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ISBN : 2070466779
Éditeur : Gallimard (10/03/2016)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.68/5 (sur 368 notes)
Résumé :
«Il y a deux siècles, des mecs rêvaient d’autre chose que du haut-débit. Ils étaient prêts à mourir pour voir scintiller les bulbes de Moscou.»

Tout commence en 2012 : Sylvain Tesson décide de commémorer à sa façon le bicentenaire de la retraite de Russie. Refaire avec ses amis le périple de la Grande Armée, en side-car! De Moscou aux Invalides, plus de quatre mille kilomètres d'aventures attendent ces grognards contemporains.

«Une épo... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (97) Voir plus Ajouter une critique
MarcoPolo85
26 janvier 2015
★★★★★
★★★★★
Avec Sylvain Tesson, chez moi, c'est haine et passion.
Il a, d'abord une fâcheuse tendance à m'énerver de par son orgueil, sa façon de balancer son savoir littéraire, ses leçons de géographie et d'histoire (qui ne nous apprennent rien de plus que d'autres manuels), et son faux côté cool dans les moments difficiles.
Et, j'oubliais ses aphorismes à deux balles qui nous sont envoyés, certainement pendant une intraveineuse de vodka.
Et puis, il y a cet autre côté du personnage de Tesson, qui m'aimante et qui me pousse à l'admiration. C'est un type "no limit", un électron libre, un casse cou, un forcené aux pieds d'argile; un peu comme le pays qu'il arpente depuis des années : la Russie.
Pour Tesson, tout est à explorer chez ce voisin Slave, et le territoire et l'âme. Il est un amoureux indéfectible de cet Empire qui a vu naître Tolstoï et Dostoïevski.Il baigne, là bas dans une Vodka de bonheur, quitte à s'y noyer. Parce que Monsieur Tesson veut toujours explorer cette Russie, jusqu'à la mort s'il le faut. C'est un suicidaire qui n'a de comptes à rendre à personne.
Entre cette haine et cette passion que je rumine, j'ai donc attaqué ce énième récit de cette figure de proue de la littérature voyageuse française. Je m'y suis engouffré :
- pour suivre l'épopée Napoléonienne en Russie?
- pour suivre les nouvelles aventures de ce post-adolescent, fils à papa de Tesson?
- pour vivre jalousement son périple que je ne serais pas en mesure de faire?
...
Le livre, je l'ai fermé avec les mêmes questions qu'avant. J'ai envie de débiner ce géographe (comme moi), comme j'ai envie de l'encenser. Je n'arrive plus à prendre du recul.
Mais, c'est sûr, son prochain livre, je le lirai.
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Sando
07 avril 2015
★★★★★
★★★★★
Sylvain Tesson, grand voyageur amateur de vodka et russophile de longue date, a choisi, pour son nouveau périple, de nous conduire à bord de son side-car, une Oural, sur les traces de Napoléon Bonaparte et de la Grande Armée au moment où celle-ci, après s'être trop enfoncée dans les terres russes, se voit contrainte de rebrousser chemin face à un ennemi absent, une terre hostile et un froid de plus en plus mordant.
C'est accompagné de Julien Gras, autre voyageur de renom, du photographe Thomas Goisque et de deux compères russes, que l'expédition se met en route au départ de Moscou, direction Paris, réalisant en deux semaines un trajet que l'Empereur et son Armée auront mis deux mois à faire.
Au fil de son périple, Sylvain Tesson nous replonge en pleine campagne napoléonienne, faisant sans cesse des sauts entre 2012 et 1812, raccordant ainsi les étapes de son parcours à la grande Histoire et agrémentant celle-ci d'anecdotes et d'explications pour le moins intéressantes. Malheureusement, si toute la partie sur Napoléon, ses troupes et la débâcle m'a véritablement passionnée (mes connaissances en histoire étant plutôt limitées…), je dois dire que je n'ai pas ressenti le même intérêt pour le voyage de l'auteur…
Je trouvais pourtant l'idée de départ géniale et l'aventure tout à fait exaltante, mais la façon dont Sylvain Tesson se met en scène et la répétition de ses mésaventures ont fini par me lasser. On a finalement assez peu d'informations sur le visage, 200 ans après, des pays qu'il traverse et sur les rencontres qu'il va faire. Ce sont elles aussi qui rendent le récit de voyage vivant et enrichissant, or je trouve qu'elles manquent au texte… le style, cependant, est encore une fois très littéraire, travaillé et agréable à lire. L'humour, un brin grinçant, reste également très présent et permet d'alléger la lecture.
Finalement, le mélange récit de voyage/ récit historique s'avère un peu décevant car difficile à doser, mais, point positif, « Berezina » me donne envie de combler mes lacunes et de me plonger dans un ouvrage entièrement consacré à Napoléon !

