ISBN : 2864321106
Éditeur : Verdier (2002)


Note moyenne : 4/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
Qu'est-ce qu'un grand peintre, au-delà des hasards du talent personnel? C'est quelqu'un sans doute dont le trop violent appétit d'élévation sociale s'est fourvoyé dans une pratique qui outrepasse les distinctions sociales, et que dès lors nulle renommée ne pourra comble... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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  • Par keisha, le 18 novembre 2009

    keisha
    Cet auteur né en 1945 dans la Creuse s'inscrit dans la lignée de Julien Gracq, ai-je appris. Il n'est pas vraiment sous les projecteurs; son nouveau roman, Les onze, vient de paraître. Et je reconnais chez lui une écriture exigeante et belle comme chez son illustre prédécesseur.
    Maîtres et serviteurs est un tryptique qui met en lumière trois peintres de styles fort différents.
    Goya avide de reconnaissance sociale au point de choisir comme épouse la soeur d'un peintre plus reconnu, se retrouve face à des tableaux de Velaquez:
    " Goya regardait ce qu'il ne pourrait jamais peindre et que pour cette raison il devait désormais peindre. S'il avait voulu se mesurer au plus opaque, il n'avait pas raté son coup: mais qu'il l'eût voulu ou non, c'était fait, cela s'engouffrait et tombait dans la grosse redigote comme cela tomba jadis dans les cuirasses de la Maison d'Autriche; et lui, qui n'avait pas la palette sévillane qui montra comment ça tombe, il devait pourtant le montrer, avec ce qu'il avait, avec la palette aragonaise rafistolée chez les Vénitiens, avec son peu d'entendement et son esbroufe, là où le seigneur sévillan paraissait tout entendre et ne mentir jamais."

    Watteau désire que l'abbé de Nogent lui serve de modèle. Pour son Pierrot.
    "Cela ne parlait pas, c'était spectre ou imbécile, tout blanc, avec de grosses mains d'homme; derière, des peupliers et des pins d'Italie, un comparse écarlate occupé d'autre chose et les buées bleues de l'ardeur estivale."
    Et puis Lorentino, un obscur peintre disciple de Piero Della Francesca, qui dans sa vie pleine de déceptions créa un chef d'oeuvre...

    Quel immense bonheur de lecture, quelle superbe découverte! Les phrases sont ciselées, évocatrices, musicales. L'histoire avance sans en avoir l'air, par petites touches, allers et retours. L'émotion nait insensiblement.
    Quelle beauté!

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-maitres-et-servi..
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    • Livres 5.00/5
    Par yv1, le 26 novembre 2010

    yv1
    Pierre Michon écrit, à sa manière, une partie de la vie de trois peintres connus ou moins connus : Goya, Watteau et Lorentino d'Angelo, disciple de Piero della Fransesca. J'écris "à sa manière", car il prend des libertés, indique même dans ses récits que plusieurs interprétations sont possibles et que, notamment sur la vie de Lorentino d'Angelo, il imagine ce qui aurait pu arriver, puisque personne n'a relaté la vie de ce peintre. Ce qui est intéressant dans ce livre, c'est que si vous n'êtes calés ni en peinture ni sur les peintres en question, on a envie d'en connaître un peu plus à l'issue de cette lecture. Et puis, surtout, Pierre Michon a une écriture unique : les phrases sont longues, riches en vocabulaire et en figures de style. Une vraie belle écriture assez classique, dans laquelle, je vous préviens, on se plonge avec risque de ne pas s'en sortir. Une fois entré dans les histoires -un peu moins dans la seconde, celle qui concerne Watteau- on se sent "hypnotisé" par le style, les mots, le déroulement et le français parfait de Michon. Je ne connaissais pas du tout cet écrivain dont j'avais entendu dire énormément de bien. Résultat : je viens de réserver à la bibliothèque municipale son dernier ouvrage, Les onze, dont je vous parlerai dès qu'il sera d'abord en ma possession et ensuite, bien sûr, lu.
    Très franchement une des plus belles écritures que j'ai lues récemment, et même moins récemment d'ailleurs !

    Lien : http://lyvres.over-blog.com/article-36261240.html
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Citations et extraits

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  • Par brigetoun, le 21 août 2010

    Car ainsi vont les beaux-arts, Madame, : des ancêtres peignent le monde, ils désespèrent, ils savent que le monde n'est point tel qu'ils le voient, moins encore qu'ils le peignent ; mais viennent des petits-fils qui soudain voient le monde tels que les vieux le virent, et tel aussi pourtant qu'eux-mêmes croient le voir, qui entre les deux s'affolent ou se figent, gros sphynx de nuit entre deux lanternes ou ânes de Buridan, qui désespèrent et peignent. Ainsi cela va-t-il, de père en fils, de nains vivants qui cherchèrent à s'équivaloir à des géant morts, du mort au vif, le jeu des nains géants.
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  • Par brigetoun, le 21 août 2010

    Mais derrière cela, derrière la danse boiteuse de la mère et du saint, le paysan s'efforçait d'exprimer quelque chose d'autrement surprenant ; quelque chose qu'il n'était pas habitué à nommer. Il n'est pas facile de savoir comment il en donnait l'idée, par quelles métaphores il s'en approchait, car nous ne sommes plus au Quatrocento, nous ne sommes pas partis avant l'aube vers la ville avec un cochon dans nos bras ; mais il en donnait l'idée. Oui, on ne savait pourquoi dans son arrière-campagne celui là s'était entiché de la magie des images. Et il le disait à sa façon.
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  • Par brigetoun, le 21 août 2010

    Donc dans ces chartreuses de campagne, pour engraisser, pour comprendre, il faisait un peu de Tiepolo dans les bleus du ciel, un peu de Zurbaràn dans les plis qui à terre tombent et cassent, quelque nuage où s'asseoir quand on est de Là-Haut, et ces ailerons de mésange qui tiennent aux omoplates angéliques comme un faux-nez de mi-carême ; et aussi quelque pauvre bougre de Témoin, saints martyrs ou mitrés, qui sous les cisailles ou la pourpre indifféremment avaient l'air de n'être pas là.
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  • Par brigetoun, le 21 août 2010

    L'ombre rose du pommier se penchait sur lui ; et d'autres doucement l'entouraient pommés, vastes et ffrissonnants comme des robes peintes ; le temps bleu régnait autour, fumait sur des feuillages neufs, : tout, cette fois, était comme ce qu'il peignait sauf lui.
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L'avis de Colette Kerber de la librairie Les Cahiers de Colette (Paris).











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