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> Henriette Bordenave (Autre)

ISBN : 2070374033
Éditeur : Gallimard (1982)


Note moyenne : 4.12/5 (sur 145 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Le caractère profondément romanesque de Lord Jim (sa deuxième partie surtout), qui met en scène amour et combats guerriers dans la jungle malaise, a su enflammer des générations de jeunes lecteurs. La complexité de ce long roman avait ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par bvb09, le 25 avril 2014

    bvb09
    J'ai lu Lord Jim parce que Finkielkraut l'a placé dans son livre sur l'intelligence de la littérature (le coeur intelligent) et parce qu'Eric Orsenna en a fait le livre qu'il emporterait sur une Ile déserte.
    Avec de tels parrains, je pensais ne pas courir trop de risques.
    Jim a des rêves d'aventure, de grandeurs.
    Mais lorsqu'il est confronté à la première véritable épreuve, il n'est pas à la hauteur.
    Blessure et traumatisme pour une belle âme qui assume devant la justice.
    Mais commence alors le combat de sa vie : la lutte contre sa conscience et surtout contre le regard des autres, ou du moins ce qu'il imagine être le regard des autres.
    La deuxième chance arrivera sous la forme d'une fuite qui révélera que nous avons à faire à un héros, un véritable héros.
    Mais Conrad n'écrit pas des livres pour Hollywood…
    Ou alors, en se penchant sur ce livre, des scénaristes Hollywoodiens pourraient en tirer une dizaine de films, et des scénaristes du cinéma indépendant une dizaine supplémentaire.
    Bref les intellectuels que j'ai cité en début de commentaire ne disent pas que des bêtises : sur une île déserte avec le seul Lord Jim on peut voir venir et améliorer sa connaissance de cette drôle de bête qu'est l'être humain.
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    • Livres 5.00/5
    Par Perdre-son-temps, le 15 mars 2011

    Perdre-son-temps
    Impossible pour moi de lire celui-ci en refoulant le souvenir que j'avais gardé du film de Richard Brooks… Mais Conrad a sa patte bien à lui pour raconter. En cela le livre n'est pas comparable au film qui en a été tiré. (Quelle idée d'ailleurs de comparer des livres et des films…)
    Ici le procès de Jim occupe plus d'une bonne moitié du livre et cette attente - la macération du héros dans la culpabilité et la honte - crée une tension vraiment suffocante et un véritable contrepoids à l'action qui suivra dans le récit : quand Jim tentera de se racheter. Ce sont ces effets de contraction et de dilatation de l'histoire qui nous font ressentir l'emprise saisissante d'un destin sur les personnages. L'intervention d'un narrateur (principalement Charles Marlow) est directement au service de cette machinerie. On a souvent reproché à Conrad l'usage de cet artifice mais quelle ampleur il arrive à en tirer ! Rendre palpable une chose comme le destin, ce n'est pas donné à n'importe quel bonimenteur !
    Enfin on voit souvent dans l'histoire de Thuan Jim une réflexion sur l'honneur. Oui, mais après tout qu'est-ce que l'honneur sinon une certaine image que l'on se fait de soi ? À cet égard j'ai trouvé bien âpre cette cruauté à l'oeuvre dans le roman : un homme qui se bat pour l'idée qu'il se fait de lui… jusqu'à la mort.
    À la fin Marlow dit à son auditoire : -"maintenant Jim est des nôtre"…
    Sans blagues, cette histoire d'honneur c'est bien notre tragi-comédie à tous, tous autant que nous sommes…

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    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 29 mai 2012

    brigittelascombe
    "Saute.....mais saute donc!"
    Lord Jim, jeune officier "bâti en force" hésite à abandonner le navire du "Padna" prêt à sombrer suite à une collision et les pèlerins endormis qu'il transporte. C'est l'histoire de sa désertion au côté d'autres officiers (contée par le "Capitaine Marlow" qui a rencontré Jim durant le procés), son emploi de commis maritime (obtenu grâce à Marlow touché par la sincérité de ses regrets) de port en port, de fuite en fuite puis l'accés à une paix intérieure dans une colonie de Malaisie qui tissent la trame tragique (et l'étude psychologique très fine) de Lord Jim.
    Joseph Conrad, d'origine polonaise, a pioché dans ses souvenirs de matelot et de capitaine (antérieurs à son métier d'écrivain, romancier et nouvelliste établi en Angleterre au XX° siècle) pour écrire (avec une plume poétique) ce roman d'aventure (adapté en film) terriblement humain car il touche à la faute, au bien, au mal, à la responsabilité professionnelle, au choix irrévocable. Et nous, aurions-nous sauté?
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    • Livres 5.00/5
    Par Gustave, le 21 juin 2014

