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ISBN : 2714303595
Éditeur : José Corti (1989)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.17/5 (sur 269 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan. Aldo r... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par ibon, le 04 mai 2013

    ibon
    Ce Rivage est un dépaysement. Il y a volontairement peu d'éléments pour situer l'action dans le temps et dans l'espace. le roman se concentre sur l'attente d'un événement bizarrement salutaire: la guerre.
    Le narrateur est Aldo, un homme d'une vingtaine d'années de la jeunesse dorée d'Orsenna, ville et état en guerre - guerre que l'on dira passive - avec le Farghestan depuis 300 ans! Il est chargé d'une mission d'observation sur une forteresse en piteux état dans une région tout aussi inhospitalière, au bord de la mer: l'Amirauté.
    Cet endroit est en première ligne, bien que séparé de l'ennemi par deux jours de mer.
    Aldo évoque cet environnement comme dans un songe, le paysage et les ruines inspirent ses réflexions. La longueur exceptionnelle des phrases, heureusement ponctuées et poétiques, donne d'ailleurs l'impression que le temps se fige.
    Pourtant, imperceptiblement et à mon avis de façon magistrale, l'auteur distille le changement.
    Le catalyseur de cette réaction est Aldo, personnage romantique, contemplatif mais aussi impétueux. En effet , son action est susceptible de perturber un équilibre de 300 ans.
    Julien Gracq décrit cette atmosphère surréaliste avec bien peu d'événements - et pourtant à mon avis sans ennuyer le lecteur - grâce à son style.
    Des phrases étirées dans lesquelles je me suis baigné avec délice, sans me noyer.
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    • Livres 5.00/5
    Par JS-KM, le 11 novembre 2011

    JS-KM


    Le rivage des Syrtes est un territoire éloigné, aux confins sudistes de l'état d'Orsenna, évocation brumeuse d'une Italie appartenant probablement au XVIII ème, voire XIXème. Un état jadis puissant, assis sur son ancienne notoriété conquérante, qui perpétue son existence de grand fauve endormi à travers le corps civil et les institutions qui le décrivent.
    Aldo, le jeune narrateur du récit qui, avec un style à l'autorité palpable, nous invite dès les premières pages à la découverte sensuelle comme intellectuelle d'Orsenna, appartient à une famille de noble ascendance. Presque hautain, quoique superbe, le style agit à ce stade comme un repoussoir pour certains, ou révèle sa vertu hypnotique pour d'autres. Je fais partie des seconds ; en tant "qu'auteur" (ma régularité dans la pratique ne me dispense pas encore des guillemets) j'ai été proprement soufflé par cette entrée en matière. Il y a là, concentrés en deux pages, les affres d'un ennui affleurant pleinement à la conscience du narrateur, tandis qu'il convoque le souvenir, dans son quotidien, des quelques évènements qui le verront prendre la route des Syrtes. C'est déjà, en un rien de lignes, d'une richesse et d'une expressivité extraordinaires...
    Des raisons qui feront, finalement, demander à Aldo d'être muté en service dans la région des Syrtes, la plus notable sera certainement l'ennui, donc, et le besoin de s'éloigner des cercles dorés qu'il fréquentait, ses études achevées, à la capitale ; il deviendra Observateur dans ces terres reculées, lesquelles font face, par delà les mers, aux côtes du Farghestan, un pays d'un lointain Orient ; trois cent ans en arrière, celui-ci connut, aux prises avec Orsenna, un bref épisode de guerre où s'échangèrent, avant sommations, plusieurs faits d'armes maritimes. Depuis, malgré la pérpétuation de cette mémoire, un véritable status quo a, de fait, transformé la région des Syrtes en un désert, où rien ne semble pouvoir seulement advenir. La guerre, et l'ancien ennemi avec, sont eux mêmes devenus des lointains, sans forme ni consistance.
    Lorsqu'Aldo débarque à l'Amirauté, la forteresse à flanc de rivage qui abrite les officiants de l'Etat, il se pénètre des habitudes locales, fait connaissance avec Marino, son supérieur... un homme qui semble, plus que tout autre, appartenir à ces lieux d'où s'élève un chant morne, celui de l'existence comme un préliminaire à l'oubli.

