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ISBN : 208070530X
Éditeur : Flammarion (1993)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.95/5 (sur 347 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
C'est une lente et funèbre progression qui mène le capitaine Marlow et son vieux rafiot rouillé, par les bras d'un tortueux fleuve-serpent, jusqu'au "coeur des ténèbres". Kurtz l'y attend, comme une jeune fille endormie dans son château de ... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 13 novembre 2012

    Woland
    Heart of Darkness
    Introduction, traduction, notes, chronologie et bibliographie : Jean-Jacques Mayoux
    ISBN : 9782081285965
    Deux extraits de ce roman seront présentés sur Babelio.
    La liste des personnages de ce roman sera bientôt accessible sur http://notabene.forumactif.com/
    Cent cinq pages rédigées dans ce style rigide, comme perpétuellement au garde-à-vous, qui fait songer que, malgré tous ses efforts et en en dépit de son merveilleux talent, Conrad ne parvint pas à penser toujours en anglais. Une intrigue mince, que trois traits suffisent à délimiter, en tous cas en apparence : un officier de la marine marchande britannique se languit tellement de la navigation qu'il fait des pieds et des mains pour se retrouver sur un fleuve africain, à la barre d'un vapeur auprès duquel l'"African Queen" de John Huston fait figure de palace flottant. Une poignée de personnages, Blancs et Noirs, éparpillés entre la Belgique, le Congo de Léopold II et un tout petit oasis de paix nocturne sur la Tamise. Et avec cela, l'une des plus formidables réflexions que la littérature ait jamais produite sur le Mal qui guette, tapi au plus profond de l'être humain comme l'ennemi dans la jungle. Si formidable dans son cynisme, si inoubliable dans sa fascination pervertie que deux romanciers au moins - Timothy Findley avec son "Chasseur de Têtes" et Robert Silverberg avec "Les Profondeurs de la Terre" - et un cinéaste - Francis Ford Coppola avec le génial "Apocalypse Now" - ont jugé impossible de ne pas lui rendre hommage - à elle mais aussi au personnage qui la provoque et l'incarne : Kurz l'Omniprésent, Kurz le Dieu.
    "Au Coeur des Ténèbres" n'est pas un livre simple. Il peut même tromper un lecteur néophyte au point de le faire s'interroger sur l'enthousiasme en général suscité par le texte de Conrad. Sa relative brièveté, son texte qui se ramasse sur lui-même, la manière dont son auteur en dit le moins possible tout en sous-entendant le maximum, cette façon qu'il a de solliciter l'imagination mais aussi les peurs les plus secrètes, les plus malsaines du lecteur, la répartition de l'action entre deux personnages, Marlow et Kurz, qui ne sont en fait que les deux faces d'un même être, Conrad lui-même lorsqu'il découvre le Congo, tout cela contribue à en faire une énigme, une espèce de jeu de piste particulièrement retors et cruel qui débouche sur un désespoir sans appel.
    Pour certains, qui répètent une leçon bien apprise mais pas forcément comprise, il s'agirait avant tout d'une dénonciation du colonialisme. Vous qui me lisez, n'allez pas tomber dans cet énième panneau posé par les Séraphins de la Bien-Pensance : lisez et faites-vous votre opinion avant d'emboucher à votre tour leur trompette absconse. Conrad rapporte le langage utilisé par les colons belges pour désigner les Noirs mais, ce langage, Marlow l'utilise tout autant. Les Noirs l'étonnent, voire le choquent, comme il les étonne et les choque : pour Conrad, ça marche dans les deux sens.
