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> Marie Surgers (Traducteur)

ISBN : 2841725286
Éditeur : L'Atalante (2011)


Note moyenne : 3.82/5 (sur 44 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :

Comme Hélène de Sparte j'ai causé une guerre. La sienne, ce fut en se laissant prendre par les hommes qui la voulaient ; la mienne, en refusant d'être donnée, d'être prise, en choisissant mon homme et mon destin. L'homme était illustre, le destin obscur : un ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par boudicca, le 21 mai 2012

    boudicca
    Né de la fascination d'Ursula Le Guin pour l'écrivain antique Virgile, le roman propose avec originalité d'exploiter un personnage mineur de l'Enéide mentionné uniquement à titre anecdotique par le poète. L'auteur donne ainsi la parole à Lavinia, fille du roi Latinus du Latium, dont le destin se trouve bouleversé par l'arrivée d'un prince étranger, condamné à errer de par le monde suite à la destruction de sa patrie : Énée. Si certains éléments de l'histoire du Troyen nous sont évidemment aujourd'hui familières (la fuite de Troie avec son père Anchise sur le dos, la rencontre avec la reine carthaginoise Didon et le tragique suicide de cette dernière, la descente aux Enfers...), ses aventures en Italie sont cependant bien moins connues et assez peu abordées.
    Ursula Le Guin nous fait donc revivre l'arrivée d’Énée et des survivants de la guerre de Troie dans le Latium, les guerres incessantes entre les différents peuples de la région (Sabins, Volsques...), et surtout la genèse de la fondation de la cité de Lavinum, autrement dit l'ancêtre de Rome. Difficile de ne pas se laisser embarquer par le récit et de ne pas se prendre d'affection pour cette Lavinia dont on suit avec intérêt l'évolution et les épreuves : la folie de sa mère, le mariage comme moyen d'alliance, les ravages de la guerre, son amour naissant pour Énée... Seul petit bémol : la distance qui sépare parfois le lecteur de la narratrice, malheureusement trop souvent dans la retenue. Les confrontations entre la jeune femme et son « créateur », le poète Virgile, sont cela dit extrêmement intéressantes et rajoutent une touche d'originalité à l'ensemble.
    Avec « Lavinia », Ursula Le Guin signe incontestablement un bon roman, certainement pas le meilleur de sa carrière mais néanmoins divertissant et qui parlera sans aucun doute aux amateurs d'histoire ancienne. L'ouvrage fut d'ailleurs récompensé en 2009 par le prestigieux prix Locus Award.
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    • Livres 4.00/5
    Par Walktapus, le 14 mars 2011

    Walktapus
    "Autre prodige : pendant que Latinus allume d'une torche pure le feu de l'autel, et que la jeune Lavinia se tient à ses côtés, ô spectacle néfaste ! on vit la flamme saisir sa longue chevelure, consumer toute sa parure en crépitant, embraser son bandeau royal, embraser sa couronne constellée de pierres précieuses, et elle-même, enveloppée de fumée et de fauve lumière, répandre l'incendie par toute la maison. C'était, disait-on, le présage de choses étonnantes et terribles : la princesse serait un jour illustre par la gloire de son nom et sa destinée ; mais tout cela annonçait au peuple une grande guerre."
    Enéide, livre VII, trad. André Bellessort