    De l'autre côté, des terres inconnues, qui ne tardent pas, en un filet de voix éteintes, à attirer l'attention d'Aldo. Le Farghestan.


    Je préfèrerai ne pas m'avancer beaucoup plus. Ce roman développe, durant ses trois cent vingt pages, des ambiances tout simplement sublimes, et un envoûtement certain. Lisez, prenez le temps de vous y engluer, car ici pas de façades, de savants aménagements concédés à ceux qui pourraient se sentir d'humeur un peu pressée, pour le coup !

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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 24 juin 2010

    vincentf
    Livre d'un presque rien qui dévaste un empire, où le rien qui se passe se fait tout, Le Rivage des Syrtes fascine. Quelque chose d'antique, ce vieux bouquin jauni, cette guerre larvée qui, mine de rien, se délarve, ces paysages vides, cette atmosphère floue d'une vieille de combat, ce non-dit qui se confesse, ces désirs qui tournent autour d'un pot qui se dévoile presque, quelque chose qui donne un je-ne-sais-quoi. Ce livre ne ressemble à aucun autre. On se dit donc que l'auteur est grand, que du vrai se cache sous ce style pas tout à fait précieux, un style noble et vaguement dérisoire (quelque chose de Proust, mais ailleurs). Quelque chose (le mot quelque chose se répète parce qu'il est le seul qui convient) a lieu, dans cette ville sclérosée d'Orsenna, sur ces rivages flous des Syrtes, dans les populations qui se moyenâgent à Maremna. Un homme (un héros ?) provoque une guerre qui existe déjà, un rouage déborde le vase d'attente, le pouvoir secret se dévoile vaguement, les hordes du Farghestan menacent. Un empire va tomber, on s'en doute, mais le génie de Gracq, c'est de ne pas dire la chute mais ce qui la précède. Quelque chose d'antique, de déjà mort et l'appel de plus en plus net d'une renaissance, alors qu'étrangement, le royaume d'Orsenna, qu'on imagine peut-être italien, fait très Renaissance, on pense à la Venise des Doges, à une Florence empaillée. L'appel de l'inconnu, la frontière dont on sait très vite, dès la scène de la salle des cartes, qu'elle devra, malgré les siècles, être transgressée, la frontière que l'on désire ardemment, avec Aldo, franchir, ce monde inconnu, ennemi qui fascine comme fascine, et c'est sans doute là qu'aboutira ce roman qui se termine au moment où tout va commencer, la mort, tout, dans Le Rivage des Syrtes est tendu vers demain, un demain d'autre vie qui changera tout, Marino est mort, les temps anciens seront balayés, Orsenna court heureuse à sa perte, comme la vieille Europe, du temps de Gracq s'était jeté dans la gueule-aimant de la baleine guerre. On s'y jettera encore souvent.
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    • Livres 5.00/5
    Par JPB, le 27 janvier 2012

    JPB
    De tous les livres que j'ai lus, c'est à n'en pas douter l'un de ceux qui m'ont fait la plus grosse impression quant à la qualité de l'écriture. Il faut remonter à Chateaubriand ou Victor Hugo pour trouver pareille virtuosité dans le maniement de la langue. L'histoire raconte comment Aldo, riche héritier d'une illustre famille d'un pays fictif (Orsenna), va mettre à mal la paix séculaire et tacite que son pays entretien avec son voisin le Farghestan. Une bonne partie du livre rappelle l'atmosphère pesante et passive du Désert des Tartares, au cours de laquelle il ne se passe quasiment rien, un peu comme dans les Syrtes, où le moindre évènement, aussi insignifiant soit-il, prend des proportions démesurées. Sur le plan du style, l'auteur use et abuse des comparaisons et emploie à longueur de récit le mot "comme", pour appuyer ce qu'il veut signifier. J'en ai relevé quelques exemples : " ... avant tout indice, comme l'étourdissement commençant d'un malaise, au milieu d'une route où on s'est égaré" (p.18) ou "l'oeil enfiévré revenait s'agacer sur leur silhouette coupante comme la langue sur le tranchant d'une dent frâchement cassée" (p.126) ou encore "...comme la respiration empanachée d'un geyser" (p.145). Il utilise beaucoup également l'expression "on eût dit". Son souci de précision est constant, et c'est véritablement un régal.
    Un chef d'oeuvre.
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    • Livres 2.00/5
    Par MarianneDesroziers, le 17 juillet 2010

