> Hélène Collon (Traducteur)

ISBN : 2350210979
Éditeur : Naïve (2007)


Note moyenne : 3.8/5 (sur 5 notes) Ajouter à mes livres

Sussex, 1947. Sherlock Holmes vit retiré d'un monde dont les mutations et le tapage absurde lui échappent de plus en plus. Seuls le préoccupent à présent ses abeilles, l'écriture et le déclin de sa mémoire. Mais certain... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 2.00/5
    Par Eric75019, le 08 mai 2012

    Eric75019
    Conan Doyle avait fournit la piste dans « Son dernier coup d'archet » et « La Crinière du lion » : pour ses vieux jours, Sherlock holmes coule des jours paisibles en élevant des abeilles dans un petit coin des South Downs au sud de l'Angleterre, jouissant d'un joli point de vue sur la Manche. La dernière enquête du canon holmésien est datée de 1914, à la veille de la première guerre mondiale, Holmes met hors d'état de nuire un espion du Kaiser. Sherlock holmes, né en 1854, a alors 60 ans, et c'est Son dernier coup d'archet !
    Mitch Cullin pousse le bouchon beaucoup, mais alors beaucoup plus loin, et propose… Allez, pourquoi pas une dernière petite aventure de Sherlock holmes aux alentours de 1947 ? Un bon vieux Sherlock de 93 ans ? Que voulez-vous, Conan Doyle n'ayant pas osé faire mourir Sherlock holmes une seconde fois, il n'a pas officiellement daté l'année de son décès – ça devait pourtant le démanger fortement, on sait qu'il avait fini par haïr son personnage – et ce bon Mitch en profite.
    En 1947, le Dr Watson, le fidèle ami de toujours, est mort depuis longtemps. Mycroft, l'inspecteur Lestrade, Mrs Hudson, Wiggins, les Irréguliers, ont quitté ce monde depuis des années. Quand à Moriarty n'en parlons pas, il n'est jamais ressorti des chutes du Reichenbach (sauf dans le livre de John Gardner).
    Holmes vit donc avec ses souvenirs...
    Et Holmes, hélas, est devenu un peu gâteux.
    On lui a connu des jours meilleurs (normal, vu son grand âge). Holmes perd la mémoire, oublie le contenu de ses poches, note tout sur des petits bouts de papier, se déplace avec deux cannes, porte une barbe et des cheveux longs, n'hésite pas à piquer un petit roupillon de temps en temps et oublie où il est à son réveil, est intransigeant avec ses domestiques.
    Holmes voyage, il est invité au Japon pour un dernier conseil et se rend à Hiroshima.
    Holmes tente de rédiger une aventure oubliée, jamais publiée par Watson, tellement décousue que j'avoue n'avoir pas compris grand-chose à cette histoire « d'orgue de verre » (il est vrai que Holmes n'a jamais prétendu posséder le talent littéraire de Watson).
    Tout ceci ne suffit pas à faire des Abeilles de Monsieur Holmes un bon roman policier, même si c'est incontestablement un bon roman sur la grande vieillesse. A mon avis, Mitch Cullin aurait très bien pu écrire son roman sans utiliser le personnage de Sherlock holmes. Néanmoins, Sherlock holmes est un personnage bien pratique pour ce genre d'histoire car 1) on connaît bien son passé, sa vie et son œuvre, et 2) c'est un personnage de fiction, pas besoin de coller à la biographie d'un personnage réel. Au bénéfice du doute, je retire, de justesse, l'argument : « Sherlock holmes fait vendre » car Mitch Cullin semble assez bien maîtriser le canon et sa volonté de contribuer au mythe holmésien paraît sincère.
    Pour conclure, Les abeilles de Monsieur Holmes ont certes pour mérite, dans l'univers holmésien, de combler une lacune en proposant une brique qui manquait jusqu'alors, mais... I'm afraid, Watson that this is not a thriller… Ce n'est pas un roman policier ! Léger oubli que l'on ne peut imputer à Alzheimer mon cher Watson, le seul coupable, c'est Cullin ! Quel culot !
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    Critique de qualité ? (14 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Deuzenn, le 28 septembre 2011