    Gustave
    Commençons par un tout petit bémol. L'écriture de Conrad se fait ici foisonnante à souhait, quasiment luxuriante, par moments presque inextricable, à l'image de cette jungle indonésienne du Patusan qu'il nous décrit. Si ce trait stylistique contribue à la puissance d'évocation lyrique chez Conrad, ce qui donne des passages flamboyants de beauté, il tend également à rendre parfois la lecture ardue.

    L'effort en vaut cependant largement la chandelle. Le récit en lui-même est d'une originalité parfaite dans l'histoire littéraire: sauf erreur de ma part, je n'ai pas de souvenir d'une oeuvre centrant son intrigue sur le devenir d'un marin abandonnant son navire en train de couler alors même qu'aucun passager n'a été évacué.

    Dès lors, le roman n'aura de cesse de chercher à répondre à la question suivante: l'honneur une fois perdu peut-il se retrouver un jour? Il semble bien que cela soit le cas: mais cela nécessite de la part de Jim, qui cherche désespérément sa rédemption, à travers sa nouvelle existence au Patusan, une région imaginaire située en Indonésie, une telle exigence à l'égard de soi-même qu'il en viendra à causer sa propre perte.

    L'accablement du déshonneur porté dans sa condition d'homme vivant finit par faire préférer à Jim une fidélité à l'idée qu'il se fait de lui-même allant jusqu'à y sacrifier sa propre vie.

    Lord Jim, c'est en définitive la tragédie de l'homme incapable d'échapper à son propre passé...Même lorsque les erreurs qu'il a pu commettre ont été réparées, ce passé conditionne les réactions qu'il peut avoir face aux situations présentes et futures, l'amenant à causer de nouveau sa perte.

    C'est ce qui arriva à Jim...Qui péchera non plus par lâcheté, mais par imprudence, lorsqu'il n'osera pas faire éliminer une bande de pirates venus envahir son village du Patusan, menés par un Blanc qui ne lui rappelle que trop bien le paria qu'il fut un temps (sans l'écrire explicitement, Conrad semble faire dire à Jim en son for intérieur "Qui suis-je pour jeter la pierre sur un pirate, moi qui ai commis une faute pire encore dans le passé?"). Je n'en révèlerai pas davantage, ce serait aller trop loin...

    Je comprends mieux pourquoi Fitzgerald estimait tant Conrad...Au delà de leurs différences, il existe chez eux une même vision tragique de l'homme, en ce que le combat qu'il entreprend pour échapper à la condition qui est la sienne demeure toujours vaine, ainsi qu'un même goût pour une écriture aux images et au lyrisme foisonnants, irradiant le lecteur de sa puissance évocatrice.
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    • Livres 5.00/5
    Par LucienRaphmaj, le 28 novembre 2012

