> Marie Surgers (Traducteur)

ISBN : 2841725286
Éditeur : L'Atalante (2011)


Note moyenne : 3.72/5 (sur 18 notes) Ajouter à mes livres

Comme Hélène de Sparte j'ai causé une guerre. La sienne, ce fut en se laissant prendre par les hommes qui la voulaient ; la mienne, en refusant d'être donnée, d'être prise, en choisissant mon homme et mon destin. L'homme était illustre, le destin obscur : un ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par boudicca, le 21 mai 2012

    boudicca
    Né de la fascination d'U. le Guin pour Virgile, le roman propose d'exploiter un personnage mineur de L'Enéide mentionné à titre anecdotique par le poète. L'auteur donne donc ici la parole à Lavinia, fille du roi Latinus du Latium dont le destin se trouve bouleversé par l'arrivée d'un prince étranger condamné à errer de par le monde suite à la destruction de sa patrie : Enée. Si certains éléments de l'histoire du Troyen nous sont aujourd'hui familières (la fuite de Troie avec son père Anchise sur le dos, la rencontre avec la reine carthaginoise Didon et le tragique suicide de cette dernière, la descente aux Enfers...), ses aventures en Italie sont bien moins connues et assez peu abordées.
    U. Le Guin nous fait donc revivre l'arrivée d'Enée et des survivants de la guerre de Troie dans le Latium, les guerres incessantes entre les différents peuples de la région (Sabins, Volsques...), la fondation de la cité de Lavinum, ancêtre de Rome... On se laisse facilement embarquer dans le récit et on ne tarde pas à s'attacher à cette Lavinia dont on suit avec intérêt la vie et les épreuves : la folie de sa mère, le mariage comme moyen d'alliance, la guerre... Les confrontations entre la narratrice et son « créateur », le poète Virgile, sont également extrêmement intéressantes. Un bon roman récompensé en 2009 par le prix Locus Award.
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    Critique de qualité ? (19 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Walktapus, le 14 mars 2011

    Walktapus
    "Autre prodige : pendant que Latinus allume d'une torche pure le feu de l'autel, et que la jeune Lavinia se tient à ses côtés, ô spectacle néfaste ! on vit la flamme saisir sa longue chevelure, consumer toute sa parure en crépitant, embraser son bandeau royal, embraser sa couronne constellée de pierres précieuses, et elle-même, enveloppée de fumée et de fauve lumière, répandre l'incendie par toute la maison. C'était, disait-on, le présage de choses étonnantes et terribles : la princesse serait un jour illustre par la gloire de son nom et sa destinée ; mais tout cela annonçait au peuple une grande guerre."
    Enéide, livre VII, trad. André Bellessort

    Lavinia, c'est cette princesse latine qu'épouse Enée, le héros troyen, plusieurs siècles avant la fondation de Rome, permettant ainsi de relier les origines de la Cité à Homère. Virgile, au début de notre ère, met en vers cette légende épique : l'Enéide, un "best-seller" dont le succès et l'influence auront été énormes.
    Mais revenons à notre livre. L'auteure déclare dans la postface avoir voulu rendre hommage à Virgile, mais elle adopte un point de vue original : celui d'un personnage à peine mentionné dans l'épopée, et qu'elle pourra développer tout à loisir : Lavinia.
    Lavinia est donc la narratrice de cette histoire, qui prend d'abord le temps de planter richement le décor d'une société agraire, superstitieuse, respectueuse des rites, mais idéalisée, prenant sa source tant dans une reconstitution historiquement plausible que dans le "Mos Maiorum", ces vertus célébrées des premiers Romains. Avec l'arrivée d'Enée en Italie (les livres précédents de l'Enéide étant juste résumés) on rejoint les événements racontés par Virgile. Mais le point de vue est celui d'une femme. La guerre perd son aspect glorieux tout en restant une tragédie et en devenant une calamité. Les dieux ne sont plus présents, et leur action parfois à peine suggérée. Lavinia poursuit également le récit là où Virgile s'arrête, pour boucler l'histoire d'une vie qui est aussi celle des fils d'Enée.
    D'une écriture pleine de sérénité, de sensibilité, Le Guin déroule un récit prenant et discrètement poétique, tout en prophéties et en flash-backs, s'interrogeant sur ce qu'aurait pu devenir l'Enéide si Virgile avait pu l'achever, et réussissant même très élégamment à l'inviter, double d'elle-même, dans son roman. Une très grande dame dans sa plénitude.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Sio, le 14 janvier 2012

