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> Henri Mongault (Traducteur)
> Pierre Pascal (Auteur de la postface, du colophon, etc.)

ISBN : 2070389626
Éditeur : Gallimard (1994)


Note moyenne : 4.45/5 (sur 362 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
L'intrigue principale de ce roman raconte l'histoire des 3 fils d'un homme violent, vulgaire et sans principe (Fiodor Pavlovitch Karamazov), et du parricide commis par l'un d'entre eux (en vérité, les fils sont 4 puisque le père, violeur d'une simple d'esprit - Lizavét... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par peloignon, le 25 janvier 2013

    peloignon
    Dostoïevski a écrit son meilleur roman en dernier et il en était parfaitement conscient.
    Les frères Karamazov sont un véritable drame spirituel où il reprend génialement tous les problèmes qui hantent son œuvre. Dostoïevski y explore en effet tous ses thèmes favoris, en projetant les unes contre les autres diverses perspectives existentielles concernant la foi, la rationalité, le bien et le mal, le rapport au religieux ou a l'athéisme, etc.
    Le chapitre intitulé « le Grand Inquisiteur » est un chef d'œuvre littéraire, philosophique, moral et religieux en soi. Il s'agit d'un conte philosophique rempli d'ironie fait par Ivan à son frère Aliocha pour lui présenter la question de la responsabilité de l'humain envers le divin. Jésus s'y fait reprocher par un inquisiteur espagnol à la Renaissance de nuire à l'Église et de rendre malheureuse l'humanité. En refusant l'omnipuissance, Jésus surestimerait l'humanité en lui laissant une liberté dont cette dernière serait indigne et qu'elle ne saurait utiliser. L'inquisiteur croit que l'Église toute-puissante permet de palier à ce manque de jugement commis par Jésus en enlevant cette liberté à l'humanité de manière à lui rendre son bonheur rendu impossible par son divin fondateur.
    Une autre idée forte que l'on trouve dans le roman, c'est la conclusion que, si Dieu n'existe pas, l'humanité est livrée à elle-même dans l'amoralité la plus totale. Cette pensée n'a rien d'originale puisqu'on la trouve déjà chez Paul dans le Nouveau Testament : « Si les morts ne ressuscitent pas, Mangeons et buvons, car demain nous mourrons » (1 Cor 15, 37), mais elle est explorée de manière très marquante par Dostoïevski, qui aborde les travers d'une vie purement matérielle aux désirs infinis condamnée à l'insatisfaction sans repos.
    La croyance en Dieu permettant, au contraire, exactement comme dans la Critique de la raison pratique de Kant, d'ouvrir la possibilité d'une existence morale digne de ce nom et une espérance permettant de vivre dans la sérénité.
    Dostoïevski prévoyait une suite dans les derniers mois de sa vie, l'action aurait repris vingt années plus tard. Peut-être l'a-t-il écrit au Paradis? Si Dieu existe, peut-être aurons nous l'occasion de la lire dans l'autre monde...
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    • Livres 5.00/5
    Par SALOMONI-Fabrice, le 22 février 2012