    Son alter ego "positif" n'hésite pas à se débarrasser tout de suite du marin - noir forcément - qui est mort d'une balle perdue lors de l'escarmouche avec la tribu lancée par Kurz contre le vapeur, et le flanque tout tranquillement dans le fleuve parce qu'il redoute que les autres membres de l'équipage, qui sont anthropophages et ne se nourrissent depuis plusieurs jours que des restes d'une viande d'hippopotame pourrie, ne subtilisent le cadavre pour s'en faire un roboratif barbecue. Marlow ne les condamne d'ailleurs pas, il trouve cette attitude somme toute très normale pour un cannibale, bien plus normale que d'accepter de se coltiner de la viande d'hippopotame pourrie pendant le parcours qu'ils ont accepté de faire avec les Blancs.
    Marlow, pas plus que Conrad, n'est un Séraphin bien-pensant : s'il est révolté par les mauvais traitements infligés au malheureux indigènes du poste où il doit prendre en charge son vapeur - quel homme de coeur ne le serait pas ? - il ne lui viendrait pas à l'idée de passer pour autant sous silence les comportements primitifs, instinctifs et souvent incompréhensibles à ses yeux des Africains qu'ils découvrent. Blancs comme Noirs, nous sommes tous de bien étranges animaux, voilà le credo de Marlow et il n'en démordra pas une seconde.
    N'en déplaise donc aux crétins heureux, "Au Coeur des Ténèbres" se préoccupe peu des méfaits de la colonisation belge. Rien à voir, mais alors rien du tout avec "Le Crime du Congo Belge", que Sir Arthur Conan Doyle publiera dix ans plus tard. Non, ce qui passionne Conrad, ce sont les ténèbres de l'âme humaine, que celle-ci soit enfermée dans un corps blanc ou dans un corps noir.
    Arrivé dans le sillage des colons belges, Kurz, dont on parle tant et qu'on voit si peu, Kurz, comme chacun d'entre nous, portait en lui ces ténèbres. Mais rien ne prédisposait ce musicien remarquable, cet homme charmant et cultivé, d'une rare intelligence, à les développer. Fût-il resté sous nos latitudes qu'il n'est pas non plus certain qu'il y aurait cédé. Seulement, sa rencontre avec l'Afrique, ce continent dont Conrad exprime tout à la fois avec brutalité et subtilité les beautés et les mystères - beautés incompréhensibles, mystères abyssaux pour l'homme qui n'y est pas né, tous éléments d'une vie primitive, grandiose et animale, splendide et effrayante, dont, si nous en croyons les chercheurs actuels, l'Humanité tout entière est issue - l'a, pourrait-on dire, débloqué. Sur cette terre où tant de choses restent à découvrir et à comprendre, Kurz vacille, Kurz s'effondre, Kurz rampe, Kurz massacre, Kurz accepte les initiations les plus terribles, Kurz plonge dans ses propres ténèbres et les noircit encore et encore, d'abord pour l'or blanc qu'est l'ivoire, ensuite et presque exclusivement pour conserver la puissance qu'il a conquise en se laissant adorer comme un dieu - en s'identifiant à un dieu.
    Assurément, Conrad n'est pas un sectateur de ce pleurnichard de Jean-Jacques. Pour lui, l'homme naît sinon mauvais, du moins porteur du Mal, un Mal qui ne demande qu'à éclore. Et Kurz, cet "homme remarquable" sur tant de plans, l'a fait éclore de façon magnifique. A tel point que, en dépit de la répulsion que lui inspire le personnage, Marlow continue à l'admirer. Est-on bien sûr d'ailleurs que le dernier cri de Kurz, à la fois prisonnier et dieu de l'Afrique, ce fameux : "Horreur ! Horreur !" qui n'a pas fini de retentir dans nos cauchemars, n'était pas un ultime serment d'allégeance aux Ténèbres ? ...
    Un texte difficile parce que faussement innocent, un texte inoubliable. A lire, à relire et à relire encore. Pour sa perfection. Pour toutes les interrogations qu'il porte en lui. Et avant tout pour son manque absolu d'hypocrisie - que certains préfèreront traiter de cynisme. Mais quelle importance ? Kurz et ses Ténèbres sont immortels. Si vous scrutez bien votre miroir, l'un de ces soirs, vous les apercevrez peut-être : qui sait ? ...
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    • Livres 2.00/5
    Par boudicca, le 20 janvier 2015

