs, quelques anges passaient et l'ami peintre allait quérir , en déplaçant force vaisselle, un livre sur Vlaminck ou Matisse que nous regardions pendant que la famille observait le silence comme si un culte respectable auquel elle n'avait pas part venait de commencer. Cette gravité me touchait. Pendant mes années d'études, j'avais honnêtement fait de la "culture" en pot, du jardinage intellectuel, des analyses, des gloses et des boutures ; j'avais décortiqué quelques chefs d'oeuvre sans saisir la valeur d'exorcisme de ces modèles, parce que chez nous l'étoffe de la vie est si bien taillée, distribuée, cousue par l'habitude et les institutions que, faute d'espace, l'invention s'y confine en des fonctions décoratives et ne songe plus qu'à faire "plaisant", c'est-à-dire : n'importe quoi. Il en allait différemment ici ; être privé du nécessaire stimule, dans certaines limites, l'appétit de l'essentiel. La vie, encore indigente , n'avait que trop besoin de formes et les artistes – j'inclus dans ce terme tous les paysans qui savent tenir une flûte, ou peinturlurer leur charrette de somptueux entrelacs de couleurs – étaient respectés comme des intercesseurs ou des rebouteux .
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par gaillard1, le 17 septembre 2010

    (L'auteur voyage dans les hauts cols du nord de l'Afghanistan : )
    Pourtant il ne faut pas croire que l'Islam, dans ces hautes terres, soit tellement épris du terrestre et du succès. Il y a ici un appétit essentiel sans cesse entretenu par le spectacle d'une nature où l'homme apparaît comme un humble accident, par la finesse et la lenteur d'une vie ou le frugal tue le mesquin. Le Dieu de L'Hindoukouch n'est pas comme celui de Bethléem, amoureux de l'homme, il est son créateur miséricordieux et grand. C'est un crédo simple mais qui frappe. Les gens d'ici l'éprouvent avec plus de force et de verdeur que nous. L'Allah ou Akbar, tout tient à cela : ce nom dont la magie suffit à transformer notre vide intérieur en espace.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (9 votes positifs)
  • Par Piling, le 12 avril 2011

    Cette même semaine, un Kurde mourut dans la ville sans que sa famille fût là pour l'enterrer. Pas de chance ! Il serait "mal enterré". Entre ces montagnards sunnites et ces citadins sh'ites, il existait une rogne vivace que mille incidents se chargeaient d'alimenter. Mais les Kurdes sont de dangereux bagarreurs et les Tabrizi les craignaient trop pour les attaquer vivants ; ils prenaient malicieusement leur revanche à l'heure de la mort. Les Kurdes trépassés dans la ville couraient grand risque d'être enterrés à plat et face contre terre, au lieu d'être installés dans la fosse, le visage tourné contre La Mecque, comme l'exige la coutume. Ainsi Azraël, l'ange de la mort, blessé par cette posture inconvenante, leur refuserait l'accès du paradis. Aussi arrivait-il parfois qu'un Kurde, malade à l'hôpital du district, et sentant ses forces décroître, disparaisse, vole un cheval et rentre, bride abattue, mourir en Kurdistan.

    Un soir, devant le Bain Iran justement, un jeune Kurde m'aborda pour me demander avec beaucoup insistance l'adresse d'une fille du quartier. Il portait un turban de soie blanche et une ceinture d'étoffe neuve d'où dépassait un poignard de mille tomans au moins. Manifestement, il sortait des mains du laveur et se proposait d'aller faire sa cour. Je connaissais l'adresse, et la fille, que nous avions enregistrée quelques jours plus tôt ; une pecque qui se piquait de chanter le beau folklore arménien "comme au conservatoire" avec des simagrées qui nous avaient gâché une bande entière. Je lui en voulais donc un peu, mais pas au point de conduire jusqu'à sa porte un prétendant à l'air aussi déterminé. Je l'envoyai dans la direction opposée et continuai mon chemin.

    Comme on peut s'y attendre, les Tabrizi faisaient courir sur les Kurdes toutes sortes de rumeurs malveillantes :… c'étaient des sauvages, des coupeurs de bourses, qui vendaient leurs filles à bas prix, qui s'en prenaient à celles des autres, etc. Les Arméniens faisaient chorus, mais du bout des lèvres seulement ; en fait, leurs apports avec les Kurdes étaient meilleurs qu'ils ne voulaient le laisser croire. Les marchands de bois du bazar traitaient avec plusieurs tribus, depuis longtemps déjà et sur un pird d'entière confiance. On prétendait bien que, de loin en loin, autour de Rézaïé, les Kurdes se permettaient encore d'enlever une de ces Arméniennes dont ils sont si friands, mais c'étaient surtout les filles qui répétaient ces histoires pour montrer à quels extrêmes leur beauté pouvait conduire, et je n'ai jamais eu vent d'un cas précis. Quoi qu'il en soit, les affaires n'en pâtissaient pas. Comme les Perses l'avaient déclaré voici longtemps à Hérodote : "Enlever les femmes, évidemment, c'est malhonnête ; mais prendre les choses à cœur au point de vouloir les venger, quelle folie ! les gens sérieux ont autre chose à faire."
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par peto, le 25 mars 2008

    Ce jour-là, j'ai bien cru tenir quelque chose et que ma vie s'en trouverait changée.
    Mais rien de cette nature n'est définitivement acquis. Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centre de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (11 votes positifs)

> voir toutes (10)

Videos de Nicolas Bouvier

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Nicolas Bouvier

La reprise de L’Usage du monde mis en scène par Dorian Rossel, du 8 au 13 mars au Théâtre Vidy-Lausanne (complet), s’enrichit d’une soirée spéciale consacrée à Nicolas Bouvier à la Cinémathèque suisse, le vendredi 4 mars.











Acheter sur Amazon

Faire découvrir L'usage du monde par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (236)

> voir plus

Quiz