    MarianneDesroziers
    A-t-on le droit de ne pas aimer Gracq quand on prétend aimer la littérature aujourd'hui ? Il y a des livres que je suis désolée de ne pas parvenir à aimer car de lecteurs que j'estime en disent le plus grand bien : "Le rivage des Syrtes" est de ceux là.
    C'est un livre que je voulais lire depuis longtemps et pour lequel j'avais un préjugé très positif. Peut-être est-ce la raison pour laquelle j'ai été déçue, et ce dès les premières pages. J'ai tout d'abord éprouvé quelques difficultés avec le style de Gracq : trop d'adjectifs dans la même phrase en particulier. Ensuite, je me suis ennuyée à cause de l'absence d'histoire prenante (je ne suis pourtant pas une adepte des thriller ou des livres d'aventure et la lenteur ne me pose pas de problème en littérature, ni même au cinéma).
    En avancant dans le roman, j'ai l'impression que le style devient plus fluide (ou est-ce moi qui m'y suis acclimatée ?). L'apparition du personnage féminin relance un peu le récit et renforce l'atmosphère mystérieuse. L'objet est beau mais quelle galère de lire un livre non massicoté en 2008 quand on ne trouve plus de coupe-papier dans le commerce !
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Citations et extraits

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  • Par Nastasia-B, le 23 novembre 2014

    - C'est de l'extravagance pure. [...] Vous pourriez [...] publier un démenti officiel.
    - J'y ai songé... Non, croyez-moi, trop tard. Il y a ici un feu qui couve. Toute matière peut lui devenir inflammable. Un démenti nourrira les bruits. C'est une question de température.
    - Qui parle ?
    - Aujourd'hui, tout le monde. Au début, il me semble — Belsenza baissa la voix, — surtout les étrangers. J'oublie encore, se reprit-il rapidement, les " étrangers ", ce sont ici les gens d'Orsenna. Et quand on se demande " qui parle ", comprenez-moi bien, il faut s'entendre. On ne " parle " au fond guère. Même presque pas. C'est plutôt par allusion, par omission qu'on parle. Rien de positif. Tout reste enveloppé, indirect. Tout " renvoie " aux bruits, mais rien ne les dénonce.

    Chapitre V : Une visite.
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  • Par Nastasia-B, le 14 novembre 2014

    Aussi loin que l'œil portât, à travers la brume liquide, on n'apercevait ni un arbre ni une maison. L'aube spongieuse et molle était trouée par moments de louches passées de lumière, qui boitaient sur les nuages bas comme le pinceau tâtonnant d'un phare. L'intimité suspecte et pénétrante de la pluie, le tête-à-tête désorientant des premières gouttes hésitantes de l'averse calfeutraient ces solitudes vagues, exaspérant un parfum submergeant de feuilles mouillées et d'eau croupie ; sur le feutrage mou du sable, chaque goutte s'imprimait avec une netteté délicate, comme on distingue de la pluie les grains plus vivants qui s'égouttent du feuillage. Sur la gauche, à peu de distance de la route, la mer de joncs venait border des vasières et des lagunes vides, fermées sur le large par des flèches de sable gris où des langues d'écume se glissaient vaguement sous la brume.

