ISBN : 2070361330
Éditeur : Editions Gallimard (2009)


Note moyenne : 4.04/5 (sur 57 notes) Ajouter à mes livres
2084. Orwell est loin désormais. Le totalitarisme a pris les traits bonhommes de la social-démocratie. Laquelle ? La nôtre. Souriez, vous êtes gérés ! Le citoyen ne s'opprime plus : il se fabrique. À la pâte à norme, au confort, au consensus. Copie qu'on forme, tout sim... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par solasub, le 19 janvier 2012

    solasub
    Lecture de pleine nuit jusqu'à ce que la fatigue l'emporte à 6h du matin, lecture sidérante et dévorante, lecture de rage, happée, captivée... Lecture de veille, de réveil, dans tous les sens du terme.
    Après le bouleversement de La Horde du Contrevent, je repoussais celle-ci, craignant la fin de l'idylle, la déception, le désamour qui parfois nous éloignent, irrémédiablement, d'un auteur adoré ; heureusement, il n'en fut rien.
    Les hommes de la Volte sont-ils les enfants ou les ancêtres de ceux de la Horde? Ils sont en tout cas leurs frères, frères surhumains que Nietzsche, dont la flamme court tout au long cette dystopie, appelait de ses voeux, frères trop humains où chacun se reconnaîtra, interrogeant ses failles, ses fulgurances, ce qui fonde son humanité : "Aucun destin n'est inéluctable, l'arborescence des possibles nous tisse le sang aux poignets".
    Interrogeant aussi, et c'est une différence majeure avec La Horde du Contrevent, notre société post-moderne et son devenir, la tyrannie de nos démocraties molles qui endorment nos révoltes ( "nous n'avons jamais été aussi proches de ce que j'estime être le summum du pouvoir : une aliénation optimum sous les apparences d'une liberté totale"), la frontière fragile qui transforme la résistance en terrorisme, la tension entre morale et liberté, idéal et efficacité, La volonté de puissance.
    Ce n'est pas un livre qui se donne facilement, ni qui se donne à tous. La lecture est ardue, lecture de combat qui se heurte à la chair incomparable d'une écriture ambitieuse, et doit la saisir, s'y heurter, l'escalader, s'y éprouver :
    "Un! L'homme en vie, vitaliste, aux aguets
    tout en explosion, frication,
    ressenti, éprouve et épreuve."
    Roman de paroles, de circulation de la parole, à l'image des concertos des Voltés, c'est aussi un roman d'action et de tension dramatique, de suspens efficace, de lutte armée, de trahison, de résistance.
    L'univers est somptueux, on y retrouve les éléments chers à Damasio qui construisent aussi celui de La Horde : la matérialité et l'énergie, la métamorphose, l'élan et la friction, à travers un langue qui sans cesse elle aussi se transforme, éprouve ses limites, les dépasse, expérimente, saisit et dynamite, s'y frotte, explose; la langue d'un poète tout autant que celle d'un romancier :
    "Leur voix articulait de la roche et du sable, et dans leur frottement sourd montaient des animaux mythiques, méduses s'immisçant flottantes à travers les rideaux d'ammoniac ou tigres pourpres entraperçus dans les brumes du Dehors [...]"
    "Change l'ordre du monde... plutôt que tes désirs... Tes désirs sont désordres..."



    Lien : http://solasubnocte.blogspot.com/
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    Critique de qualité ? (8 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 29 juin 2009

    LiliGalipette
    Roman d'Alain Damasio.
    2083, sur Cerclon, un astéroïde qui fait face aux anneaux et satellites de Saturne, la grande majorité des Terriens a trouvé un refuge après une succession de guerres atomiques et de menaces. Ici, les individus sont soumis au Clastre, un organe de contrôle qui procède, entre autres choses, à l'établissement d'un fichier de prévention contre le crime selon les prédispositions de chacun. Tous les individus sont marqués et hiérarchisés. Plus de nom, mais des suites de lettres qui désignent la place de chacun dans la société. Cerclon est le monde du mérite rationalisé. Quelques personnes refusent de se soumettre. Ils sont la Volte, un groupuscule de citoyens éclairés qui tentent de se faire entendre. Fermement refoulées par le pouvoir, leurs opérations rebelles passent au yeux de la foule pour des actes de terrorisme, menés par des désabusés. La tension s'accumule. le pouvoir sait qu'elle ne pourra plus contenir longtemps Captp, leader charismatique, et le reste des voltés.
    Voici un livre qui demande de la patience, de l'endurance et de la concentration. Parfois affreusement verbeux, le texte est pesant. Et soudainement, la narration s'envole, la syntaxe s'allège et le fil des mots vous emporte. Les théories sociales, humaines et politiques sont très travaillées. Il y a de l'ironie dans chaque joute verbale. Bien qu'écrit dans les années 1990, le texte aborde des questions étonnement actuelles: les lois sur les libertés numériques, le contrôle permanent, la surveillance accrue dans les lieux publics, l'affecting dans la publicité, etc. A tous ceux qui veulent un peu de réflexion sur la démocratie et la liberté au XXI° siècle, je conseille la lecture de ce roman.
    Et voici un passage pour convaincre ceux voudraient en savoir plus: "Plus un pays progresse vers la démocratie, plus la liberté accordée à chaque individu menace la société d'éclatement. Plus, par conséquent, le pouvoir doit s'exercer haut et profondément." p.277
    Ou encore: "Pour moi, le peuple a le pouvoir qu'il mérite et n'a pas d'excuses." dixit A, le président de Cerclon. p.280
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    • Livres 4.00/5
    Par AngesGaiens, le 08 août 2011