    boudicca
    Vous voulez découvrir ou re-découvrir sous un autre jour les plus grands classiques littéraires des XIXe et XXe siècles ? Alors vous allez adorer la collection Noctambule qui se propose depuis plusieurs années d'adapter certaines de ces oeuvres majeures en bande dessinée. Après le « Moby Dick » de Melville ou encore « Le loup des mers » de Jack London, c'est au tour de Joseph Conrad et de son « Au coeur des ténèbres » de faire l'objet d'une adaptation en image qui, en ce qui me concerne, ne m'a pas autant enthousiasmé que les précédents ouvrages de la même collection que j'ai pu découvrir jusqu'à présent. de même que le roman d'origine, la bande dessinée met en scène le jeune Charles Marlow, officier de marine marchande membre d'une expédition chargée de remonter le cours d'un fleuve africain afin de retrouver un certain Kurtz, directeur d'un comptoir au coeur de la jungle et responsable de la majorité de l'exploitation de l'ivoire dans la région. Au fil du fleuve, le narrateur s'éloigne de la civilisation et se retrouve confronté aux moeurs primitifs des indigènes et surtout à la personnalité très particulière du fameux Kurtz qui va avoir sur lui une lourde influence.
    Le premier reproche que j'aurais à formuler concerne les graphismes de Loïc Godart auxquels je n'ai pas du tout été sensible. Les couleurs sont trop pâles et uniformes, les traits des personnages peu expressifs et surtout les paysages guère évocateurs. On peine donc à s'immerger dans le récit et à éprouver une quelconque empathie pour les personnages. de même, si le scénario de Stéphane Miquel respecte sans doute parfaitement la trame d'origine, les lecteurs qui, comme moi, n'auraient pas lu l'oeuvre de Conrad avant de découvrir la bande dessinée pourront éprouver quelques difficultés à se sentir concernés par l'aventure de ce Charles Marlow. Certaines transitions sont également parfois un peu brusques, voire incongrues. L'ouvrage a toutefois le mérite de nous dévoiler les dessous de la colonisation en Afrique et toutes les horreurs qui en découlent, à commencer par l'esclavage des populations locales et le pillage des ressources naturelles du pays. Comme Stéphane Miquel le fait remarquer dans ses notes à la fin de l'ouvrage, Conrad reste toutefois un « homme de son temps » et certaines de ses réflexions concernant l'impérialisme, les Africains ou encore les femmes qu'il faudrait laisser à leur « monde ingénu » peuvent interpeller le lecteur, en dépit de la profondeur de la réflexion proposée.
    Si, au vue des divers avis que j'ai pu lire, cette adaptation d' « Au coeur des ténèbres » est bien parvenue à capturer l'essence du roman de Conrad, elle reste malgré tout assez difficile d'accès pour les lecteurs qui n'auraient pas déjà fait l'expérience du récit d'origine. Dommage...
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    • Livres 4.00/5
    Par ATOS, le 18 septembre 2012

    ATOS
    Atteindre l'enfer c'est suivre une voie pour Joseph Conrad. Ce chemin nous le suivons ou nous le quittons. Pas d'autre choix. L'horizon des ténèbres se tisse ici au fil de l'eau, vers la source du fleuve Congo. « Regarder d'un navire de la côte filer, c'est comme réfléchir à une énigme ».voici l'invitation à ce voyage. Remonter un fleuve, c'est remonter le temps, le temps du premier homme, celui qui est en chacun de nous. Les pulsations des rives du fleuve réaniment les pulsions primaires des hommes. Torpeur, sauvagerie, «  pèlerinage lassant parmi des débuts de cauchemar ». S'enfoncer plus profond, entrer dans le coeur des ténèbres... L'enfer est il un espace auquel on se livre pour délivrer celui qui vit en nous? Les ténèbres ont ils la faculté d'infecter le coeur de ceux qui le traversent ? ou portons nous ce germe depuis toujours et à jamais en nous ?
    L'enfer on le vit ou on le détruit, il n'y a pas d'autre choix.
    Astrid SHRIQUI GARAIN
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    • Livres 4.00/5
    Par medsine, le 27 avril 2012

    medsine
    Cette nouvelle de Joseph Conrad a servi de terreau à Francis Ford Coppola pour réaliser son film Apocalypse Now. Ce dernier a su transposer habilement ce récit d'une descente aux enfers le long du fleuve Congo en période coloniale dans le bourbier de la guerre du vietnam.