    SALOMONI-Fabrice
    Encore en cours de lecture, je viens de terminer la première partie du livre, je fais donc une petite pose pour vous donner ma critique.
    Tout d'abord, l'intervention de tous ces personnages m'a pris un peu de temps, avant de me mettre dans le bain, car il est difficile de s'y retrouver avec les surnoms des uns et des autres, ce serait une particularité chez les russes, cette façon de donner des surnoms ou des diminutifs.
    Par exemple, Dmitri nommé Mitia, Mitka, Mitenka ou Mitri, et pour Alexis (aussi nommé Aliocha, Aliochka ou Aliochenka.
    Pour l'auteur, je le découvre avec ce livre, et bien qu'ayant ‘Crime et châtiment', j'hésitais par lequel commencer.
    Comment dire ? Dostoïevski ça ne se lit pas seulement, ça se médite, et là, avec Les frères karamazov nous sommes servis.
    Dostoïevski arrive à décrire avec une telle justesse les comportements, les faiblesses, les hypocrisies, les tourments et les ambivalences de chacun, qu'il arrive même de s'y retrouver quelque fois.
    Le livre est fort intéressant, il trouve d'avantage d'intérêt si l'on est déjà familier avec les Saintes écritures, car il est souvent fait référence à lA BIBLE.
    L'intervention des personnages, chacun avec des tempéraments différent les uns des autres et parfois complètement opposé.
    Personnellement, je trouve ces trois frères très expansifs au niveau de leurs sentiments, c'est même surprenant cette affection qui jaillit soudainement entre eux dans leur maturité.
    Ce qui m'a surpris en première lecture, c'est la façon dont ils se familiarisent très vite avec leur père, qu'ils n'ont quasiment pas vu dans leur enfance.
    Et pourtant, le père semble s'infliger une sorte d'aliénation, tant avec ses fils dés leur plus jeune âge, qu'avec leurs mères dont il parlera toujours en mal. ( il nome sa deuxième épouse, la possédée, quand à la première, il continue de festoyer en apprenant sa mort).
    Toutefois, le père reste à mon sens le plus sincère de tous pour le moment, et avoue ouvertement se qu'il est (un luxurieux). Donc, pas d'ambiguïtés avec lui.
    Dmitri est à l'image de sont père (un luxurieux lui aussi), mais beaucoup plus violent et un peu moins excentrique. La violence dont il fait preuve envers son père ne se justifie en rien, il est quelqu'un d'impulsif.
    Yvan c'est l'intellectuel, celui qui réfléchi, il ne parle pas pour ne rien dire, il aime soulever les controverses, ses points de vu reste d'ailleurs très intéressant.
    J'ai beaucoup apprécié l'échange entre lui et le Staretz, sur la position de l'église et de l'état. (Dans livre deuxième : UNE REUNION DEPLACEE Chapitre V Ainsi soit-il !)
    Alliocha…! Je ne l'ai pas encore discerné, il reste mystérieux, je ne sais pas pourquoi, je ressens une certaine appréhension sur sa conduite vertueuse, cette piété tellement mise en avant qui le rendrait même naïf. Je m'attends a quelque chose d'assez inattendu venant d'un tel personnage, je reste donc suspicieux.
    En revanche, j'avoue avoir été bluffé par la remarque de Smerdiakov, combien de fois ais-je lu et relu ce passage de lA BIBLE en Genèse chapitre 1 versets 1 à 19, sans mettre moi-même posé la question.
    J'ai déjà eu l'occasion de le poster en citation, mais je renouvelle ce plaisir :
    (Le Seigneur à créé la lumière le premier jour et le soleil, la lune et les étoiles le quatrième. D'où vient donc que la lumière brillait le premier jour ?)
    Voici le passage en question dans lA BIBLE version Louis Segond :
    1 Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.
    2 La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.
    3 Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.
    4 Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres.
    5 Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour.
    6 Dieu dit : Qu'il y ait une étendue entre les eaux, et qu'elle sépare les eaux d'avec les eaux.
    7 Et Dieu fit l'étendue, et il sépara les eaux qui sont au-dessous de l'étendue d'avec les eaux qui sont au-dessus de l'étendue. Et cela fut ainsi.
    8 Dieu appela l'étendue ciel. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le second jour.
    9 Dieu dit : Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec paraisse. Et cela fut ainsi.
    10 Dieu appela le sec terre, et il appela l'amas des eaux mers. Dieu vit que cela était bon.
    11 Puis Dieu dit : Que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi.
    12 La terre produisit de la verdure, de l'herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon.
    13 Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le troisième jour.
    14 Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit ; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années ;
    15 et qu'ils servent de luminaires dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre. Et cela fut ainsi.