    LucienRaphmaj
    « Imaginez une grosse araignée velue à la tête verte et dont les yeux sont des points brillants, s'affairant par un matin de rosée sur une extraordinaire toile, – et vous avez l'intrigue de Lord Jim. Son fil se déroule à partir de rien, elle est pleine de digressions qui ne mènent nulle part et de voies transversales qui repartent en arrière, puis recommencent et finissent à nouveau – parfois au bord du vide, parfois au centre même de l'intrigue. »
    Telle est la réaction du journal « Critic » en 1901 à la parution de l'ouvrage.
    Il y a en effet quelque chose dans Lord Jim qui résiste à l'explication, et qui demande à se fondre comme l'auteur dans la jungle opaque des métaphores.
    « « Qu'est-ce qui remue là ? » se demande-t-on. « Est-ce un monstre aveugle ou seulement un reflet perdu de l'univers ? » ».
    Dixit Conrad. Comme dans « Au cœur des ténèbres » avec lequel il devait être publié, avant qu'il ne prenne l'ampleur d'un roman à part entière, Lord Jim possède une atmosphère envoûtante, sombre, située cette fois-ci dans la mer de Chine, du côté de la Malaisie, dans un Patusan imaginaire. L'imaginaire et le réel, l'héroïsme rêvé et la monstruosité humaine, le colonialisme et la souveraineté de l'océan et de la nature, ce sont ces affrontements que travaille le texte, par vague, par pointes.
    Lord Jim est un roman de la dérive, de la fuite et de la non-rédemption.
    « Étrange fatalité, que celle qui donnait, à chacun de ses actes une allure de fuite, de désertion irréfléchie et impulsive, de saut dans l'inconnu. »
    En quelque sorte, Conrad joue là un peu son côté Dostoïevski des mers (ou devrait-on qualifier Dostoïevski de Conrad d'eau douce ? A voir). Les courts chapitres à rebondissement – ce qui est lié à la publication en revue – s'enchaînent et croisent des niveaux de récits, avec des excursus et des suspens souvent réflexifs avec, cependant, la voie majeure de Marlow (le narrateur d'« Au cœur des ténèbres » et de « Jeunesse » romans qui forment une trilogie fantôme avec Lord Jim, fantôme, oui, toujours, puisque jamais présentée tel quel en volume). Marlow, jumeau lointain de Conrad, dans le sens où un écrivain peut partager avec ses créatures une fraternité incommunicable, une amitié du plus lointain, stellaire, à demi-mot, même imaginaire, apparaît après un début intriguant où le procès de « Jim » prend place sans que l'on aperçoive exactement le sens de sa faute.
    La puissance d'évocation de Conrad est sans égal, pas seulement celle des « hommes de la mer », qui tourne court suite à la mésaventure initiale du « héros ». Pour ses personnages, comme le glorieux Brierly au destin torturé, l'entomologiste allemand, ou la figure magiquement éclairée de la femme de Jim. Sûrement que la part noire des opposants, comme Cornelius et Brown ne sont pas à ce niveau mais révèlent subtilement les failles de l'impeccable Tuan Jim. Au-delà de cet horizon tramé de figures marquantes, avec en son centre l'énigme de la destinée de Lord Jim, la lecture se révèle aussi dans les captations intenses de cet espace exotique rendu sensible, loin de l'exotisme, déjà fantasmatique et déjà cristallisant les tensions coloniales où la division entre barbare et civilisé se brouille.
    La fin d'un monde, lit-on sous l'histoire de Lord Jim.
    Il y a, à mon sens, quelque chose de purement shakespearien dans ce traitement de l'atmosphère, dans la sublimation du fantastique, des passions, de la langue. Quelque chose de profondément subtil que l'on peut retrouver dans les adaptations de Shakespeare par Kurosawa. Quelque chose d'infiniment rare.
    Et bien sûr il y a Lord Jim, Tuan Jim. Personnage romantique et romanesque, comme ne cesse de le marteler Conrad. Il y a quelque chose de L'idiot dans ce caractère naïf, franc, enthousiaste, mais finalement faible, et pour son cas, attaché au tragique de l'existence. Mais alors qu'il devrait nous apparaître comme ridicule, décalé avec le monde, enfant bercé par les récits d'aventures se perdant dans la jungle de la réalité, il survit et impose son image et forge un moment sa destinée et son petit paradis romanesque.
    Cependant, il a finalement sa tragédie, à la fin de sa fantomachie ce sont les fantômes qui triomphent : « Comment peut-on tuer la peur, je me le demande ? Comment peut-on traverser d'une balle un cœur de spectre, trancher sa gorge spectrale, le prendre à sa gorge de spectre ? » C'est l'héroïsme prosaïque de l'impossible que tente Lord Jim, et sa ligne de fuite le porte loin, jusqu'à ce que s'installant, son destin fantasmagorique le rattrape.

