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ISBN : 2020087170
Éditeur : Editions du Seuil


Note moyenne : 4.08/5 (sur 38 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
" Avec ses plans qui se pénètrent, dans sa dialectique du " rouge " et du " jaune ", de la haine et de l'amour, ou plutôt dans leur furieux embrassement, ce beau livre fait entendre le plus étonnant des contrepoints : un poème charnel ingénu, provocant, triomphant ; et ... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis (3)

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    • Livres 1.00/5
    Par Woland, le 18 avril 2015

    Woland
    ISBN : ?
    Je tiens à préciser avant toute chose que Agustín Gómez-Arcos était un écrivain d'expression bien sûr hispanophone mais à qui il arrivait d'écrire en français. C'est le cas pour "L'Agneau Carnivore", lequel n'en reste pas moins un roman terriblement espagnol. Et ce n'est pas du tout un hasard si j'utilise l'adverbe "terriblement."
    José Millán-Astray y Terreros est ce militaire espagnol qui, sans participer à la conspiration de 1936, se rallia avec joie au franquisme et fut le premier à lancer le célèbre slogan : " ¡ Viva la Muerte !" Par son éducation autant que par son brillant parcours dans l'armée - il était né en 1879 et en avait donc vu pas mal - Millán-Astray appartenait et appartint jusqu'au bout au camp des "conservateurs." Dans des temps qui sont encore tout récents, on le disait "fasciste" - mais aujourd'hui où j'écris, l'heure est sans doute venue de constater que les "fachos" ne sont plus ce qu'ils étaient, que ce soit en Espagne ... ou en France. Mais nous sommes ici hors-sujet : donc, passons. ;o)
    Millán-Astray, qui mourut en 1954, peut donc être, à bon droit, qualifié sinon de fasciste, en tous cas de franquiste pur et dur et, de ce fait, de membre de la droite espagnole. En dépit des protestations de Miguel de Unamuno - dont je respecte la profonde humanité - le "¡ Viva la Muerte !" du général borgne et défiguré a toujours retenti en moi comme partie prenante de l'Espagne de toujours - une partie secrète, occulte certes mais bien réelle, cette partie qui se réveille chez les spectateurs des corridas. Car la corrida symbolise, par excellence, ce fameux "¡ Viva la Muerte !" Les Espagnols auront beau dire et faire et Millán-Astray se positionner obstinément chez les "fachos" de son époque, la phrase qu'il prononça n'est pas, à mon sens, une invention personnelle mais le cri du coeur impulsif d'un peuple attachant, coloré et généreux, mais chez qui la Mort et ses solennités rituelles et parfois des plus sanglantes ont toujours suscité une fascination aussi sombre qu'ambiguë.
    Or, c'est l'ouvrage d'un fils de "rouge" qui, curieusement, m'a fait non pas en prendre conscience mais passer à la vitesse supérieure : oser le dire tout en répétant, je l'affirme haut et clair, toute mon admiration pour le peuple espagnol - je partage avec lui quelques gènes collectifs et, qui sait, peut-être entends-je parfois, moi aussi, au plus profond de mon âme, retentir cet implacable "¡ Viva la Muerte !" qui se veut également provocation lancée à la face du seul de vos ennemis qui vous vaincra à jamais.
    C'est en effet la Mort, la Mort absolue, qui règne dans cet "Agneau Carnivore" dont l'action se situe pourtant bien après la Guerre civile. L'ambiance dégage les parfums entêtants et languides de ces fleurs que l'on dépose autour du cercueil dans les cérémonies funèbres et qui accompagneront le défunt jusque dans sa tombe. Les personnages, tous complètement détraqués, à commencer par les parents, respirent la Mort, à un point tel que, sur la plaque funéraire de son époux, Carlos, la veuve et mère du narrateur fera graver : "Mort de mort chronique" (!!!). Quant à l'angoisse, une angoisse que j'ai rarement ressentie aussi assassine, fût-ce dans un thriller, elle vous prend à la gorge et serre, serre avec délectation, avant de desserrer un peu son étreinte pour mieux recommencer, menaçant implicitement le lecteur d'en arriver à l'étouffement pur et simple.
    Je ne doute pas que l'auteur - et nombre des lecteurs qui partageaient et partagent encore son idéologie libertaire - ait cru rédiger là un hymne glorieux à la Liberté mais aussi à l'Immoralité et au Sacrilège. Toujours hostile au politiquement correct, en littérature et ailleurs ;o) , j'avouerai sans honte que, pour mon compte, je n'y ai vu qu'une complaisance monstrueuse envers l'inceste, la pédophilie et une certaine forme d'homosexualité. Quant à la revendication politique ... OK, OK, j'ai parfaitement saisi qu'Agustín Gómez-Arcos croyait ne sacrifier qu'au dieu, infiniment social et libertaire, des "Rouges" (ou à l'absence de dieu, c'est comme vous voulez, quoique cela restât dans son esprit une sorte de cérémonie religieuse) mais je puis vous certifier que le malheureux s'aveuglait sur ses motivations véritables.
    Bien qu'il évoque certains méfaits du franquisme sur la société espagnole, "L'Agneau carnivore" n'utilise la chose que comme une couverture destinée à dissimuler l'apologie, je le répète, de l'inceste et de la pédophilie. le narrateur, Ignacio - dont on n'apprend le prénom qu'à la toute fin du livre, d'ailleurs - devient très jeune l'amant de son frère aîné, Antonio, tout cela, bien évidemment , parce que sa mère (à qui il ressemble physiquement presque trait pour trait) ne l'aurait pas aimé et parce que son père, un avocat "rouge" que le franquisme a accepté de libérer de prison à condition qu'il ne cherche plus à mener une carrière honorable, ne se serait jamais préoccupé de lui.
    Et quand j'écris "très jeune", c'est vraiment très jeune. ;o( ;o(
