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Henriette Bordenave (Autre)
ISBN : 2070374033
Éditeur : Gallimard (1982)

Note moyenne : 4.11/5 (sur 228 notes)
Résumé :
Le caractère profondément romanesque de Lord Jim (sa deuxième partie surtout), qui met en scène amour et combats guerriers dans la jungle malaise, a su enflammer des générations de jeunes lecteurs.
La complexité de ce long roman avait pourtant de quoi dérouter : monologues et dialogues continuellement imbriqués enchevêtrent un récit à tiroirs, un labyrinthe dont le fil conducteur ne se dénoue que brutalement, avec une fin tragique.
Conrad patiemment ti... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (25) Voir plus Ajouter une critique
Alexein
21 avril 2016
  • 4/ 5
Jim, âme démesurément romantique, pour qui le devoir et l'honneur comptent plus que tout, se trouve hanté par l'humiliation et la honte suite au naufrage du Patna sur lequel il servait. Cette impuissance à surmonter cette épreuve est une tache qui souille ses idéaux de droiture et de pureté. Au cours de son procès, il rencontre Marlow, le narrateur de l'histoire et se confie progressivement à lui.
Jim est un être entouré d'une « épaisse brume » qui ne laisse paraître son âme que par trouées fugaces. Marlow se prend d'amitié pour lui et tente de lui trouver une situation. Il se sent le devoir de venir en aide à celui dont il rappelle régulièrement et d'une façon mystérieuse, dans un esprit de forte solidarité entre marins : « Car c'était l'un des nôtres. »
Dans ce roman où, somme toute, les faits sont très simples, tout est affaire de perception et de psychologie. Très vite, le style très dense crée une atmosphère épaisse et lourde. Les points de vue se multiplient ainsi que les transitions abruptes. Les récits s'imbriquent comme des poupées russes avec, d'une part, Jim racontant à Marlow et, d'autre part, Marlow relatant ce récit à des amis après un dîner, en l'entrecoupant des descriptions et interventions d'autres personnages. La narration n'est pas linéaire. Conrad est coutumier de ce type de mise en abyme : l'effet d'éloignement confère un caractère mythique au récit conté.
Il m'apparaissait au départ que Conrad décrivait les choses d'une manière trop exhaustive et semblait vouloir surcharger l'histoire de notes dissonantes. Il crée ainsi un effet d'étrangeté et ce qui semblait n'appeler qu'une seule conclusion ouvre d'autres possibilités. La description des états d'âme est poussée et pourtant elle me fait perdre pied. Dans cette narration éclatée où les scènes s'entrechoquent, je me suis senti comme dans un rêve sombre et engourdissant, dans lequel nombre de retours en arrière et changements de perspective brouillent les repères.
L'histoire de Jim est délayée dans des longueurs qui deviennent suffocantes, presque lassantes et cependant elle acquiert un pouvoir de fascination, malgré le peu d'actions de cette histoire. Jim apparaît à Marlow par moments inconsistant, résigné et très éloigné et à d'autres piqué au vif dans une attitude de rébellion et d'orgueil ; Marlow ne parvient pas à bien cerner sa personnalité et ses motivations. Il y a chez Jim quelque chose de saturnien : il semble être un astre solitaire habité par la mélancolie qui évolue dans des contrées sidérales vastes et éloignées du soleil. Il est comme possédé par une sorte de « vague des passions ».
Jim est ainsi dépeint comme « une formidable énigme » insondable dont on peut seulement percevoir quelques traits partiels comme « des éclairs au milieu de la nuit ». La réalité, ou ce que Conrad nous présente comme tel, est décrite avec une telle intensité qu'elle en devient presque irréelle. Elle se dérobe sans cesse aux investigations pour laisser le narrateur et le lecteur dans une grande perplexité. On perçoit seulement une lumière confuse comme le « halo de la lune à travers les nuages ».
La narration, semblable à un maelström, est construite comme un bouillonnement de souvenirs remontant à la conscience de Marlow. Il raconte l'histoire en associant des souvenirs par analogie qui viennent nourrir, parfois éclairer et souvent brouiller le propos principal. Dans une atmosphère oppressante, suffocante, densifiée par un style riche, foisonnant et dissonant, créant une vision où se superposent plusieurs dimensions donnant une vue d'ensemble qui met mal à l'aise par sa profonde bizarrerie, le fil conducteur de l'histoire devient flou et le récit se mue en une vertigineuse descente remplie d'échos (car les voix de la narration sont démultipliées) où la notion de temps n'a plus rien d'unifiée.
Je ne peux m'empêcher de voir une portée philosophique dans cette histoire :
le déclin et la mort des principes de noblesse, d'honneur et de courage face à l'écrasant et implacable pouvoir grandissant du matérialisme et du profit ; le triomphe du progrès qui amène avec lui une crise de conscience et un chaos magistralement rendus par la narration. Roman aux allures de tragédie grecque, Lord Jim me semble être l'allégorie du crépuscule d'un monde.
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bvb09
25 avril 2014
  • 5/ 5
J'ai lu Lord Jim parce que Finkielkraut l'a placé dans son livre sur l'intelligence de la littérature (le coeur intelligent) et parce qu'Eric Orsenna en a fait le livre qu'il emporterait sur une Ile déserte.
Avec de tels parrains, je pensais ne pas courir trop de risques.
Jim a des rêves d'aventure, de grandeurs.
Mais lorsqu'il est confronté à la première véritable épreuve, il n'est pas à la hauteur.
Blessure et traumatisme pour une belle âme qui assume devant la justice.
Mais commence alors le combat de sa vie : la lutte contre sa conscience et surtout contre le regard des autres, ou du moins ce qu'il imagine être le regard des autres.
La deuxième chance arrivera sous la forme d'une fuite qui révélera que nous avons à faire à un héros, un véritable héros.
Mais Conrad n'écrit pas des livres pour Hollywood…
Ou alors, en se penchant sur ce livre, des scénaristes Hollywoodiens pourraient en tirer une dizaine de films, et des scénaristes du cinéma indépendant une dizaine supplémentaire.
Bref les intellectuels que j'ai cité en début de commentaire ne disent pas que des bêtises : sur une île déserte avec le seul Lord Jim on peut voir venir et améliorer sa connaissance de cette drôle de bête qu'est l'être humain.
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Perdre-son-temps
15 mars 2011
  • 5/ 5
Impossible pour moi de lire celui-ci en refoulant le souvenir que j'avais gardé du film de Richard Brooks… Mais Conrad a sa patte bien à lui pour raconter. En cela le livre n'est pas comparable au film qui en a été tiré. (Quelle idée d'ailleurs de comparer des livres et des films…)
Ici le procès de Jim occupe plus d'une bonne moitié du livre et cette attente - la macération du héros dans la culpabilité et la honte - crée une tension vraiment suffocante et un véritable contrepoids à l'action qui suivra dans le récit : quand Jim tentera de se racheter. Ce sont ces effets de contraction et de dilatation de l'histoire qui nous font ressentir l'emprise saisissante d'un destin sur les personnages. L'intervention d'un narrateur (principalement Charles Marlow) est directement au service de cette machinerie. On a souvent reproché à Conrad l'usage de cet artifice mais quelle ampleur il arrive à en tirer ! Rendre palpable une chose comme le destin, ce n'est pas donné à n'importe quel bonimenteur !
Enfin on voit souvent dans l'histoire de Thuan Jim une réflexion sur l'honneur. Oui, mais après tout qu'est-ce que l'honneur sinon une certaine image que l'on se fait de soi ? À cet égard j'ai trouvé bien âpre cette cruauté à l'oeuvre dans le roman : un homme qui se bat pour l'idée qu'il se fait de lui… jusqu'à la mort.
À la fin Marlow dit à son auditoire : -"maintenant Jim est des nôtre"…
Sans blagues, cette histoire d'honneur c'est bien notre tragi-comédie à tous, tous autant que nous sommes…

