> René Sieffert (Autre)

ISBN : 2253029890
Éditeur : LGF - Livre de Poche


Note moyenne : 4.05/5 (sur 85 notes) Ajouter à mes livres
Dans cette chambre aux rideaux cramoisis, des jeunes femmes livrent leur corps à la contemplation. Auprès des ces "Belles Endormies", intouchées et intouchables, des hommes déjà vieux viennent trouver une illusoire consolation à leur jeunesse enfuie. C'est avant tout la... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par meyeleb, le 01 octobre 2011

    meyeleb
    Trois lignes ce serait trop court! Amis babéliens amateurs de petites critiques minimalistes, je ferai de mon mieux...
    C'est dans une atmosphère très étrange que nous fait entrer ce roman. On découvre avec un vieil homme une maison close pour le moins particulière, où les clients ne sont que des vieillards, où les femmes, très jeunes, sont plongées dans un profond sommeil, et où certaines règles tacites interdisent d'abuser d'elles. Elles sont "Les Belles Endormies".
    Le parcours du lecteur (du moins l'ai-je ressenti ainsi) suit celui du vieil Eguchi. D'abord attisé par la perspective d'un érotisme, d'une sensualité ciselée par l'écriture, on se surprend à être quelque peu déçu, après un premier chapitre où Eguchi lui-même, passée la surprise de cette première nuit à contempler une jeune beauté offerte à son regard, éprouve de la frustration. Lui qui se croyait un initié par la force de l'âge (à l'art du thé, à l'art du désir), va connaître une autre sorte d'initiation...
    C'est pourquoi, quelques semaines plus tard, il retourne une deuxième fois dans cette maison, puis une troisième, puis...C'est pourquoi, passé cet horizon d'attente à vrai dire sans finesse, le lecteur se laisse à son tour porter vers une interprétation plus symbolique de ces rencontres.
    Au fil des chapitres/nuits, l'empire des sens, quoi que toujours prégnant, laisse peu à peu la place à l'empire des songes. Chacune des filles est pour le vieil Eguchi une petite madeleine proustienne (si l'on peut se permettre cette comparaison...) aux saveurs oubliées. le parfum d'un corps, le galbe d'un sein, le dessin des lèvres, suscitent l'émergence de souvenirs des femmes de sa vie. Avec elles, un brouillard de questions implicites sur le sens de la vie, la peur de vieillir, la solitude, la mort...
    Je referme le livre. Etonnée qu'avec si peu de péripéties (mais quel art ineffable de la suggestion), Kawabata soit parvenu à me garder si près de lui jusqu'au dernier mot.
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    Critique de qualité ? (10 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Bartleby, le 18 juin 2008

    Bartleby
    http://bartlebylesyeuxouverts.blogspot.com/search/label/Kawabata
    Extrait :
    C'est peut-être avec la littérature asiatique que le problème de la traduction se fait le plus sentir. Il se perd sans doute plus par le passage du japonais au français que par le passage d'une langue européenne à une autre non seulement parce que la musicalité du japonais diffère essentiellement de celle du français, mais surtout parce que les implicites attachés à cette langue et à sa culture ne peuvent sans doute pas être rendus. Peut-être sont-ce là les raisons qui m'ont toujours empêché d'apprécier à leur pleine mesure les grands auteurs japonais.
    Malgré cela, la poésie des Belles endormies de Yasunari Kawabata m'a profondément touché. le thème général de ce petit texte est celui qui se retrouve chez tous les auteurs japonais que j'ai pu lire de Sôseki à Murakami Ryû : l'alliance intime entre l'érotisme et la mort.
    Le vieil Eguchi, 67 ans, se rend dans un bordel que lui a recommandé son vieil ami Kiga (peut-être est-il le mystérieux propriétaire du lieu puisqu'il est au courant de tout ce qui s'y passe, du nom des clients – alors que ceux-ci ne devraient pas se connaître les uns les autres – et même des circonstances du décès de l'un d'eux). le rituel est précis et il se répète à l'identique lors des cinq nuits (correspondant aux cinq chapitres du livre) qu'Eguchi passe dans cet étrange hôtel. Il est accueilli par une femme d'une quarantaine d'années, impassible et froide, qui l'introduit dans une grande pièce au premier étage de cette petite maison. Cette pièce jouxte la chambre dont la porte est fermée à clé et la clé n'est remise à Eguchi qu'une fois la cérémonie du thé présidée par l'hôtesse est terminée. Il y a donc une dimension religieuse incontestable et cette maison est un temple tout autant qu'un boxon. Impossible d'échapper et à cette cérémonie, impossible de boire autre chose que du thé, même du saké comme le demande Eguchi la première fois.
    Il est difficile pour nous, Occidentaux, de saisir ce caractère mystique à la prise du thé. Il faut pourtant savoir que la voie du thé est un rite remontant au XVème siècle mettant en exergue des valeurs telles que le respect, la simplicité, la pureté, etc. Dans Le Livre du thé, Okakura écrit :
    « le théisme est un culte basé sur l'adoration du beau parmi les vulgarités de l'existence quotidienne. Il inspire à ses fidèles la pureté et l'harmonie. Il est essentiellement le culte de l'Imparfait, puisqu'il est un effort pour accomplir quelque chose de possible dans cette chose impossible que nous savons être la vie. »
    Il peut sembler étrange qu'une telle cérémonie se déroule dans un lieu tel que celui-ci. Mais ce bordel n'est pas un bordel comme les autres : il est réservé à des vieillards, « clients de tout repos » dont Eguchi ne fait cependant pas partie, contrairement à ce qu'a dû croire Kiga.
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par johaylex, le 22 octobre 2011