    Le style de l'auteur est agréable, non dénué de raffinement et d'images poétiques. Un seul problème, mais de taille : pas une seule fois - vous m'entendez bien : pas une seule - le narrateur (ou ceux qui l'entourent) ne se pose de question sur le bien-fondé de son comportement. Il y a mieux encore et plus incohérent, si je puis me permettre : Ignacio ne se présente jamais qu'en victime de sa mère alors que, dans les derniers chapitres, devenu adulte, il ne se gêne pas pour adopter, dans le but de reconquérir son frère, qui s'est marié entretemps, toutes les ruses qu'il avait reprochées si longtemps à cette femme. Autre incohérence : bien qu'il se veuille "victime", il revendique fièrement le "couple" incestueux qu'il forme avec son aîné. Victime de son père, peut-être, de sa mère, sûrement mais jamais de son frère, lequel n'est en fait qu'un abuseur de très jeunes enfants, ceux-ci lui fussent-ils intimement liés par le sang.
    Aux yeux d'Ignacio, si sa mère est une putain et son père, un faible, ce frère, qui a abusé de lui alors qu'il ne possédait encore que l'instinct sensuel de tout jeune enfant normal, est un saint . Oh ! il ne prononce jamais le mot - c'est bon pour les fachos, ça, le mot "saint" mais le lecteur le déchiffre à chaque page, écrit en lettres gigantesques . Forcément, surtout chez des "Rouges", ça surprend - et ça fout même un sacré choc quand on sait par exemple que le Parti communiste italien devait exclure un certain Pier Paolo Pasolini de ses rangs parce qu'il était ... homosexuel.
    N'ayons pas peur des mots : on se sent souillé, non par le sujet du roman mais par l'orgueil et l'arrogance inouïe avec lesquels le traite l'auteur. L'inceste et la pédophilie sont pour lui, semble-t-il, les seules panacées valables à l'oppression, religieuse et sociale. L'homosexualité aussi bien sûr. Mais je rappelle néanmoins que tous les homosexuels ne sont pas des pédophiles incestueux et que Agustín Gómez-Arcos, bien loin de servir la cause de l'homosexualité consentie entre deux adultes qui savent ce qu'ils font, la dessert et en fait un objet de dégoût, semblable en tous points à l'image qu'en avaient les conservateurs fascistes qui assassinèrent Federico García Lorca de la manière infâme que l'on sait.
    Vous avez lu Sade et vous croyez avoir tout lu ? Eh ! bien, il y a pire, bien plus insidieux que Sade . Sade, c'est la folie, le fantasme déchaîné mais qui, une fois couché sur le papier, ne se prend plus au sérieux. Sade, c'est la libération d'un esprit torturé qui, d'une certaine façon et un siècle avant la psychanalyse, par le seul biais d'une écriture certainement moins affriolante que celle d'Agustín Gómez-Arcos, tend à la guérison qu'il obtiendra sinon entière mais en tous cas à demi. Allons plus loin encore et admettons que, à ce jour, Sade demeure le seul tueur en série sexuel potentiel qui, par la seule magie de l'écriture (et probablement par une action, qui dut être aussi douloureuse qu'acharnée, sur son libre-arbitre) a échappé à son destin. Sade était un criminel sexuel en devenir qui, à partir de son emprisonnement, parvint à transcender des pulsions terribles. Sade fait certes lui aussi l'apologie de l'inceste, de la pédophilie (et de bien d'autres choses encore ...) mais l'essentiel de sa vie prouve, s'il en était besoin, qu'il n'y croyait pas vraiment. Sade caressait toutes ces idées, Sade en jouissait mais Sade, alors même qu'on lui donnait à nouveau l'occasion de céder à ses penchants les plus infâmes, a refusé de son plein gré de franchir le pas.
    Tandis que Agustín Gómez-Arcos, lui, et même s'il ne fait, dans "L'Agneau Carnivore", ni l'apologie de la torture, ni celle du meurtre, croit à ce qu'il écrit. Et ça, ca fait toute la différence. Sade fait dans l'"héneaurme" et la surenchère, il n'est pas toujours très "fin" même si certains (comme un ou deux producteurs hollywoodiens par exemple ) aiment à voir en lui un disciple éclairé de Satan, et surtout, il a, qu'on y adhère ou pas, une véritable vision politique libertaire. Dans la partie la plus importante de son oeuvre, Sade fait le contraire de l'auteur espagnol : il se sert de ses fantasmes pour affirmer ses théories sociales et politiques. Qu'on adhère à celles-ci ou pas n'est pas la question : c'est bel et bien, avant tout, le but recherché - sauf peut-être dans son premier ouvrage, "Les Cent-Vingt Jours ...", qui témoigne surtout de la brutalité du choc qu'il subit en se retrouvant en prison et de la violence avec laquelle il chercha à contrer l'angoisse qu'il en éprouvait.
    Chez Agustín Gómez-Arcos, vous avez, personne ne le niera, des scènes d'inceste pédophile et homosexuel plutôt des plus chaudes, mais aucun, alors là, aucun discours politique réel. le sexe, le sexe, le sexe, le sexe perverti, voilà seul ce qui importe à ses yeux. Prenez "L'Agneau Carnivore" et sous-titrez-le : "Les Rouges Ne Pensent Qu'A La Perversion Sexuelle" : vous voilà avec un résumé parfait du roman, un roman dont je me demande encore comment je suis parvenue à l'achever. Plus encore que "L'Enfant des Colonels", il m'a laissé une impression de nausée, de souillure - de perversion voulue, souhaitée, appelée. le thème, je le répète, peut se traiter (et l'a déjà été probablement) mais il n'y a ici aucune vision morale ou spirituelle d'un sujet très grave, qui met tout de même en cause le viol d'un enfant et de son âme. Pour l'auteur, tout est normal puisque c'est de la révolte. A quel déchaînement d'horreurs en tous genres ne va-t-on pas aboutir avec un tel raisonnement ? Et comment se permettre de juger les autres, fussent-ils coupables des mêmes actes, tout simplement parce que l'on considère - au nom de qui ? de quoi ? de quelle loi, naturelle ou pas ? - que ce qu'ils ont fait ne relève pas, justement, de la "révolte libertaire" mais de la "dictature fasciste" (par exemple) ?
    Bref, un livre que je ne conseillerai à personne de lire. La preuve : il n'aura droit à aucun extrait de ma part. Maintenant, chacun fait encore ce qu'il veut dans notre pays. Alors, si cette fiche vous a donné envie de vous plonger dans "L'Agneau Carnivore", allez-y mais ... accrochez-vous. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par Olloix, le 01 mai 2015

