Outre l'irréductible échéance liée à la mort, outre les multiples et indicibles souffrances, n'est-il pas donné à tous de choisir son destin ? Certes la vie est tragique mais elle doit avoir un sens. Un sens, peut-être des se... > voir plus
A Shanghaï, en mars 1927, c'est le début de l'offensive de Tchang Kaï-Chek contre l'Empire chinois. Une autre tragédie se joue entre les différents protagonistes du roman, Kyo, le leader, Tchen, le terroriste, Gisors, l'esthète opiomane, et Ferral le capitaliste.
Chacun de héros essaie à sa manière d'échapper à la solitude.
Mais l'homme ne peut se dérober à sa condition.
Un des plus beaux livres de Malraux.
Lentement empli du long cri d'une sirène, le vent qui apportait la rumeur presque éteinte de la ville en état de siège et le sifflet des vedettes qui rejoignaient les bateaux de guerre, passa sur les ampoules misérables allumées au fond des impasses et des ruelles ; autour d'elles, des murs en décomposition sortaient de l'ombre déserte, révélés avec toutes leurs taches par cette lumière que rien ne faisait vaciller et d'où semblaient émaner une sordide éternité. Cachés par ces murs, un demi-million d'hommes : ceux des filatures, ceux qui travaillaient seize heures par jour depuis l'enfance, le peuple de l'ulcère, de la scoliose, de la famine. Les verres qui protégeaient les ampoules se brouillèrent et, en quelques minutes, la grande pluie de Chine, furieuse, précipitée, prit possession de la ville.
Les hommes ne sont pas mes semblables, ils sont ceux qui me regardent, et me jugent ; mes semblables ce sont ceux qui m'aiment contre tout, qui m'aiment et ne me regardent pas, qui m'aiment contre la déchéance, contre la bassesse, contre la trahison, moi, et non ce que j'ai fait ou ferai, qui m'aimeront tant que je m'aimerai moi-même -jusqu'au suicide compris.
Par petitours, le 29 novembre 2010
Première phrase du livre
Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ? L'angoisse lui tordait l'estomac ; il connaissait sa propre fermeté, mais n'était capable en cet instant que d'y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même — de la chair d'homme.
On peut tromper la vie longtemps, mais elle finit toujours par faire de nous ce pour quoi nous sommes faits. Tout vieillard est un aveu, et si tant de vieillesses sont vides, c'est que tant d'hommes l'étaient et le cachaient. Mais cela même est sans importance. Il faudrait que les hommes pussent savoir qu'il n'y a pas de réel, qu'il est des mondes de contemplation -avec ou sans opium- où tout est vain...
- Où l'on contemple quoi ?
- Peut-être pas autre chose que cette vanité... C'est beaucoup.
Vous connaissez la phrase :"Il faut neuf mois pour faire un homme, et un seul jour pour le tuer." May, écoutez : il ne faut pas neuf mois, il faut soixante ans pour faire un homme, soixante ans de sacrifices, de volonté, de... tant de choses ! Et quand cet homme est fait, quand il n'y a plus en lui-même rien de l'enfance, ni de l'adolescence, quand, vraiment, il est un homme, il n'est plus bon qu'à mourir.