J'attendais de retrouver cet étrange thématique de la dualité propre à murakami, je me demandais comment il allait l'exploiter de façon différente. Gagné, il l'a traité en parallèle : deux soeurs d'une part, et d'autre part la deuxième soeur, Eri, vit un curieux mélange de
La Fin des temps et
Les amants du Spoutnik. Comme dans
La Fin des temps, elle vit deux existences parallèles (une de ce côté-ci du monde, une de l'autre côté, dans la télé-écran qui est une fenêtre sur on ne sait quoi, sans doute son inconscient); et comme dans
Les amants du Spoutnik, les causes de sa "projection" dans cet autre monde sont liées à son passé, à un certain vécu (que bien sûr l'auteur nous garde caché, alors que dans
Les amants du Spoutnik il nous livre l'histoire du viol, même si la façon dont on l'interprète peut être très différente d'un lecteur à l'autre).
l'histoire : Mari et Eri sont deux soeurs. Eri est très belle, très intelligente etc, mais voilà deux mois, elle a décidé que désormais, elle dormirait ; depuis, effectivement, elle dort, d'un
Sommeil dont elle ne se réveille pas. Dans sa chambre, il y a une télé qui parfois grésille et s'anime, métaphore de sa vie mentale, avec à l'intérieur un homme, qui la regarde (et alors là, on peut en inventer, des interprétations!).
Mari, elle, est banale. Durant la nuit que dure ce récit, elle erre dans des bars, rencontre un garçon qui a connu sa soeur, rencontre une femme chargée de la sécurité dans un love-hôtel, rencontre une chinoise prostituée qui s'est faite agresser par un de ses clients... et à la fin de la nuit, elle aura compris que 1-même si elle n'a jamais été très proche de sa soeur, il est arrivé qu'elles se fondent en un même coeur; 2-que peut être, ce qui pourra sauver sa soeur (=la réveiller) c'est qu'elle retrouve cette sensation de se fondre ensemble l'une dans l'autre 3-elle a donc fait la paix avec sa soeur (cela aurait été plus simple et plus compréhensible de travailler avec des soeurs jumelles, pour l'auteur, mais d'un autre côté, cela aurait été tellement attendu!)
le temps du récit : une nuit. Les titres des chapitres : des horloges qui montrent l'avancement de la nuit.
le style : j'étais habitué aux traductions d'Atlan, là ça change complètement. Il faut dire aussi que l'auteur adopte le point de vue d'une caméra qui se promène, et fait comme si on voyait tout à travers cet oeil froid et objectif, sans cesser de nous le rappeler...c'est bof, on dirait le travail de quelqu'un qui débute dans l'écriture.
conclusion : encore un murakami bien intéressant... qui m'interroge de plus en plus sur ce qu'a pu vivre l'auteur pour écrire aussi intensément sur la frontière entre le réel et le rêvé, la vie et l'imaginaire, le conscient et l'inconscient...et surtout sur les basculements soudains et définitifs que certains subissent, provoquent, ou auxquels ils assistent impuissants...de ce côté-ci // de ce côté-là...