ISBN : 225300670X
Éditeur : Le Livre de Poche (1973)


Note moyenne : 3.94/5 (sur 166 notes) Ajouter à mes livres
Quatrième de couverture : "Quand nous partons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes..."
Témoignage d'un simple soldat allemand de la g... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par Woland, le 10 octobre 2010

    Woland
    Im Westen nichts Neues
    Traduction : Alzir Hella & Olivier Bournac
    L'art de Remarque, c'est la simplicité - ce qui n'est pas sans étonner ceux qui ont vu les adaptations, plutôt marquées au coin du mélodrame, de nombre de ses romans. Il écrit à tous petits points, pourrait-on dire, mêlant les détails les plus réalistes de l'horreur des tranchées et personnages romancés ayant des allures d'archétypes.
    Ce n'est sans doute pas par hasard si le narrateur d'"A l'ouest rien de nouveau" se prénomme "Paul", second prénom de l'écrivain. de même, ce n'est pas non plus un hasard si sa mère décède d'un cancer. Pourtant, avec une étonnante maîtrise, Remarque parvient à établir et conserver avec ses personnages et les faits qu'il raconte le recul suffisant pour, justement, ne tomber ni dans la démonstration pacifiste enflammée, ni dans le mélo qui fera pleurer Gretchen et Margot dans leurs chaumières.
    Toute la force d'"A l'ouest rien de nouveau" est là, dans cette alchimie subtile entre la vie et l'imaginaire.
    Le ton n'est ni froid, ni impersonnel mais il n'est pas non plus très lyrique. Seules les descriptions d'une Nature qui, dans son éternelle renaissance, demeure somme toute assez indifférente à la guerre, laissent affleurer une poésie douce. L'utilisation systématique du présent de l'indicatif fait entrer de plain-pied le lecteur dans le quotidien du soldat allemand de la Grande guerre, un soldat mal nourri, toujours en quête d'un petit quelque chose pour améliorer son ordinaire, un soldat qui se terre dans les tranchées envahies par les rats pour éviter le feu cinglant des obus, un soldat qui ne peut opposer aux attaques chimiques que la protection d'un masque et aussi son expérience personnelle - surtout, conserver son masque le plus longtemps possible, ne pas l'enlever trop tôt, ainsi que l'ont fait tant de jeunes recrues, sinon c'est la mort, noire et bleue, assurée ...
    En face, il y a l'ennemi. Un ennemi mieux nourri et mieux armé - quand il évoque les boîtes de "corned-beef", on voit presque le soldat Remark et ses camarades en train de saliver à cette vision qui, pour leurs estomacs délabrés, équivaut au plus voluptueux des fantasmes - un ennemi plus frais, plus dispos, un ennemi que l'arrivée des troupes américaines a soulagé de la pression des fronts multiples. Ce qui n'empêche pas l'ennemi de partager, lui aussi, les tranchées que la pluie incessante transforme en marécages ocre et sang, les entonnoirs creusés par les obus, le désir de plus en plus dévorant de voir s'achever une guerre dont il ne perçoit plus la raison première.
    Omniprésente même si son nom est rarement prononcé, la Mort plane sur tout et tous, accomplissant pour ainsi dire machinalement la tâche qui est la sienne. Certes, la victoire, comme l'a dit un jour Napoléon Ier, sera du côté du bataillon le plus fort, c'est la loi, mais la victoire comptera aussi ses blessés, ses morts et ses disparus. La Faucheuse, quoi qu'on en dise, n'a pas vocation de partialité. Et ceux qui s'esquivent aujourd'hui, encore bien vivants, la retrouveront demain, au détour du chemin. Pour les "gueules cassées" et les amputés, pour ceux qui agonisent des heures dans les pires souffrances, ne se montre-t-elle pas, d'ailleurs, plus miséricordieuse que la vie ? ...
    Au-delà le message pacifiste qu'il véhicule, "A l'ouest rien de nouveau" constitue également une réflexion - quelque peu perplexe - sur la soif de Mort qui caractérise l'être humain, la guerre ne représentant à la fois que le prétexte et le moyen de l'étancher au maximum. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par belette2911, le 15 avril 2012