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joedi
16 octobre 2015
★★★★★
★★★★★
C'est après avoir déposé ce livre chez son éditeur que Sylvain Tesson a eu son accident stupide dont il est miraculeusement ressorti mais non sans séquelles. C'est avec impatience que j'attends ses écrits de l'après car je pense que cet accident l'aura mûri. J'entame la lecture de Berezina, bérézina, une expression commune mais j'avoue connaître moins les faits historiques qui en ont fait un nom commun tout en n'ignorant pas cette guerre menée par Napoléon en Russie. Une chose qui m'a étonnée est qu'il n'ait fallu que treize jours pour couvrir la distance de Moscou à Paris. Sylvain Tesson, Goisque, Gras et deux Russes embarquent à bord de side-cars Oural, marque Russe, et entreprennent plus ou moins le même itinéraire qu'a suivi Napoléon deux cents ans plus tôt, Napoléon en décembre 1812 et l'équipe de Sylvain Tesson en décembre 2012. Un voyage éprouvant, il neige et les températures sont négatives tout comme deux cent ans auparavant à la différence que Sylvain et ses amis ont le gîte assuré tous les soirs, la chaleur d'un lit et la vodka pour déconner entre amis. Les narrations de l'époque Napoléonienne et le présent se suivent dans un même chapitre, ceux-ci étant titrés suivant les énièmes jours du voyage. de la campagne Napoléonienne, les faits que racontent Sylvain Tesson sont crus, la réalité dépasse l'imagination, il faut avoir le coeur bien accroché mais toutes les guerres sont cruelles et la cruauté est le propre de l'homme.
J'ai apprécié Berezina comme tous les livres que j'ai lu de Sylvain Tesson ; en attente du suivant.
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tynn
31 mai 2015
★★★★★
★★★★★
La débâcle napoléonienne m'a réconciliée avec Sylvain Tesson, écrivain!
Moi qui m'étais tant agacée de son expérience de "bobo" sur les rives glacées d'un lac de Sibérie, je finis ce voyage historique en ayant aimé mettre mes pieds (non gelés) dans les traces de pas des grognards de la Grande Armée, amusée de ce projet excentrique d'aventuriers motorisés sur les routes de la débâcle, et nourrie de documentation "de la mémoire et du mythe".
Deux cents ans après la retraite impériale, ils sont cinq compères traçant la route en motocyclette à panier adjacent, partant de Moscou pour faire le trajet inverse de la glorieuse Campagne de Russie de 1812, ce pitoyable et dramatique retour à pied de l'armée de l'Empereur sur 4000 kms, dans des conditions de froid, de famine, d'épuisement, de maladies et de mort comme rarement vues.
Le périple en side-car n'est sans aucun doute pas aussi cauchemardesque que le calvaire des français de l'époque mais il faudra aussi composer avec le froid, la violence des routes russes, la monotonie éreintante des paysages et des distances, l'imprévu et les beuveries requinquantes.
Tout le long du chemin se posent sans cesse ces questions sur la notion d'honneur et de courage dans notre époque contemporaine faite de confort et d'individualisme, sur le décalage immense des conditions de vie, en rapport avec le climat et les distances.
Et le respect et la reconnaissance historique pour l'homme, capable d'entrainer derrière lui un peuple sur l'idée de grandeur et de fierté jusqu'au sacrifice.
Sylvain Tesson nous invite à un double voyage: celui dans le temps, par un récit vivant et poignant, en hommage à une armée de combattants héroïques et à une figure mythique de notre histoire nationale. Et celui dans ses pas de globe-trotteur passionné de la Russie, pays qui le fascine toujours autant.
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Lune
04 février 2015
★★★★★
★★★★★
Sur une Oural (side-car) de l'ère soviétique des années 30, un ami assis à l'arrière, un autre dans une panière, notre auteur au guidon, trois « candidats au suicide », nous embarquent avec bicorne et drapeau impérial de la Grande Armée du 19 octobre 1812, de Moscou aux Invalides à Paris, pendant quinze jours, sur les traces de sa défaite et du repli.
Ils « embarquent » aussi les écrits de Caulaincourt, grand écuyer de Napoléon, ceux du sergent Bourgogne : souvenirs horribles, paroles de Napoléon à son « greffier ».
Deux amis russes les rejoindront distillant leur âme...russe.
Les récits des survivants donnent le ton au périple des aventuriers contemporains : charnier humain, charnier animal, cannibalisme, villes closes, suicides, massacres et le froid, le froid, ennemi n°1 d'une armée non préparée à l'hiver russe.
Mort de centaines de milliers d'hommes qui s'en furent, fiers et aveuglés par le soleil de l'Aigle.
Mort de centaines de milliers de russes opiniâtres brisés dans la poursuite de l'ennemi après le feu bouté à Moscou.
Sacrifiés pour la patrie, sacrifiés à la folie des hommes...
Les étapes de Sylvain Tesson et de ses compagnons de route donnent un autre ton : un regard porté sur les lieux du désastre, l'effroi et l'épouvante qui y régnaient, le ressenti « confortable » de cette froidure intense, pénétrante, les perceptions et considérations sur cette déroute, le danger de l'engin piloté et des camions qui les frôlent, les lectures...
Un moment intense lorsqu'ils retrouvent dans le cimetière d'Antalkanis l'endroit où furent inhumés plusieurs dizaines de soldats de l'armée napoléonienne en 2003 ! après la découverte d'un charnier à Vilnius.
Comme toujours chez Sylvain Tesson, ces phrases qui font mouche, une lucidité qui amène son florilège de réflexions misanthropiques ou d'observations sensibles (dans le chapitre 11, belle description du « mouvement »).
L'intérêt de ce livre réside dans l'évocation de cette guerre atroce et lointaine (transformée parfois en folklore dans notre époque avide de reconstitution...).
La réalité nous rattrape au-delà du temps grâce à l'analyse distillée par l'auteur notamment dans le dernier chapitre.
Bien sûr la vodka coule à flot, une ambiance un peu potache en ressort mais l'objet essentiel est ailleurs.
« Berezina » - Horreur et barbarie.
Je me permets de dire ma joie de savoir l'auteur en voie de rétablissement après ce stupide accident qui fit craindre pour sa vie.
D'autres livres viendront avec d'autres sagesses, je les attends.
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Les critiques presse (14)
Liberation07 juillet 2015
Le dernier livre de Tesson est probablement le meilleur et pour plusieurs raisons qui ne méritent que peu de discussion.
Lire la critique sur le site : Liberation
Chro17 mars 2015
Par son rythme, son allant, son élégante désinvolture, son sens aigu de la formule, Tesson, littérairement, rappelle les Hussards, tout en évoquant les Grognards.
Lire la critique sur le site : Chro
Lexpress18 février 2015
Ce qui me retient d'être pleinement embarquée dans son épopée historique, c'est le sentiment de dénaturation de son oeuvre depuis la médiatisation du personnage Tesson. Sa plume est parfois condescendante et prodigue un peu trop de préceptes de vie.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress16 février 2015
Berezina est un récit d'aventure atypique car sans se vouloir historien, Sylvain Tesson nous livre une vision profondément humaine de cette retraite de Russie. [...] Les deux épopées n'ont rien de comparable et le périple de cinq motards n'est pas un objet de fascination en soi mais il a le mérite de nous aider à mieux comprendre ce qui a fait la grandeur de cette armée napoléonienne.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress12 février 2015
Berezina est un récit d'aventure atypique car sans se vouloir historien, Sylvain Tesson nous livre une vision profondément humaine de cette retraite de Russie. Oubliés les chiffres et les enjeux militaires, il peint avec un style limpide les conditions de survie inouïes auxquelles il fait face et alterne avec talent descriptions modernes et extraits des mémoires du Général de Caulaincourt.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress10 février 2015
Je n'ai trouvé aucun intérêt au récit de voyage, qui m'a semblé sans consistance, sans surprise, un peu sans vie. Ce qui ne m'a pas aidé non plus, ce fut ma difficulté à lire certains passages, pas très bien écrits, comme si des idées avaient été jetées sur le papier, à la va-vite, juste avant de remonter dans le side-car, sans être retravaillées.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress10 février 2015
L'ensemble demeure austère, malgré l'humour de Tesson et de sa bande de potes. Ce qui est bluffant, en revanche, c'est une écriture "à la dynamite", tellement puissante, qui prend le lecteur à la gorge lorsqu'est évoqué le calvaire des hommes, mais aussi celui des animaux, victimes et oubliés de l'Histoire.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress09 février 2015
Ce n'est pas Kerouac, juste "un pont de singe par-dessus le temps". Peut-être même un manuel de survie au travers de deux siècles de décombres pour nous mener, justement, là où nous sommes tombés. Peut-être.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress06 février 2015
Un roman - ou plutôt un essai original - puisque l'auteur, écrivain voyageur, s'embarque dans un side car pour revivre deux siècles plus tard la retraite napoléonienne de Russie de 1812, et nous raconte chronologiquement son périple. La redécouverte des grands maréchaux de l'empire comme Caulaincourt et Ney mais également des références constantes à Guerre et Paix de Tolstoï dans lequel le lecteur a envie de se replonger.

Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress06 février 2015
J'ai envie de débiner ce géographe comme j'ai envie de l'encenser. Non dénué d'humour, on a trop souvent la sensation d'une virée entre copains, enlevant toute solennité et émotion à ce périple. Bérézina est moins travaillé que ses précédents livres.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress05 février 2015
Non que ce récit - emblématique du travel writing mais certainement pas d'une oeuvre littéraire, il faudrait arrêter de confondre - ne soit pas distrayant, drôle et bien écrit, il l'est. Mais son intérêt ne va pas beaucoup plus loin, à moins d'éprouver pour Napoléon une passion éhontée, coupable et vertigineuse.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress05 février 2015
Instructive, rondement menée, une lecture qui interroge également l'honneur, la gloire ou la patrie. Fort utile par les temps qui courent.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress04 février 2015
Berezina est un livre remarquable. Parce que face à la rudesse des éléments, aux froids charniers des mornes plaines qu'exhume, kilomètre après kilomètre, le périple de l'auteur et de ses compagnons de route, il y a le dépassement de soi qu'incarne à merveille Sylvain Tesson.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Lexpress29 janvier 2015
La juxtaposition des histoires est brillante. Riche et instructive. Sylvain Tesson livre avec brio et pas mal d'humour le retour de Bonaparte aux Invalides. A mettre dans les mains de tous les grands voyageurs...
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations & extraits (127) Voir plus Ajouter une citation
LivretoiLivretoi23 juin 2015
Sur Maylis de Kerangal
Le salon du livre de Moscou était un succès. Pourquoi les organisateurs avaient-ils appelé débat-table ronde cette réunion de gens tous d’accord entre eux autour d’une table carrée ? J’étais assis près de Maylis de Kerangal et très intimidé par la beauté de l’auteur de Tangente vers l’est. Elle disait son amour pour la Russie avec nuance. Elle arrachait tout ce que j’aurais voulu exprimer. Elle portait les yeux très écartés, marque des gens supérieurs. Elle parlait de son voyage sur le Transsibérien. J’aurais voulu être dans le train avec elle, lui servir le thé, porter ses sacs, lui lire Boris Godounov le soir, pour l’endormir.