    johaylex
    Dans ce très court roman, Kawabata narre une saisissante opposition faite de paradoxes qui ne peuvent que susciter tendresse chez le lecteur: le vieil homme impuissant éveillé aux côtés de très jeunes femmes endormies.
    La distribution des pouvoirs est bouleversante puisque les protagoniste ne peuvent avoir que des désirs insatisfaits: le vieil homme dominant ne peut pas nécessairement faire "parler" son corps, et les jeunes femmes restent passives alors que leur désir serait physiquement possible.
    Il ne s'agit pas que d'un roman sur le désir contrarié car le vieil homme de passionné retenu jette un regard plein de tendresse
    Le style est limpide comme une caresse sereine, et, en connaissant la vie de l'auteur, on peut penser qu'il crie un silence une magnifique déclaration d'amour.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par BMR, le 05 avril 2008

    BMR
    On a déjà eu l'occasion de croiser ici Yasunari Kawabata, l'un des deux prix Nobel nippons de littérature (rien que ça), avec l'excellent Pays de neige.
    Revoici cette belle écriture venue d'extrême-orient avec Les belles endormies.
    Moins accessibles que Pays de neige, encore plus japonaises, Ces belles endormies nous proposent une bien étrange visite.
    Celle d'une maison de «passe». Une maison où l'on «passe» la nuit aux côtés d'une belle.
    Aux côtés d'une belle endormie.
    Une maison où quelques vieillards avisés, mais plus tout à fait en mesure d'honorer une belle (des «vieillards de tout repos» !), passent une nuit paisible auprès d'une belle, endormie artificiellement.
    Comble de l'horreur ou comble du bonheur ?
    Un bien étrange rituel, très loin de nos fantasmes occidentaux, très proche du shinjû, le double suicide amoureux de l'imaginaire nippon. Car du sommeil tout court au sommeil éternel, il n'y a qu'un pas. Un pas de deux.
    Oui, car au-delà de la fascination pour les corps délicats de ces jeunesses endormies, Eguchi le vieillard, est tout autant obsédé par leur sommeil que rien ne vient réveiller. Un sommeil que l'on pourrait croire éternel.
    Un sommeil qui sera bientôt le sien, vu son âge avancé.
    Dix ans après avoir écrit Les Belles Endormies, Kawabata se suicidera, un an après le seppuku de son ami Mishima.
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par monito, le 02 mars 2011

    monito
    Eguchi a 67 ans et est encore très vert pour son âge… Ce n'est pas un vieillard lui ! Pas un vieillard pour qui les femmes ne se concrétisent plus que dans les rêves. Et pourtant Eguchi, sur l'invite d'un « ami » va à la rencontre de ces belles endormies dans cette maison, close, mais si particulière.
    Ce court roman de Kawabata a autant de chapitres que de visites effectuées dans cette maison où de vieux hommes bien sous tout rapport passent des nuits avec de belles jeunes femmes, parfois à peine nubiles, endormies.
    Droguées, elles dorment tellement profondément que rien ne les réveille. Tout serait donc possible, même le pire. La première expérience d'Eguchi vire au cauchemar, mais aussi à l'attraction… fatale.
    La description des corps, des ambiances, des ressentis sont époustouflantes. Une atmosphère résolument glauque aussi mais poétique à la fois, donne à ce roman une force assez étonnante. Il ne se « passe » pas grand-chose mais le bouleversement intérieur chez Eguchi comme chez le lecteur sont incroyables.
    Revisiter son histoire charnelle, son histoire amoureuse. Interroger son rapport à la femme, au corps de la femme mais aussi à sa propre décrépitude jusqu'à aboutir au rapport à la mère sont le fil conducteur de cet opuscule.
    La mort enfin, comme lien de tous les rendez-vous, jalonne bien notre histoire par trop commune.
    Vues au théâtre avant de les avoir lues, ces belles endormies sont décidément de beaux souvenirs.
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)

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Citations et extraits

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  • Par claireogie, le 03 avril 2011

