Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

> Paul Le Moal (Préfacier, etc.)

ISBN : 2070385655
Éditeur : Gallimard (1992)


Note moyenne : 4.07/5 (sur 55 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
\"Il n'était pas un homme dur, mais la nécessité, la grandeur, l'importance de la tâche qu'il s'était assignée faisaient disparaître toute considération purement humanitaire. Il avait entrepris cette tâche avec fanatisme. Elle ne lui plaisait pas. Mentir, tromper, roule... > Voir plus
Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (10)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

  • Par raton-liseur, le 24 avril 2015

    raton-liseur
    Conrad est un bourlingueur, ses livres aussi. Son célébrissime Au coeur des ténèbres se passe sur les rives d'un fleuve africain, Typhon raconte un épisode marin sur les flots asiatiques, et Nostromo, bien que ce soit le nom d'un personnage italien, se passe au Costaguana, petite république emblématique des dictatures sud-américaines.
    Ce long roman ne laisse rien de côté et dissèque les différents rouages de l'économie extractive sur laquelle se sont construit la plupart des pays d'Amérique du Sud. La mine d'argent comme point central de l'économie, les castes qui classent définitivement les individus, les coups d'Etat incessants, les libertés qui ne bénéficient qu'à une petite minorité éclairée… Tout y est, savamment imbriqué, décrit avec précision, une démonstration par l'exemple.
    Dans ce roman, l'histoire de Nostromo, « notre homme », surnom un brin condescendant du capataz des cargadores, le contremaître des dockers du port de San Tomé. Homme de confiance, irréprochable car vaniteux, mais rattrapé par la soif de l'argent et par un amour impossible, n'est finalement qu'un prétexte. Prétexte pour décrire cette société si fataliste, prétexte pour mettre en scène des personnages dont pas un ne pourra être heureux ou du moins se réaliser.
    Difficile de rentrer dans ce roman, dont l'écriture est touffue et dont l'intrigue non linéaire nécessite une grande attention. C'est en plus avec un livre audio que j'ai découvert cette oeuvre, et je ne suis pas sûre que les romans fleuves de Conrad se prêtent bien à cet exercice. Ce n'est donc pas ma lecture préférée de Conrad, du moins sur le moment : je voulais un bon roman d'aventure et j'ai eu un traité d'économie politique, mais pris pour ce qu'il est, avec le recul, c'est une oeuvre passionnante, qui décrit de façon vivante et très réaliste la complexité de toute un continent. Mieux qu'un cours de géographie, il décrit une réalité hélas toujours d'actualité aujourd'hui et le pessimisme qui accompagne le destin de tous les personnages sans exception ne donne pas de grands espoirs pour voir les choses bouger. Un livre qui est un témoignage accablant et passionnant si on regarde au-delà du premier plan et si l'on peut s'accoutumer au style un peu lourd de ce long texte.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 5         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par GrandGousierGuerin, le 26 avril 2014

    GrandGousierGuerin
    Roman fleuve où j'ai bien failli me noyer au milieu bien que je fus loin d'être emporté par le courant. Vais-je me permettre de critiquer Conrad (Joseph et non Robert), quitte à passer pour une tête brûlée ? Je ne vais pas en faire un mystère (de l'ouest ou d'ailleurs …), je n'irai pas me briser les ailes ou encore tirer à bout portant sur un monument tel que Conrad (Joseph ou Robert).
    En fait, j'ai senti mon envie de poursuivre la lecture de Nostromo décroitre dans la deuxième partie alors que j'ai été pris à l'hameçon du plaisir de lire dans les premières et troisièmes parties. Conrad déploie tout son arsenal consommé d'écrivain doublé d'aventurier vieux loup de mer pour rendre cette histoire vivante et prenante. Je me suis régalé notamment dans l'entame des premières et troisièmes parties où l'originalité du style permet d'évoquer des péripéties de manière indirecte, comme à ricochet. Mais j'ai manqué d'air à la moitié car mon rythme de lecture est actuellement au cabotage le long des côtes de quelques pages et non pas au long cours comme les croisières littéraires de pavés conradiens de plus de 500 pages. Il faudra que j'y revienne avec Typhon, Lord Jim ou au Coeur des ténèbres
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 7         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par stcyr04, le 12 juillet 2012