    16 Dieu fit les deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour présider au jour, et le plus petit luminaire pour présider à la nuit ; il fit aussi les étoiles.
    17 Dieu les plaça dans l'étendue du ciel, pour éclairer la terre,pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres.
    18 Dieu vit que cela était bon.
    19 Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le quatrième jour.
    Le point de vu de Smerdiakov reste assez intéressant sur les compromis qu'il semble prêt à consentir en reniant sa foi (quand bien même il en aurait comme un grain de moutarde…) afin de sauver sa vie. Toutefois je le rejette dans le fond et dans la forme.
    L'auteur nous d'écrit le personnage de Smerdiakov, c'est quelqu'un qui parle très peu. Toutefois il semble parfois prendre la parole de manière inattendu et sur des sujets qui ne sont pas neutre et pouvant susciter la controverse, et c'est pour cette raison que Fédor Pavlovitch le nome ‘l'Anesse de Balaam'.
    Le livre révèle aussi la dérive du christianisme, lorsque l'on place sur un piédestal un homme ou lui livrer carrément un culte.
    A ce propos, j'ai apprécié le passage à la page 181 de mon exemplaire, je cite : (On racontait que certains moines, en allant à la confession du soir, s'entendaient d'avance entre eux : « je dirai, moi, que ce matin je me suis mis en colère contre toi, et toi, confirme-le », et cela afin d'avoir quelque chose à dire et d'en être quitte.
    L'avertissement de l'auteur avant le commencement de l'histoire, m'a beaucoup plus, dans sa façon de s'adresser au lecteur, et il commence par une citation de l'évangile selon Saint Jean, XII, 24.
    Une chose est certaine, c'est qu'on ne s'ennui pas avec ce livre.
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    • Livres 5.00/5
    Par mickbu, le 13 avril 2013