    Lavinia, c'est cette princesse latine qu'épouse Enée, le héros troyen, plusieurs siècles avant la fondation de Rome, permettant ainsi de relier les origines de la Cité à Homère. Virgile, au début de notre ère, met en vers cette légende épique : l'Enéide, un "best-seller" dont le succès et l'influence auront été énormes.
    Mais revenons à notre livre. L'auteure déclare dans la postface avoir voulu rendre hommage à Virgile, mais elle adopte un point de vue original : celui d'un personnage à peine mentionné dans l'épopée, et qu'elle pourra développer tout à loisir : Lavinia.
    Lavinia est donc la narratrice de cette histoire, qui prend d'abord le temps de planter richement le décor d'une société agraire, superstitieuse, respectueuse des rites, mais idéalisée, prenant sa source tant dans une reconstitution historiquement plausible que dans le "Mos Maiorum", ces vertus célébrées des premiers Romains. Avec l'arrivée d'Enée en Italie (les livres précédents de l'Enéide étant juste résumés) on rejoint les événements racontés par Virgile. Mais le point de vue est celui d'une femme. La guerre perd son aspect glorieux tout en restant une tragédie et en devenant une calamité. Les dieux ne sont plus présents, et leur action parfois à peine suggérée. Lavinia poursuit également le récit là où Virgile s'arrête, pour boucler l'histoire d'une vie qui est aussi celle des fils d'Enée.
    D'une écriture pleine de sérénité, de sensibilité, Le Guin déroule un récit prenant et discrètement poétique, tout en prophéties et en flash-backs, s'interrogeant sur ce qu'aurait pu devenir l'Enéide si Virgile avait pu l'achever, et réussissant même très élégamment à l'inviter, double d'elle-même, dans son roman. Une très grande dame dans sa plénitude.
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    • Livres 5.00/5
    Par Charybde2, le 19 mars 2013

    Charybde2
    L'art de traiter du "grand" en affectant de parler du "petit", comme souvent chez Le Guin...
    Dernier livre en date de la grande Ursula K. le Guin, publié en 2008 (début 2011 en France), "Lavinia" compte parmi ces réussites littéraires qui marquent profondément.
    Développant avec une grande finesse et quelques partis pris (assez proches au fond de ceux du Baricco de "Homère, Iliade" - tout cela étant expliqué dans une précieuse postface) le personnage de Lavinia, épouse latine d'Enée selon Virgile, l'auteur reconstruit les origines mythico-historiques de Rome, d'un point de vue féminin bien particulier, lui permettant de souligner avec subtilité le contexte politique, social, religieux et humain de cette "fondation", en insistant notamment, par petites touches, sur les profondes différences entre la construction sociale grecque, et celle, en gestation, de la future Rome.
    "Tous les ans, au printemps, comme tous les chefs de famille du Latium, mon père parcourait sa maison à minuit avec neuf fèves noires dans la bouche, et quand il les recrachait, il disait : "Ombres, partez !". Et les fantômes qui infestaient la maison mangeaient les fèves avant de retourner sous terre."
    "Et au crépuscule de l'aube, le lendemain, seule, à genoux dans la boue du Tibre, j'ai vu les grands navires virer pour pénétrer dans le fleuve. J'ai vu mon mari sur la haute proue du premier vaisseau, même si lui ne m'a pas vue. Absorbé dans ses prières et ses rêves, il contemplait le fleuve sombre devant lui. Il ne voyait pas les morts qui bordaient le cours du fleuve à perte de vue, jusqu'à Rome."
    "Mais à présent la sensation d'être prisonnière avait disparu, en même temps que la honte impuissante. La même certitude qui brillait dans les yeux de mon père m'emplissait moi aussi. Tout se passait comme il se devait et, en me laissant porter par les événements, j'étais libre. le fil qui me liait au mât avait été tranché. Pour la première fois, j'ai su ce que voulait dire voler, suivre mes ailes à travers les airs, à travers les ans à venir, aller, continuer."
    A travers cette figure par moments aussi essentielle qu'une Antigone dans son sens de "ce qui doit être fait", on parcourt aussi bien les phénomènes de "xénophobie instinctive" (et le rôle de l'individu pour lutter contre cela), l'utilisation de la confusion et du mensonge en propagande politique, ou encore la conception ("ultra-moderne") du rôle véritable d'un "chef". Comme souvent chez Le Guin, on est aussi frappé du regard aigu posé sur les phénomènes religieux, durement critiqués, mais toujours respectés.
    Enfin, on ne peut que s'émerveiller à nouveau de cet art permettant à l'auteur de toujours traiter de "grands" sujets en affectant de se pencher sur de "petites" et quotidiennes choses... Et de la part d'une dame de 80 ans, s'il vous plaît...
    L'enthousiaste critique détaillée de Nébal, qui m'a donné envie il y a quelques mois de lire au plus vite ce bijou, est ici: http://nebalestuncon.over-blog.com/ext/http://www.cafardcosmique.com/Lavinia-d-Ursula-K-Le-Guin
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    • Livres 4.00/5
    Par Philemont, le 18 décembre 2012