    Comme dans la nouvelle « Jeunesse », Au coeur des ténèbres est le récit de Marlow un marin qui raconte son histoire à ses amis proches. Marlow a fait des pieds et des mains, pour être embauché comme « marin d'eau douce » pour une compagnie commerciale dans le but de découvrir l'Afrique. La compagnie le nomme capitaine d'un bateau fluvial sur le fleuve Congo et le charge de reprendre contact avec un de ses plus brillants chasseur d'ivoire, le dénommé Kurtz, qui ne donne plus signe de vie depuis des mois.

    L'auteur va nous décrire dans un style flamboyant et oppressant, cette descente aux enfers progressive que va constituer le voyage de Marlow qui coupe les amarres de la « civilisation » pour entrer dans la « sauvagerie » à chaque mile parcouru le long d'un fleuve tourmenté, étranglé par une forêt impénétrable et étouffante. On y découvre la vie des pèlerins occidentaux accrochés à leur chimère : faire fortune. On y découvre le traitement des noirs, dressés, terrassés ou simplement maintenus à distance par la terreur que leur inspire les blancs et leur attirail. Marlow se coupe peu à peu de ses compatriotes qui le dégoutent, mais il ne se rapproche pas plus des « sauvages » qui ne l'intéressent guère. Il tend vers le personnage mythique de Kurtz dont la légende et le pouvoir l'inspire. La rencontre avec ce « Roi », sera un grand choc et une terrible désillusion. La sauvagerie a rongé l'homme qui n'est presque plus qu'un fantôme. L'homme mythique se révèle bien n'être qu'une chimère dans tous les sens du terme : à la fois bête mythologique monstrueuse et terrifiante et à la fois une illusion sans consistance.

    Le récit se termine lors du retour de Marlow en Europe, alors qu'il rencontre la fiancée de Kurtz. La pureté de la femme ne doit être souillée par la sombre vérité. Marlow choisi de lui épargner les ténèbres en la laissant à ses illusions. « Horreur, horreur » sont les dernières paroles de Kurtz. Pour la fiancée éplorée, Marlow mentira en affirmant qu'il n'a fait que prononcer son nom avant de mourir. Une nouvelle sombre et sans espoir.
    27 avril 2012
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    • Livres 5.00/5
    Par yves1901, le 12 décembre 2014