    stcyr04
    Nostromo est la contradiction de l'italien nostr'uomo (notre homme), appellation un brin condescendante des responsables de la compagnie de l'Ocean Steam Navigation pour désigner le Capataz de cargadores, c'est-à-dire le contremaitre des débardeurs, homme de devoir, intègre, incorruptible, fier et jaloux de son honneur et de sa réputation légendaire autant auprès des occidentaux que de la population autochtone. Mais ne nous méprenons pas, le véritable personnage central de histoire c'est l'argent, cet argent qui possède les hommes, les rend fous, avides, stupides, lais et méchants.
    Conrad à un talent incroyable pour donner vie à cet état imaginaire, le Costaguana, miroir fidèle des destinés mouvementées des pays d'Amérique Latine rythmées par les coups d'états , les guerres civiles, leurs luttes incessantes pour la liberté et la démocratie, avec en sous-main l'influence omniprésente de l'impérialisme américain. L'intérêt de cette oeuvre est dans la narration en elle même, qui n'est pas linéaire, l'auteur à recours à l'analepse ce qui, en éclairant le passé des personnages, donne du relief psychologique à ceux-ci et laisse cette remarquable impression de réalisme et de vie à toute l'histoire.
    Une oeuvre peut être moins poétique que Lord Jim (autre chef d'oeuvre!) mais d'une grande richesse et d'une belle complexité.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 5         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par oblo, le 01 juillet 2015

    oblo
    Nostromo, notre homme, c'est Gian Baptista Fidanza, homme de confiance de l'élite de Sulaco, ville portuaire de l'Etat occidental, province du Costaguana. Avec ce roman comme une étude géographique, historique, sociologique et économique, Joseph Conrad raconte une révolution dans ce vaste continent sud-américain (qui en connut de très nombreuses au 19ème siècle), laquelle révolution se pare des plus beaux atours idéologiques, cachant par cela la seule véritable motivation de ces mouvements parfois violents : l'argent. L'argent, on le trouve dans la mine de San Tomé, propriété de Charles Gould, Costaguanien d'origine anglaise, qui a réussi à faire de ce gouffre financier une véritable corne d'abondance qui attire les regarde. La mine porte l'Etat occidental ; l'Etat occidental veut se détacher du Costaguana qui accapare toutes les richesses de la province.
    La guerre menace, puis éclate. C'est un coup d'éclat : le général Montero tente de renverser le président Ribeira et semble près à y parvenir. Dans ce tourbillon politique, Nostromo semble être, pour tous ces grands hommes, un roc auquel on s'amarre pour mieux passer la tempête. Les missions les plus difficiles lui sont confiées. Lui, d'origine italienne, est un homme loyal qui jouit d'une autorité naturelle et qui tire orgueil de la reconnaissance des puissants. Mais les responsabilités qu'on finit par lui confier, notamment celle du trésor, le mettent en danger.
    La galerie des personnages, foisonnante, marque par son réalisme. L'argent est, peut-être, le principal personnage de ce roman formidable. Les destinées se croisent, s'entremêlent, se terminent tragiquement. le Costaguana, enfin, résume l'Amérique du Sud, qui se contorsionne et explose en affrontements.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 3         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Hammerklavier, le 31 juillet 2012

    Hammerklavier
    Joseph Conrad est un écrivain hors pair, capable de marier roman d'aventure, et littérature plus sérieuse dont l'ambition va au delà du plaisir de divertissement. Nostromo ne fait pas exception. Livre univers, foisonnant de détails ; il embrassent en un peu plus de cinq cent pages, la politique, l'économie, la géographie et l'histoire d'un monde en marche, le Costaguana. Il le fait en multipliant les points de vue qui sont autant de focales permettant de découvrir les facettes de monde. Il déploie une galerie de personnages, leur idiosyncrasie. Il brouille le temps du récit dans une première partie pouvant survoler les années, dans le passé , le futur, et offre des les premières pages une description géographique de la scène des évènement à venir spectaculaire (et visionnaire façon google map..) Et puis il y a Nostromo, qu'on appelle "el capataz de cardadores" personnage singulier, héros populaire, quasi mythique, qui va se perdre, et perdre son idéal. Nostromo c'est avant tout la défaite d'un homme, la défaite des ambitions, aussi bien personnelles que collectives.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 5         Page de la critique

> voir toutes (8)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par stcyr04, le 06 juillet 2012

    Ainsi parlait le grand personnage, le millionnaire dont les dotations d’églises étaient proportionnées à l’immensité de son pays natal, le malade à qui les médecins adressaient, à mots couverts, leurs terribles menaces. C’était un homme aux membres robustes et au ton pondéré, dont la solide corpulence prêtait à la redingote à revers de soie un air de dignité parfaite. Avec ses cheveux gris de fer et ses sourcils encore noirs, il avait le profil lourd d’une tête de César sur une vieille monnaie romaine. Il y avait, parmi ses ancêtres, des Allemands, des Écossais et des Anglais ; mais des traces de sang danois et français lui valaient à côté d’un tempérament de puritain, une imagination ardente de conquérant. Il sortait, pour Charles Gould, de son habituelle réserve, à cause de la chaleureuse lettre d’introduction qu’il avait apportée d’Europe, et plus encore peut-être en raison de son goût instinctif pour la fermeté et la décision, partout où il les rencontrait et quelque but qu’elles poursuivissent.
    — Le gouvernement du Costaguana jouera son jeu jusqu’au bout, ne l’oubliez pas, monsieur Gould. Et qu’est-ce que c’est que le Costaguana ? Le gouffre sans fond où s’engloutissent les emprunts à 10 pour 100 et les autres placements imbéciles. L’Europe y a jeté ses capitaux à deux mains, pendant des années. Nous n’en avons pas fait autant. Nous savons, dans ce pays, rester à l’abri quand il pleut. Bien entendu, nous interviendrons un jour : il le faudra. Mais rien ne nous presse. Le temps lui-même travaille pour le plus grand pays du monde. C’est nous qui donnerons partout le mot d’ordre, dans l’industrie, le commerce, la loi, le journalisme, l’art et la religion, depuis le cap Horn jusqu’au détroit de Smith, et plus loin même, si nous trouvons au pôle Nord une affaire intéressante. Alors nous pourrons nous occuper à loisir des îles lointaines et des autres continents. Nous mènerons, bon gré, mal gré, les affaires du monde. Le monde n’y peut rien… ni nous non plus, peut-être !
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 2         Page de la citation