    Lien : http://lucienraphmaj.wordpress.com/2012/09/15/lecture-lord-jim-josep..
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Citations et extraits

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  • Par Piatka, le 01 juin 2014

    Je restai planté là assez longtemps pour qu'un sentiment de solitude totale s'empare de moi, à tel point que tout ce que j'avais vu dans le passé récent, tout ce que j'avais entendu, et la parole humaine elle-même, me semblait ne plus avoir d'existence, et ne survivre qu'un instant de plus dans ma mémoire, comme si j'avais été le dernier représentant de la race humaine. C'était une impression étrange et mélancolique, née presque inconsciemment, comme toutes les illusions, dont je soupçonne qu'elles ne sont pas autre chose que des visions d'une lointaine et inaccessible vérité vaguement entrevue.
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  • Par Piatka, le 06 juin 2014

    Il était peut-être résigné à mourir, mais je soupçonne qu'il voulait mourir sans accompagnement de terreurs, tranquillement, dans une sorte de transe paisible. Une certaine facilité à accepter de périr n'est pas tellement rare, mais ce n'est pas souvent que vous rencontrez des hommes dont l'âme, cuirassée dans l'amertume impénétrable de la résolution, est prête à mener jusqu'au bout une bataille vouée à l'échec, car le désir de paix se fait plus ardent à mesure que l'espoir décline, et, à la fin, ce désir arrive à vaincre le désir même de vivre.
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  • Par Pchabannes, le 20 avril 2010

    “Le Patna franchit les Détroits, traversa le golfe, suivit le passage du premier degré. Il piqua droit vers la mer rouge, sous un ciel serein, sous un ciel torride et sans nuage, sous un éclaboussement de soleil qui tuait toute pensée, serrait le cœur, desséchait toute impulsion de force et d’énergie. Et sous la splendeur sinistre de ce ciel, la mer bleue et profonde restait impassible, sans un mouvement, sans un pli, sans une ride, visqueuse, stagnante, mort. Avec un léger sifflement, le Patna coupait cette plaine unie et lumineuse, déroulait dans le ciel son noir ruban de fumée, laissait derrière lui sur l’eau un ruban blanc d’écume, tout de suite effacé, comme un fantôme de piste tracée sur une mer morte par un fantôme de navire.” chapitre II
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  • Par Piatka, le 13 mai 2014

    Nous voulons de tant de manières différentes être. Ce magnifique papillon trouve un petit tas de terre et il s'y pose, dans une complète immobilité ; mais l'homme ne veut sur son tas de boue jamais rester tranquille. Il veut être comme ceci, et aussi il veut être comme cela...
    Il veut être un saint, et il veut être un démon - et chaque fois qu'il ferme les yeux, il se voit comme un type très bien - bien mieux qu'il n'aura jamais la possibilité de l'être...Dans un rêve...
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  • Par Piatka, le 30 mai 2014

    Mais savez-vous combien d'occasions j'ai laissé échapper ; combien de rêves j'ai laissé se perdre, qui s'étaient trouvés sur mon chemin ?
    Il hocha la tête, plein de regret : " Je crois que certains d'entre eux auraient été très beaux - si je les avais forcés à se réaliser. "

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Vidéo de Joseph Conrad

Reportage sur le concert fiction « Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad .
« Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad Une nouvelle collection de « Concerts Fictions » diffusée le 21 mai 2014 à 21h Après Dracula, de Bram Stocker (diffusé le 19 avril 2014), France Culture propose en coproduction avec l?Orchestre National de France : « Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad ??? http://bit.ly/1pcfWMt Librement adapté par Stéphane Michaka Avec l?Orchestre National de France Musique originale et direction d?orchestre Didier Benetti Réalisation Cédric Aussir Résumé : À la fin du dix-neuvième siècle, les puissances européennes se partagent l?Afrique. Sous le masque de la « mission civilisatrice », l?exploitation coloniale va bon train. Capitaine de la marine marchande, Marlow est fasciné depuis l?enfance par le fleuve Congo, situé au c?ur de l?Afrique. Sur ses berges s?entassent ivoire et caoutchouc en partance pour l?Europe. Et au bout du fleuve se trouve Kurtz, agent zélé du système colonial mis en place par Léopold II, roi des Belges. Ayant obtenu le commandement d?un vapeur, Marlow entame sa lente remontée du fleuve. Il ignore qu?elle va le conduire au c?ur des ténèbres, vers Kurtz et ses « rites inavouables »? Reportage réalisé par Sébastien Lopoukhine et Lucie Spindler.








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