    Olloix
    Ce livre se lit sur plusieurs plans et est remarquable à plusieurs titres.La narration, qui se déroule dans l'Espagne franquiste, est tout d'abord un éloge du non-conformisme : la mère que l'origine bourgeoise aurait dû pousser dans les bras du franquisme devient amoureuse d'un communiste et se ruine pour le sauver, les deux frères sont follement amoureux l'un de l'autre. On voit les personnages prendre de l'épaisseur au fil des pages, au fur et à mesure que le narrateur prend de de l'âge : au début du livre, lorsque le narrateur est enfant, la mère est ridicule de conformisme, le père est lâche, la bonne est un robot domestique ; en fin d'ouvrage, le narrateur est arrivé à l'âge adulte, la mère est un exemple de subversivité et de don de soi, le père est un héros à qui l'histoire du pays a joué un sale tour, la bonne est l'âme de la maison ; les personnages gardent néanmoins leurs parts d'ombre et de faiblesse. Beaucoup de passage sont plein d'humour, à l'image de la description de la belle soeur qui a un diplôme de blondeur et d'intelligence, ou des descriptions du confesseur et du professeur particulier. le style d'écriture enfin, élaboré et frappant, me fait penser au style d'un écrivain portugais que j'aime beaucoup, Antonio Lobo Antunes. Il faut cependant savoir que la lecture n'est pas facile, les 2 premiers chapitres notamment doivent être surmontés. Prochaine étape pour moi qui vient de découvrir cet auteur : lire "Ana Non".
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    • Livres 5.00/5
    Par ouialalecture, le 19 octobre 2013

