ISBN : 2253151017
Éditeur : Le Livre de Poche (2001)


Note moyenne : 4/5 (sur 33 notes) Ajouter à mes livres
François Cheng est un spécialiste incontesté de la poésie et surtout de la peinture chinoise à laquelle il a consacré depuis une trentaine d'années des essais qui font autorité. Son premier roman, Le Dit de Tianyi est nourri de ce... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 3.00/5
    Par Lune, le 06 février 2012

    Lune
    Le « Dit de Tian-yi est un livre à part.
    Écrit en français, il contient toute la délicatesse, la subtilité de la Poésie chinoise que l'on perçoit dans les descriptions nuancées de la nature.
    Elles pourront apparaître redondantes ou trop denses pour certains mais elles témoignent d'une approche différente où l'être humain se confond intensément dans les nuages, la brume, les sentiers, les montagnes.
    C'est un livre de rencontres sur lesquelles l'auteur disserte : sa plume devient pinceau et la peinture des relations entre parents d'une même famille, entre homme et femme, entre amis, entre artistes est parfaitement exécutée, toutes les nuances que peuvent prendre ces échanges intenses sont rendues dans leur moindre recoin.
    C'est le livre d'un pays sur fond de guerre sino-japonaise puis de révolution culturelle, c'est un pays meurtri et meurtrissant sa population dont le chant traverse les générations et vient parfois se briser dans l'incompréhension extrême-occidentale.
    C'est la description d'un chinois venu en France se former à la peinture d'autres maîtres, racontant ses impressions et perceptions devant les grands peintres de l'Europe.
    C'est un homme à l'écoute intérieure perpétuelle, en recherches insatiables qui aboutiront à des rendez-vous manqués, en amour, en peinture et en politique.
    Car ce livre est politique puisque tout acte, tout désir est lié et relié au monde qui entoure l'homme qui se débat dans les rets d'un système tortionnaire qui refuse à l'individu de s'exprimer.
    Ce n'est pas un livre qui se donne facilement tant il est sinueux aussi bien dans l'écriture que dans le personnage.
    Il y a des passages qui fouettent et d'autres qui arrachent.
    Homme, artiste, amoureux : un seul être, une multiplicité de vies vécues, de vies entrevues, d'allers et de retours.
    Nous sommes dans la pure tragédie, la vraie, pas question de théâtre. L'homme face à un destin dramatique auquel il ne peut échapper qu'en le racontant.
    Ce livre a reçu le prix Fémina en 1998.
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
  • Par Lostinmypal, le 26 janvier 2012

    Lostinmypal
    Pas d'étoile car mon ressenti est ambigu et pas à la hauteur du livre.
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Citations et extraits

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  • Par petitefa, le 24 mars 2012

    "Brumes et nuages du mont Lu", si célèbres qu'ils s'étaient mués en proverbe pour désigner son mystère insaisissable, une beauté cachée mais ensorcelante. Par leurs mouvements capricieux, imprévisibles, par leurs teintes instables, rose ou pourpre, vert jade ou gris argent, ils transformaient la montagne en magie. Ils évoluaient au milieu des multiples pics et collines du mont Lu, s'attardant dans les vallées, s'élevant dans les hauteurs, maintenant ainsi un constant état de mystère. De temps à autre, subitement ils s'effaçaient, révélant alors au regard des hommes toute la splendeur de la montagne. Avec leurs corps soyeux et leur parfum de santal mouillé, ces brumes et ces nuées paraissaient tel un être à la fois charnel et irréel, un messager venu d'ailleurs pour dialoguer un instant ou longuement, selon ses humeurs, avec la terre. Certains matins clairs, elles pénétraient par les volets, en silence, chez les hommes, les caressaient, les enveloppaient de leur douceur intime. Pour peu qu'on veuille les saisir, elles s'éloignaient tout aussi silencieusement, hors de portée. Certains soirs, les brumes denses qui montaient, rencontrant les nuages en mouvement, provoquaient une précipitation et amenaient des ondées, qui déversaient leur eau pure dans les pots et les bocaux déposés par les habitants du village au pied des murs. C'est avec cette eau que ces derniers faisaient le meilleur thé du coin. Une fois les averses passées, rapidement, les nuages se déchiraient et, le temps d'une éclaircie, laissaient voir le plus haut mont. Entouré de collines, ce dernier ne conservait pas moins tout le mystère de son altière beauté, avec ses rochers fantastiques dangereusement dressés, qu'auréolait une végétation elle aussi fantastique, réverbérant sans entrave la lumière indécise du soir. Pendant ce temps, les nuages regroupés à l'ouest formaient une immense mer étale dont les flots portaient le soleil couchant comme un vaisseau de rêve scintillant de mille feux multicolores. Un instant après, le sommet se drapait de brume mauve, devenait à nouveau invisible. Comme il se doit, d'ailleurs, puisque c'est l'heure où le mont Lu effectue sa randonnée quotidienne en direction de l'ouest, pour rendre hommage à la Dame de l'Ouest des taoïstes ou pour saluer Bouddha. A ce moment, l'univers avait l'air de se révéler dans sa réalité cachée ; il était en perpétuelle transformation. Ce qui était apparemment stable se fondait dans le mouvant ; ce qui était apparemment fini se noyait dans l'infini. Point d'état fixe ni définitif. N'est-ce pas ce qu'il y a de plus vrai, puisque toutes choses vivantes ne sont que "condensation du souffle" ?
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  • Par petitefa, le 24 mars 2012

