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ISBN : 2330063245
Éditeur : Actes Sud (2016)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.46/5 (sur 1962 notes)
Résumé :
Ce volume contient
Crime et châtiment - Journal de Raskolnikov - Les Carnets de Crime et châtiment - Souvenirs de la Maison des morts.

Seul l'être capable d'indépendance spirituelle est digne des grandes entreprises. Tel Napoléon qui n'hésita pas à ouvrir le feu sur une foule désarmée, Raskolnikov, qui admire le grand homme, se place au-dessus du commun des mortels. Les considérations théoriques qui le poussent à tuer une vieille usurière cohab... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (135) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
12 août 2014
  • 4/ 5
Lorsque j'étais adolescente, il y avait un programme à la télévision qui réunissait assez facilement ma famille. de fait, parents et enfants trouvaient un égal plaisir à se repaître des enquêtes du lieutenant Columbo. C'était une série policière d'un genre assez nouveau pour l'époque. Contrairement à l'habitude, on savait dès le début qui était le coupable et quel était son mode opératoire.
Tout le génie de l'intrigue consistait donc, non pas à démasquer le coupable, mais à savoir comment ce diable d'inspecteur fouineur avec son air con-con inoffensif parviendrait à faire ployer le sang-froid du criminel qui semblait avoir réalisé le crime parfait.
Toujours avec ses airs de ne pas y toucher, par des maladresses calculées, par des questions anodines, par des détails apparemment sans lien avec l'affaire, par une rassurante bonhommie, par un art de faire croire qu'il tombe facilement dans le panneau, le roublard petit lieutenant de police jouait d'estoc et de taille dans la psychologie de son suspect jusqu'à l'excéder, jusqu'à l'exaspérer, jusqu'à lui faire cracher la boulette par inadvertance, jusqu'à le pousser dans ses derniers retranchements et le faire basculer de l'excès de confiance à l'angoisse de savoir son crime révélé au grand jour.
Eh bien cette série policière d'un genre nouveau (lors de sa création à la fin des années 1960), s'inspirait totalement de la technique narrative d'un roman cent ans plus âgé ; vous avez deviné je suppose : Crime Et Châtiment.
Effectivement, ici, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski ne cherche à aucun moment à nous dissimuler l'identité du criminel. Il essaie même très patiemment de nous faire pénétrer dans l'intimité de sa psychologie, de son quotidien, de son environnement physique et social, de ses pensées et de ses motivations, dans ses doutes et ses frayeurs d'avant ou d'après crime.
Le lieutenant Columbo de Crime Et Châtiment s'appelle Porphyre Petrovitch. (Il ne me semble pas que l'on nous donne son nom de famille, seulement qu'il est un cousin de Razoumikhine, autre personnage important du roman. Peut-être l'auteur a-t-il jugé préférable de ne pas embrouiller son lecteur en désignant deux personnages clés sous un même patronyme. En ceci, Dostoïevski diffère de William Faulkner qui lui n'eût certainement pas reculé devant la jouissance de baptiser d'un même nom quatorze Razoumikhine et dix-sept Raskolnikov différents !)
Pas d'erreur possible, avec Crime Et Châtiment, vous êtes dans du Dostoïevski pur jus, première pression à froid. du Dostoïevski typique, torturé, illuminé, proche de la folie, entre mystique et politique, mais, ce qui en fait son grand succès auprès des lecteurs, son approche un peu plus aisée que pour ses quatre autres grands romans, c'est qu'il se double d'une enquête policière, qu'on pourrait même catégoriser de thriller psychologique, ce qui le rend plus prenant, plus captivant que d'autres titres comme L'Idiot ou Les Possédés pour le néophyte qui découvre les grandes tragédies romanesques russes du XIXe siècle.
S'il ne fait pas de doute qu'avec ce roman Dostoïevski signe un roman policier, il ne semble pas non plus faire beaucoup discussion sur le fait qu'il s'agisse également d'un roman social et, d'une certaine manière, politique et philosophique.