    mickbu
    Quand l'esprit intelligent mûrit, il nous gratifie des agrumes les plus nobles, la pénétration clairvoyante de la connaissance acquise par un long usage de la vie, et dont les années n'altèrent en rien la perspecuité littéraire dès lors qu'elle se résout à coucher sur papier patiné sa plus belle Lettre, c'est ainsi qu'une œuvre crépusculaire exprime la profondeur la plus insigne du mythe, que chaque idée est preuve irréfutable d'une expérience acquise et étudiée avec soin par l'esprit le plus tranchant qui soit. Au couchant, éclot le spectre rayonnant d'une vie, la pensée à son stade d'accomplissement, les questions telles que Religion, fin de vie, famille, moralité, humanité etc.. confluent pour jaillir en une cascade de mots où le plus petit indice recèle l'Aléthéia d'une existence achevée.
    L'intelligence de Dostoïevski était extraordinaire, un psychologue non académique et pourtant chacun des traits mentaux de ses personnages, distillé par une variation discursive ininterrompue, est une assignation « métempsychique ». Dans « les frères karamazov », son dernier opus, se voit consigné le tribut que l'écrivain a laissé à l'anthropologie philosophique, comme dans ses autres romans, mais celui-ci en particulier et bien qu'il se disait lui-même ne rien connaître à la philosophie déclamatoire. Il suffira de revenir sur ce passage au combien canonique de l'inquisiteur dans lequel genèse et condition humaine témoignent de leur caducité, laquelle justifie le sentiment religieux au sein du troupeau.
    Le procédé narratif utilisé par l'écrivain fait corps avec l'univers des Karamazov, on pourrait croire que Dostoïevski est un personnage du roman tellement l'écriture se veut fusionnelle aux caractères des personnages, et plus que dans ses autres romans, il n'hésite pas à nous livrer ses commentaires donnant au récit une impression actuelle au fil des pages.
    Le thème central est celui du libre arbitre, la force de choisir sans aucun motif déterminant et par la seule force de la volonté « versus » le rapport que l'homme entretien à la puissance divine, c'est-à-dire (ici-bas) la Religion ; parricide, crime familial, autour des trois frères Karamazov, ou plutôt quatre : Dmitri l'impétueux, « faible et amoureux », Ivan le savant athée et Alexis (Aliocha) le majestueux, homme de foi, celui dont l'opinion inonde l'assistance, que l'infortune familiale jamais ne dérobe à la gloire d'être intègre – ce personnage ne serait-il pas la profession de foi de l'écrivain ? –, puis le fils illégitime : Pavel Smerdiakov (domestique au service de la famille, dont le contemplatif athée ne m'est pas resté indifférent), et enfin, refermons le couvercle ! Fiodor Pavlovich Karamazov le « géniteur » primitif, rustre et sans principe.
    Dès le début du roman, le ton est posé, s'entrechoquent ex abrupto le tempérament ordurier du père et la personnalité bien distincte des trois fils (notamment Dmitri dont la médiation avec le Staretz échoue à apaiser la relation avec le père), représentant chacun, soit l'archétype profilé du caractère sommital russe, soit des attributs singuliers de personnalité, de sortes que la disparition du patriarche ait une résonance antithétique, avec toujours en filigrane le verdict religieux et son exégèse philosophique. Par surcroît en matière de psychologie, il est bien évident que le principe de singularité prime – Freud considère « les frère Karamazov » comme l'un des plus grand livre de la littérature, comme le Pape d'ailleurs (CQFD). On peut oser dire que Dostoïevski est aussi auteur de roman policier, l'intrigue est ficelée autour de cette fratrie triadique.
    Mais avant tout, la vision prophétique de Dostoïevski est déconcertante :
    « En occident, Dostoïevski n'a jamais vu que l'esclavage du peuple en faveur du profit et des machines. le sommet du roman est atteint dans le livre V, partie V, intitulé " le Grand Inquisiteur ". Qu'a apporté le Christ aux hommes ? Qu'en a fait l'Eglise d'Occident ? L'homme veut-il de la liberté ? Qu'est ce qui est nécessaire à sa survie, à assurer sa volonté de vivre ? Dans le volume II, ces idées seront complétées par un dialogue entre Yvan et le Diable. Tout un raisonnement se terminera par la conclusion que Dieu n'existant pas, il s'en suit que l'homme est livré à lui-même. Il n'y a plus de morale et chacun peut se comporter comme il l'entend, puisqu'il devient lui-même Dieu. Yvan est le contradicteur de la pensée de Dostoïevski qui, lui, ne voit le salut que dans le Christ et l'église orthodoxe ».
    - CE LIVRE EST UN CHEF D'ŒUVRE -
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    • Livres 5.00/5
    Par Ellen-R, le 19 décembre 2012

    Ellen-R
    Classique parmi les classiques, l'œuvre de Dostoïevski se passe de commentaires. Une cohérence, une richesse dans les thèmes abordés et des personnages on ne peut plus complexes pour la plupart : ce livre se déguste et se savoure à chaque ligne, chaque émotion que nous dépeint Dostoïevski (en excluant les pages assez répétitives de l'accusation et de la défense...).
    Le thème fondateur du roman est selon moi la recherche par chacun d'un quelconque sens à la vie, et l'aboutissement dans le roman à la discréditation du nihilisme et ses dérivés.
    Et par ce thème se déclinent les questions religieuses ou d'ordre social et politiques, mais pour moi c'est avant tout la peur de l'auteur concernant l'absurdité de l'existence qui domine, cette vie humaine vide par essence que Dostoïevski a étudiée toute sa vie, terminée magistralement par Les frères Karamazov.
    Néanmoins les réelles réflexions de Dostoïevski sont bien moins caricaturales que ce court résumé, et les possibilités d'interprétations sont bien sûr quasi-infinies. En cela s'étendre sur le livre se révélerait inutile de mon point de vue, chacun y verra ce qu'il veut voir. La seule caractéristique universelle à lui trouver est que c'est un vrai BON roman, qui n'est donc pas à mettre entre toute les mains.
    Stanley Kubrick en son temps disait qu'une œuvre se devait de rester mystérieuse pour laisser à chacun une liberté d'interprétation et de jugement, et il répugnait donc pour sa part à parler de ses films.
    130 ans après l'écriture du livre, cette remarque n'a jamais été aussi bien adaptée.
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    • Livres 5.00/5
    Par Pingouin, le 30 juillet 2012