Sur le destin de Napoléon
Comment devient-on ce que l’on est ? C’était la question que le destin de Napoléon nous posait. Quels mystérieux enchaînements conduisirent l’obscur officier jusqu’au sacre de Notre-Dame de Paris, en 1804 ? Quelles forces mantiques le propulsèrent au commandement d’un demi-million de guerriers, redoutés par l’Europe entière ? Quelle étoile le mena au triomphe ? Quel génie lui inspira ses techniques de dieu grec : la foudre, l’audace, le kairos.
Il avait persuadé ses hommes que rien ne résisterait à leur marche glorieuse. Il leur avait offert les Pyramides en 1798, la Rhénanie en 1805, les portes de Madrid en 1808, les plaines de Hollande en 1810. Il avait mis à genoux l’Angleterre en 1802, à Amiens et contraint le tsar de toutes les Russie à ronronner gentiment, à Tilsit en 1807. Il avait régenté l’administration, réformé l’Etat, bouleversé les vieux modèles de civilisation, bâti une légende aux accents macédoniens.
Et, soudain, le rêve allait s’écrouler à cause d’une marche à la mort dans les steppes de Russie. L’année 1812 fut un tourbillon d’ombres dont le premier chapitre allait se jouer sur les bords du Niémen et s’achever trois ans plus tard entre les murs mangés de salpêtre de Sainte-Hélène.