Je pense qu'il serait une erreur que de s'attarder trop sur le protagoniste principal, Raskolnikov, pour comprendre l'essence et les motivations de l'auteur à s'embarquer dans un projet tel que Crime Et Châtiment. Je crois que le sujet principal est contenu dans le titre : le crime en général et le châtiment en général, pas l'histoire particulière d'un quelconque Raskolnikov, aussi intéressant et complexe soit-il.
Certes, le criminel, cela semble être lui et lui seul, mais quand j'y réfléchis plus attentivement, j'en vois au moins quatre des criminels — criminels à des degrés divers — quatre criminels, donc, et quatre châtiments distincts.
Le premier criminel auquel je pense, c'est l'ivrogne Marmeladov, coupable de faire sombrer sa famille dans la misère la plus noire, coupable de sucer comme un parasite le moindre rouble de ses proches pour s'aller mettre minable, pour se vautrer dans l'alcool, l'alcool, toujours l'alcool jusqu'à l'écoeurement, jusqu'à la déchéance, jusqu'à la honte.
La seconde criminelle, c'est sa femme, Catherine Ivanovna, elle qui utilise ses enfants pour les tâches les plus avilissantes et même, la plus avilissante de toutes, obliger la fille de son mari, Sophie, à se prostituer. le criminel, c'est aussi ce très trouble et très obscur Svidrigaïlov, dont on nous fait entendre qu'il n'est probablement pas pour rien dans le décès brutal de sa femme.
C'est trois-là, augmentés de Raskolnikov bien évidemment, représentent quatre facettes différentes du crime en général. On pourrait encore leur adjoindre les fourbes desseins de Loujine mais je n'insiste pas car ces quatre-là présentent de réelles similitudes.
La première d'entre-elles, c'est le sentiment de culpabilité. Il existe la loi, il existe le crime avéré ou la honte publique, mais il existe pire encore que tout ça, il existe le propre sentiment de culpabilité, un fardeau qui pèse des tonnes et qui vient de nous-même, une chape de plomb qui vous enfonce chaque jour un peu plus, jusqu'au genoux, jusqu'au ventre, jusqu'au cou, un sentiment qui vous fait ployer mieux que n'importe quel loi, mieux que n'importe quel doigt inquisiteur de la justice, mieux que l'oeil réprobateur de n'importe quelle divinité, jusqu'à vous aplatir, jusqu'à vous broyer de l'intérieur, jusqu'à vous faire rendre gorge, jusqu'à vous faire implorer grâce.
Marmeladov se fait honte au dernier degré d'avoir sombré si bas ; Catherine Ivanovna ne sait plus où se mettre quand elle pense à ce qu'endure Sophie ; Svidrigaïlov a l'argent qui lui brûle les doigts, cet argent qu'il détient de son épouse morte, Svidrigaïlov voudrait avoir l'air léger, détaché mais même en rêve la culpabilité le ronge, le corrode.
Raskolnikov est extraordinairement plus complexe. Il navigue entre remords et regrets, d'être allé si loin et d'être allé si peu loin, lui qui se voyait la carrure taillée pour les grandes oeuvres politiques, le voilà criminel aux abois, par manque de feu, par manque de force, par manque d'ambition réelle, mais surtout sous l'accablement exercé par le poids de la culpabilité, notamment vis-à-vis de sa mère et de sa soeur.
Dostoïevski nous entraine avec son Raskolnikov sur le terrain idéologique, le socialisme, le nihilisme, le progrès social, le projet révolutionnaire, des terrains sur lesquels il nous remmènera souvent, dans beaucoup de ses romans, un peu comme s'il devait régler des comptes avec le Dostoïevski qu'il a été, le jeune homme politiquement engagé qui fut déporté au bagne durant quatre années et qui, au moment où il écrit ses romans, ne croit probablement plus en grand-chose.