    belette2911
    Ce livre, j'avais dû le lire à l'école... Aux environs de l'année scolaire 93-94, plus dans le courant de l'année 94, lors de la célébration des cinquante ans de la libération de 44. Enfin, à l'école on nous parlait de la Seconde Guerre Mondiale et on avait eu un cours sur la Première Guerre... L'avant-dernière année de la fin de ma scolarité obligatoire !! Bref, on devait lire ce livre pour réaliser une fiche de lecture.
    Pourtant, en voyant le tire, je n'étais pas folichonne à la pensée de devoir lire un bouquin qui parlait de la Première Guerre vue par un allemand. Tudieu, mes aïeux allaient se retourner dans leur tombes !
    Je suis tombée de haut en lisant le livre... de très haut ! D'entrée de jeu, j'étais plongée dans le récit de Paul (merci aux autres critiques pour m'avoir rappelé le nom du narrateur) et avec ses copains de régiment.
    Beaucoup de gens s'étaient engagés, le sourire aux lèvres, il y avait même des scènes de liesse dans les ville, lorsque la guerre fut déclarée (ça, je m'en souviens du roman "La Peur"), mais grande fut leur désillusion... La guerre, ça vous déshumanise un homme.
    J'ai été plongée dans un monde horrible, sombre, noir. Plongée dans les tranchées, les combats au corps à corps, à la baïonnette, tombée dans cette incroyable boucherie que fut la guerre 14-18.
    Les soldats ont tout subit : le froid, la faim, la peur, la bêtise, les conditions de vie immonde, la vie dans des paysages désertiques et lunaires, tant ils ont été bombardés et re-bombardés, les hommes que l'ont envoie courir dans ce No Man's Land, se faisant faucher dès qu'ils posent un pied sur le haut de leur tranchée, les conditions hygiéniques inexistantes, les maladies, les infections, les rats... Et les officiers qui donnent des ordres aberrants !
    Clemenceau disait que le guerre était une chose trop grave que pour être confiée à des militaires, et il avait raison. Que de vies perdues pour gagner quelques centimètres carrés de colline... Pour les perdre le lendemain et devoir tout recommencer. Et de l'autre côté, c'était pareil.
    Un passage m'avait marqué, quand Paul, caché dans une tranchée, va tuer cet ennemi qui était tomber à côté de lui. Sans réfléchir, par réflexe, parce que c'est sa vie contre celle d'un autre, sa propre survie, il va lui sauter dessus et le larder de coups de couteau.
    Immobilisé avec lui dans la tranchée, entendant râler le blessé pendant des heures... Ce Français qui va expirer à ses côtés et qui mettra un temps de fou avant que ses souffrances s'arrêtent... Quel passage ! Paul va lui parler, devenir lui, plonger dans ses yeux qui expriment toute la souffrance.
    Voilà l'univers dans lequel les personnages de ce roman vont devoir vivre et tenter de survivre.
    La guerre, c'est une chose aberrante pour lequel l'homme n'est pas fait.
    Combien survivront ? Et dans quel état reviendront-ils ? Cassés, finis, meurtris au plus profond de leur chair, de leur être.
    Lors de la fin de la guerre, Paul se demandera comment reprendre une vie normale. Les hommes sont vidés et ont vu plus d'atrocités que n'importe qui d'autre. Impossible !
    La dernière phrase du livre est la plus poignante. On lit dans un journal la phrase qui signalait que "à l'ouest, il n'y avait rien de nouveau", hors, ce jour là, les morts se ramassaient par centaine, par milliers... Un épisode tragique et sanglant ramené à un simple fait divers...
    Ne hurlons pas, cela arrive encore de nos jours...
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par Bunee, le 04 juin 2008