    yves1901
    Tout le monde, à part peut-être les ermites ou les habitants du Tadjikistan, connait le chef d'oeuvre de Francis Ford Coppola, le fabuleux, l'incontournable, le majestueux, Apocalypse Now. Mais peu, ou en tout cas beaucoup moins, ont lu l'ouvrage dont s'est inspiré le réalisateur américain pour faire son film. Etant un des groupies de ce film, il fallait que je m'attaque tôt ou tard au livre de Joseph Conrad. C'est chose faite.
    Dans Au Coeur des Ténèbres, point de guerre du Vietnam, logique, étant donné que le live a été écrit au tournant du XXe siècle, place ici à l'univers colonial africain.
    L'histoire débute à Londres où Marlow, un marin britannique raconte son expérience coloniale, de découverte de l'Afrique à ses camarades. Tout jeune, alors Officier de la marine marchande, désireux de vivre l'aventure, il est recruté par une compagnie belge pour retrouver un dénommé Kurtz, receleur d'ivoire perdu au fin fond de l'Afrique, décrit comme un génie par ses semblables, mais qui se révèlera plutôt instable. Pour cela il devra remonter le fleuve, et s'avancer dans l'inconnu, le fleuve d'ailleurs, un personnage à part entière dans le roman, représente parfaitement cette route vers la folie que prend Marlow. Plus il avance, plus il se rapproche de sa destination, plus ce qu'il vit devient mystérieux.
    Pour moi, Joseph Conrad développe principalement deux points dans son récit. Une description (plutôt classique assez très bien faite) de l'enfer colonial et une description de la nature humaine, ainsi que la folie qui lui est liée.
    L'enfer colonial tout d'abord, que découvre très rapidement Marlow dans une station coloniale et au fil de son parcours qui le mènera jusqu'à Kurtz. Il constate la violence, la dureté, l'âpreté de la vie dans ces colonies africaines, notamment de par la farouche nature qui ne compte pas se laisser dompter par l'homme.
    Mais c'est aussi un lieu où tout le monde semble perdu et déambule sans but tel des morts vivants, et où les agissements échappent à la règle de la logique (Mention spéciale aux emplois fictifs de surveillants de route imaginaire). La colonie, c'est aussi un lieu de perdition.
    L'univers colonial, c'est également un endroit d'incompréhension entre le colon et le colonisé, comme si chacun était une anomalie pour l'autre. L'incompréhension de deux mondes différents. Conrad qui d'ailleurs n'évite pas de taper comme il faut sur les colonisateurs, et cet esclavagisme, qui sous couvert d'une mission civilisatrice, permet aux colons de légitimer toutes les ignominies sur des peuples jugés inférieurs. J'ai d'ailleurs noté une version un peu caricaturale des autochtones, volontaire sans doute…
    Mais c'est bien la nature et la folie humaine qui restent pour moi au coeur du roman de Joseph Conrad. Folie qui s'incarne d'ailleurs parfaitement dans le personnage de Kurtz, ce brillant individu qui a sombré dans la démence de l'hybris, cette folie de se croire tel un dieu. Grande déconvenue d'ailleurs que sera cette rencontre entre les deux hommes, Marlow attendant beaucoup de celle-ci, ayant entouré de mysticisme la personne de Kurtz, constatant dans quelle déchéance celui-ci est tombé, dans les plus bas instincts de l'humanité, où la violence est reine, et les instincts animaux prédominants.
    Serait-il aussi pour Conrad une parfaite métaphore de la folie qui assaille chaque individu, comme si cette dernière était présente en chacun de nous, faisait partie de nous et ne cherchait qu'une occasion pour prendre le dessus ? Après tout, Kurtz n'était-il pas un homme comme les autres ?
    Ici, la nature sauvage, le milieu hostile dans lequel vivait Kurtz a peut-être contribué à son changement de mentalité, l'homme serait-il affaibli dans un environnement qu'il ne connait pas ? On pourrait même avancer le fait qu'un individu plus « compétent », plus « intelligent » que le commun des mortels, serait aussi plus susceptible de sombrer dans la démence qu'un individu lambda ? Peut-être que le sentiment de se croire supérieur n'en serait alors que plus fort et la marche vers la folie plus simple à atteindre ? Etant moi-même médiocrement doté, je ne peux pas répondre à cette interrogation.
    Ce qui est "sûr", c'est que pour Conrad, l'homme pur n'existe pas. L'âme humaine est définitivement sombre.
    Pour autant, ce livre, c'est aussi un écrivain, et un style à part entière.
    Au Coeur des Ténèbres est un livre étrange, complexe, d'abord rebutant, en découvrant le style assez atypique de Joseph Conrad. Ainsi, comme pendant ma lecture de la Route de McCarthy dans un genre très différent, je me sentais au départ quelque peu extérieur au récit, voire perdu, mais après un effort d'adaptation, le style de Joseph Conrad, doté d'un certain lyrisme, d'une plume sublime, devient rapidement accrocheur, saisissant, et finit par te prendre aux tripes et ne plus te lâche plus jusqu'à la fin. En somme, un style qui te ronge.
    De plus, cette écriture singulière permet de développer une ambiance magistrale, tantôt oppressante, tantôt mystérieuse, mystique, laissant travailler l'imagination du lecteur. Une atmosphère, une immersion rarement atteinte dans un bouquin (enfin, je parle de mon expérience).
    C'est peut-être la marque d'un grand roman écrit par un non moins grand écrivain ?
    Une claque.
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Critiques presse (4)