Ne subsiste que la culpabilité, l'impasse, comme dans Les Possédés, et la soif de rédemption qu'elle suscite. L'heure est alors venue de payer l'addition pour avoir cru pouvoir s'extraire de sa condition. L'heure est venue de subir le châtiment, ce qui me permet de trouver une transition commode pour aborder le second point commun des personnages sus-mentionnés, c'est qu'il ne semble exister que deux issues possibles, deux alternatives et deux seulement : le châtiment suprême, d'une certaine façon le soulagement le plus facile, le plus immédiat, et l'autre, le difficile, le dur à gagner, celui de s'humilier à la face du monde et de chercher son salut dans les canons de la religion, de faire sa conversion de Saul en Paul. Et au terme de ce châtiment, peut-être, une faible lueur : la rédemption...
On pourrait encore disserter durant bien des heures sur les motivations et les significations de cette oeuvre buissonnante, foisonnante mais remarquablement bien construite, où l'on retombe sur ses pieds, on l'on va là où l'auteur a décidé de nous conduire.
Sans être une fan absolue, j'avoue prendre beaucoup de plaisir à cette lecture (voir le P.S.) qui porte le sceau des grands chefs-d'oeuvres puisqu'elle ouvre plus de portes chez son lecteur à la clôture du roman qu'elle n'en a ouverte au départ par sa seule intrigue. Alors, une nouvelle fois, chapeau Dostoïevski.
Ceci dit, ce que j'exprime ici n'est qu'un avis, un misérable petit avis, qui ne représente pas grand-chose et qui ne prend de sens, si sens il y a, qu'en regard des autres, des très nombreux autres qui jalonnent les pourtours de Babelio.
P. S. : deux chapitres me paraissent particulièrement exceptionnels quant à leur intensité d'écriture. Il s'agit tout d'abord du double meurtre au chapitre VII de la première partie, et ensuite de la rencontre suffocante entre Dounia et Svidrigaïlov au chapitre V de la sixième partie. Assurément, deux morceaux d'anthologie.
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Under_The_Moon
21 février 2013
  • 5/ 5
Epoustouflant !
Difficile de nier l'évidence : en lisant Dostoïevski on se trouve face à un maître de la littérature.
(Et très clairement, Crime et Châtiment fait partie des romans qu'il faut avoir lu dans sa vie)
Qui n'a jamais été si en colère qu'un jour il a été tenté de dire qu'il tuerai quelqu'un ? le thème du meurtre en soi n'est pas une nouveauté dans la littérature. Ce qui l'est en revanche, c'est la manière dont l'auteur a traité ce thème.
Dans un premier temps, c'est la rage de Raskolnikov qu'on voit, convaincu que sa logeuse, l'horrible Aliona Ivanova est non seulement cruelle mais (comme le disent les étudiants socialistes à la taverne) "inutile". Un jugement très lourd à porter sur un de ses semblables. Comment peut-on en arriver à une telle sentence ? Chacun d'entre nous n'est-il pas l' "inutile" (ou pire!) de quelqu'un d'autre ? Qui a raison ? Aliona Ivanovna est décrite de telle façon qu'il est impossible pour le lecteur d'éprouver une quelconque compassion à son égard. Petit tyran cynique de son immeuble, si tous se moquent d'elle, elle a tout de même son rôle dans cette communauté, rôle qu'elle exerce de manière très zélée d'ailleurs. Mais, au fond, qu'est-ce qui peut justifier q'un être humain prenne la vie d'un de ses semblables ? le geste de Rodia était-il vraiment nécessaire ?
De là s'en suivent de longues errances dans la démence pour notre personnage principal - le lecteur aussi peut se perdre entre rêve et réalité. D'abord opposé à l'idée de rédemption, que ce soit sur le plan judiciaire ou religieux, il finit bien sûr par faire pénitence pour racheter son âme.