  • Par liberliger, le 25 novembre 2012

    On le croyait méprisant et aigri, alors que sa vraie nature était constituée par sa capacité d'éprouver la passion et par la sensibilité de son tempérament. Ce qui lui manquait, c'était l'indifférence polie des hommes du monde, cette indifférence qui engendre une indulgence désinvolte vis-à-vis de soi et des autres ; une indulgence qui se trouve aux antipodes de la vraie sympathie et de la compassion humaine. Le manque d'indifférence expliquait son tour d'esprit sarcastique et ses paroles mordantes.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 5         Page de la citation

  • Par stcyr04, le 05 juillet 2012

    L’intelligence de doña Emilia n’avait rien de masculin. Un esprit viril n’est point, chez une femme, la marque d’une essence supérieure, mais en fait un être imparfaitement différencié, d’un intérêt stérile et médiocre. L’intelligence toute féminine de doña Emilia lui facilita la conquête de Sulaco, en éclaira le chemin pour sa générosité et sa douceur. Elle savait causer de façon charmante, mais n’était pas bavarde. La sagesse du cœur, qui ne s’occupe ni d’édifier, ni de détruire des théories, non plus que de combattre pour des préjugés, sait éviter les paroles oiseuses. Ses pensées ont la valeur d’actes de probité, de tolérance et de compassion. La véritable tendresse d’une femme, comme la virilité d’un homme, se manifeste par une sorte de conquête continuelle. Les dames de Sulaco adoraient madame Gould.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 2         Page de la citation

  • Par stcyr04, le 11 juillet 2012

    Il lui était venu que la vie, pour être vaste et pleine, devait, à chaque moment du présent, contenir le soucis du passé et de l’avenir. Notre tache quotidienne doit être accomplie pour la gloire des morts et pour le bien de ceux qui qui viendront après nous.

    Commenter     J’apprécie          0 2         Page de la citation

  • Par stcyr04, le 10 juillet 2012

    Il n’est point de crédulité plus ardente et plus aveugle que celle née de la cupidité, qui, par ses dimensions universelles, donne la mesure de la détresse morale et de l’indigence intellectuelle de l’humanité.

    Commenter     J’apprécie          0 2         Page de la citation

> voir toutes (16)

Videos de Joseph Conrad

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Joseph Conrad

Reportage sur le concert fiction « Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad .
« Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad Une nouvelle collection de « Concerts Fictions » diffusée le 21 mai 2014 à 21h Après Dracula, de Bram Stocker (diffusé le 19 avril 2014), France Culture propose en coproduction avec l?Orchestre National de France : « Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad ??? http://bit.ly/1pcfWMt Librement adapté par Stéphane Michaka Avec l?Orchestre National de France Musique originale et direction d?orchestre Didier Benetti Réalisation Cédric Aussir Résumé : À la fin du dix-neuvième siècle, les puissances européennes se partagent l?Afrique. Sous le masque de la « mission civilisatrice », l?exploitation coloniale va bon train. Capitaine de la marine marchande, Marlow est fasciné depuis l?enfance par le fleuve Congo, situé au c?ur de l?Afrique. Sur ses berges s?entassent ivoire et caoutchouc en partance pour l?Europe. Et au bout du fleuve se trouve Kurtz, agent zélé du système colonial mis en place par Léopold II, roi des Belges. Ayant obtenu le commandement d?un vapeur, Marlow entame sa lente remontée du fleuve. Il ignore qu?elle va le conduire au c?ur des ténèbres, vers Kurtz et ses « rites inavouables »? Reportage réalisé par Sébastien Lopoukhine et Lucie Spindler.











Sur Amazon
à partir de :
8,16 € (neuf)
4,24 € (occasion)

   

Faire découvrir Nostromo par :

  • Mail
  • Blog

Découvrez la collection Folio

> voir plus

Lecteurs (138)

> voir plus

Quiz