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Gustave
21 juin 2014
  • 5/ 5
Commençons par un tout petit bémol. L'écriture de Conrad se fait ici foisonnante à souhait, quasiment luxuriante, par moments presque inextricable, à l'image de cette jungle indonésienne du Patusan qu'il nous décrit. Si ce trait stylistique contribue à la puissance d'évocation lyrique chez Conrad, ce qui donne des passages flamboyants de beauté, il tend également à rendre parfois la lecture ardue.

L'effort en vaut cependant largement la chandelle. le récit en lui-même est d'une originalité parfaite dans l'histoire littéraire: sauf erreur de ma part, je n'ai pas de souvenir d'une oeuvre centrant son intrigue sur le devenir d'un marin abandonnant son navire en train de couler alors même qu'aucun passager n'a été évacué.

Dès lors, le roman n'aura de cesse de chercher à répondre à la question suivante: l'honneur une fois perdu peut-il se retrouver un jour? Il semble bien que cela soit le cas: mais cela nécessite de la part de Jim, qui cherche désespérément sa rédemption, à travers sa nouvelle existence au Patusan, une région imaginaire située en Indonésie, une telle exigence à l'égard de soi-même qu'il en viendra à causer sa propre perte.

L'accablement du déshonneur porté dans sa condition d'homme vivant finit par faire préférer à Jim une fidélité à l'idée qu'il se fait de lui-même allant jusqu'à y sacrifier sa propre vie.

Lord Jim, c'est en définitive la tragédie de l'homme incapable d'échapper à son propre passé...Même lorsque les erreurs qu'il a pu commettre ont été réparées, ce passé conditionne les réactions qu'il peut avoir face aux situations présentes et futures, l'amenant à causer de nouveau sa perte.