J'ai été très admirative sur les questions philosophiques que pose cette oeuvre. le jeu du chat et la souris entre Porphiri et Rodia. La description de la vie quotidienne pour ces pauvres diables à Saint Pétersbourg faite de violence - pas nécessairement physique. Et surtout, j'ai été fascinée par la rage et la fougue qui anime chacun de ses personnages. Il y a énormément de tension dans ce récit, l'atmosphère est lourde et presque oppressante, et avec tout cela, Dostoïevski réussit à en sortir quelque chose de beau.
XIXème siècle oblige, les portraits féminins sont assez stéréotypés - alors que les personnages masculins sont bien plus complexes et plus travaillés. D'un côté, la mère effacée soucieuse du bien-être de ses enfants au point que cela la rend aveugle, la soeur virginale qui incarne avec Sonia l'abnégation de soi (sur le plan moral pour l'une et physique pour l'autre) et enfin, la catin au coeur pur et pieuse méprisée par les "bonnes gens". Mais c'est quelque chose que l'on pardonne assez aisément à l'auteur. Il était dans l'air de son temps ....
Et je pense qu'il va falloir que je m'arrête là, car ce livre m'a tellement passionnée que j'en parlerai volontiers pendant des heures. Et ça finirait par faire une critique vraiment très longue (et indigeste!). Juste une petite remarque : la note du traducteur (André Markowicz) de l'édition Babel est très intéressante et si vous en avez l'occasion, je vous encourage à la lire.
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Gwen21
02 août 2016
  • 5/ 5
Quelle belle claque littéraire !
Lecture achevée, je ne peux m'étonner d'apprendre que Victor Hugo comptait parmi les écrivains favoris de Dostoïevski. Il y a bien dans "Crime et Châtiment" une part de ses "Misérables", et dans la figure de Raskolnikov, quelques uns des traits de Jean Valjean.
Au cours de ma lecture, j'ai eu l'occasion de visiter à Saint-Pétersbourg le dernier appartement habité par Dostoïevski, et ce fut comme si je m'étais profondément imprégnée de sa personnalité, sentiment assez troublant je dois dire. Je peine à trouver les mots qui exprimeraient avec justesse la multitude d'émotions ressenties au fil des quelques 700 pages de ce roman finalement assez condensé, aux allures de huis-clos. Le sentiment d'oppression, la peur, le dégoût, la colère, l'affection, la pitié font quoi qu'il en soit partie du cortège.
Et que dire de la plume de l'auteur ? On comprend immédiatement à lire sa prose pourquoi les Russes sont aujourd'hui encore si attachés à son oeuvre qui dénote une compréhension profonde de l'ordre social et des misères humaines. Roman psychologique aux allures de polar, quête idéologique en butte avec une société qui tarde à s'émanciper et à se renouveler, "Crime et Châtiment" a connu un grand succès dès sa parution en 1866, malgré la noirceur de son thème, plutôt iconoclaste pour la période.
Un classique qui n'est pas prêt de sombrer dans l'oubli.

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gouelan
01 avril 2015
  • 5/ 5
Raskolnikov, ancien étudiant, vit pauvrement dans une chambre misérable. Dans sa terrible solitude et son accablement, il va inventer une théorie selon laquelle la société est composée de deux catégories d'individus. La catégorie inférieure; composée d'hommes soumis, posés, conservateurs et ayant pour seul but de perpétrer le monde. Et la catégorie de « vrais hommes » qui ont le talent et le don de dire une parole nouvelle, de mener l'humanité vers un but, vers une nouvelle organisation. Cette seconde catégorie de surhommes aurait alors tous les droits pour mener à bien leur mission ; même celui de tuer. Si l'idée est grandiose, le crime est permis et même nécessaire.
