ISBN : 202098296X
Éditeur : Editions du Seuil
(2009)
Note moyenne : 3.88/5 (sur 33 notes)
La vie d'un homme inconnu7Ajouter à mes livres
Ce départ pour Saint-Pétersbourg annonce un de ces voyages mystérieux où nous cherchons non pas à changer de pays mais à changer notre vie. Choutov, écrivain et ancien dissident, espère fuir ainsi l'impasse de sa liaison avec Léa, éprouver de nouveau l'incandescence de ... > voir plus
Un ouvrage très fort qui relate l'histoire de la Russie du XXe siècle. le héros, qui a quitté St Petersbourg depuis de nombreuses années pour vivre en France, retourne au pays après une déception sentimentale. Il souhaite retrouver un amour de jeunesse.
Mais ce qu'il découvrira, c'est un vieil homme solitaire qui a connu tous les déboires de la ville depuis un demi-siècle : la guerre et le blocus de St Petersbourg pendant presque 900 jours, la faim, les travaux forcés... Et puis la fin de l'URSS pour un passage brutal vers les valeurs de l'ouest... Ces deux hommes sont en fait très proches et ne comprennent plus la Russie d'aujourd'hui. Une belle page d'histoire, une romance dans la tradition Russe, une belle réflexion sur la Russie...
Un roman captivant et émouvant.
La 1° partie est sans grand intérêt. En revanche, l'histoire dans l'histoire est magnifique. Cependant, si elle avait été seule, le livre n'aurait pas eu une telle force. En effet, ce que veut montrer Makine, c'est justement la différence de culture entre l'URSS et la Russie nouvelle. La perte de la patrie, la question du souvenir. Tout cela disparaitrait sans cette partie rebutante et apparemment sans intérêt. Un très beau texte sur l'exil, servi par la plume toujours aussi poétique de Makine.
Heureusement qu'au premier quart du livre, j'ai lu les critiques des lecteurs de Babelio. J'ai don passé outre l'ennui que me procuraient ces premiers chapitres, J'ai eu raison de perséverer. La vie de Chotov revenant à Sain Pétersbourg après une vie parisienne sans grand intérêt, est un prétexte à entendre les souvenirs de Volski à la veille de sa mort. Autrefois c'était Léningrad, la guerre contre les allemands, le siège de la ville, la faim, le froid, la mort.
Puis la guerre cesse, sans pourtant apporter aux habitants la paix. C'est le régime de Staline, ses dénonciations, ses purges et ses camps de la mort. Malgré toutes ces horreurs, reste le pouvoir regarder le ciel étoilé et d'y chercher quelque raison de vivre. L'auteur ou plutôt le personnage Choutov ( mais n'est-ce pas le même homme) s'aperçoit qu'il ne pourra plus vivre dans ce pays et "qu'il n'appartiendra plus jamais à ce monde russe qui renait maintenant"
Impression étrange, la première partie du roman a très peu d'intérêt, un homme se fait plaquer par son amie beaucoup plus jeune. Il est russe et repart à Saint-Pétersbourg au milieu de la Russie moderne, là il rencontre un vieil homme qui lui raconte son passé d'homme russe : le blocus de Leningrad, la guerre, le goulag, la mort de sa compagne dans un camp, son travail auprès des enfants handicapés. Makine le raconte très bien, le roman prend alors tout son intérêt. J'ai pensé à la citation de Tchékhov que Makine cite plusieurs fois : « Nous encourageait à couper le début et la fin de nos Nouvelles. Je ne sais pas si le remède du docteur Tchékhov peut guérir un roman. En tout cas, mon héroïne vit dans la partie qu'il conseillait de couper ».
"C'est ça, une question de ce genre, d'une naïveté difficile à parer. Pourquoi le goulag serait-il le critère de la bonne littérature ? Et la souffrance, un gage de l'authenticité ? Mais surtout qui pourrait juger de la valeur des vies, des livres ? En quoi la vie de Vlad serait-elle moins dotée de sens que celle d'un pauvre bougre qui achetait avec ses derniers kopecks le fascicule d'un poète proscrit, imprimé sur du papier d'emballage ? Aucun livre n'est plus interdit à ces jeunes Russes. Ils parcourent le monde [...], ils sont bien nourris, instruits, décomplexés... Pourtant, une chose leur fait défaut...
Alors j’ai voulu me payer sa tête, j’ai cité Marx « le seul critère de la vérité est le résultat pratique » et dans l’édition, le résultat c’est le nombre de ventes, n’est ce pas ? Si des livres de merde se vendent, c’est qu’on en a besoin.
Tchekhov nous encourageait à couper le début et la fin de nos nouvelles. Je ne sais pas si le remède du docteur Tchekhov peut guérir un roman. En tout cas, mon héroïne vit dans la partie qu’il conseillait de couper
Choutov sent soudain avec violence qu'il n'appartiendra jamais à ce monde russe qui renait maintenant (tant mieux! se dit-il) dans sa patrie. il restera jusqu'à la fin dans un passé de + en + méprisé et de + en + inconnu dailleurs. Une époque qu'il sait indéfendable et où pourtant vivaient qques êtres qu'il faudra coûte que coûte sauver de l'oubli.
Ce bonheur rendait dérisoire le bonheur des hommes de dominer, de tuer, de posséder, pensa Volski. Car ni Mila ni lui-même ne possédaient rien. Leur joie était faite de choses qu'on ne possède pas, de ce que les autres avaient abandonné ou dédaigné. Mais surtout, ce couchant, cette odeur d'écorce tiède, ces nuages au-dessus des jeunes arbres du cimetière, cela appartenait à tout le monde!