    Eguchi desserra son bras qui la tenait fortement, et quand il eut disposé le bras nu de la fille de telle sorte qu'elle parût l'enlacer, elle lui rendit en effet docilement son étreinte. Le vieillard ne bougea plus. Il ferma les yeux. Une chaude extase l'envahit. C'était un ravissement presque inconscient. Il lui sembla comprendre le plaisir et le sentiment de bonheur qu'éprouvaient les vieillards à fréquenter cette maison. Et ces vieillards eux-mêmes, ne trouvaient-ils pas en ces lieux, outre la détresse, l'horreur ou la misère de la vieillesse, ce don aussi d'une jeune vie qui les comblait ? Sans doute ne pouvait-il exister pour un homme parvenu au terme extrême de la vieillesse un seul instant où il pût s'oublier au point de se laisser envelopper à pleine peau par une jeune fille. Les vieillards cependant considéraient-ils une victime endormie à cet effet comme une chose achetée en toute innocence, ou bien trouvaient-ils, dans le sentiment d'une secrète culpabilité, un surcroît de plaisir ? Le vieil Eguchi, lui, s'était oublié, et comme s'il avait oublié de même qu'elle était une victime, de son pied il cherchait à tâtons la pointe du pied de la fille. Car c'était le seul endroit de son corps qu'il ne touchait pas. Les orteils étaient longs et se mouvaient gracieusement. Leurs phalanges se pliaient et se dépliaient du même mouvement que les doigts de la main, et cela seul exerçait sur Eguchi la puissante séduction qui émane d'une femme fatale. Jusque dans le sommeil, cette fille était capable d'échanger des devis amoureux rien qu'au moyen de ses orteils.
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  • Par BMR, le 05 avril 2008

    En contrepoint des rêveries d'Eguchi, le client que nous suivons au fil des nuits, les réparties sans réplique de la maîtresse des lieux qui tient sa maison d'une main ferme :
    [...] - De nos clients, aucun ne fait jamais rien. Nous ne recevons que des clients de tout repos.
    Ou encore, le lendemain matin :
    [...] - Ne pourriez-vous me permettre de rester ici jusqu'à son réveil ?
    - Ça ! cela ne peut se faire ici ! dit la femme d'un ton un peu plus précipité. Même nos clients les plus fidèles ne font pas cela.
    Ou encore :
    [...] - J'aurais voulu avoir de la même drogue que la fille. J'avais envie de dormir d'un sommeil pareil au sien.
    - Ça, c'est interdit ! Et d'abord, ce serait dangereux à votre âge !
    - J'ai le coeur solide rassurez-vous ! Et si par hasard, je m'étais endormi pour l'éternité, ce n'est pas moi qui m'en serais plaint !
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  • Par wictoria, le 17 juillet 2009

    En fait, on parle de passé lointain, mais chez l'homme mémoire et réminiscences ne peuvent sans doute être qualifiées de proches ou lointaines en fonction uniquement de leur date ancienne ou récente. Il peut arriver que, mieux qu'un fait de la veille, un évènement de l'enfance, vieux de soixante années, soit conservé dans notre mémoire et resurgisse de la façon la plus nette et la plus vivante.
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  • Par Zazette97, le 01 avril 2011

    Il portait déjà, lui aussi, les stigmates de la vieillesse. Il était évident que la fille ne dormait là que par amour de l'argent. Cependant, pour les vieillards qui payaient, s'étendre aux côtés d'une fille comme celle-ci était certainement une joie sans pareille au monde.
    Du fait que jamais elle ne se réveillait, les vieux clients s'épargnaient la honte du sentiment d'infériorité propre à la décrépitude de l'âge, et trouvaient la liberté de s'abandonner sans réserve à leur imagination et à leurs souvenirs relatifs aux femmes.
    Etait-ce pour cela qu'ils acceptaient de payer sans regret bien plus cher que pour une femme éveillée? Que la fille endormie ignorât tout du vieillard contribuait sans doute à mettre ce dernier à l'aise. Et lui de son côté ne savait rien des conditions d'existence, ni de la personnalité de la fille.
    Rien ne le mettait en mesure de le deviner car il ignorait jusqu'à sa façon de s'habiller.
    Les vieillards avaient certes un motif élémentaire qui était de n'avoir pas à craindre d'ennuis subséquents.
    Mais il y avait aussi cette étrange lueur au fond de leurs profondes ténèbres. p.48
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  • Par mandarine43, le 31 juillet 2011

    [ Incipit ]

    « ET veuillez éviter, je vous en prie, les taquineries de mauvais goût ! N'essayez pas de mettre les doigts dans la bouche de la petite qui dort ! Ça ne serait pas convenable ! » recommanda l'hôtesse au vieil Eguchi.
    Au premier étage, il n'y avait que deux pièces, celle de huit nattes ou s’entretenaient Eguchi et la femme, et celle d'à côté, une chambre à coucher probablement; quant à l'étroit rez-de-chaussée qu'il avait vu en passant, il ne semblait pas comporter de salon, de sorte que la maison ne méritait pas le nom d'hôtel. Nulle enseigne n'indiquait du reste que ce fût une auberge. D'ailleurs, le mystère de cette maison interdisait sans doute pareille publicité. L'on n'y entendait pas le moindre bruit. Hormis la femme qui avait accueilli le vieil homme au portail verrouillé et avec qui il conversait en ce moment même, il n'avait aperçu âme qui vive ; mais Eguchi, dont c'était la première visite, n'avait pu démêler si elle était la patronne ou une employée. Quoi qu'il en fût, mieux valait sans doute que le visiteur s'abstînt de poser des questions superflues.
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