> Henri Mongault (Traducteur)
> Pierre Pascal (Auteur de la postface, du colophon, etc.)

ISBN : 2070389626
Éditeur : Gallimard (1994)


Note moyenne : 4.47/5 (sur 222 notes) Ajouter à mes livres
L'intrigue principale de ce roman raconte l'histoire des 3 fils d'un homme violent, vulgaire et sans principe (Fiodor Pavlovitch Karamazov), et du parricide commis par l'un d'entre eux (en vérité, les fils sont 4 puisque le père, violeur d'une simple d'esprit - Lizavét... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par SALOMONI-Fabrice, le 22 février 2012

    SALOMONI-Fabrice
    Encore en cours de lecture, je viens de terminer la première partie du livre, je fais donc une petite pose pour vous donner ma critique.
    Tout d'abord, l'intervention de tous ces personnages m'a pris un peu de temps, avant de me mettre dans le bain, car il est difficile de s'y retrouver avec les surnoms des uns et des autres, ce serait une particularité chez les russes, cette façon de donner des surnoms ou des diminutifs.
    Par exemple, Dmitri nommé Mitia, Mitka, Mitenka ou Mitri, et pour Alexis (aussi nommé Aliocha, Aliochka ou Aliochenka.
    Pour l'auteur, je le découvre avec ce livre, et bien qu'ayant ‘Crime et châtiment', j'hésitais par lequel commencer.
    Comment dire ? Dostoïevski ça ne se lit pas seulement, ça se médite, et là, avec Les frères karamazov nous sommes servis.
    Dostoïevski arrive à décrire avec une telle justesse les comportements, les faiblesses, les hypocrisies, les tourments et les ambivalences de chacun, qu'il arrive même de s'y retrouver quelque fois.
    Le livre est fort intéressant, il trouve d'avantage d'intérêt si l'on est déjà familier avec les Saintes écritures, car il est souvent fait référence à lA BIBLE.
    L'intervention des personnages, chacun avec des tempéraments différent les uns des autres et parfois complètement opposé.
    Personnellement, je trouve ces trois frères très expansifs au niveau de leurs sentiments, c'est même surprenant cette affection qui jaillit soudainement entre eux dans leur maturité.
    Ce qui m'a surpris en première lecture, c'est la façon dont ils se familiarisent très vite avec leur père, qu'ils n'ont quasiment pas vu dans leur enfance.
    Et pourtant, le père semble s'infliger une sorte d'aliénation, tant avec ses fils dés leur plus jeune âge, qu'avec leurs mères dont il parlera toujours en mal. ( il nome sa deuxième épouse, la possédée, quand à la première, il continue de festoyer en apprenant sa mort).
    Toutefois, le père reste à mon sens le plus sincère de tous pour le moment, et avoue ouvertement se qu'il est (un luxurieux). Donc, pas d'ambiguïtés avec lui.
    Dmitri est à l'image de sont père (un luxurieux lui aussi), mais beaucoup plus violent et un peu moins excentrique. La violence dont il fait preuve envers son père ne se justifie en rien, il est quelqu'un d'impulsif.
    Yvan c'est l'intellectuel, celui qui réfléchi, il ne parle pas pour ne rien dire, il aime soulever les controverses, ses points de vu reste d'ailleurs très intéressant.
    J'ai beaucoup apprécié l'échange entre lui et le Staretz, sur la position de l'église et de l'état. (Dans livre deuxième : UNE REUNION DEPLACEE Chapitre V Ainsi soit-il !)
    Alliocha…! Je ne l'ai pas encore discerné, il reste mystérieux, je ne sais pas pourquoi, je ressens une certaine appréhension sur sa conduite vertueuse, cette piété tellement mise en avant qui le rendrait même naïf. Je m'attends a quelque chose d'assez inattendu venant d'un tel personnage, je reste donc suspicieux.
    En revanche, j'avoue avoir été bluffé par la remarque de Smerdiakov, combien de fois ais-je lu et relu ce passage de lA BIBLE en Genèse chapitre 1 versets 1 à 19, sans mettre moi-même posé la question.
    J'ai déjà eu l'occasion de le poster en citation, mais je renouvelle ce plaisir :
    (Le Seigneur à créé la lumière le premier jour et le soleil, la lune et les étoiles le quatrième. D'où vient donc que la lumière brillait le premier jour ?)
    Voici le passage en question dans lA BIBLE version Louis Segond :
    1 Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.
    2 La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.
    3 Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.
    4 Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres.
    5 Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour.
    6 Dieu dit : Qu'il y ait une étendue entre les eaux, et qu'elle sépare les eaux d'avec les eaux.
    7 Et Dieu fit l'étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l'étendue d'avec les eaux qui sont au-dessus de l'étendue. Et cela fut ainsi.
    8 Dieu appela l'étendue ciel. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le second jour.
    9 Dieu dit : Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi.
    10 Dieu appela le sec terre, et il appela l'amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon.
    11 Puis Dieu dit : Que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi.
    12 La terre produisit de la verdure, de l'herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.
    13 Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le troisième jour.
    14 Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit ; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années ;
    15 et qu'ils servent de luminaires dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi.

