ISBN : 2707316873
Éditeur : Editions de Minuit (1999)


Note moyenne : 3.73/5 (sur 22 notes) Ajouter à mes livres
La Malaisie, ce serait la belle vie si le duc Pons ne risquait de s’en voir chassé. Cette idée n’est pas supportable : plutôt que renoncer au pouvoir, au grand air, à ses projets astronomiques, le duc choisit la résistance. D’Europe il va faire venir des renforts, à bor... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par cprevost, le 19 octobre 2009

    cprevost
    Pourquoi les histoires de Jean Echenoz racontées avec tant de détachement, d'ironie et de modestie compte-t-elles tant dans le paysage littéraire français contemporain ? Il faut aller voir de près ces faux romans d'espionnage, faux romans policiers, faux romans d'aventure et pseudos biographies.
    Tous les personnages ou presque sont dans les premières pages de « L'Équipée malaise ». La première génération tout d'abord nous est présentée. Charles Pontiac et de Jean-François Paris sont tous deux épris de Nicole Fischer. Elle leur préfère un troisième larron et devient veuve avant même de mettre au monde une petite Justine blonde et rose. Les deux amoureux évincés et éplorés partent donc dans d'autres mondes. L'un ira en Malaisie, l'autre sous les ponts de Paris. Quelques pages tournées et la seconde génération, si ressemblante à la précédente, entre en scène. Justine semble en effet reproduire l'histoire amoureuse de sa mère. Elle est aimée par deux trafiquants d'armes qui ne sont rien d'autre que Paul le neveu de Jean-François et Bob son meilleur ami. La boucle est bouclée. Au coeur du livre, la vie réunira les deux générations pour des aventures absurdes et dérisoires. Jean-François, devenu “ Duc ” d'une plantation d'hévéas dont il se voit ravir la responsabilité par les héritiers légitimes, fomente une improbable rébellion. le Boustrophédon (Écriture primitive dont les lignes vont sans interruption de gauche à droite et de droite à gauche), c'est le nom d'un poussif cargo, trace imperturbablement, dans des allers et retours littéraires, un chemin entre une Asie du Sud-est caoutchouteuse et anticoloniale et une Europe mafieuse et marginale. Jean Echenoz s'amuse et nous amuse.
    Jean Echenoz choisi dans ce livre de subvertir le roman d'aventure usé jusqu'à la corde. Ce que l'on attend en effet de la littérature ce sont des inventions, des intuitions qui renouvellent notre regard en l'invitant à se débarrasser des habitudes et de la paresse intellectuelle. Ainsi ici l'humour induit un effet de distance incontestablement brechtien. Il décharge le lecteur de l'obligation de coller aux péripéties, il lui interdit toute identification pour mieux lui permettre d'apercevoir le sens véritable du récit. Jean Echenoz a une certaine manière de s'emparer de certaines choses de ce monde et de caractériser notre époque. Dans ses romans aucune thèse, aucun message, pas d'avantage de psychologie mais des images fortes nées du vécu. L'apparente futilité de cette aventure malaise, la quête de tonalités nouvelles dans les rencontres inopinées entre les hommes, entres les lieux fait alors sonner le monde autrement. La démarche par sauts met à jour une réalité en éclats. le récit est haché, il se ralentit, s'accélère, les histoires se chevauchent. Les séquences se succèdent sur un rythme proche de celui du cinéma. Nous passons du pavillon cossu de Nicole à la cloche de Charles, de la plantation malaise de Jeff à l'appartement de Paul, du canal St Martin à l'océan, du château d'eau beauceron au Havre, etc.
    Le style de Jean Echenoz est remarquable. Tout est prétexte à déployer une écriture inventive et poétique, loufoque et délirante. « Produire du sens c'est produire du son » nous dit-il. Il lave la langue de l'usage routinier et fait toujours sortir l'insolite, le vrai du plus familier. Laissons à Jean Echenoz le mot de la fin : « Quand je travaille à une phrase et qu'un jeu de mot surgit, je ne puis le conserver s'il ne ressorti pas véritablement à l'histoire".
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    • Livres 3.00/5
    Par brigetoun, le 20 janvier 2011

    brigetoun
    Le squelette d'une histoire d'aventuriers, d'entrecroisements de destinées, des personnages typés sans trop d'épaisseurs, vus de l'extérieur. Un roman d'aventure détourné, à côté, ironique. La surprise des situations décalées, les formules bateaux transformées in extrémis, la surprise constante, attendue. Un décapage.
    Et une mutinerie savoureuse
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Citations et extraits

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  • Par cprevost, le 04 octobre 2009

    "Le ciel seul offrait un peu de variété. Même lorsqu'il formait une parfaite unité bleue, pure toile de fond, scène vide, on sentait bien que les nuages patientaient en coulisse au-delà de l'horizon, préparant mille façons de ne pas rater leur entrée: par moutonnement eczémateux, par fils croisés, plaques tenaces, coulées, par zébrures ou par diffusion, se défaisant en fibrilles comme au contact de l'air, se tassant comme des semences en forme d'organes d'où jaillissait la pluie. On les voyait légers, profilés, étincelants, indécis, flous - entrouverts ou déchirés. S'ils survenaient principalement en bandes, certains anachorètes ou francs-tireurs passaient à d'autres altitudes sans se mêler, s'ignorant, tout enflés d'un dédain montgolfier. Parfois, sans prévenir, l'un d'eux se suicidait en soluté crémeux, laissant en souvenir de lui quelque nébulosité pellucide, flottant survêtement d'ange gardien."
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  • Par brigetoun, le 20 janvier 2011

    Une longue paroi de la salle était percée de fenêtres par lesquelles, au delà de l'usine à latex, il vit se développer les rangées d'hévéas ; la chaleur produisait des ondes molles qui déformaient les perspectives d'arbustes, comme sous l'effet d'une brise invraisemblable en cette saison dans cette partie du monde.
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  • Par brigetoun, le 20 janvier 2011

    Civilisées, correctes, les eaux portuaires se tinrent tranquilles jusqu'aux deux phares dressés comme une paire d'obélisques ouvrant à la haute mer ; dès lors, elles se permirent des allusions à leur puissance, dès lors cela commença de s'agiter. Sous l'effet du mouvement, des premiers entrechocs, des frissons nerveux parcourant la carcasse du navire, les timbres se dévissèrent sur les guidons chinois qui bientôt firent troupeau, sonnaillant désordonnément.
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  • Par brigetoun, le 20 janvier 2011

    Six heures du matin comme chaque jour, tout est semblable au bord du fleuve à cet homme vivant près, serré dans la matière. Un peu de vent cellulite la surface de l'eau, bascule un squelette de feuille morte, pousse un bout de papier sec dans une flaque., lève la poussière avec un peu de sable.
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  • Par brigetoun, le 20 janvier 2011

    Il fit une brève halte à la hauteur du 53, d'où le génie de la Bastille n'a plus l'air juché sur sa colonne que les immeubles dissimulent entièrement ; il semble marcher sur leurs toits, danser sur leurs tuiles, sur leur zinc, exhibant dans sa fuite ses fesses rondes sous ses ailes déployées.
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Vidéo de Jean Echenoz

Interlignes - lecture Jean Echenoz .
Jean Echenoz lit, pour Interlignes, un extrait de son roman "Des Eclairs"








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