  • Bedeo , le 24 mars 2014
    Un bel ouvrage qui incarne parfaitement les objectifs de la collection Noctambule.
    Lire la critique sur le site : Bedeo
  • BoDoi , le 14 mars 2014
    Tout est mis en oeuvre pour mettre en avant l’idée et le texte de Conrad, et cette superbe transposition en bande dessinée ne pourra que donner envie de se plonger dans le livre original, non pour comparer, mais pour prolonger le voyage. Mission accomplie.
    Lire la critique sur le site : BoDoi
  • Sceneario , le 13 mars 2014
    Il n'est pas possible de lire cet album sans retrouver dans un recoin de sa mémoire les images, la musique et cette voix off, obsédante d'Apocalypse Now de Coppola qui s'est inspiré lui aussi de cette nouvelle.
    Lire la critique sur le site : Sceneario
  • BDGest , le 28 février 2014
    Stéphane Miquel et Loïc Godart ont visiblement su les éviter et offrent un album réaliste, dénué de tout romantisme, que Joseph Conrad aurait certainement apprécié !
    Lire la critique sur le site : BDGest

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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 14 novembre 2012

    [...] ... Je braquai mes jumelles sur la maison [de Kurz]. Il n'y avait pas signe de vie, mais on voyait le toit en ruine, le long mur de pisé se montrant au-dessus des herbes, avec trois petits carrés de fenêtres, tous de taille différente ; tout cela mis à portée de ma main, pour ainsi dire. Puis je fis un mouvement brusque, et l'un des piquets qui restaient de cette palissade disparue surgit dans le champ des jumelles. Vous vous rappelez que je vous avais dit que j'avais été frappé à distance par certains efforts d'ornementation, assez remarquables dans l'aspect ruiné de l'endroit. Maintenant je voyais soudain de plus près, et le premier effet fut de me faire rejeter la tête en arrière comme pour esquiver un coup. Puis je passai soigneusement de piquet en piquet avec mes jumelles, et je constatai mon erreur. Ces boules rondes n'étaient pas ornementales mais symboliques ; elles étaient expressives et déconcertantes, frappantes et troublantes - de quoi nourrir la pensée et aussi les vautours s'il y en avait eu à regarder du haut du ciel. Mais, en tous cas, telles fourmis qui seraient assez entreprenantes pour monter au piquet. Elles auraient été encore plus impressionnantes, ces têtes ainsi figées, si les visages n'avaient pas été tournés vers la maison. Une seule, la première que j'avais distinguée, regardait de mon côté. Je ne fus pas aussi choqué que vous pouvez le penser. Mon sursaut en arrière n'avait été, réellement, qu'un mouvement de surprise. Je m'étais attendu à voir une boule de bois, comprenez-vous. Je retournai délibérément à la première repérée - et elle était bien là, noire, desséchée, ratatinée, les paupières closes - une tête qui semblait dormir en haut de ce piquet, et avec les lèvres sèches et rentrées qui montraient les dents en une étroite ligne blanche, souriait, aussi, souriait continûment de quelque rêve interminable et jovial dans son sommeil éternel.