    Pingouin
    Avant d'aborder la critique intrinsèque, je précise que c'est un ouvrage que j'ai lu par l'intermédiaire des éditions Babel, et que la traduction qui y est proposée - une œuvre d'André Markowicz - serait plus proche du style originel de son auteur que les traductions françaises dudit auteur habituellement proposées, ne lisant pas le russe, je ne saurai confirmer on infirmer l'information, mais, lisant le français, je saurai vous conseiller cette traduction, car elle demande certes d'être apprivoisée, surtout après l'avoir lu dans ses transpositions plus "classiques", mais une fois ceci fait, l'on ne regrette pas l'effort accompli. L'expression y est plus directe, moins raffinée, et c'est une donnée qui joue dans un style et dans une capacité à s'imprégner de l'œuvre, selon ce qu'on en attend.

    A l'heure de chroniquer un tel livre, mes doigts tremblent face au clavier. Comment leur simple mouvement, dicté par mon intellect, pourrait correctement rendre compte de l'impression que cet ouvrage m'a procuré ? C'est là je pense quelque chose d'impossible.
    Je ne chercherai pas, dans cette critique, à vous résumer la narration, il s'agit là je pense de quelque chose qui a déjà été fait et ne nécessite pas d'approfondissement dans la mesure où celui-ci ne saurait qu'être une bille en plus dans un sac qui en est déjà rempli, la pauvre ne pourra que rouler en dehors et tomber dans l'oubli. Je vais donc me contenter de vous livrer les sentiments qui étaient les miens à l'achèvement de cette lecture, et, par extension, les sentiments qui sont les miens lorsque j'évoque Dostoïevski.

    Après Crime et châtiment et Les Démons, Les frères karamazov était le troisième "gros ouvrage" de Dostoïesvki que j'abordais - j'entends par cette appellation une œuvre relativement longue et considérée majoritairement comme un chef-d'œuvre. Ayant adoré ses deux gros livres précédents qui sont passés dans mes mains, je savais, en entamant celui-ci, que je m'exposais à une claque, qu'après celles qu'il m'avait déjà infligées, je "tendais l'autre joue", mais je ne croyais pas si bien dire...