    Sio
    Dans L'Enéide, Virgile ne la cite qu'une fois. Jamais il ne lui donne la parole.
    Lavinia, c'est l'histoire de cette princesse latine qu'Enée épouse en dernières noces; c'est sa voix qui nous conte cette histoire. Car telle une conteuse, elle déroule le fil de l'histoire, son histoire, qui est aussi celle du Latium.
    Réparant l'oubli de Virgile, Ursula K. le Guin nous brosse l'époustouflante fresque qui n'est qu'évoquée dans L'Enéide. L'histoire en elle-même est captivante, et extrêmement documentée; pas seulement parce que des cartes du Latium sont disponibles, mais parce qu'on sent que toutes les questions ayant trait aux rites, aux conflits, ou à la vie domestique ont été méthodiquement examinées. Mais il ne s'agit pas cependant d'un reportage; s'il y a foule de détails, ils servent surtout à élaborer un univers fouillé, et des personnages bien campés.
    Le récit est doublé d'un second niveau: celui de la réflexion sur l'écriture. Car dès les premières pages, Lavinia nous place face à cette constatation insondable : "Je suis certaine qu'une femme portant mon nom, Lavinia, a bien existé, mais elle a sans doute été si différente de l'idée que j'ai de moi, ou de l'idée que mon poète a de moi, que penser à elle ne réussit qu'à me perturber. A ce que j'en sais, c'est mon poète qui m'a rendue réelle."
    Consciente d'avoir été injustement oubliée par un Virgile mourant, Lavinia nous conte elle-même les événements qui ont constitué sa vie, s'affranchissant au fur et à mesure de l'influence du poète. Tant et si bien qu'on ne sait plus trop qui influence qui. Est-ce Virgile qui permet à Lavinia d'exister, en lui révélant les grandes phases de la vie d'Enée, ou est-ce Lavinia qui permet à Virgile de ne pas mourir en se rendant à l'autel d'Albunea? Telle est la mise en abîme que distille Ursula K. le Guin, et qui tend à s'effacer au fil des pages, matérialisant l'indépendance que prend le personnage par rapport au créateur.
    On trouve enfin une réflexion sur la guerre, que les hommes sont incapables d'abandonner, mais aussi sur la condition des femmes, en général. Il ne faudrait pourtant pas croire qu'il s'agit d'un livre écrit par une femme, et pour les femmes. Lavinia est aussi une histoire d'hommes et, après tout, il ne faut pas être rebuté par un peu de beauté stylistique!
    Le temps d'un récit, Ursula K. le Guin renoue avec le rythme des épopées antiques, retrouve le souffle des tragédies et nous touche avec sa poésie; loin des habituelles productions où l'hémoglobine coule à chaque page, on a affaire à un récit fluide et beaucoup plus subtil. Tout est dit, mais il faut parfois lire entre les lignes; les réflexions de Lavinia sur son destin, ses actes, ou la vie en général, sont autant de considérations aux accents aussi poétiques que philosophiques.


    Lien : http://encres-et-calames.over-blog.fr/article-lavinia-ursula-k-le-gu..
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Radicale, le 24 mars 2011