Sur l’âme russe
Ce fut l’heure des toasts. Chacun se levait à tour de rôle, brandissait son verre, disait quelque chose, déclenchait les protestations ou l’enthousiasme des convives. En Russie, l’art du toast a permis de s’épargner la psychanalyse. Quand on peut vider son sac en public, on n’a pas besoin de consulter un freudien mutique, allongé sur un divan.

Je nourrissais une tendresse pour ces Slaves des plaines et des forêts dont la poignée de main vous broyait à jamais l’envie de leur redire bonjour. Me plaisait leur fatalisme, cette manière de siffler le thé par une après-midi de soleil, leur goût du tragique, leur sens du sacré, leur inaptitude à l’organisation, cette capacité à jeter toutes leurs forces par la fenêtre de l’instant, leur impulsivité épuisante, leur mépris pour l’avenir et pour tout ce qui ressemblait à une programmatique personnelle. Les russes furent les champions des plans quinquennaux parce qu’ils étaient incapables de prévoir ce qu’ils allaient faire eux-mêmes dans les cinq prochaines minutes. Quand bien même l’auraient-ils su, « ils n’atteignaient jamais leur but parce qu’ils le dépassaient toujours », précisait Madame de Staël…/…
…/…Nous autres, latins, nourris de stoïcisme, abreuvés par Montaigne, inspirés par Proust, nous tentions de jouir de ce qui nous advenait, de saisir le bonheur partout où il chatoyait, de le reconnaître quand il surgissait, de le nommer quand l’occasion s’en présentait. Dès que le vent se levait, en somme, nous tentions de vivre. Les Russes, eux, étaient convaincus qu’il fallait avoir préalablement souffert pour apprécier les choses. Le bonheur n’était qu’un interlude dans le jeu tragique de l’existence. Ce que me confiait un mineur du Donbass, dans l’ascenseur qui nous remontait d’un filon de charbon, constituait une parfaite formulation de la " difficulté d’être " chez les slaves : " Que sais-tu du soleil si tu n’as pas été à la mine ? ".