    "En vérité, en vérité, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruits." Évangile selon saint Jean, XII, 24.
    Voilà ce qui constitue la première page de l'ouvrage, et voilà l'optique par laquelle il s'agit de l'aborder pour l'apprécier le plus possible, car, à la lumière de cette maxime, chacun des évènements principaux qui composent l'œuvre s'éclaire et se justifie. Chaque mort fera surgir en tous les protagonistes concernés le meilleur de leur être s'ils sont bons, le pire s'ils sont mauvais - pardonnez ces considérations très manichéennes, mais je n'ai pas trouvé expression plus précise.
    D'abord, la mise en contexte de l'histoire, comme toujours dans ce genre d'ouvrage, elle fait dans la longueur, mais c'en est une que je n'ai pas ressentie comme telle, même si l'on a bien l'impression que la trame n'est pas encore réellement lancée, l'ennui n'est pas présent. C'est une précision que j'estime importante parce que cette "introduction" en quelque sorte est bien souvent la raison de l'abandon de la lecture pour certains, bien que je n'en ai jamais fait les frais. Et puis l'histoire se lance, on en avait les préludes, on ressentait le talent, mais c'est là que sa révélation s'amplifie. Dostoïevski nous tient en haleine sans arrêt, je n'aime pas beaucoup l'appellation de "roman policier" que je considère péjorative - peut-être à tort - et limitée aux ouvrages disposés très intelligemment dans les presses de gare, pour qu'ils partent le plus vite possible. Mais force m'est de constater que s'ils ont pour caractéristique de nous pousser à connaître la suite le plus rapidement possible, Les frères karamazov peut être - modérément - considéré ainsi. Cela étant, qu'est-ce que la trame narrative, face au génie psychologique de Dostoïevski ? Bien peu de chose à mon sens.
    En effet, chacun de ces personnages prend vie sous nos yeux, chacun est tout aussi réaliste que le premier quidam que vous croiserez dans la rue, chacun a ses contradictions, chacun a sa vision de l'existence, chacun possède son idiosyncrasie propre - je me permets d'emprunter ce terme à Nietzsche, bien qu'il soit maintenant universel, puisque cela me permet de préciser que ce dernier a déclaré que s'il n'a jamais appris quoi que ce soit de qui que ce soit en psychologie, c'est à Dostoïevski qu'il le devait. Oui, cet auteur est certainement LE maître de la psychologie romanesque, c'est proprement hallucinant de constater l'incroyable réalité de ces personnages. Après les miettes que constituent la trame narrative face à la psychologie, je n'oserai parler des miettes que constitue la psychologie face à la philosophie, mais il me semble que, si ladite psychologie est si présente, c'est à des fins philosophiques, et ces fins sont présentes avant la fin de l'ouvrage - vous excuserez la boutade !
    Beaucoup de dialogues, philosophiques donc - est-il besoin de préciser que l'incroyable dimension psychologique les matérialise et les transcende, les faisant quitter le terrain du roman pour une fausse réalité, d'une façon phénoménale ? -, et face à toutes ces considérations existentielles, il devient ardu voir impossible de déceler quelles sont celles de celui qui les met dans la bouche de ses personnages. Toujours de la même manière, tous sont si réels qu'aucun ne peut être discrédité, nous n'avons pas à faire à un Platon qui met en scène des oppositions dialectiques en défendant son point de vue par l'intermédiaire d'un redoutable rhétoricien face à un adversaire vaincu d'avance, tous ont de bonnes raisons de défendre ce en quoi ils croient, et aucun ne semble réellement avoir tort.

    Chemin faisant, la fin approche, et je constate que ce livre m'a procuré des émotions comme aucun autre ne m'en a procuré, la lecture est pour moi une passion depuis quelques années maintenant, mais jamais encore je n'avais autant ressenti ce qu'avait à m'offrir cette dernière sur le plan des émotions. Je ne sais plus quoi rajouter et il y aurait encore tant à rajouter, Dostoïevski est pour moi plus que jamais l'un des plus grands écrivains de tous les temps - j'aimerais dire le plus grand, mais dans mon euphorie post-lecture, réfréner cette envie me semble nécessaire -, que dire d'autre sinon qu'il faut le lire pour avoir ne serait-ce qu'une petite idée du génie qui fait l'homme ? le lire en ayant bien en tête la dimension psychologique qu'il donne à ses romans, afin de l'apprécier pleinement. le lire en ayant bien en tête que si beaucoup d'auteurs possèdent une "œuvre principale", Dostoïevski, lui, n'en a pas, non point parce qu'il n'a jamais accouché de chef-d'œuvre, mais parce que chacune de ses créations en est un. le lire en ayant bien en tête que c'est un monument que nous avons entre les mains, pas un monument délaissé et inintéressant, non, un monument qui, après être passé dans la matérialité de notre corps, s'infusera dans la complexité de notre esprit, et qu'il n'en ressortira probablement jamais, parce qu'il est impensable d'extirper un éléphant d'une souris.
    Le lire, tout simplement.
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Citations et extraits