    16 Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit ; il fit aussi les étoiles.
    17 Dieu les plaça dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre,pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres.
    18 Dieu vit que cela était bon.
    19 Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le quatrième jour.
    Le point de vu de Smerdiakov reste assez intéressant sur les compromis qu'il semble prêt à consentir en reniant sa foi (quand bien même il en aurait comme un grain de moutarde…) afin de sauver sa vie. Toutefois je le rejette dans le fond et dans la forme.
    L'auteur nous d'écrit le personnage de Smerdiakov, c'est quelqu'un qui parle très peu. Toutefois il semble parfois prendre la parole de manière inattendu et sur des sujets qui ne sont pas neutre et pouvant susciter la controverse, et c'est pour cette raison que Fédor Pavlovitch le nome ‘l'Anesse de Balaam'.
    Le livre révèle aussi la dérive du christianisme, lorsque l'on place sur un piédestal un homme ou lui livrer carrément un culte.
    A ce propos, j'ai apprécié le passage à la page 181 de mon exemplaire, je cite : (On racontait que certains moines, en allant à la confession du soir, s'entendaient d'avance entre eux : « je dirai, moi, que ce matin je me suis mis en colère contre toi, et toi, confirme-le », et cela afin d'avoir quelque chose à dire et d'en être quitte.
    L'avertissement de l'auteur avant le commencement de l'histoire, m'a beaucoup plus, dans sa façon de s'adresser au lecteur, et il commence par une citation de l'évangile selon Saint Jean, XII, 24.
    Une chose est certaine, c'est qu'on ne s'ennui pas avec ce livre.
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par DamienR, le 23 mars 2012

    DamienR
    On peut vraiment parler de monument de la littérature mondiale en raison de l'écriture, de la profondeur de la réflexion et de l'histoire en elle-même. Toute traduction altère nécessairement le texte en opérant des choix. Elle est dépendante du traducteur, qui est en quelque sorte un nouvel auteur, et de sa proximité à l'auteur, au texte. Elle est liée aussi à l'époque de rédaction du texte et à celle de la traduction. Cependant, si la matière première elle-même est de piètre qualité, tout bon traducteur ne peut en faire un joyau littéraire. Dans le cas présent, le traducteur est contemporain du texte. Il apporte quelques notes qui appuient ses choix tout en essayant de nous faire passer les implications de la langue. En effet, il s'agit bien d'un roman russe, dans lequel la langue russe est fondamentale. Mais on perçoit immédiatement la qualité de l'expression et le niveau recherché par l'auteur. D'une certaine manière, ça ralentit la lecture car on ressent le besoin de ne rien manquer. Par contre cette lecture lente est un réel plaisir.
    L'histoire est aussi un prétexte pour aborder de nombreux sujets cruciaux de l'époque mais qui restent contemporains en enrichissant notre réflexion. Si le thème principal est le parricide, l'auteur aborde régulièrement les thèmes de la religion et l'athéisme qui se développait à l'époque (fin XIXè), dépeint la bourgeoisie russe de province (qui sera un des foyers des révolutions de 1905 et 1917), le fonctionnement de la justice par rapport au contrat social... Quelques textes sont de très grands morceaux de réflexion et m'ont profondément marqué : l'histoire du grand inquisiteur, le réquisitoire et la plaidoirie lors du procès...
    Enfin, le déroulement du roman en lui-même le range dans la grande tradition romanesque russe. Les épisodes s'enchaînent de manière très précise et ont tous un rôle tant du point de vue de l'intrigue "policière" (car c'en est bien une finalement) que des thèmes abordés par Dostoievski.
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    Critique de qualité ? (14 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par marcbordier, le 21 avril 2011