    Philemont
    Lavinia conte l'histoire d'un personnage méconnu de l'Enéide mais néanmoins essentiel dans la mythologie romaine. Fille du roi des Latins, Lavinia refuse d'épouser ses prétendants quand elle est en âge de se marier puisque les augures la destinent à Enée qui, après s'être enfui de Troie, est en quête d'une nouvelle terre. Bien sûr l'arrivée de cet étranger provoque un conflit sanglant, lequel est remporté par le troyen grâce à sa volonté d'intégration qui lui garantit le soutien du roi et la main de Lavinia. Leur vie commune est heureuse mais courte puisqu'Enée est tué trois ans plus tard. Lavinia élève alors seule leur fils, Silvius, dont la descendance conduira à Romulus et Rémus, et à la fondation de Rome.
    Un peu à la façon de Marion Zimmer BRADLEY qui vingt ans plus tôt nous proposait une relecture de la guerre de Troie, Ursula K. LE GUIN réécrit avec Lavinia un épisode peu connu de la mythologie romaine, et ce d'un point de vue exclusivement féminin. Mais Lavinia est aussi l'antithèse d'Hélène puisque la première refuse ce que la seconde laisse faire ; les conséquences sont néanmoins les mêmes, bien que dans des proportions différentes.
    La guerre, qu'elle soit latente ou bel et bien réelle, est en effet au coeur du roman puisque l'époque est violente et que tout problème se règle par le sang. Pourtant certains s'interrogent sur le bien fondé d'une telle brutalité, parmi lesquels Lavinia bien sûr, mais également son père et Enée. Et c'est là qu'Ursula LE GUIN se démarque franchement de Marion Zimmer BRADLEY, puisque le lecteur ne détectera nul manichéisme dans la prose de la première, là où il était omniprésent dans celle de la seconde.
    Et au-delà de la guerre, c'est toute la société de l'époque que l'auteure décrit de manière très détaillée, de la façon dont on se nourrissait aux pratiques religieuses, en passant par l'exercice du pouvoir qui ne dispensait nullement de participer activement à la vie quotidienne de la cité. Et bien sûr, dans cette société pré-romaine, les rôles des hommes et des femmes étaient très différenciés, mais associés, faisant de la condition de chacun un élément à part entière d'une société parfaitement codifiée.
    En tout cela les personnages mis en scène dans Lavinia sont particulièrement fins et émouvants. de plus la prose de l'auteure est à la fois travaillée, belle et facile d'accès. Et comme l'histoire est en elle-même passionante, le lecteur tient avec Lavinia une incontestable réussite. Les lecteurs du magazine Locus ne s'y sont d'ailleurs pas trompés en lui décernant son prix en 2009.
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    • Livres 5.00/5
    Par Sio, le 14 janvier 2012