C'est ce qui arriva à Jim...Qui péchera non plus par lâcheté, mais par imprudence, lorsqu'il n'osera pas faire éliminer une bande de pirates venus envahir son village du Patusan, menés par un Blanc qui ne lui rappelle que trop bien le paria qu'il fut un temps (sans l'écrire explicitement, Conrad semble faire dire à Jim en son for intérieur "Qui suis-je pour jeter la pierre sur un pirate, moi qui ai commis une faute pire encore dans le passé?"). Je n'en révèlerai pas davantage, ce serait aller trop loin...

Je comprends mieux pourquoi Fitzgerald estimait tant Conrad...Au delà de leurs différences, il existe chez eux une même vision tragique de l'homme, en ce que le combat qu'il entreprend pour échapper à la condition qui est la sienne demeure toujours vaine, ainsi qu'un même goût pour une écriture aux images et au lyrisme foisonnants, irradiant le lecteur de sa puissance évocatrice.
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brigittelascombe
29 mai 2012
  • 4/ 5
"Saute.....mais saute donc!"
Lord Jim, jeune officier "bâti en force" hésite à abandonner le navire du "Padna" prêt à sombrer suite à une collision et les pèlerins endormis qu'il transporte. C'est l'histoire de sa désertion au côté d'autres officiers (contée par le "Capitaine Marlow" qui a rencontré Jim durant le procés), son emploi de commis maritime (obtenu grâce à Marlow touché par la sincérité de ses regrets) de port en port, de fuite en fuite puis l'accés à une paix intérieure dans une colonie de Malaisie qui tissent la trame tragique (et l'étude psychologique très fine) de Lord Jim.
Joseph Conrad, d'origine polonaise, a pioché dans ses souvenirs de matelot et de capitaine (antérieurs à son métier d'écrivain, romancier et nouvelliste établi en Angleterre au XX° siècle) pour écrire (avec une plume poétique) ce roman d'aventure (adapté en film) terriblement humain car il touche à la faute, au bien, au mal, à la responsabilité professionnelle, au choix irrévocable. Et nous, aurions-nous sauté?
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Citations & extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
AdrianVAdrianV04 décembre 2016
Je ne pouvais oublier que ce garçon-là était un bel imaginatif, et les imaginatifs sont capables de s'écarter fort loin dans une direction, comme si on leur avait donné une longueur de câble plus grande qu'à leurs voisins, dans le difficile mouillage de la vie.
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LaerteLaerte25 novembre 2016
Evidemment, il pouvait paraître exaspérant de se sentir accablé sous le poids d'une telle supériorité, mais quand je réfléchissais que je partageais ma disgrâce avec quelque douze cents millions d'êtres plus ou moins humains, je me disais que ce qu'il y avait d'indéfinissable et d'attrayant chez cet homme pouvait bien me faire accepter ma part de sa pitié bienveillante et de son indulgent mépris.
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LaerteLaerte25 novembre 2016
Deux vieilles filles nomades, en robe d'apparat, consultaient la carte avec acrimonie, en échangeant des murmures de leurs lèvres fanées; étranges visages de bois, elles faisaient l'effet de deux épouvantails somptueux.
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PiatkaPiatka01 juin 2014
Je restai planté là assez longtemps pour qu'un sentiment de solitude totale s'empare de moi, à tel point que tout ce que j'avais vu dans le passé récent, tout ce que j'avais entendu, et la parole humaine elle-même, me semblait ne plus avoir d'existence, et ne survivre qu'un instant de plus dans ma mémoire, comme si j'avais été le dernier représentant de la race humaine. C'était une impression étrange et mélancolique, née presque inconsciemment, comme toutes les illusions, dont je soupçonne qu'elles ne sont pas autre chose que des visions d'une lointaine et inaccessible vérité vaguement entrevue.
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PiatkaPiatka06 juin 2014
Il était peut-être résigné à mourir, mais je soupçonne qu'il voulait mourir sans accompagnement de terreurs, tranquillement, dans une sorte de transe paisible. Une certaine facilité à accepter de périr n'est pas tellement rare, mais ce n'est pas souvent que vous rencontrez des hommes dont l'âme, cuirassée dans l'amertume impénétrable de la résolution, est prête à mener jusqu'au bout une bataille vouée à l'échec, car le désir de paix se fait plus ardent à mesure que l'espoir décline, et, à la fin, ce désir arrive à vaincre le désir même de vivre.
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Videos de Joseph Conrad (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Joseph Conrad
Le Mag Littéraire de Zouk TV consacre une émission spéciale à l?écrivain Olivier Larizza à l?occasion de la parution de son livre comique et satirique « le Best-seller de la rentrée littéraire » (Andersen). Rodolf Etienne l?interroge sur le monde littéraire, le livre numérique, l?université où il enseigne, la Martinique, etc. L?auteur évoque également ses « 24 contes des Antilles » (Flammarion), son récit de voyage « Nouvel An à Bruxelles » (Andersen) et « Le Comte » de Joseph Conrad, paru dans la collection qu?il dirige chez Andersen éditions. Emission diffusée sur Zouk TV le 20 mars 2015.
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