    marcbordier
    Critique disponible sur mon blog www.marcbordier.com
    Les frères karamazov, ultime roman de Dostoïevski, est un livre profond, complexe et déroutant. Je l'avoue, j'ai eu du mal à le lire : il m'a fallu plusieurs heures (et quelques centaines de pages) pour « entrer » véritablement dans ce récit, et encore quelques semaines pour en comprendre toute la portée. Il faut dire que cette oeuvre ne ressemble en rien aux romans contemporains auxquels est habitué le lecteur paresseux : ici, pas d'intrigue linéaire à progression rapide, pas d'accrocheurs de suspense à la fin de chaque chapitre pour le tenir en haleine. Au contraire, le récit multiplie les niveaux de narration, les digressions, les zones d'ombre, les réflexions philosophiques, voire métaphysiques ou mystiques... Alors, comment lire Les frères karamazov ? Quelles sont les clés pour apprécier ce chef d'oeuvre de la littérature russe ?
    Avant tout, Les frères karamazov est un roman policier, avec au coeur de l'intrigue un meurtre, une enquête et un procès criminel. Tout part de l'antagonisme entre Fiodor Pavlovitch Karamazov, vieillard débauché, vulgaire et impudique, et ses trois fils : l'aîné, Dimitri, officier dans l'armée, impétueux, impulsif et dépensier; Ivan, le cadet, intellectuel athée, studieux et rationaliste; et Aliocha, le benjamin, homme de foi généreux et profondément bon. Tous trois ont de bonnes raisons de le détester, voire même de souhaiter la mort de leur père. Chez Dimitri en particulier grandit une véritable haine pour Fiodor Pavlovitch, auquel l'opposent une rivalité amoureuse pour Agrafena Alexandrovna (Grouchenka) et un conflit d'intérêts au sujet d'un héritage refusé. Il en viendra à rouer son père de coups et à le menacer de mort devant des témoins (« Si je ne l'ai pas tué, je reviendrai le faire ! »), ce qui lui vaudra de se retrouver en première place sur le banc des accusés lorsque le vieil homme sera assassiné. Pour le lecteur, toute la question est de comprendre les interactions entre ces personnages mus par une énergie irrésistible, cette force presque surnaturelle caractéristique des Karamazov, et de saisir par qui et dans quelles circonstances le vieillard a été assassiné. Sans compter que les éléments troublants ne manquent pas, comme le rôle trouble joué par Smerdiakov, le bâtard du vieux Karamazov, adolescent épileptique maladif et inquiétant...
    Les frères karamazov se lit aussi comme une pièce de théâtre, avec ses moments de tension dramatique, ses retournements de situation, ses dialogues passionnés... Pour véritablement apprécier ce roman, il convient de se le représenter mentalement sur une scène et de goûter la violence de ces personnages jetés violemment les uns contre les autres, comme dans la scène évoquée plus haut, mais aussi les moments plus attendrissants de fraternité et d'amour, comme les scènes entre Aliocha et le jeune enfant Ilioucha mourant. C'est là une caractéristique du style romanesque dostoïevskien, qui accorde une place prépondérante aux scènes de dialogues en tant qu'éléments moteurs de l'intrigue. Dans Les frères karamazov, le paroxysme est atteint dans les chapitres consacrés au procès de Dimitri, magnifique instant de théâtralité ou chacun donne en spectacle le meilleur de lui-même.
    Enfin, ce livre est aussi un roman philosophique dans lequel Dostoïevski affirme ses convictions religieuses et morales. A travers les thèmes de la faute et de la rédemption, récurrents chez cet écrivain, c'est la question du mal qui est posée. Pour Dostoïevski, l'homme est un être fondamentalement libre. Et cette liberté, c'est avant tout la possibilité de choisir le mal. Dans la Russie tourmentée du XIXème siècle, l'homme est d'autant plus enclin à le faire qu'il subit l'influence de l'athéisme et du rationalisme matérialiste, courant de pensée dont Dostoïevski fut proche à l'époque où il fréquentait le cercle socialiste des petrachevskistes. Dans Les frères karamazov, ces théories sont incarnées par l'intellectuel sceptique Ivan. En niant l'existence de Dieu, les nihilistes comme Ivan, ouvrent un abîme dans lequel disparaît la frontière entre le bien et le mal (« Si Dieu n'existe pas, tout est permis »). L'homme se retrouve alors seul, livré à lui-même et à un relativisme vertigineux qui le conduit à tous les errements. Ainsi, bien qu'il ne soit pas à proprement parler l'auteur du meurtre, Ivan en est l'inspirateur, et il avoue sa culpabilité au procès en parlant du véritable assassin (livre XII, ch. 5) : « C'est lui et non pas mon frère qui a tué mon père. Il a tué et c'est moi qui lui en ai donné l'idée... » Mais l'athéisme et le socialisme matérialiste qu'il défend mènent à une impasse, et lui-même finit par sombrer dans la folie. Pour Dostoïevski, le salut ne peut venir que du Christ et de la foi orthodoxe. Véritable fondement de la société, modèle inaccessible du beau et du bien, le Christ incarne l'espoir du peuple russe. Dans Les frères karamazov, il est représenté par la figure lumineuse d'Aliocha, qui dans l'épilogue réunit les enfants de la ville autour de la mémoire de leur camarade défunt, le courageux petit Ilioucha, et les conduit gaiement vers leur avenir.

