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A ma guise : Chroniques 1943-19472Ajouter à mes livres
Il y a presque un quart de siècle, j'étais en route pour la Birmanie sur un paquebot. Le navire était confortable, luxueux même, et, quand on ne dormait pas, on avait l'impression d'être toujours en train de manger. Un jour, je suis r... > voir plus
Écrites chaque semaine entre 1943 et 1947 pour un journal de la gauche radicale anglaise, ces 80 chroniques sont des essais sous formes de conversations familières qui traitent de sujets divers.
Orwell réalise là de nombreux billets d'humeur, se livrant même par exemple à des éloges talentueux de Jack London (p190) et de la figure historique de Spartacus (p211).
Dans chacune des chroniques l'auteur traite de deux ou trois sujets, qui portent un regard décalé, engagé et original sur son époque.
Excellent, un régal, une découverte de la vie quotidienne d'un anglais pendant la guerre, mais également sur le milieu littéraire et politique, avec des avis très tranchés qui garde leur bon sens 60 ans après.
Pour les consulter, il m'aurait fallu fréquenter la salle de lecture du British Muséum, qui, de nos jours, n'est pas très facile d'accès.
C'est à mes yeux un véritable désastre car Jack London est un de ces écrivains marginaux dont les œuvres risquent de tomber totalement dans l'oubli, à moins que quelqu'un ne prenne la peine de les faire revivre.
Pendant quelques années, même "le talon de fer" était devenu une véritable rareté, et il n'a dû sa réédition qu'au regain d'actualité que lui a conféré l'arrivée de Hitler au pouvoir.
On connaît Jack London pour "le talon de fer" et, dans des cercles totalement différents, pour des livres comme "Croc blanc" et "l'Appel de la forêt", dans lesquels il exploite un sentimentalisme typiquement anglo-saxon envers les animaux.
Mais il y a aussi "Le peuple d'en bas", son livre sur les taudis londoniens, "la Route" qui offre un magnifique tableau des vagabonds américains, et "le Vagabond des étoiles", qui vaut essentiellement pour ses scènes de prison.
Enfin, et surtout, il y a ses nouvelles...
(extrait de "Éloge de Jack London" du 30 juin 1944)
L'une des principales réalités politiques dont on ne doit surtout pas parler, c'est l'écart entre les différents niveaux de vie.
Un ouvrier anglais dépense pour ses cigarettes à peu près la totalité du revenu d'un paysan indien. Il n'est pas facile pour les socialistes d'admettre un tel fait, ou, du moins, de le mettre en avant.
Si vous voulez que les gens se révoltent contre le système en place, vous devez leur démontrer qu'ils sont à plaindre, et il serait tactiquement peu avisé de commencer par dire à un anglais au chômage qu'aux yeux d'un coolie indien il fait presque figure d'un millionnaire.
Un silence quasi total règne sur ce sujet, du moins du côté européen, ce qui contribue au manque de solidarité entre les ouvriers blancs et les ouvriers de couleur [...] Les choses étant ce qu'elles sont, l'Asie et l'Afrique constituent tout simplement une inépuisable armée de réserve de briseurs de grève...
(extrait de "la question raciale" du 10 décembre 1943)