    AngesGaiens
    Le premier Damasio, injustement méconnu. C'est vrai que l'on n'y retrouve pas toute la poésie de La Horde du Contrevent. le style propre au chef-d'œuvre est encore en rodage, mais déjà excellent. L'auteur reconnait d'ailleurs que le livre a le défaut, comme souvent les premiers ouvrages, d'être trop didactique.
    Mais si on oublie que l'histoire a pour cadre un astéroïde colonisé, on se trouve en présence d'une vision quasi- prophétique de la société numérique de contrôle que nous édifions aujourd'hui. Dans sa postface, l'auteur se dit d'ailleurs surpris que les choses soient allées à une telle vitesse : il a écrit ce livre dans les années 90 et ne s'attendait pas à ce que la réalité rejoigne si vite la fiction.
    La reconnaissance faciale par vidéo de surveillance, l'écoute-machine, la biométrie, les cellulaires pouvant faire office de micros-espions ou de géolocalisateurs en attendant les puces sous-cutanées, les nano-caméras, la dictature des médias, la crainte sécuritaire pour vendre l'illusion de la liberté… Tout ce contre quoi il nous met garde, c'est devenu une science, ce n'est plus de la fiction.
    Damasio dissèque les méthodes les plus subtiles de contrôle des masses et expose à nu les organes d'un système insidieusement fasciste derrière sa façade démocratique. « Nul n'est plus esclave que celui qui se croit libre sans l'être », disait Goethe. La Zone du Dehors nous montre comment cette maxime est appliquée à l'aide des outils modernes. A vouloir à tout prix l'ordre, le confort et la sécurité, la société s'ampute de ses libertés et finit par oublier de vivre.
    La Volte, la résistance à laquelle appartient le personnage principal, porte bien son nom : c'est un électrochoc appliqué en dernier recours sur une humanité déshumanisée, prête à accepter la mort cérébrale pour peu que des machines la gardent sous assistance respiratoire.
    Ce livre, ce n'est pas encore le Meilleur des Mondes, mais c'est bel et bien une mise à jour de 1984. En 2084, Big Brother n'est plus votre ennemi, c'est votre ami. Comme Harry, vous savez, celui qui vous veut du bien.
    A conseiller sans modération.
    www.anges-gaiens.com
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    • Livres 4.00/5
    Par Azzyraphale, le 12 août 2011

    Azzyraphale
    Alain Damasio peut se décomposer en deux personnes : Docteur Volte et Mister Horde. “La Horde du Contrevent” comme je l'ai déjà dit ici, est un monument de la littérature de l'imaginaire. “La Zone du Dehors” - écrit avant mais réédité après - est encore une fois à la croisée de plusieurs genres : en partant de la SF, Damasio a fait un bouquin de réflexion politique anarchiste. Inutile de dire que les sarkozistes ne finiront pas le livre.
    Sur Cerclon, un astéroïde de Saturne colonisé suite à la quatrième guerre mondiale qui a ravagé l'Europe, tout est très bien organisé. le Clastre vous indique votre position dans la société: tout les deux ans vous changez de nom. Tout en haut de l'échelle, les 1-lettrés, avec A qui gouverne. Tout en bas les 5-lettrés, dont Qzaac, élevé au rang de star par les médias.
    La société de Cerlon est à quelque années de la notre. Tout est lisse, lissé, policé. Les médias nous dirigent, dirigent le gouvernement - et vice versa.
    Tout le monde rentre dans le moule, mène sa petite vie constitue de routines, véritables programmes informatiques sans les bugs.
    Sauf les Voltés. Ce groupe de révolutionnaires, dont certains ont connu la Terre, ne veulent plus de cette pseudo vie. Ils veulent avoir le droit. Droit aux erreurs, droit aux coups de folie, droit à l'inhabituel. Droit à la liberté sans surveillance, tout simplement.
    Leur chef, Captp, est un orateur, professeur d'université, élevé aux philosophies de Nietzche, Foucault et Deleuze. Ses harangues éclairées séduisent les jeunes, dont la belle Bdcht, alias Boule de Chat. Kamio, son comparse artiste peintre, est plus modéré que le fougueux Slift, dit le Snake: il veut de l'action. Obffs et Brihx complètent le quintet qui forme le Bosquet : ils dirigent la Volte, grand ennemi - ce sont des terroristes pour les médias - du Gouvernement.
    Quand Slift décide que les discussions, ça commence à bien faire, et qu'il faut passer à l'action, la Volte de scinde: Les Moltés la quittent, ne restent que les vrais Voltés. Et ils vont en effet passer à l'action, de plus en plus ambitieuses, jusqu'à la capture de l'Immeuble TV, saint parmi les saints…
    Mon avis totalement subjectif est à suivre sur mon site, suivez le lien...

