> Henri Mongault (Traducteur)
> Pierre Pascal (Auteur de la postface, du colophon, etc.)

ISBN : 2070389626
Éditeur : Gallimard (1994)


Note moyenne : 4.48/5 (sur 187 notes) Ajouter à mes livres
L'intrigue principale de ce roman raconte l'histoire des 3 fils d'un homme violent, vulgaire et sans principe (Fiodor Pavlovitch Karamazov), et du parricide commis par l'un d'entre eux (en vérité, les fils sont 4 puisque le père, violeur d'une simple d'esprit - Lizavét... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par marcbordier, le 21 avril 2011

    marcbordier
    Critique disponible sur mon blog www.marcbordier.com
    Les frères karamazov, ultime roman de Dostoïevski, est un livre profond, complexe et déroutant. Je l'avoue, j'ai eu du mal à le lire : il m'a fallu plusieurs heures (et quelques centaines de pages) pour « entrer » véritablement dans ce récit, et encore quelques semaines pour en comprendre toute la portée. Il faut dire que cette oeuvre ne ressemble en rien aux romans contemporains auxquels est habitué le lecteur paresseux : ici, pas d'intrigue linéaire à progression rapide, pas d'accrocheurs de suspense à la fin de chaque chapitre pour le tenir en haleine. Au contraire, le récit multiplie les niveaux de narration, les digressions, les zones d'ombre, les réflexions philosophiques, voire métaphysiques ou mystiques... Alors, comment lire Les frères karamazov ? Quelles sont les clés pour apprécier ce chef d'oeuvre de la littérature russe ?
    Avant tout, Les frères karamazov est un roman policier, avec au coeur de l'intrigue un meurtre, une enquête et un procès criminel. Tout part de l'antagonisme entre Fiodor Pavlovitch Karamazov, vieillard débauché, vulgaire et impudique, et ses trois fils : l'aîné, Dimitri, officier dans l'armée, impétueux, impulsif et dépensier; Ivan, le cadet, intellectuel athée, studieux et rationaliste; et Aliocha, le benjamin, homme de foi généreux et profondément bon. Tous trois ont de bonnes raisons de le détester, voire même de souhaiter la mort de leur père. Chez Dimitri en particulier grandit une véritable haine pour Fiodor Pavlovitch, auquel l'opposent une rivalité amoureuse pour Agrafena Alexandrovna (Grouchenka) et un conflit d'intérêts au sujet d'un héritage refusé. Il en viendra à rouer son père de coups et à le menacer de mort devant des témoins (« Si je ne l'ai pas tué, je reviendrai le faire ! »), ce qui lui vaudra de se retrouver en première place sur le banc des accusés lorsque le vieil homme sera assassiné. Pour le lecteur, toute la question est de comprendre les interactions entre ces personnages mus par une énergie irrésistible, cette force presque surnaturelle caractéristique des Karamazov, et de saisir par qui et dans quelles circonstances le vieillard a été assassiné. Sans compter que les éléments troublants ne manquent pas, comme le rôle trouble joué par Smerdiakov, le bâtard du vieux Karamazov, adolescent épileptique maladif et inquiétant...
    Les frères karamazov se lit aussi comme une pièce de théâtre, avec ses moments de tension dramatique, ses retournements de situation, ses dialogues passionnés... Pour véritablement apprécier ce roman, il convient de se le représenter mentalement sur une scène et de goûter la violence de ces personnages jetés violemment les uns contre les autres, comme dans la scène évoquée plus haut, mais aussi les moments plus attendrissants de fraternité et d'amour, comme les scènes entre Aliocha et le jeune enfant Ilioucha mourant. C'est là une caractéristique du style romanesque dostoïevskien, qui accorde une place prépondérante aux scènes de dialogues en tant qu'éléments moteurs de l'intrigue. Dans Les frères karamazov, le paroxysme est atteint dans les chapitres consacrés au procès de Dimitri, magnifique instant de théâtralité ou chacun donne en spectacle le meilleur de lui-même.
    Enfin, ce livre est aussi un roman philosophique dans lequel Dostoïevski affirme ses convictions religieuses et morales. A travers les thèmes de la faute et de la rédemption, récurrents chez cet écrivain, c'est la question du mal qui est posée. Pour Dostoïevski, l'homme est un être fondamentalement libre. Et cette liberté, c'est avant tout la possibilité de choisir le mal. Dans la Russie tourmentée du XIXème siècle, l'homme est d'autant plus enclin à le faire qu'il subit l'influence de l'athéisme et du rationalisme matérialiste, courant de pensée dont Dostoïevski fut proche à l'époque où il fréquentait le cercle socialiste des petrachevskistes. Dans Les frères karamazov, ces théories sont incarnées par l'intellectuel sceptique Ivan. En niant l'existence de Dieu, les nihilistes comme Ivan, ouvrent un abîme dans lequel disparaît la frontière entre le bien et le mal (« Si Dieu n'existe pas, tout est permis »). L'homme se retrouve alors seul, livré à lui-même et à un relativisme vertigineux qui le conduit à tous les errements. Ainsi, bien qu'il ne soit pas à proprement parler l'auteur du meurtre, Ivan en est l'inspirateur, et il avoue sa culpabilité au procès en parlant du véritable assassin (livre XII, ch. 5) : « C'est lui et non pas mon frère qui a tué mon père. Il a tué et c'est moi qui lui en ai donné l'idée... » Mais l'athéisme et le socialisme matérialiste qu'il défend mènent à une impasse, et lui-même finit par sombrer dans la folie. Pour Dostoïevski, le salut ne peut venir que du Christ et de la foi orthodoxe. Véritable fondement de la société, modèle inaccessible du beau et du bien, le Christ incarne l'espoir du peuple russe. Dans Les frères karamazov, il est représenté par la figure lumineuse d'Aliocha, qui dans l'épilogue réunit les enfants de la ville autour de la mémoire de leur camarade défunt, le courageux petit Ilioucha, et les conduit gaiement vers leur avenir.