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  • Par Piatka, le 11 mai 2013

    Sachez qu'il n'y a rien de plus noble, de plus fort, de plus sain et de plus utile dans la vie qu'un bon souvenir, surtout quand il provient du jeune âge, de la maison paternelle.
    On vous parle beaucoup de votre éducation ; or, un souvenir, conservé depuis l'enfance, est peut-être la meilleure des éducations : si l'on fait provision de tels souvenirs pour la vie, on est sauvé définitivement.
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  • Par Piatka, le 11 mai 2013

    Il n'y a rien de plus séduisant pour l'homme que le libre arbitre, mais aussi rien de plus douloureux.

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  • Par chartel, le 12 juillet 2010

    - De quel isolement parlez-vous ?
    - De l’isolement dans lequel vivent les hommes, en notre siècle tout particulièrement, et qui se manifeste dans tous les domaines. Ce règne-là n’a pas encore pris fin et il n’a même pas atteint son apogée. A l’heure actuelle, chacun s’efforce de goûter la plénitude de la vie en s’éloignant de ses semblables et en recherchant son bonheur individuel. Mais ces efforts, loin d’aboutir à une plénitude de vie, ne mènent qu’à l’anéantissement total de l’âme, à une sorte de suicide moral par un isolement étouffant. A notre époque, la société s’est décomposée en individus, qui vivent chacun dans leur tanière comme des bêtes, se fuient les uns les autres et ne songent qu’à se cacher mutuellement leurs richesses. Ils en viennent ainsi à se détester et à se rendre détestables eux-mêmes. L’homme amasse des biens dans la solitude et se réjouit de la puissance des biens qu’il croit acquérir, se disant que ses jours sont désormais assurés. Il ne voit pas, l’insensé, que plus il en amasse et plus il s’enlise dans une impuissance mortelle. Il s’habitue en effet à ne compter que sur lui-même, ne croit plus à l’entraide, oublie, dans sa solitude, les vraies lois de l’humanité, et en vient finalement à trembler chaque jour pour son argent, dont la perte le priverait de tout. Les hommes ont tout à fait perdu de vue, de nos jours, que la vraie sécurité de la vie ne s’obtient pas dans la solitude, mais dans l’union des efforts et dans la coordination des actions individuelles.
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  • Par Outis, le 18 juin 2008

    A présent chacun aspire à séparer sa personnalité des autres, chacun veut goûter lui-même la plénitude de la vie ; cependant, loin d’atteindre le but, tous les efforts humains n’aboutissent qu’à un suicide total, car, au lieu d’affirmer pleinement leur personnalité, ils tombent dans une solitude complète. En effet, en ce siècle, tous sont fractionnés en unités. Chacun s’isole dans son trou, s’écarte des autres, se cache, lui et son bien, s’éloigne de ses semblables et les éloigne de lui. Il amasse de la richesse tout seul, se félicite de sa puissance, de son opulence ; il ignore, l’insensé, que plus il amasse plus il s’enlise dans une impuissance fatale.
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  • Par Outis, le 17 juin 2008

    Je dois t’avouer une chose, commença Ivan, je n’ai jamais pu comprendre comment on peut aimer son prochain. C’est précisément, à mon idée, le prochain qu’on ne peut aimer, du moins ne peut-on l’aimer qu’à distance. J’ai lu quelque part, à propos d’un saint, « Jean le Miséricordieux », qu’un passant affamé et transi, vint un jour le supplier de le réchauffer, le saint se coucha sur lui, le prit dans ses bras et se mit à insuffler son haleine dans la bouche purulente du malheureux, infecté par une horrible maladie. Je suis persuadé qu’il fit cela avec effort, en se mentant à lui-même, dans un sentiment d’amour dicté par le devoir, et par pénitence. Il faut qu’un homme soit caché pour qu’on puisse l’aimer ; dès qu’il montre son visage, l’amour disparaît.
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