    Chapitre I : Une prise de commandement.
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  • Par Nastasia-B, le 11 novembre 2014

    Le cimetière s'élevait sur une éminence qui dominait la mer, une grossière enceinte carrée de murs bas, balayée de bout en bout par le vent du large et toute remplie du froissement de houle des roseaux. Les durs alignements à l'équerre des tombes sans fleurs, la nudité froide des allées sans arbres, l'entretien méticuleux et pauvre de cette nécropole réglementaire mettaient sur ces fosses perdues un surcroît de tristesse morne et revêche que n'ont pas les tombes isolées du désert. [...] On sentait que trois siècles de corvées anonymes s'étaient relayés, absorbés à leur tour dans l'anonymat des sables, pour égaliser là le lieu du parfait effacement.
    Ils pourrissaient à l'alignement, les défenseurs d'Orsenna. Comme si j'avais pu voir émerger de ses marécages, dressant ses cent mille bras au port d'armes, la forêt patiemment arc-boutée des pilotis qui soutenaient la ville, j'avais là sous les yeux en perspective cavalière trois siècles des fondements de la patrie. Les corps bus par le sable, l'un coiffant l'autre dans un aplomb rigoureux, enfonçant sous la terre à coups répétés de masses pesantes et molles leur forêt de piliers verticaux.

    Chapitre IV : Les ruines de Sagra.
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  • Par Nastasia-B, le 31 octobre 2014

    C'est ainsi que j'avais connu Vanessa. Je ne devais me rendre compte que bien plus tard de ce privilège qu'elle avait de se rendre immédiatement inséparable d'un paysage ou d'un objet que sa seule présence semblait ouvrir d'elle-même à la délivrance attendue d'une aspiration intime, réduisait et exaltait en même temps au rôle significatif d'attribut. " Baigneuse sur la plage ", " châtelaine à son rouet ", " princesse sur sa tour ", c'était les termes presque emblématiques qui me venaient à l'esprit quand j'essayai plus tard de me rendre compte du pouvoir de happement redoutable de cette main ensorcelée. Les choses, à Vanessa, étaient perméables. D'un geste ou d'une inflexion de voix merveilleusement aisée, et pourtant imprévisible, comme s'agrippe infaillible le mot du poète, elle s'en saisissait avec la même violence amoureuse et intimement consentie qu'un chef dont la main magnétise une foule.

    Chapitre III : Une conversation.
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  • Par Nastasia-B, le 05 novembre 2014

    Cependant, au milieu de cet éveil de grotte marine, j'éprouvai soudain distinctement, comme un souffle sur la nuque, le sentiment d'une présence plus alertée et plus proche. Je jetai les yeux rapidement autour de moi. Presque à me toucher, m'apparut-il, tellement je m'y heurtai soudainement comme à une porte, le visage d'une jeune femme était tourné vers moi. Et je compris, au happement nu avec lequel ils s'emparaient des miens, dans un au-delà souverain du scandale, qu'il n'était plus question de me détourner de ces yeux.
    Ce qui peut bondir de la vie des profondeurs de plus tapi et de plus nocturne était tourné vers moi dans ces prunelles. Ces yeux ne cillaient pas, ne brillaient pas, ne regardaient même pas. [...] Comme mordus un instant par un soleil trop vif, un point noir flottait devant mes yeux sur le scintillement des lumières. Si invraisemblable que pût paraître dans une telle soirée la célébration à découvert de cette très intime liturgie amoureuse, je ne me sentais pas scandalisé. Les yeux qui m'avaient regardé étaient sans juge. Ils témoignaient.

    Chapitre V : Une visite.
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1001libraires.com - Bertrand Fillaudeau : les Manuscrits de guerre de Julien Gracq
Bertrand Fillaudeau, qui dirige les éditions José Corti en compagnie de Fabienne Raphoz, nous raconte l'histoire éditoriale des "Manuscrits de guerre" de Julien Gracq qui viennent d'être récemment publiés. L'occasion de mettre en perspective les deux textes qui le constituent dans l'oeuvre et la logique de création de l'auteur du Rivage des Syrtes.








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