    Lien : http://www.marcbordier.com
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    • Livres 5.00/5
    Par medsine, le 30 janvier 2012

    medsine
    Ça y est ! Je suis arrivé au bout du pavé !Je crois bien que je vais en reprendre un petit peu avec un "crimes et châtiments" ou bien "L'idiot", pour pas mourir idiot justement.Mais pas tout de suite... Dostoïevski, ça doit se laisser reposer... On en sort pas indemne comme ça.Je crois bien que c'est le meilleur Polar que j'ai lu. Et c'est pas tous les jours qu'un polar nous fait réfléchir sur la condition humaine, la religion et l'athéisme, la filiation, la vengeance et l'honneur.Et puis quels beaux portraits de la jeunesse.Allez, allez, on se dépêche d'aller dépoussiérer ce livre noir et lumineux des rayons de sa bibliothèque municipale.
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    • Livres 5.00/5
    Par Anouschka, le 16 juillet 2010

    Anouschka
    Considéré par son auteur comme son œuvre la plus aboutie.
    Dostoïevski y fait la synthèse des problèmes philosophiques, religieux et moraux qui ont hanté son univers. Il aborde la question ultime de l'existence de Dieu, qui l'a tourmenté toute sa vie. De nombreux thèmes chers à l'auteur y sont développés : l'expiation des péchés dans la souffrance, l'absolue nécessité d'une force morale au sein d'un univers irrationnel et incompréhensible, la lutte éternelle entre le bien et le mal, la valeur suprême conférée à la liberté individuelle.
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    • Livres 5.00/5
    Par Chouchane, le 30 mars 2010

    Chouchane
    Y'a du monde dans ce livre et une justesse psychologique fascinante. Tous les personnages ou presque sont décrits de l'intérieur. C'est moins l'intrigue que tout le monde connait que le style qui captive, il faut se laisser aller à cette âme slave, ces verres de vodka bus sans compter, ces rires tonitruants, cette sensualité brutale et cette passion brulante de deux hommes pour une femme. Sans compter que l'on voyage dans la Russie du 19ième, sa philosophie , son extrême religiosité. Un moyen unique d'en comprendre l'histoire. Malgré la difficulté de lecture (j'ai toujours un peu de mal avec le 19ième), l'effort est payant et des images et idées très précises finissent pas émerger et dévoiler tout un monde.
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    • Livres 4.00/5
    Par vincentf, le 24 juin 2010

    vincentf
    Trois frères, trois destins. Les passions tournent les têtes. Un fils et un père, une même femme. Mitia tue-t-il ? Mitia vole-t-il ? le monstre parricide est-il celui que l'on condamne ? Tout dans ce roman s'amplifie, tout se mystifie, tout est drame, tout se russifie. Aliocha est-il un saint ? Ivan devient-il le diable ? Il est étrange à quel point je ne parviens pas à écrire sur ce texte qui m'a occupé plusieurs mois quoi que ce soit que me paraisse convenir. Quelque chose échappe. Certes, cette histoire est un drame, mais ce n'est rien dire que de le dire. Certes, les personnages fascinent, Mitia tantôt odieux tantôt pathétique, tantôt pétri d'honneur, Ivan l'intellectuel, le nihiliste, le fou, Aliocha qui oscille entre la sainteté et la naïveté, le père ignoble mais qu'il faudrait peut-être quand même aimer, les deux rivales qui se pardonnent presque, les juges qui se trompent. Il semble pourtant qu'il y a autre chose, comme un sens caché, un monde enfoui, un fil tendu entre ces frères si différents et si proches. Peut-être que les grands romans sont ceux-ci, ceux sur lesquels écrire est impossible, mais là encore, j'hésite. Ai-je aimé cette lecture ? Oui, mais sans doute pas assez.
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Citations et extraits