Raskolnikov se sent investi d'une mission, il se sent trop intelligent pour rester dans l'ornière. Il veut devenir un « Napoléon ». Il ne sera peut-être pas maitre du monde dans le présent, il sera sans doute d'abord supplicié. Mais plus tard, comme beaucoup de ces grands hommes destructeurs, il sera mis sur un piédestal et adulé.
Raskolnikov a tout pour réaliser ce projet fou. Il est intelligent, hautain, insensible, vaniteux, orgueilleux, audacieux, arrogant. Mais il est aussi mélancolique, généreux. Sa faille : il se pose des questions qu'un « Napoléon » ne se poserait pas. « L'homme est-il un pou ? », « Ai-je le droit de prendre ce pouvoir ? ». En lui, se confrontent deux personnages.

Son action manque de décorum, elle n'est pas glorieuse, elle n'est pas grandiose. On ne pourra que se moquer de lui et considérer qu'il a pêché comme le plus ordinaire des hommes, le plus vil. Il en a honte et n'assume pas le poids de ce fardeau. Il est trop fier pour reconnaitre son échec.
Le chemin est encore long, pour lui, pour accéder à la réalité de ce monde.
Raskolnikov est odieux et détestable dans sa conception d'un monde nihiliste, où l'homme devient un tout puissant, un surhomme qui a sa propre loi. le pouvoir appartient, pour lui, à ceux qui osent s'en emparer sans s'embarrasser de scrupules moraux.
J'ai aimé l'univers de Dostoïevski qui a su explorer l'âme humaine. Dans cette oeuvre, il nous démontre admirablement la bassesse de cet homme vaniteux et méchamment intelligent. Un monde sans valeur, ignorant le bien et le mal, sans moralité est un monde du néant. Raskolnikov ne pourra se sauver que par la mort ou la résurrection de l'homme qui est en lui. Un homme de foi, un homme ordinaire.

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fredho
27 août 2013
  • 5/ 5
Raskolnikov, un jeune étudiant pauvre s'octroie « le droit de tuer » une vieille usurière malfaisante car il juge que le monde serait meilleur sans elle.
Consciente qu'aucun commun des mortels n'a le droit de juger si quelqu'un doit mourir, j'ai malgré tout pris parti pour ce jeune étudiant, non pas que je défende son horrible crime (tout crime n'est pas défendable mais tout homme a le droit d'être défendu) mais j'ai eu envie de protéger celui qui l'a commis.
Raskolnikov n'a pas tué pour voler mais a tué pour lui, en accomplissant son crime il pensait aider l'humanité, obtenir le respect des hommes et ainsi être proclamé au même rang des grands hommes qui ont marqué l'histoire. « Oui je voulais devenir un Napoléon, voila pourquoi j'ai tué ». Il s'aperçoit bien vite qu'il n'a rien de différent des autres hommes et que son meurtre n'a pas changé le cours des événements...
« Ai-je vraiment tué la vieille ? C'est moi que j'ai assassiné, moi et pas elle, moi-même, et je me suis perdu à jamais... Quant à la vieille, c'est le diable qui l'a tuée et pas moi... »
À ces mots, nous sentons la souffrance que lui procure son crime, Raskolnikov assume mal son geste, il perd tout sens des réalités, il erre dans des pensées d'une profonde noirceur et sombre dans la paranoïa.
Raskolnikov n'éprouve aucun remord ni culpabilité d'avoir assassiné l'usurière, mais il n'arrive pas à vivre avec ainsi pour soulager sa conscience il se confesse à Sonia une jeune prostituée très pieuse. le jeune homme essaie de se justifier auprès de la jeune fille mais cette dernière ne comprend pas les motivations de son meurtre et y décèle trop d'incohérence, elle pense qu'il est fou. Malgré tout elle l'incite à racheter son crime et se repentir, elle l'encourage à se dénoncer à la police...
