ISBN : 2714303072
Éditeur : José Corti (1989)


Note moyenne : 3.5/5 (sur 14 notes) Ajouter à mes livres
Un beau ténébreux est un roman des astres et de la catastrophe, c'est-à-dire du destin sur fond de vacances et de dérive du temps ; vacuité des personnages en attente, dans un théâtre vide.

L'arrivée d'Allan va déclencher un maelström où tous les personna... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 3.00/5
    Par Woland, le 27 août 2008

    Woland
    Peut-être vais-je me faire huer mais tant pis : il faut avoir le courage de ses opinions et on ne peut pas tout aimer. Peut-être aussi ai-je trop de goût pour les morceaux de bravoure et les fresques en tous genres pour être à même de savourer comme il se doit ce genre d'intrigues plus que ténues.
    Car je suis désolée : l'intrigue d'"Un beau ténébreux" est si ténue qu'on peine à l'apercevoir. Ca se passe en Bretagne, dans un très beau coin qui s'appelle "La Torche", dans le Finistère - et que je vous recommande chaudement d'aller visiter si vous en avez l'occasion. le premier narrateur, Gérard, y est descendu à l'Hôtel des Vagues. Comme c'est l'été, il y a là beaucoup de vacanciers, des jeunes essentiellement, la bande "straight".
    Gérard noue connaissance avec Christel - une Romantique revue à la sauce moderne car nous sommes dans l'immédiate après-guerre. Celle-ci se veut un personnage à l'Emily Brontë, entière, pleine de mépris pour qui ne l'est pas, etc, etc ... Ils vont se promener au clair de lune et c'est là d'ailleurs que Gracq commence à comparer les plages bretonnes aux blancheurs sahariennes ! (Au début, ça m'a estomaquée. Mais comme il continue tout au long du roman, ça a vraiment fini par m'énerver ! ...)
    Puis arrive un couple, Allan Murchison et sa maîtresse, Dolorès. Déjà, quand ils pénètrent pour la première fois dans le restaurant, le ton est donné : les gens s'arrêtent de bavarder tant ils sont beaux. Avec ça, Allan a déposé un million de francs - en liquide - dans le coffre de l'hôtel : c'est vous dire le statut et que ce soit le dernier million d'Allan ne change rien à l'affaire.
    Non seulement Allan est beau mais en plus, il est Romantique - avec la majuscule, c'est-à-dire que déjà, enfant, il n'y avait qu'une seule chose qui l'attirait : la Mort. A lire les descriptions de son séjour en pension, on évoque le Steerforth de Dickens - mais "Un beau ténébreux" n'est pas "David Copperfield", hélas !
    Donc, on comprend très, très vite que - pour des raisons que je n'ai pas saisies car enfin, se compliquer autant l'existence que le fait cet Allan, franchement, on ne peut le faire que si on n'a pas d'autres soucis - le "Beau Ténébreux" a choisi l'Hôtel des Vagues pour marquer son mépris absolu de tous et de tout en se suicidant. (Il choisit, pour se trucider, un mode assez peu viril à mon sens mais très Romantique : il s'empoisonne.)
    Il y a de superbes descriptions de paysages (hormis les visions sahariennes, je n'ai rien contre) et beaucoup d'intériorisation avec des passages sur le christianisme et Jésus. le style est remarquable même si Gracq donne parfois l'impression - un peu comme Huysmans - de trop rechercher l'adjectif non pas rare mais inattendu pour obtenir un effet de décalage forcé avec le substantif.
    Seulement, le problème, avec un style pareil, c'est qu'il faut lui donner des personnages et une histoire à sa mesure, toute en recherche de la perfection classique. Or, tel n'est pas le cas dans "Un beau ténébreux" dont les personnages et la trame s'oublient aussitôt qu'on a refermé les pages de l'ouvrage.
    Ce roman m'a évoqué l'univers de Delly, celui de Sagan et, également, celui de Mauriac ou de Julien Green. Avec cette différence, pour moi flagrante, que tous ces auteurs, chacun dans un genre différent, parviennent à des dialogues naturels. A l'opposé, les personnages de Gracq souffrent d'un manque total de naturel et cela n'est jamais aussi apparent que dans les dialogues. A haute voix, c'est encore pire : on dirait que le romancier s'écoute écrire !
    Vraiment, je suis déçue par ce roman qui m'a paru superficiel et rien que cela, mais je le suis tout autant par ma propre réaction. Difficile à comprendre mais c'est ainsi ... ;o)
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Citations et extraits

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  • Par lexote, le 05 juin 2010

    Nous avons souvent parlé de littérature et vous vous rappelez, je pense la rencontre de Juliette et de Roméo :

    What lady's that,which doth enrich the hand

    Of Yonder Knight

    C'est, n'est-ce pas, l'exemple classique, exceptionnel, du coup de foudre. Mais il y a toujours un coup de foudre. Mais je pense que sur un plan qui n'est pas forcément tragique, qui souvent est bien loin d'être tragique, le premier coup d'oeil qu'échangent deux êtres, certaine inflexion de voix qui s'impose à eux, aussi insidieuse, aussi fatale qu'une inspiration de poète, les engage pour jamais, pour le meilleur et pour le pire – ou pour l'indifférence complète.

    Les journaux sportifs parlent quelque fois du "signe indien", celui qui dès la première rencontre entre deux athlètes établit pour toujours entre eux une hiérarchie secrète, une fascination de la défaite inévitable, une défaillance subite de l'espoir. "A quoi bon?" c'est joué d'avance – ce sera ainsi – ce sera toujours ainsi. Celui-ci sera un jouet pour que je m'en amuse, – sur celui-ci je serai roi, à cette connaissance de hasard je devrai rendre compte de mes actes comme l'intendant à son maître et les plus assurées de mes actions, je les sentirai creuses si elles ne reçoivent le sceau de son regard, d'un certain coup d'oeil qui me met le coeur à l'aise. – Celui-ci est un puissant de la terre, mais je n'en parlerai jamais sans une pointe de dérision qui lui percerait le coeur, s'il savait. Ce potentat dans mon code secret, se déchiffre bouffon, ce tâcheron prince. Celui-ci est un invisible – à jamais mon regard le traversera comme une vitre – il parle, mais il est à cent lieues, – un certain froncement de sourcil à son approche l'a rayé de mon univers.

    - Et le jugement serait sans appel?

    - Il n'a jamais d'appel. Personne ne songe à en faire. Quelle question pourrait jamais formuler l'inexprimable? D'ailleurs, ce serait à faire périr de honte, l'humilité ne descend pas jusque là. Chacun connaît d'instinct ce jeu de massacre et chacun le respecte, et, c'est assez remarquable, s'en sent même obscurément ennobli. Chacun jonche sa route de cadavres et de dieux, et personne ne ressuscite, et la Bible même veut que l'archange ne puisse tomber qu'en gardant son imprescriptible couronne.
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