    Radicale
    Lavinia est une vraie belle découverte, qui part de l'idée suivante : corriger l'oubli de Virgile dans l'Enéide, en donnant une voix, une histoire, une texture, une saveur au personnage de Lavinia, dernière femme du héros mythologique Enée, tout juste évoquée dans l'épopée du poète.
    Lavinia, c'est tout d'abord une histoire intéressante en elle-même, prenante, avec une héroïne bien campée, qui se tient la tête haute. L'univers est réaliste, bien documenté, avec force détails sur les coutumes et dieux latins de l'antiquité.
    Mais c'est aussi, et c'est ce que je retiendrai du livre, la possibilité d'un second degré de lecture : le point de départ du roman est extrêmement original dans la mesure où Lavinia reconnait sa non-existence réelle, ou plutot sa contingence, son statut de personnage de papier, tout en revendiquant sa réalité grâce au pouvoir créateur du poète. L'intrigue va même plus loin, puisque c'est le personnage de fiction qui donne corps en poète, en racontant sa rencontre avec Virgile alors qu'il est aux portes de la mort. A la manière de Tchouang-Tseu qui se demande s'il rêve qu'il est un papillon ou s'il est un papillon qui rêve qu'il est Tchouang-Tseu (ou comme dans Les Fleurs bleues de Raymond Queneau), le lecteur se demande si c'est le poète qui rêve de son personnage, ou le personnage qui rêve de son créateur. Les rôles peuvent être inversés ici, Lavinia est tout à fait capable de donner chair à celui qui l'a inventée. J'ai adoré ce paradoxe, cette réflexion et cette mise en abime sur l'acte de création par l'écriture, avec le personnage et l'auteur qui se nourrissent l'un l'autre.
    Enfin, on trouve une belle réflexion sur la guerre tout au long du roman
    En résumé, alors que tout part d'une épopée, c'est un très beau texte qui prend les accents d'une tragédie antique, avec des thèmes similaires (accepter son destin, refuser ou obéir aux coutumes ancestrales, faire des choix face à un dilemme et en assumer les conséquences), un discours qui serait digne d'un monologue théatrale et surtout, une voix, une voix très forte, une voix magistrale, une voix qui porte, qui charrie un flot d'émotions, mélancolique, une voix qui donne définitivement vie à Lavinia et qui lui rend, enfin, justice.

    Lien : http://chezradicale.canalblog.com/archives/2011/03/23/20699880.html
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    • Livres 3.00/5
    Par zazane, le 26 mai 2011

    zazane
    Bien qu'un peu déçue par ma première découverte littéraire d'Ursula le Guin, ma passions pour les récits de l'Antiquité greco-romaine et l'opportunité de lire ce roman en Partenariat sur Livraddict m'a poussé à redécouvrir cet auteur, qui reste une merveilleuse conteuse. Je retente donc l'expérience Ursula le Guin, pleine d'espoir, avec cette fois ci un roman dédié aux adultes.
    Je tiens d'ailleurs à remercier tout particulièrement Livraddict et toute la Team pour son gigantesque travail, ainsi que les éditions Atalante que je découvre d'avantage et qui me séduise de plus en plus autant par la qualité de leurs traductions que par la qualité de leur éditions. Nous avons toujours ici un livre beau, avec un format que je trouve idéal et une couverture magnifique. Au touché les livres de l'Atalante sont inégalé : quelle douceur ! Cette petite parenthèse livre objet ouverte, revenons en à ce qui nous intéresse : le roman.
    J'avais retenue deux choses de mes précédente lecture signée Ursula le Guin : le talent indéniable de conteuse de l'auteur et sa façon d'aborder des sujets philosophique dense sous forme d'un mysticisme quasi religieux. Autant je suis séduite par le premier aspect, autant le second me rebute. J'ai retrouvé avec plaisir la merveilleuse conteuse mais me suis perdu dans l'interprétation méditative de l'œuvre de Virgile qu'elle nous offre ici.
    Nous nous trouvons là, devant Lavinia qui nous relate ces souvenirs et son histoire. le poème épique de Virgile est ici vécue comme une prophétie à laquelle est soumise notre héroïne.
    La première partie du roman m'a totalement séduite : le style poétique et fluide de l'auteur colle à merveille avec le thème et l'époque du roman. Lavinia est un personnage attachant, profond et original. La seconde partie où elle relate ces rencontres avec le poète sous forme de songes m'a perturbée, voire même ennuyée. Seul ma curiosité m'a poussée à continuer ma lecture. le dernier épisode, sombre et brutal de la fin du poème de Virgile a donner de l'ampleur à mes réserves. La guerre entre Ennée le troyen et Tumnus le latin se veut aussi imagé et sanglant que l'Enéide : cet étalage d'hémoglobine m'a fortement déplu. Pour tout avouer, ça a même étouffé le charme poétique et original qui me plaisait tant dans ce roman.
    La relation entre Enée et Lavinia aurait pu me faire oublier ce gros point négatif si elle n'avait pas été camouflée derrière toutes les réflexions sur la piété, la loyauté, le devoir, la justice et la vertu que nous impose l'histoire. L'idée de faire vivre Lavinia et de lui donner une voix aurait pu m'embarquer (et la première partie de l'histoire la fait !) mais je me suis trop perdue au milieu de cet hommage à Virgile et sa vision de la naissance de Rome.
    Il semblerait donc que le style de l'auteur ne soit pas ma tasse de thé. Je ne pousserais pas pour le moment la porte de terremer de peur de retrouver ce mysticisme bien trop présent. le coté trop méditatif de l'auteur m'étouffe un peu et ne me fait pas assez voyager… C'est dommage car une aussi bonne conteuse qu'Ursula K le Guin aurait pu m'emmener par delà l'imaginaire ! Je ressort très mitigée de cette lecture et laisserais, pour conclure, un passage qui résume l'idée et l'atmosphère général du roman :
    « Mon destin, semble-t-il, était de vivre parmi les gens que le deuil faisait souffrir outre mesure, qu'il rendait fous. Moi, je souffrais du deuil, mais j'étais condamnée à rester saine d'esprit. Ce n'était pas l'œuvre du poète. Je sais qu'il ne m'a donné que rougeurs modestes et pas la moindre personnalité. Il dit, je le sais, qu'à la mort de ma mère j'ai déliré en arrachant des mèches de mes cheveux d'or. Il n'a pas fait attention, c'est tout : quand elle est morte, j'étais muiette, je ne pleurais pas, je ne pensais qu'à rendre décent sa pauvre dépouille souillée. Et mes cheveux ont toujours été bruns. A la vérité, il ne m'a donné qu'un nom, un nom que jéai rempli de moi-même. Pourtant, sans le poète, aurais- je seulement un nom ?Je ne lui en ai jamais voulu. Même un poête ne peut pas toujours tout comprendre. »