    Lien : http://www.marcbordier.com
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    • Livres 4.00/5
    Par vincentf, le 24 juin 2010

    vincentf
    Trois frères, trois destins. Les passions tournent les têtes. Un fils et un père, une même femme. Mitia tue-t-il ? Mitia vole-t-il ? le monstre parricide est-il celui que l'on condamne ? Tout dans ce roman s'amplifie, tout se mystifie, tout est drame, tout se russifie. Aliocha est-il un saint ? Ivan devient-il le diable ? Il est étrange à quel point je ne parviens pas à écrire sur ce texte qui m'a occupé plusieurs mois quoi que ce soit que me paraisse convenir. Quelque chose échappe. Certes, cette histoire est un drame, mais ce n'est rien dire que de le dire. Certes, les personnages fascinent, Mitia tantôt odieux tantôt pathétique, tantôt pétri d'honneur, Ivan l'intellectuel, le nihiliste, le fou, Aliocha qui oscille entre la sainteté et la naïveté, le père ignoble mais qu'il faudrait peut-être quand même aimer, les deux rivales qui se pardonnent presque, les juges qui se trompent. Il semble pourtant qu'il y a autre chose, comme un sens caché, un monde enfoui, un fil tendu entre ces frères si différents et si proches. Peut-être que les grands romans sont ceux-ci, ceux sur lesquels écrire est impossible, mais là encore, j'hésite. Ai-je aimé cette lecture ? Oui, mais sans doute pas assez.
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    • Livres 5.00/5
    Par Chouchane, le 30 mars 2010