    Je ne révèle pas de secrets commerciaux. En fait, le Directeur devait dire que les méthodes de M. Kurz avaient perdu ce district. Je n'ai pas d'opinion sur ce point mais je voudrais que vous compreniez clairement qu'il n'était guère profitable que ces têtes soient là. Elles montraient seulement que M. Kurz manquait de mesure dans la satisfaction de ses passions variées, que quelque chose manquait chez lui - une petite chose qui, quand le besoin se faisait urgent, ne se trouvait pas sous sa magnifique éloquence. S'il était lui-même conscient de cette déficience, je ne saurais dire. Je pense que cette connaissance lui vint à la fin - seulement tout à la fin. En revanche la brousse sauvage l'avait trouvé de bonne heure et avait tiré de lui une terrible vengeance après sa fantastique invasion. Elle lui avait murmuré je crois des choses sur lui-même qu'il ne savait pas, des choses dont il n'avait idée tant qu'il n'eut pas pris conseil de cette immense solitude - et le murmure s'était montré d'une fascination irrésistible. Il avait éveillé des échos sonores en lui parce qu'il était creux à l'intérieur ... Je posai les jumelles et la tête qui avait paru assez proche pour qu'on lui parle sembla aussitôt avoir bondi loin de moi, passant dans un lointain inaccessible. ... [...]
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  • Par Woland, le 14 novembre 2012

    [...] ... Je ne veux pas faire croire que ce vapeur était tout le temps à flot. Plus d'une fois, il a dû passer pour un temps à gué, avec vingt cannibales barbotant autour et poussant. Nous avions enrôlé quelques uns de ces gaillards en route comme équipage. Très bien, les cannibales, à leur place. C'étaient des hommes avec qui on pouvait travailler et je leur suis reconnaissant. Et après tout ils ne se mangeaient pas l'un l'autre sous mon nez. Ils avaient apporté une provision de viande d'hippopotame, qui pourrit, et qui fit puer dans mes narines le mystère de la brousse. Pouah ! Je la renifle encore. J'avais le Directeur à bord et trois ou quatre pèlerins, avec leurs bâtons - rien n'y manquait. Parfois nous tombions sur un poste proche de la berge, accroché aux basques de l'inconnu, et les Blancs, accourant d'une masure croulante, avec de grands gestes de joie, de surprise, de bienvenue, semblaient tout étranges, ayant l'air d'être tenus là captifs par un enchantement. Le mot ivoire retentissait dans l'air un moment - et nous repartions, dans le silence, sur des étendues vides, tournant autour de courbes endormies, entre les hautes murailles de notre sinueux parcours, réverbérant en roulements sourds le lourd battement de la roue arrière. Des arbres, des arbres, des millions d'arbres, massifs, immenses, jaillissant très haut ; et à leur pied, serrant la rive à contre-courant, se traînait le petit vapeur encrassé, comme un bousier paresseux rampant sur le sol d'un noble portique. On se sentait tout petit, tout perdu, et pourtant, ce n'était pas absolument déprimant, cette sensation. Après tout, si on était petits, le bousier crasseux avançait - ce qui était exactement ce qu'on voulait. Vers où, dans l'imagination des pèlerins, je ne sais. Quelque endroit où ils espéraient quelque profit, je gage ! Pour moi il se traînait vers Kurz, exclusivement. Mais quand les conduites du vapeur se mirent à fuir, nous nous traînâmes fort lentement. Une longueur de fleuve s'ouvrait devant nous et se refermait derrière nous, comme si la forêt avait tranquillement traversé l'eau pour nous barrer le passage au retour. Nous pénétrions de plus en plus profondément au coeur des ténèbres. Quelle quiétude il y régnait ! La nuit parfois le roulement des tamtams derrière le rideau d'arbres remontait le fleuve et restait vaguement soutenu, planant en l'air bien au-dessus de nos têtes, jusqu'à l'aube. S'il signifiait guerre, paix ou prière, nous n'aurions su dire. Les aurores étaient annoncées par la tombée d'une froide immobilité ; les coupeurs de bois dormaient, leurs feux brûlaient bas ; le craquement d'un rameau faisait sursauter. Nous étions des errants sur la terre préhistorique, sur une terre qui avait l'aspect d'une planète inconnue. Nous aurions pu nous prendre pour les hommes prenant possession d'un héritage maudit à maîtriser à force de profonde angoisse et de labeur immodéré. Mais soudain, comme nous suivions péniblement une courbe, survenait une vision de murs de roseaux, de toits d'herbe pointus, un explosion de hurlements, un tourbillon de membres noirs, une masse de mains battantes, de pieds martelant, de corps ondulant, d'yeux qui roulaient ... sous les retombées du feuillage lourd et immobile. Le vapeur peinait lentement à longer le bord d'une noire et incompréhensible frénésie. L'homme préhistorique nous maudissait, nous accueillait, nous implorait - qui pourrait le dire ? Nous étions coupés de la compréhension de notre entourage ; nous le dépassions en glissant comme des fantômes, étonnés et secrètement horrifiés, comme des hommes sains d'esprit feraient devant le déchaînement enthousiaste d'une maison de fous. Nous ne pouvions pas comprendre parce que nous étions trop loin et que nous ne nous rappelions plus, parce que nous voyagions dans la nuit des premiers âges, de ces âges disparus sans laisser à peine un signe et nul souvenir. ... [...]
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  • Par Loreen, le 09 novembre 2012

