"
chagrin d'école" est un essai de l'écrivain français
Daniel Pennac, publié et détenteur du prix Renaudot en 2007.
L'auteur revient sur ses années passées sur les bancs de l'école, sur cette étiquette de cancre qui le poursuivit durant toute sa scolarité et lui valut un passage en pensionnat, sur la lecture, sur ces quelques professeurs qui l'ont sauvé de leurs enseignements et sur cette volonté de devenir à son tour, bien des années plus tard, enseignant.
L'auteur nous livre au détour d'anecdotes son expérience d'enfant en difficulté scolaire, la douleur de vivre en marge du savoir et de ses camarades ainsi que l'incompréhension et les réactions de ces générations entières de parents inquiets que leurs enfants ne fassent rien de leur vie plus tard.
A la lumière de cette tranche de vie et en tant que "rescapé" comme il le dit lui-même devenu professeur, il partage ses vues sur un enseignement qu'il conçoit comme tributaire d'une faculté d'écoute et d'accompagnement.
" Je me faisais l'effet d'un maître-nageur. Les plus faibles avançaient en peinant, la tête hors de l'eau, segment par segment, accrochés à la planche de mes explications, puis ils nageaient seuls, quelques propositions d'abord, jusqu'à s'offrir bientôt une longueur de paragraphe, sans lire, de tête." p.165
Je trouvais intéressant de mettre en parallèle l'expérience du cancre et celle du professeur, toutes deux vécues par la même personne et présentées comme étant les deux faces d'une pièce.
Malheureusement - et ce sentiment ne m'a pas quittée durant toute ma lecture - j'ai ressenti un profond décalage entre la "cancre attitude" vécue par
Pennac et le constat d'échec scolaire actuel.
Et au vu de ce qui se raconte autour de moi, notamment par des ami(e)s profs, à défaut d'utiliser le terme de "maître-nageur" pour qualifier le professeur actuel, je serais tentée de lui préférer celui de "gardien de zoo" tant les évocations telles que "ne savent pas se tenir tranquilles" ou "insultent et balancent des craies" affluent dans les discussions...
Je ne pense pas qu'à l'époque actuelle, l'enseignant que
Pennac était autrefois récolterait tant d'attention de la part d'un élève en lui parlant grammaire (à cet effet, j'ai d'ailleurs trouvé certains passages assez "geek" et longs...) ou "pensée magique"...
Aussi, bien que j'ai adhéré à plusieurs idées de l'auteur ( l'utilité en français d'apprendre certains textes par coeur pour mieux en mesurer l'intensité comme c'est le cas pour le théâtre, la comparaison des élèves habillés par les marques en hommes/femmes sandwiches ou encore l'importance de casser le prisme de l'échec par l'encouragement), j'ai trouvé que les pistes qu'il proposait étaient quelque peu naïves voire dépassées vu le contexte actuel.
Bien que j'ai nettement préféré la partie consacrée au "
Pennac cancre" qu'au "
Pennac prof", j'ai ressenti à travers l'écriture de l'auteur une vraie âme de pédagogue ainsi qu'une infinie tendresse pour ces générations de jeunes qui furent ses élèves.
Les chapitres sont plutôt courts en ce qu'ils contiennent un bon nombre d'anecdotes entremêlées de contenu à caractère plus "sociologique" et teintées de petites touches d'humour.
" Quand j'étais adolescent, nous étions au moins deux à le faire exprès :
Pablo Picasso et moi. le génie et le cancre. le cancre ne faisait rien et le génie faisait n'importe quoi, mais exprès, tous les deux. C'était notre seul point commun. " p.202
" - Les profs, ils nous prennent la tête , m'sieur !
- Tu te trompes. Ta tête est déjà prise. Les professeurs essayent de te la rendre." p.227
Une lecture intéressante et qui fut loin d'être déplaisante même si, vu le sujet, j'ai eu l'impression d'être restée en retrait.
Il faut dire que je ne suis ni professeur, ni mère, ni amie d'une mère d'adolescent. Je n'ai pas non plus été un cancre à proprement parler. J'étais très bavarde, facilement distraite mais malgré mes faiblesses en math et en sciences, je réussissais toujours à garder la tête hors de l'eau ou presque...
"Quelle que soit la matière qu'il enseigne, un professeur découvre très vite qu'à chaque question posée, l'élève interrogé dispose de trois réponses possibles : la juste, la fausse, l'absurde. J'ai moi-même passablement abusé de l'absurde pendant ma scolarité." p.178
Il ne fut pas le seul. Je me souviens de quelques exemples, notamment lors d'un cours de physique durant lequel ma prof tentait tant bien que mal de m'expliquer heu...je ne sais plus quoi...Bref elle me dit "Mais enfin Cynthia, ça n'est pas compliqué! Tu as 8 morceaux de saucisson. Tu en places 3 dans un tunnel et 5 dans un autre, combien y a t-il de morceaux au bout du compte?".
J'avais trouvé sa question tellement débile et insultante en regard de ma volonté à comprendre son cours que je lui ai répondu "Je ne sais pas madame, je n'ai jamais croisé de saucisson dans les tunnels...".
Hum...Soit. Peut-être envisagerais-je ce livre d'une toute autre façon d'ici quelques années...
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