Dostoïevski nous livre une analyse psychologique puissante sur l'avant, le pendant, l'après crime de Raskolnikov. Il y a tellement de choses à dire sur ce chef d'oeuvre surtout sur les nombreux personnages de ce roman, l'auteur décortique leur âme dans une atmosphère pesante. Il aborde des thèmes forts comme la religion, la responsabilité de nos actes, la rédemption, mais témoigne également de la souffrance d'un peuple opprimé en nous plongeant dans les bas-fonds misérables des quartiers de St Pétersbourg du XIXè où prédominent l'alcoolisme, la pauvreté, la famine, la prostitution, la maladie, un récit d'une authenticité bouleversante.
Un livre majeur magistralement bien écrit, il y a des passages d'une telle beauté qu'à sa lecture on ressent des frissons.
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Citations & extraits (304) Voir plus Ajouter une citation
Sonic4587Sonic458727 novembre 2016
Ce n'est pas devant toi que je me suis prosterné mais devant toute la souffrance humaine.
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Sonic4587Sonic458727 novembre 2016
J'ai appris par la suite, Sonia, que s'il fallait attendre que tous fussent devenus intelligents, il faudrait attendre trop longtemps...
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Nastasia-BNastasia-B05 avril 2015
Raskolnikov était assis à regarder fixement, sans se détacher du spectacle ; sa pensée se perdait en songes, en contemplation ; il ne pensait à rien, mais une sorte de regret le troublait et le faisait souffrir.
Soudain, à son côté se trouva Sonia. Elle s'était approchée sans bruit et s'était assise près de lui. Il était encore très tôt, la fraîcheur matinale ne s'était pas encore adoucie. Elle avait son pauvre vieux burnous et son fichu vert. Son visage portait encore des marques de maladie, amaigri, pâli, affaissé. Elle lui adressa un sourire affable et joyeux, mais, comme à l'habitude, ce fut timidement qu'elle lui tendit la main.
C'était toujours ainsi qu'elle lui tendait la main, timidement, parfois même elle ne la lui tendait pas du tout, comme si elle avait craint qu'il ne la refusât. Il avait toujours une sorte de répulsion à prendre sa main, une sorte de dépit à l'accueillir, et parfois, il gardait un silence opiniâtre pendant toute l'entrevue. Il lui arrivait, à elle, de trembler devant lui et de se réfugier dans une tristesse profonde. Mais cette fois-ci leurs mains ne se séparaient point ; il la regarda à la dérobée et rapidement, ne dit rien et baissa les yeux jusqu'à terre. Ils étaient seuls, personne ne les voyait. Le soldat de garde s'était justement détourné.
Comment cela s'était-il fait, il n'en savait rien lui-même, mais soudain quelque chose sembla le soulever et le jeter à ses pieds. Il pleurait, il lui embrassait les genoux. Au premier instant, elle eut une peur terrible et tout son visage se glaça. Elle bondit et toute tremblante le regarda. Mais au même instant, tout de suite, elle comprit tout. Un bonheur infini brilla dans ses yeux ; elle avait compris, il ne pouvait plus y avoir de doute pour elle : il l'aimait, il l'aimait sans bornes, enfin était arrivée cette minute...
Ils auraient voulu parler, mais ne le pouvaient point. Des larmes brillaient dans leurs yeux. Ils étaient tous deux pâles et maigres ; mais dans ces visages pâles et malades rayonnait déjà l'aube d'un avenir rénové, d'une résurrection totale à une nouvelle vie. L'amour les avait ressuscités. Le cœur de l'un renfermait des sources infinies de vie pour le cœur de l'autre.

Épilogue, Chapitre II.
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Nastasia-BNastasia-B30 août 2014
Ces derniers mots, après tout ce qui venait d'être dit et ressemblait si bien à une rétractation, étaient décidément trop inattendus. Raskolnikov se mit à trembler tout entier, comme transpercé.
- Alors... qui donc... a tué ? demanda-t-il, n'y tenant plus, d'une voix qui s'étouffait. Porphyre Petrovitch se laissa même retomber sur le dossier de sa chaise, comme s'il avait été stupéfié, lui aussi, d'une question aussi inattendue.