    Plus tard, m'ayant initié à l'art du trait et à la composition organique, le maître me dit : "La peinture chinoise est fondée sur un apparent paradoxe : elle obéit humblement aux lois du réel, dans toutes les manifestations de la vie visible et invisible, et dans le même temps, elle vise d'emblée la Vision. Il n'y a en fait pas de contradiction. Car le véritable réel ne se limite pas à l'aspect chatoyant de l'extérieur, il est vision. Celle-ci ne relève aucunement du rêve ou d'un fantasme du peintre, elle résulte de la grande transformation universelle mue par le souffle-esprit. Étant mue par le souffle-esprit, elle ne peut être captée par l'homme qu'avec le regard de l'esprit, ce que les Anciens appelaient le troisième œil ou l’œil de Sapience. Comment posséder cet œil ? Il n'y a pas d'autre voie que celle fixée par les maîtres Chan, c'est-à-dire les quatre étapes du voir : voir ; ne plus voir ; s'abîmer à l'intérieur du non-voir ; re-voir. Eh bien, lorsqu'on re-voit, on ne voit plus les choses en dehors de soi ; elles sont partie intégrante de soi, en sorte que le tableau qui résulte de ce re-voir n'est plus que la projection sans faille de cette intériorité féconde et transfigurée. Il faut donc atteindre la Vision. Tu t'accroches encore trop aux choses. Tu te cramponnes à elles. Or, les choses vivantes ne sont jamais fixes, isolées. Elle sont prises dans l'universelle transformation organique. Le temps de peindre, elles continuent à vivre, tout comme toi-même tu continues à vivre. En peignant, entre dans ton temps et entre dans leur temps, jusqu'à ce que ton temps et leur temps se confondent. Sois patient et travaille avec toute la lenteur voulue."
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  • Par petitefa, le 24 mars 2012

    Avant de partir, nous pénétrâmes dans le temple. Yumei alluma une baguette d'encens devant la statuette représentant le poète, encadrée de deux tablettes sur lesquelles étaient inscrits deux vers parallèles écrits par lui. Nous apprîmes que le temple avait été bâti sous les Ming, sur l'emplacement d'une stèle érigée là sous les Tang. Les habitants affirmaient que depuis la construction du temple l'encens n'avait jamais cessé d'y brûler. Nous fûmes frappés alors par l'impression d'étrangeté, pour ne pas dire d'anachronisme, devant ce petit feu ininterrompu au cœur de ce coin obscur, anonyme, habité par des paysans illettrés, en l'honneur d'un poète qui avait vécu il y a plus de deux mille ans - le premier poète connu de la littérature chinoise - et qui était mort en exil, noyé dans une rivière.
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  • Par petitefa, le 24 mars 2012

    Pour moi, la rencontre la plus réjouissante fut celle du vieux peintre-ermite. Assis sous un huanggo, j'étais en train de dessiner le paysage lorsque j'entendis une voix nette derrière mons dos : "Jeune homme, je vois que tu es peintre. Si vous voulez bien tous les deux, venez prendre le thé chez moi." Je me retournai et crus revoir le moine taoïste de mon enfance : le même visage serein et impassible, n'était ce bon sourire légèrement teinté d'ironie qui l'éclairait. Nous le suivîmes jusqu'à sa demeure, une chaumière protégée par de l'herbe sauvage et bordée derrière par un jardin potager. Le vieillard nous montra sa prodigieuse collection de peintures chinoises anciennes ainsi que ses propres œuvres, les unes éthérées, les autres d'une densité frémissante, peintes avec un superbe art du pinceau et de l'encre, dans la pure tradition chinoise, mais singulièrement renouvelée. Il nous apprit que dans sa propre jeunesse - cela remontait au début du siècle -, grâce à la fortune familiale, il avait longuement voyagé au Japon et en Europe. Dans les années vingt et trente, il jouissait d'un certain renom en tant que peintre dans toute la vallée du Yangzi. Il connaissait tous les grands artistes de sa génération. Mais depuis une dizaine d'années, il avait renoncé aux mondanités et s'était retiré dans ce coin perdu pour se consacrer entièrement à son art.
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  • Par Lune, le 27 janvier 2012

    En somme, il n'y a pas d'espace ni de temps, seulement un être vivant qui se meut, et l'espace-temps naît avec lui.
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