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  • Par chartel, le 12 juillet 2010

    - De quel isolement parlez-vous ?
    - De l’isolement dans lequel vivent les hommes, en notre siècle tout particulièrement, et qui se manifeste dans tous les domaines. Ce règne-là n’a pas encore pris fin et il n’a même pas atteint son apogée. A l’heure actuelle, chacun s’efforce de goûter la plénitude de la vie en s’éloignant de ses semblables et en recherchant son bonheur individuel. Mais ces efforts, loin d’aboutir à une plénitude de vie, ne mènent qu’à l’anéantissement total de l’âme, à une sorte de suicide moral par un isolement étouffant. A notre époque, la société s’est décomposée en individus, qui vivent chacun dans leur tanière comme des bêtes, se fuient les uns les autres et ne songent qu’à se cacher mutuellement leurs richesses. Ils en viennent ainsi à se détester et à se rendre détestables eux-mêmes. L’homme amasse des biens dans la solitude et se réjouit de la puissance des biens qu’il croit acquérir, se disant que ses jours sont désormais assurés. Il ne voit pas, l’insensé, que plus il en amasse et plus il s’enlise dans une impuissance mortelle. Il s’habitue en effet à ne compter que sur lui-même, ne croit plus à l’entraide, oublie, dans sa solitude, les vraies lois de l’humanité, et en vient finalement à trembler chaque jour pour son argent, dont la perte le priverait de tout. Les hommes ont tout à fait perdu de vue, de nos jours, que la vraie sécurité de la vie ne s’obtient pas dans la solitude, mais dans l’union des efforts et dans la coordination des actions individuelles.
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  • Par Outis, le 18 juin 2008

    A présent chacun aspire à séparer sa personnalité des autres, chacun veut goûter lui-même la plénitude de la vie ; cependant, loin d’atteindre le but, tous les efforts humains n’aboutissent qu’à un suicide total, car, au lieu d’affirmer pleinement leur personnalité, ils tombent dans une solitude complète. En effet, en ce siècle, tous sont fractionnés en unités. Chacun s’isole dans son trou, s’écarte des autres, se cache, lui et son bien, s’éloigne de ses semblables et les éloigne de lui. Il amasse de la richesse tout seul, se félicite de sa puissance, de son opulence ; il ignore, l’insensé, que plus il amasse plus il s’enlise dans une impuissance fatale.
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  • Par Outis, le 17 juin 2008

    Je dois t’avouer une chose, commença Ivan, je n’ai jamais pu comprendre comment on peut aimer son prochain. C’est précisément, à mon idée, le prochain qu’on ne peut aimer, du moins ne peut-on l’aimer qu’à distance. J’ai lu quelque part, à propos d’un saint, « Jean le Miséricordieux », qu’un passant affamé et transi, vint un jour le supplier de le réchauffer, le saint se coucha sur lui, le prit dans ses bras et se mit à insuffler son haleine dans la bouche purulente du malheureux, infecté par une horrible maladie. Je suis persuadé qu’il fit cela avec effort, en se mentant à lui-même, dans un sentiment d’amour dicté par le devoir, et par pénitence. Il faut qu’un homme soit caché pour qu’on puisse l’aimer ; dès qu’il montre son visage, l’amour disparaît.
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  • Par Outis, le 17 juin 2008

    Quand je vais vers les gens, il me semble que je suis le plus vil de tous, et que tout le monde me prend pour un bouffon ; alors je me dis : « faisons le bouffon, je ne crains pas votre opinion, car vous êtes tous, jusqu’au dernier, plus vil que moi ! » Voilà pourquoi je suis bouffon, par honte, éminent père, par honte. Ce n’est que par timidité que fais le crâne. Car si j’étais sûr, en entrant, que tous m’accueillent comme un être sympathique et raisonnable, Dieu, que je serais bon !
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  • Par Outis, le 18 juin 2008

    Car il est habitué à ne compter que sur lui-même et s’est détaché de la collectivité ; il s’est accoutumé à ne pas croire à l’entraide, à son prochain, à l’humanité et tremble seulement à l’idée de perdre sa fortune et les droits qu’elle lui confère. Partout, de nos jours, l’esprit humain commence ridiculement à perdre de vue que la véritable garantie de l’individu consiste, non dans son effort personnel isolé, mais dans la solidarité. Cet isolement terrible prendra certainement fin un jour, tous comprendront à la fois combien leur séparation mutuelle était contraire à la nature, tous s’étonneront d’être demeurés si longtemps dans les ténèbres, sans voir la lumière. Alors apparaîtra dans le ciel le signe du fils de l’Homme...
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