    Lien : http://recherchetemps2.canalblog.com/archives/2011/04/17/20911836.html
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Critiques presse (1)


  • Telerama , le 14 juin 2011
    Ce roman conte l'éveil à la vie d'une jeune femme. Et s'enrichit d'une réflexion sous-jacente sur l'écriture, qui jamais pourtant ne vient altérer le charme du ­récit.
    Lire la critique sur le site : Telerama

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Citations et extraits

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  • Par Radicale, le 24 mars 2011

    Mais que dois-je faire à présent ? J'ai perdu mon guide, mon Virgile. Il me faut continuer, parcourir seule tout ce qui reste après la fin, tout le reste du monde immense, confus, illisible.
    Que reste-t-il après une mort ? Tout le reste. Le soleil qu'un homme a vu se lever se couche même s'il ne le voit pas. Une femme s'assoit pour tisser la pièce qu'une autre femme a laissée sur le métier.
    J'ai trouvé mon chemin jusqu'ici bien que le poète ne m'ait pas indiqué le chemin. J'ai tout déduit sans me tromper grâce à ce qu'il a dit, aux indices qu'il m'a laissés. Je l'ai suivi jusqu'au centre du labyrinthe. A présent je dois seule trouver la sortie. Ce sera plus long, plus lent, à vivre, mais pas si long, je pense, à dire.
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  • Par Radicale, le 24 mars 2011

    On dit que Mars absout le guerrier des crimes de guerre, mais ceux qui n'étaient pas guerriers, ceux pour qui on prétend se battre quand bien même ils n'ont jamais voulu la guerre, qui les absout, eux ?
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  • Par Sio, le 08 décembre 2011

    Les hommes prétendent les femmes instables, changeantes, et bien que cette accusation soit motivée par la crainte qu'on attente à leur précieux honneur sexuel, elle contient une vérité. Nous sommes capables de changer notre vie, notre être; quelle que soit notre volonté, nous sommes changées. Comme la lune change mais reste elle-même, nous sommes vierges, épouses, mères, grand-mères. Les hommes ne tiennent pas en place, certes, mais ils sont qui ils sont.
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  • Par Phooka, le 21 janvier 2011

    Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Je agrippais à la balustrade, avec Maruna et d'autres femmes, et partout sur les toits et les remparts se tenaient des femmes et des enfants pour voir des hommes tuer des hommes.
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  • Par Phooka, le 21 janvier 2011

    Mais on voyait celles qui voyaient, perchées sur les remparts au dessus. Certaines regardaient mourir leur fils ou leur mari, égorgé par une épée de bronze devant la porte fermée de la ville.
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Pouvoirs d'Ursula Le Guin Marque-Page 21-04-2011








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