Dans la droite lignée du Bonheur des Ogres sans jamais oublier de faire évoluer ses personnages et ses fils rouges,
La Fée Carabine est une suite absolument délicieuse que ses qualités permettent peut-être même de lire en dehors du reste de la saga.
Mais il convient bien sûr pour un plaisir total et parfait d'avoir déjà fait connaissance avec la famille Malaussène et les nombreux protagonistes gravitant autour d'un Benjamin pas tant centre du monde que point de convergence de toutes les présomptions d'un roman phénoménalement riche en intrigues.
Poursuivant sur les pistes entrouvertes à la fin du précédent tome,
La Fée Carabine s'ouvre sur un premier chapitre d'une perfection absolue, sorte de poème moderne en prose en équilibre entre humour noir et tendresse, dressant en quelques lignes une vision brute et pourtant pas désespérée de la nature humaine.
Un premier chapitre qui donne finalement le ton de l'ensemble, annonçant discrètement les thèmes à venir – qui comme toujours chez
Pennac, n'auront pas le mauvais gout de prendre le pas sur l'histoire – et préfigurant le tragi-comique réaliste du livre.
Il est délicat de parler de l'intrigue en elle-même sans ruiner la lecture, aussi me contenterai-je d'exprimer mon admiration envers un roman se caractérise par une maîtrise remarquable dans sa construction comme dans sa narration. Bien que déroulant plusieurs fils distincts et introduisant de nouveaux personnages (à commencer par le génial tandem policier Thian – Pastor),
Pennac parvient à bâtir un ensemble complexe mais très naturel, où chaque protagoniste et chaque sous-intrigue trouve une raison d'être, constitue une pièce du puzzle, pour un résultat semblable à une toile d'araignée : tissée avec une remarquable finesse et malgré tout très solide.
L'intelligence réside également dans l'utilisation de cette toile comme support où se promène la galerie de « gueules littéraires » de l'auteur, personnages complexes et nuancés mais toujours introduits de façon totalement organique dans la narration. Chacun traine ses bagages, ses failles et sa noblesse, et crime et vertu ne prennent jamais les formes attendues, faisant de
La Fée Carabine un véritable bal masqué à la lecture jouissive et pleine de surprises.
Et puis au-delà de tout ça, il y a ce qui ne s'analyse pas, il y a le sentiment amoureux, inconditionnel et tangible que
Pennac porte à ses personnages comme à ses mots, comme si les deux n'étaient que les deux faces d'un même objet. Un amour hautement communicatif qui fait qu'on ne peut que prendre au sérieux ces histoires pourtant folles, qu'on ne peut ni retenir ses larmes face à la cruauté des événements ni bloquer ses sourires devant une telle tranche d'humanité.
Avec cette noirceur lumineuse qui caractérise toute sa saga,
Pennac réussit à nouveau à glisser entre quelques trois cents trop courtes pages tous, tous les plaisirs de la littérature. A tel point que comme je finis cette critique, je n'ai qu'une envie : plaquer tous mes projets pour me replonger dans ce que j'oublie si facilement n'être qu'un livre de fiction.
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