    Deuzenn
    1947. Sherlock Holmes a 93 ans et vit retiré dans une petite ferme du Sussex où il se consacre à l'apiculture, loin de l'agitation du monde, avec pour toute compagnie une gouvernante et son fils. Les jours se suivent et se ressemblent, parsemés de troubles de la mémoire de plus en plus fréquents.
    Pourtant, Holmes se souvient, et ce roman voit s'entrelacer trois histoires différentes : sa vie dans le Sussex, un voyage au Japon réalisé peu auparavant et le récit de l'une de ses enquêtes, le seul rédigé de sa propre main.
    Au-travers de cet entrelacement, c'est la figure d'un autre Sherlock Holmes qui se dessine derrière le personnage emblématique, un Sherlock Holmes qui cherche encore à refouler ses émotions et à se détacher du monde mais à qui tout revient dans la figure et qui ne trouve plus de réponse. Dans un XXème siècle abîmé par deux guerres mondiales, le célèbre détective de l'ère victorienne fait figure d'alien et sa logique implacable est dépassée.
    Ambitieux, voilà le terme qui convient le mieux à ce roman de Mitch Cullin, car cette volonté de mettre à nu l'homme derrière le héros était vraiment un pari risqué, d'autant qu'il s'agit d'un texte assez noir et pessimiste, même si riche et très prenant. Force est de reconnaître que l'auteur a bien relevé ce défi ; tout en restant fidèle à Sherlock Holmes, il le dote d'une véritable profondeur psychologique, toute en introspection. Car il s'agit bien là finalement d'une réflexion sur la mémoire, sur le monde qui change, sur les complexités de la vie, sur les questions sans réponse. Et qui mieux que Holmes pouvait nous montrer que la vie humaine n'est pas une enquête où tout se résout au dénouement?
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)

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Citations et extraits

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  • Par Eric75019, le 08 mai 2012

    Puisque John revient occuper mes pensées, je voudrais en profiter pour évoquer ici un agacement récent. Il appert que certains dramaturges et auteurs de romans dits policiers ont récemment dressé un portrait injuste de mon ancien associé. Ces individus à la réputation douteuse dont le nom n'est pas digne d'être mentionné ici cherchent à le dépeindre sous les traits d'un balourd ou d'un sot. Rien ne pourrait être plus éloigné de la réalité. L'idée même que j'aie pu m'embarrasser d'un nigaud peut être comique dans un contexte théâtral, mais je considère pour ma part ces insinuations comme de graves insultes pour John comme pour moi. Il se peut que cette erreur provienne de ses écrits, car il a généreusement surestimé mes capacités tout en présentant les siennes avec une formidable modestie, alors que ce camarade, au contraire, faisait preuve d'une astuce naturelle, d'une perspicacité innée qui se révélaient fort précieuses dans le cadre de nos enquêtes. Certes, çà et là il lui est arrivé de ne pas entrevoir une solution pourtant évidente, ou de prendre une décision malavisée, je ne le nie pas ; mais je l'ai presque toujours trouvé sagace dans ses opinions comme dans ses hypothèses. Par dessus tout, j'ai eu le plaisir de passer ma jeunesse en compagnie d'un homme capable de flairer l'aventure dans les affaires les plus banales et qui tolérait, avec humour, la patience et la loyauté dont il était coutumier, les excentricités d'un ami souvent désagréable. Aussi, si les experts tiennent honnêtement à désigner le plus nigaud des deux, pour moi, il ne fait pas de doute que c'est à moi, et à moi seul, que doit revenir cet honneur.
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    Citation de qualité ? (8 votes positifs)
  • Par Deuzenn, le 24 septembre 2011

    Il ne s'efforça pas de trouver la réponse à ses questions (du moins pas ce jour-là), et il ne lui vint pas un instant à l'esprit que ce perpétuel larmoiement puisse être justement la somme et le résultat de tout ce qu'il avait vu, appris, chéri, perdu et refoulé pendant sa longue existence, des parcelles de sa jeunesse, la destruction de métropoles entières, voire d'empires par les guerres immenses qui modifiaient jusqu'à la géographie, mais aussi le lent déclin des êtres qui lui étaient chers et de son propre état de santé, de sa mémoire, de son histoire personnelle... Toutes les complexités implicites de la vie, tous les moments vécus dans ce qu'ils avaient de grave et de décisif... Tout cela se condensait en fait au sein du liquide salé qui s'amassait dans ses yeux las.
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  • Par Deuzenn, le 24 septembre 2011

    Tout à coup, comme il refermait l'album, Holmes se sentit submergé par la grande lassitude qu'il avait introduite avec lui dans la fermette. Le monde a pris un mauvais virage, se surprit-il à penser. Il a changé au tréfonds de lui-même, et je ne suis pas capable de comprendre ce qui s'est passé. "Qu'est-ce donc que la vérité? lui avait demandé un jour M. Umezaki. Comment y parvenez-vous? Comment dévidez-vous l'écheveau du sens lorsque celui-ci ne souhaite pas être connu?"
    - Je ne sais pas, fit-il alors tout haut, seul dans la chambre de Roger. Je ne sais pas. Il s'allongea contre l'oreiller du garçon et, l'album serré contre la poitrine, ferma les yeux.
    - Je n'en ai pas la moindre idée... je n'ai pas le moindre indice.
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  • Par Deuzenn, le 24 septembre 2011

    - Vrai? C'est bien vous?
    - J'ai cet honneur, en effet.
    - Non? Sherlock Holmes? Je n'en crois pas mes oreilles.
    - Ne vous en faites pas, c'est à peine si j'y crois moi-même.
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