Humour et réflexions diverses
Bourgogne, lui se désole que la faim emporte les sentiments : " Il n’y avait plus d’amis, l’on se regardait d’un air de méfiance, l’on devenait même ingrat envers ses meilleurs amis ". " Aimez-vous les uns les autres " est une injonction de prophète qui vient de se payer un gueuleton.

Je me souviens de l’alpiniste Reinhold Messner pendant sa traversée de l’Antarctique. Tirant sur sa pulka, il avouait s’abîmer des heures durant dans des fantasmes érotiques. Par grand froid, on ne peut empêcher la pensée de cingler vers le souvenir des chairs chaudes. Nous roulions vers Smorgoni et tâchions d’abattre le plus de chemin possible avant la nuit. Devant mes yeux dansaient des ventres grassouillets, des danseuses moldaves et des cuisses bien roses.
" Tu penses à quoi, Tesson ?
- Aux hauts lieux ", dis-je.

Avant de mourir, foutus pour foutus, les hommes se saoulent, baisent et bouffent à s’en crever le ventre. Etrangement, aucun ne se met en quête d’une bibliothèque pour relire un dernier poème de Virgile.

Nous quittâmes Varsovie dans un froid de gueux et je me dis que, si Berkeley s’était gelé les os dans l’hiver polonais sur une foutue Oural, il aurait peut-être révisé ses élucubrations sur l’inexistence des phénomènes.

C’étaient les plans d’un homme qui ne savait pas qu’il était déjà mort. La confession d’un fou, en train de tomber de l’immeuble et qui fait sa liste de résolutions pour l’avenir, entre le troisième et le deuxième étage.
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PhilippeMauricePhilippeMaurice11 février 2017
Comme la contemplation du paysage n’offrait qu’un divertissement relatif, je laissais rouler cette question dans mon casque : Napoléon, tyran ou libérateur ?

Si la Révolution se réduit à une entreprise de lutte pour la liberté, Napoléon est le fossoyeur des principes de 1789. Son antiparlementarisme, son autoritarisme, son impérialisme guerrier l’apparentent à César. Mais, si la Révolution se définit comme un combat pour l’égalité, l’Empereur en fut le plus ardent promoteur. L’égalité civile fut son œuvre technique. L’égalité du mérite, son obsession morale. A quelle autre époque de l’Histoire de France un garçon boucher eut-il autant de chances de devenir général par la grâce de ses talents ? L’idéal d’héroïsme irrigua les débuts de l’Empire. Ces maréchaux, brillant dans l’aube impériale, insultaient plus insolemment les privilèges de l’Ancien Régime que ne le firent les bouchers de la Terreur.

Le spectacle était étrange de ces énarques du XXIème siècle, clapotant dans l’entre-soi et la cooptation et dégoisant sur « Le Mal napoléonien » sans reconnaître que l’Empereur avait su donner une forme civile et administrative aux élans abstraits des Lumières. Un ancien Premier ministre s’illustrait brillamment, chez nous, dans la critique de l’aventure impériale. Il avançait que le bilan de 1815 était épouvantable : l’abdication avait sonné le retour des monarchies réactionnaires, les libertés avaient reculé en France, le pays sortait affaibli d’une aventure militaire qui avait coûté des millions de vies humaines.