    Voyez-vous l’histoire ? … Voyez-vous quoi que ce soit ? … Je me fais l’effet d’essayer de vous raconter un rêve et de n’y pas réussir, parce que aucun récit de rêve ne peut rendre la sensation du rêve, ce mélange d’absurdité, de surprise, d’ahurissement dans l’angoisse qui se révolte, cette sensation d’être en proie à l’incroyable, qui est l’essence même du rêve. [...] Non, c’est impossible. Il est impossible de rendre la sensation d’une époque donnée de l’existence, ce qui en fait la réalité, la signification, l’essence subtile et pénétrante. C’est impossible. Nous vivons comme nous rêvons, seuls…
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  • Par chartel, le 31 août 2007

    Je reverrai ce spectre éloquent aussi longtemps que je vivrai, et je la reverrai, elle aussi, une Ombre tragique et familière, ressemblant dans ce geste à une autre, tragique aussi, et ornée d'amulettes impuissantes, tendant la nudité de ses bras bruns par-dessus le scintillement du fleuve infernal, le fleuve des ténèbres. Elle dit soudain très bas, "Il est mort comme il a vécu".

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  • Par NMTB, le 19 décembre 2014

    Débarquer dans un marécage, marcher à travers bois, et dans quelque poste de l'intérieur, se sentir encerclé par cette sauvagerie, cette absolue sauvagerie – toute cette vie mystérieuse des solitudes, qui s'agite dans la forêt, dans la jungle, dans le cœur de l'homme sauvage. Et il n'y a pas non plus d'initiation à ces mystères. Il faut vivre au milieu de l'incompréhensible, et cela aussi est détestable. En outre il en émane une fascination qui fait son œuvre sur notre homme. La fascination, comprenez-vous, de l'abominable.
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Vidéo de Joseph Conrad

Reportage sur le concert fiction « Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad .
« Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad Une nouvelle collection de « Concerts Fictions » diffusée le 21 mai 2014 à 21h Après Dracula, de Bram Stocker (diffusé le 19 avril 2014), France Culture propose en coproduction avec l?Orchestre National de France : « Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad ??? http://bit.ly/1pcfWMt Librement adapté par Stéphane Michaka Avec l?Orchestre National de France Musique originale et direction d?orchestre Didier Benetti Réalisation Cédric Aussir Résumé : À la fin du dix-neuvième siècle, les puissances européennes se partagent l?Afrique. Sous le masque de la « mission civilisatrice », l?exploitation coloniale va bon train. Capitaine de la marine marchande, Marlow est fasciné depuis l?enfance par le fleuve Congo, situé au c?ur de l?Afrique. Sur ses berges s?entassent ivoire et caoutchouc en partance pour l?Europe. Et au bout du fleuve se trouve Kurtz, agent zélé du système colonial mis en place par Léopold II, roi des Belges. Ayant obtenu le commandement d?un vapeur, Marlow entame sa lente remontée du fleuve. Il ignore qu?elle va le conduire au c?ur des ténèbres, vers Kurtz et ses « rites inavouables »? Reportage réalisé par Sébastien Lopoukhine et Lucie Spindler.








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