    Chouchane
    Y'a du monde dans ce livre et une justesse psychologique fascinante. Tous les personnages ou presque sont décrits de l'intérieur. C'est moins l'intrigue que tout le monde connait que le style qui captive, il faut se laisser aller à cette âme slave, ces verres de vodka bus sans compter, ces rires tonitruants, cette sensualité brutale et cette passion brulante de deux hommes pour une femme. Sans compter que l'on voyage dans la Russie du 19ième, sa philosophie , son extrême religiosité. Un moyen unique d'en comprendre l'histoire. Malgré la difficulté de lecture (j'ai toujours un peu de mal avec le 19ième), l'effort est payant et des images et idées très précises finissent pas émerger et dévoiler tout un monde.
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Citations et extraits

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  • Par chartel, le 12 juillet 2010

    - De quel isolement parlez-vous ?
    - De l’isolement dans lequel vivent les hommes, en notre siècle tout particulièrement, et qui se manifeste dans tous les domaines. Ce règne-là n’a pas encore pris fin et il n’a même pas atteint son apogée. A l’heure actuelle, chacun s’efforce de goûter la plénitude de la vie en s’éloignant de ses semblables et en recherchant son bonheur individuel. Mais ces efforts, loin d’aboutir à une plénitude de vie, ne mènent qu’à l’anéantissement total de l’âme, à une sorte de suicide moral par un isolement étouffant. A notre époque, la société s’est décomposée en individus, qui vivent chacun dans leur tanière comme des bêtes, se fuient les uns les autres et ne songent qu’à se cacher mutuellement leurs richesses. Ils en viennent ainsi à se détester et à se rendre détestables eux-mêmes. L’homme amasse des biens dans la solitude et se réjouit de la puissance des biens qu’il croit acquérir, se disant que ses jours sont désormais assurés. Il ne voit pas, l’insensé, que plus il en amasse et plus il s’enlise dans une impuissance mortelle. Il s’habitue en effet à ne compter que sur lui-même, ne croit plus à l’entraide, oublie, dans sa solitude, les vraies lois de l’humanité, et en vient finalement à trembler chaque jour pour son argent, dont la perte le priverait de tout. Les hommes ont tout à fait perdu de vue, de nos jours, que la vraie sécurité de la vie ne s’obtient pas dans la solitude, mais dans l’union des efforts et dans la coordination des actions individuelles.
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  • Par Outis, le 18 juin 2008

    A présent chacun aspire à séparer sa personnalité des autres, chacun veut goûter lui-même la plénitude de la vie ; cependant, loin d’atteindre le but, tous les efforts humains n’aboutissent qu’à un suicide total, car, au lieu d’affirmer pleinement leur personnalité, ils tombent dans une solitude complète. En effet, en ce siècle, tous sont fractionnés en unités. Chacun s’isole dans son trou, s’écarte des autres, se cache, lui et son bien, s’éloigne de ses semblables et les éloigne de lui. Il amasse de la richesse tout seul, se félicite de sa puissance, de son opulence ; il ignore, l’insensé, que plus il amasse plus il s’enlise dans une impuissance fatale.
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  • Par Outis, le 17 juin 2008

    Je dois t’avouer une chose, commença Ivan, je n’ai jamais pu comprendre comment on peut aimer son prochain. C’est précisément, à mon idée, le prochain qu’on ne peut aimer, du moins ne peut-on l’aimer qu’à distance. J’ai lu quelque part, à propos d’un saint, « Jean le Miséricordieux », qu’un passant affamé et transi, vint un jour le supplier de le réchauffer, le saint se coucha sur lui, le prit dans ses bras et se mit à insuffler son haleine dans la bouche purulente du malheureux, infecté par une horrible maladie. Je suis persuadé qu’il fit cela avec effort, en se mentant à lui-même, dans un sentiment d’amour dicté par le devoir, et par pénitence. Il faut qu’un homme soit caché pour qu’on puisse l’aimer ; dès qu’il montre son visage, l’amour disparaît.
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  • Par SALOMONI-Fabrice, le 20 février 2012

    Grigori lui apprit à lire et à écrire et lorsqu’il eut douze ans, entreprit de lui enseigner l’histoire Sainte.
    Mais la chose fit long feu. Un beau jour, à la deuxième ou troisième leçon seulement, le petit garçon eut subitement un sourire.