    Sio
    Dans L'Enéide, Virgile ne la cite qu'une fois. Jamais il ne lui donne la parole.
    Lavinia, c'est l'histoire de cette princesse latine qu'Enée épouse en dernières noces; c'est sa voix qui nous conte cette histoire. Car telle une conteuse, elle déroule le fil de l'histoire, son histoire, qui est aussi celle du Latium.
    Réparant l'oubli de Virgile, Ursula K. le Guin nous brosse l'époustouflante fresque qui n'est qu'évoquée dans L'Enéide. L'histoire en elle-même est captivante, et extrêmement documentée; pas seulement parce que des cartes du Latium sont disponibles, mais parce qu'on sent que toutes les questions ayant trait aux rites, aux conflits, ou à la vie domestique ont été méthodiquement examinées. Mais il ne s'agit pas cependant d'un reportage; s'il y a foule de détails, ils servent surtout à élaborer un univers fouillé, et des personnages bien campés.
    Le récit est doublé d'un second niveau: celui de la réflexion sur l'écriture. Car dès les premières pages, Lavinia nous place face à cette constatation insondable : "Je suis certaine qu'une femme portant mon nom, Lavinia, a bien existé, mais elle a sans doute été si différente de l'idée que j'ai de moi, ou de l'idée que mon poète a de moi, que penser à elle ne réussit qu'à me perturber. A ce que j'en sais, c'est mon poète qui m'a rendue réelle."
    Consciente d'avoir été injustement oubliée par un Virgile mourant, Lavinia nous conte elle-même les événements qui ont constitué sa vie, s'affranchissant au fur et à mesure de l'influence du poète. Tant et si bien qu'on ne sait plus trop qui influence qui. Est-ce Virgile qui permet à Lavinia d'exister, en lui révélant les grandes phases de la vie d'Enée, ou est-ce Lavinia qui permet à Virgile de ne pas mourir en se rendant à l'autel d'Albunea? Telle est la mise en abîme que distille Ursula K. le Guin, et qui tend à s'effacer au fil des pages, matérialisant l'indépendance que prend le personnage par rapport au créateur.
    On trouve enfin une réflexion sur la guerre, que les hommes sont incapables d'abandonner, mais aussi sur la condition des femmes, en général. Il ne faudrait pourtant pas croire qu'il s'agit d'un livre écrit par une femme, et pour les femmes. Lavinia est aussi une histoire d'hommes et, après tout, il ne faut pas être rebuté par un peu de beauté stylistique!
    Le temps d'un récit, Ursula K. le Guin renoue avec le rythme des épopées antiques, retrouve le souffle des tragédies et nous touche avec sa poésie; loin des habituelles productions où l'hémoglobine coule à chaque page, on a affaire à un récit fluide et beaucoup plus subtil. Tout est dit, mais il faut parfois lire entre les lignes; les réflexions de Lavinia sur son destin, ses actes, ou la vie en général, sont autant de considérations aux accents aussi poétiques que philosophiques.


    Lien : http://encres-et-calames.over-blog.fr/article-lavinia-ursula-k-le-gu..
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Critiques presse (1)


  • Telerama , le 14 juin 2011
    Ce roman conte l'éveil à la vie d'une jeune femme. Et s'enrichit d'une réflexion sous-jacente sur l'écriture, qui jamais pourtant ne vient altérer le charme du ­récit.
    Lire la critique sur le site : Telerama

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Citations et extraits

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  • Par Radicale, le 24 mars 2011

    Mais que dois-je faire à présent ? J'ai perdu mon guide, mon Virgile. Il me faut continuer, parcourir seule tout ce qui reste après la fin, tout le reste du monde immense, confus, illisible.
    Que reste-t-il après une mort ? Tout le reste. Le soleil qu'un homme a vu se lever se couche même s'il ne le voit pas. Une femme s'assoit pour tisser la pièce qu'une autre femme a laissée sur le métier.
    J'ai trouvé mon chemin jusqu'ici bien que le poète ne m'ait pas indiqué le chemin. J'ai tout déduit sans me tromper grâce à ce qu'il a dit, aux indices qu'il m'a laissés. Je l'ai suivi jusqu'au centre du labyrinthe. A présent je dois seule trouver la sortie. Ce sera plus long, plus lent, à vivre, mais pas si long, je pense, à dire.
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  • Par Radicale, le 24 mars 2011

    On dit que Mars absout le guerrier des crimes de guerre, mais ceux qui n'étaient pas guerriers, ceux pour qui on prétend se battre quand bien même ils n'ont jamais voulu la guerre, qui les absout, eux ?

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  • Par Sio, le 08 décembre 2011

    Les hommes prétendent les femmes instables, changeantes, et bien que cette accusation soit motivée par la crainte qu'on attente à leur précieux honneur sexuel, elle contient une vérité. Nous sommes capables de changer notre vie, notre être; quelle que soit notre volonté, nous sommes changées. Comme la lune change mais reste elle-même, nous sommes vierges, épouses, mères, grand-mères. Les hommes ne tiennent pas en place, certes, mais ils sont qui ils sont.
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  • Par Phooka, le 21 janvier 2011

    Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Je agrippais à la balustrade, avec Maruna et d'autres femmes, et partout sur les toits et les remparts se tenaient des femmes et des enfants pour voir des hommes tuer des hommes.

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  • Par Phooka, le 21 janvier 2011

    Mais on voyait celles qui voyaient, perchées sur les remparts au dessus. Certaines regardaient mourir leur fils ou leur mari, égorgé par une épée de bronze devant la porte fermée de la ville.

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