    ouialalecture
    Pour moi, ce livre est un chef d oeuvre; une fois les premiers chapitres passés (le temps de s'adapter au style de l'auteur), on est happé par cette histoire, jusqu'à considérer comme normal ce qui se passe entre ces deux frères.
    A lire et relire, ce qui est mon cas
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Citations et extraits

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  • Par cathcor, le 11 mars 2012

    Don Pepe était naturellement doué pour l'enseignement tel qu'on le conçoit en Espagne; tout gosse est une brute tant que l'on ne démontre pas le contraire. Et le contraire n'a jamais été démontré...si l'on se reporte à la férocité avec laquelle les enseignants tiennent à leur concept de la discipline. Un gosse, ça se polit à petit feu, sans pitié, sans relâche, jusqu'à ce que la bête qui l'habite laisse sa place à l'homme qu'il doit devenir. Evidemment, la bête n'est pas toujours disposée à foutre le camp et faciliter ainsi le boulot- ça, c'est un principe absolu- et la nécessité de la guerre est alors évidente.
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  • Par Zora-la-Rousse, le 21 janvier 2012

    Je t'aime parce que je te sens capable d'aimer quelqu'un d'autre, et pourtant, tu n'aimes que moi.

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  • Par Seiren, le 15 juin 2014

    Je t'aime parce que tu es à moi. Je t'aime parce que je te possède. Je t'aime parce que tu as besoin d'amour. Je t'aime parce que tu es le désordre et que je n'aime pas l'ordre.
    Je t'aime parce que, lorsque tu me regardes, et cela depuis longtemps, je me sens un héros. Et je t ' aime surtout parce que j'ai enfin compris que je ne peux parler de mon amour à personne d'autre que toi ; et que le véritable amour, c'est ça. Deux êtres qui forment une seule solitude, un seul silence.
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  • Par Yves-Hiram, le 12 septembre 2014

    Je t'aime. Les yeux fermés, j'ouvre la bouche pour dire ces mots neufs - des mots qui sont comme des chiffons usés dans la bouche des autres, mais qui s'inventent dans la mienne ; je les articule soigneusement pour ne pas risquer de perdre une syllabe dans le vide, pour ne pas risquer un cataclysme. Je découvre que, pendant ces sept ans de mon manque de toi, je suis parvenu à la sérénité. La maison est prête, je suis prêt. Le printemps est né. Je n'ai plus besoin d'ouvrir les yeux tant que je n'entendrai pas tes pas résonner sur le gravier du jardin, ta clé tourner dans la serrure, tes mains pousser la porte. Les yeux fermés... en ce début de printemps qui s'annonce comme un miracle... Je t'attends... mon frère... mon frère amour.
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  • Par cathcor, le 11 mars 2012

    A partir du moment où l'on étrangle la liberté d'un peuple, tous les pouvoirs officiels du monde deviennent vos amis, vos alliés.

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