    - Qu’est-ce qui te prend ? demanda Grigori en le regardant sévèrement de dessous ses lunettes.
    - Rien. Le Seigneur à créé la lumière le premier jour et le soleil,la lune et les étoiles le quatrième.

    - D’où vient donc que la lumière brillait le premier jour ?

    Grigori en fut pétrifié. Le gamin considérait son maître d’un air narquois. Dans son regard, il y avait même quelque chose d’arrogant.
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  • Par SALOMONI-Fabrice, le 03 avril 2012

    TROISIEME PARTIE

    LIVRE HUITIEME : MITIA

    III. LES MINES D’OR

    La jalousie ! « Othello n’est pas jaloux, il est confiant », a dit Pouchkine et, à elle seule, cette observation témoigne de l’extraordinaire profondeur de l’intelligence de notre grand poète.

    Le cœur d’Othello est simplement brisé et toute sa conception du monde est altérée, car il a perdu son idéal ! Mais Othello n’ira pas se cacher, espionner, épier : il est confiant. Au contraire, il a fallu le mettre sur la voie, lui donner une impulsion, l’exciter au prix d’extraordinaire efforts, pour qu’il se doutât seulement de la trahison. Tel n’est pas le vrai jaloux.

    Il est impossible même d’imaginer toute l’ignominie et la déchéance morale dont le jaloux est capable de s’accommoder sans aucun remords. Et il n’en est pas ainsi des seules âmes vulgaires et impures. Bien au contraire, malgré une âme élevée, un amour pur, plein d’abnégation, on peut se cacher sous les tables, acheter les gens les plus vils et accepter la boue la plus immonde de l’espionnage.

    Othello n’eût jamais pu prendre son parti de la trahison – non la pardonner mais bien en prendre son parti quoique son âme fût sans méchanceté et innocente comme celle d’un enfant.
    Tout autre est le vrai jaloux : il est difficile de se figurer de quoi tel jaloux est capable de s’accommoder, ce qu’il peut pardonner ! Ce sont justement les jaloux qui sont les premiers à pardonner, et toutes les femmes le savent.
    Le jaloux est capable de pardonner avec une promptitude extrême (bien qu’après une scène terrible pour commencer) une trahison presque établie, par exemple, les étreintes et les baisers dont il a lui-même été témoin, s’il peut, disons, se persuader par quelque moyen que c’était « la dernière fois » et qu’a partir de ce moment son rival disparait, s’en irait à l’autre bout du monde, ou que lui-même emmènerait la femme aimée quelque part où ce terrible rival ne reparaîtrait jamais.

    Bien entendu, la réconciliation n’a lieu que pour une heure, car même si le rival disparaissait vraiment, le jaloux en inventerait dés le lendemain un autre, un nouveau, et serait jaloux de lui.
    Or, que peut-il y avoir, semble- t-il, dans un amour qu’il faut épier de la sorte, et que vaut un amour qu’on doit surveiller à tout force ? Mais c’est cela que ne comprendra jamais le vrai jaloux, et pourtant on rencontre, parmi eux, même des gens à l’âme élevé, debout dans quelque réduit, écoutant et espionnant, s’il comprennent parfaitement en « leur âme élevée » tout la honte dans laquelle ils se sont volontairement enfoncés eux-mêmes, n’éprouvent cependant jamais de remords, du moins tant qu’il sont dans le réduit.
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