    Lien : http://www.bibliazzy.com/la-zone-du-dehors-alain-damasio/
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    • Livres 5.00/5
    Par DamienR, le 03 octobre 2011

    DamienR
    La Zone est le 1er roman d'Alain Damasio mais il faut signaler que l'édition de 2007 est une réécriture ; on peut alors en déduire l'importance intellectuelle certaine accordée à ce texte par son auteur. Voici un titre on ne peut plus représentatif d'une SF française politisée, voire revendicative, où le texte, en décrivant un futur "possible", porte une analyse éclairée sur notre société actuelle. Dans le cas présent, la cité artificielle créée non loin de Saturne (le "Cerclon") est censée représenter une démocratie idéale. Pourtant dans chacun des premiers chapitres, Alain Damasio aborde un thème porteur de nos démocraties actuelles en le poussant dans des dérives tout à fait crédibles : la notion de hiérarchie / classement / spécialisation professionnelle, les contrôles d'accès, le contrôle biologique (et la perte du corps), les médias anti-démocratiques (car noyautés par le pouvoir central), la justice spectacle...
    Le deuxième mouvement du livre est le passage à l'action, la "volte". Il se termine sur la mise en application d'une forme de société anarchique.
    Tout le discours est porté par une philosophie politique cohérente (proche de Michel Foucault, ici), qui est exaltée par la force persuasive de la fiction. Elle se présente presque comme un programme avec les valeurs suivantes (chap. VII "Les fournisseurs d'accès) :
    1. La liberté inconditionnelle des forces de vie ;
    2. La volonté de créer ;
    3. L'exaltation de la multiplicité des pensées, des perceptions et des sentiments donc du non-conforme, du hors-norme et du subversif qui en sont la condition ;
    4. La vitalité
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Citations et extraits

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  • Par Bartimeus, le 31 décembre 2010

    Et j'étais si bien en elle que je me sentais tout entier là, tous les fragments épars de mon esprit en cavale, à se battre encore, à encore résister, petits fauves, et mon corps en morceaux ramassé à son tour, lui aussi unifié, qui acceptait que ses seins entrent, que sa bouche coule sous ma langue, que son sexe m'aspire et fonde, parce que je les voulais miens, je voulais tout ce qu'ils charriaient d'espoir, de feu liquide et de désir de jouir et à si bien les laisser venir, ils le devinrent, son corps fut le mien, le sien mon corps, j'étais présent jusqu'au dedans, à voler sur place, empli à jaillir de vie des épaules jusqu'au noeud de poutre souple qui tanguait - et lorsqu'elle m'embrassa encore, je ne pus m'empêcher de lui offrir, en fusées, ces mille milliers d'enfants riants qui bruissaient en moi.
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  • Par benne, le 28 mars 2010

    Sachons nous ouvrir pour agrandir cette poche, qui est poumon - et vent pulsif. Osons même, parfois, élargir la cicatrice et refuser le cocon consumériste, les consolations et les soins.
    Parce que ça fait mal, d'être libre.
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  • Par Bartimeus, le 26 mars 2011

    Il faudrait pouvoir sans cesse s'articuler avec l'extérieur, comme toi. Se déloger à coups de latte de son égocentre et de ses petits soucis, bondir hors de soi. Je suis "hors de moi", la plus belle des expressions. Colère et ouverture.
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  • Par AngesGaiens, le 08 août 2011

    - Vous croyez qu'il faut commencer une écoute humaine ?
    - Tu plaisantes ? Avec le temps que ça prend ! Non il sera sur écoute-machine, comme les autres. Tu connais le principe, t'as appris ?
    - La caméra enregistre toute les conversations. Les enregistrements sont passés au collexiqueur qui compte tous les mots prononcés, les classe par fréquence et repère si oui ou non, un des mots de la liste noire a été prononcé. Dans ce cas, on passe à l'écoute humaine.
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  • Par Kardamome, le 05 juin 2011

    Se libérer, ne croyez surtout pas que c’est être soi-même. C’est s’inventer comme autre que soi. Autres matières : flux, fluides, flammes… Autres formes : métamorphoses. Déchirez la guangue qui scande “vous êtes ceci”, “vous êtes cela”, “vous êtes…”. Ne soyez rien : devenez sans cesse. L’intériorité est un piège. L’individu ? Une camisole. Soyez toujours pour vous-mêmes votre dehors, le dehors de toute chose.
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