Les mots de Caulaincourt, griffonnés sous la pelisse, me revenaient en mémoire : « L’Empereur désirait des routes ouvertes au mérite, le moyen de parvenir sans distinction de caste, sans être parent ou ami d’un homme en place ou d’une favorite ». Et encore : « Tout soldat pouvant devenir général, baron, duc, maréchal ; le fils du paysan, du maître d’école, de l’avoué, du maire, conseiller d’Etat, ministre, duc, cette noblesse ne choquerait plus personne avec le temps, parce qu’elle récompenserait indistinctement tout le monde ». Pendant que défilaient les alignements des arbres douloureusement plantés sur le bord de la route, je trouvais ironique que l’homme qui professait de telles choses soit désavoué sous notre République par un de ceux-là mêmes qui se proclamait socialiste, mais avait perdu la faveur du peuple.
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TableRondeTableRonde13 avril 2015
Le monument me fit penser à cette journaliste de télévision à qui j’annonçais en directe, quelques mois plus tôt, mon désir de reprendre l’itinéraire de la Retraite et de passer la Berezina :
« Napoléon ? La Berezina ? Tout cela n’est pas très glorieux », commenta-t-elle.
Là, devant la rivière tombale, les mots que j’aurai dû lui jeter me vinrent aux lèvres. Mais j’avais été encore une fois victime de l’esprit d’escalier.
« Vraiment, chère amie ? Pas de gloire chez les pontonniers qui acceptèrent la mort pour que passent leurs camarades ; chez Elbé, le général aux cheveux gris, qui, sous la canonnade, traversa plusieurs fois le pont pour rendre compte à l’Empereur de l’avancée du sauvetage et mourut d’épuisement quelques jours plus tard ?Pas de gloire chez Larrey, le chirurgien en chef qui d’innombrables allers-retours d’une rive à l’autre pour sauver son matériel opératoire, chez Bourgogne qui donna sa peau d’ours à un soldat grelotant, chez ces hommes du Génie qui jetaient des cordes aux malheureux tombés à l(eau, chez ces femmes dont Bourgogne écrit qu’ « elles faisaient honte à certains hommes, supportant avec un courage admirable toutes les peines et les privations auxquelles elles étaient assujetties » ? Et chez cet Empereur qui sauva quarante mille de ses hommes et dont les Russes juraient trois jours auparavant qu’il n’avait pas une chance sur un million de leur échapper ? Qu’est-ce que la gloire pour vous, madame, sinon la conjuration de l’horreur par les hauts faits ? »
Je ne suis pas enclin aux citations, mais là !
Et, quand on pense qu’elle est tirée une page seulement après celle relative aux « Hauts lieux » tout aussi belle et extraite justement plusieurs fois dans la présente liste, chapeau-bas monsieur Tesson.
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litolfflitolff09 avril 2015
Il avait persuadé ses hommes que rien ne résisterait à leur marche glorieuse. Il leur avait offert les Pyramides en 1798, la Rhénanie en 1805, les portes de Madrid en 1808, les plaines de Hollande en 1810. Il avait mis à genoux l'Angleterre en 1802, à Amiens et contraint le tsar de toutes les Russies à ronronner gentiment, à Tilsit en 1807. Il avait régenté l'administration, réformé l'Etat, bouleversé les vieux modèles de civilisation, bâti une légende aux accents macédoniens.
Et, soudain, le rêve allait s'écrouler à cause d'une marche à mort dans les steppes de Russie.
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Walden-88Walden-8810 février 2015
Gras me toucha le bras :
" Ici, c'est un haut lieu, vois-tu.
_ Qu'est-ce qu'un haut lieu ? lui dis-je
_ Un haut lieu, dit-il, c'est un arpent de géographie fécondé par les larmes de l'Histoire, un morceau de territoire sacralisé par un geste, maudit par une tragédie, un terrain qui, par-delà les siècles, continue d'irradier l'écho des souffrances tues ou des gloires passées. C'est un paysage béni par les larmes et le sang. Tu te tiens devant, et soudain, tu éprouves une présence, un surgissement, la manifestation d'un je-ne-sais-quoi. C'est l'écho de l'Histoire, le rayonnement fossile d'un événement qui sourd du sol, comme une onde. Ici, il y a une telle intensité de tragédie en un si court épisode de temps que la géographie ne s'en est pas remise. Les arbres ont repoussé, mais la Terre, elle, continue à souffrir. Quand elle boit trop de sang, elle devient un haut lieu. Alors, il faut la regarder en silence car les fantômes la hantent. "
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