- Comment, qui a tué ?... reprit-il, comme s'il n'en croyait pas ses oreilles. Mais c'est VOUS qui avez tué, Rodion Romanytch ! Vous avez bel et bien tué... ajouta-t-il dans un quasi-chuchotement, d'une voix absolument convaincue.
[...]
- Ce n'est pas moi qui ai tué, chuchota Raskolnikov, comme font les petits enfants effrayés quand on les surprend sur le lieu du crime.
- Si, c'est bien vous, Rodion Romanytch, c'est vous, et personne d'autre, chuchota Porphyre avec conviction et sévérité.
Tous deux gardèrent le silence, et ce silence dura étrangement longtemps, une dizaine de minutes. Raskolnikov s'était accoudé sur la table et sans mot dire fourrageait de la main dans ses cheveux. Porphyre Petrovitch était assis calmement et attendait. Soudain Raskolnikov regarda Porphyre avec mépris.
- De nouveau les vieilles histoires, Porphyre Petrovitch ! Toujours vos m^mes procédés : comment n'en êtes-vous pas dégoûté, vraiment ?
- Hé ! laissez-donc. Qu'ai-je besoin, maintenant, de procédés ! Ce serait différent, s'il se trouvait ici des témoins : mais nous voilà en tête à tête à chuchoter. Vous le voyez vous-même, je ne suis pas venu pour vous chasser et vous courir comme un lièvre. Que vous avouiez ou non, en ce moment cela m'est égal. J'ai ma conviction faite, sans vous.
- S'il en est ainsi, pourquoi êtes-vous venu ? demanda Raskolnikov d'un air irrité. Je vous pose ma question de l'autre jour : si vous me jugez coupable, pourquoi ne me jetez-vous pas en prison ?

Sixième partie, Chapitre II.
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Nastasia-BNastasia-B26 mai 2014
- Fainéante, lui crie-t-elle, tu habites chez nous, tu manges, tu bois, tu profites de la chaleur. Tu bois et tu manges, alors que depuis trois jours les enfants n'ont pas vu un croûton !
[...]
- Alors, Catherine Ivanovna, je dois vraiment consentir à cette chose ?
En effet Daria Frantzovna, une mauvaise femme et qui a eu maintes fois affaire à la police, lui avait fait des propositions déjà à trois reprises par l'entremise de la logeuse.
- Eh bien, quoi, répond Catherine Ivanovna avec moquerie, qu'est-ce que tu as à ménager ? Voyez-moi ce trésor !
[...]
Alors je vois, comme ça, entre cinq heures et six heures, ma Sonia qui se lève, se coiffe de son fichu, met son burnous, et quitte la maison. Elle est revenue à huit heures passées. Elle est revenue, et la voilà qui va droit à Catherine Ivanovna et qui pose devant elle sur la table trente pièces d'un rouble, sans dire un mot. Elle n'a pas prononcé une seule parole, elle n'a pas jeté un regard, seulement elle a pris notre grand fichu vert en drap de dames (nous n'en avons qu'un, qui est commun à tous, en drap de dames), elle y a caché complètement sa tête et son visage et elle s'est couchée sur le lit, tournée vars le mur, il n'y avait que ses petites épaules et tout son corps qui tremblait tout le temps... Et moi, j'étais toujours étendu dans le même état qu'avant... Et je vis alors [...] un moment plus tard Catherine Ivanovna, sans prononcer un mot elle non plus, s'approcher du lit de ma Sonia, et toute la soirée elle resta à genoux à ses pieds, elle lui baisait les pieds, elle ne voulait pas se relever, et ensuite elles s'endormirent ainsi toutes les deux en se tenant embrassées... toutes les deux... oui... toutes les deux... Et moi... j'étais ivre mort.

Première partie, Chapitre II.
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