    Bunee
    Un monument des récits de guerre, pour ce qui concerne la première guerre mondiale, racontée cette fois du point de vue allemand ... qui diffère au final assez peu des témoignages français.
    Paul a à peine 20 ans. 19 si on veut être précis. Pétri d'idéaux patriotiques et nationalistes fraichement enseignés, il s'engage dans l'armée avec quelques un de ses camarades d'école.
    Désenchantement.
    Un entrainement difficile, des supérieurs ou des formateurs cruels, une réalité du fraont brutale, soulignent la vanité des certitudes passées.
    Déshumanisation
    En chaque homme, l'instinct de survie prend le pas sur l'humanité. Et les individus n'en finissent pas de mourrir, et les amis n'en finissent pas de tomber
    Et puis un jour, en 1918, Paul chute à son tour. le communiqué du jour déclarera: "A l'ouest, rien de nouveau"
    Très dur et très touchant.
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par fran6h, le 07 avril 2011

    fran6h
    Le contexte du livre est connu, la guerre de 14-18 racontée par un jeune soldat allemand. Mais ce livre n'est pas qu'un livre sur la guerre. C'est essentiellement un livre sur l'homme et sur ce qu'il est capable de faire de plus stupide : la guerre.
    On y découvre la préparation mentale des soldats (l'autoritarisme des officiers), puis l'horreur des tranchées, la permission, le sort réservé aux prisonniers ennemis, la tranchée de nouveau la mort donnée, l'hôpital, les soins et le retour à la tranchée.
    Mais on y découvre aussi et surtout avec force un sentiment humain : la camaraderie.
    Dans un monde sans passé, le narrateur prend peu à peu conscience de l'absurdité de la situation. le moment de la permission avec le retour chez sa mère, le fait basculer dans cette prise de conscience. Son retour dans la tranchée et l'assassinat du soldat français qui mourra lentement près de lui en est l'apogée.
    La camaraderie est bien traitée dans ce monde déshumanisé ... peu à peu Les Camarades disparaissent et la guerre bientôt se termine. Comment reprendre le cours d'une vie "normale" Après ça ?
    Ce livre est excellent, non seulement il fait un récit réaliste des horreurs de la guerre, mais il pousse loin l'interrogation sur l'humanité. Pour reprendre une expression chère à Hemingway, on voit bien dans ce livre "la génération sacrifiée".
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  • Par Aela, le 23 février 2011

    Aela
    C'est le cri de toute une génération, les sacrifiés de 1914. Un roman qui emprunte beaucoup à la propre expérience de la guerre de EM Remarque, gravement blessé au front.
    Le héros, Paul Bäumer et quelques camarades de classe, âgés d'une vingtaine d'années, se sont trouvés enrôlés et ont appris à survivre dans l'horreur des tranchées. Paul, libéré pour quelques jours, va retrouver sa ville natale mais ne parvient pas à exprimer ce qu'il vit et ressent dans le quotidien de la guerre. Les gens qu'il croise le déstabilisent par leur appréciation tout à fait erronée de la situation.
    Une belle trame narrative qui nous plonge dans le quotidien des tranchées, des départs vers le front ou des retours. On partage l'impression d'abandon et de trahison qui s'empare du héros.
    Un livre qui a eu énormément de succès dès sa sortie en 1929 mais qui sera interdit par le régime nazi en 1933.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 10 octobre 2010

    [...] ... Le bombardement a cessé, je me tourne vers l'entonnoir et je fais signe aux autres. Ils sortent et ôtent leurs masques. Nous saisissons le blessé, l'un de nous tenant son bras éclissé. Ainsi nous détalons aussi vite que nous pouvons, non sans trébucher.

    Le cimetière est un champ de ruines. Cercueils et cadavres sont dispersés partout. C'est comme si les morts avaient été tués une seconde fois. Mais chacun de ceux qui ont été mis ainsi en pièces a sauvé la vie de l'un de nous.

    La clôture du cimetière est détruite ; les rails du chemin de fer de campagne qui passe à côté sont arrachés et ils se dressent en l'air tout cintrés. Devant nous, il y a quelqu'un d'étendu. Nous nous arrêtons ; seul Kropp continue de marcher avec le blessé.

    Celui qui gît sur le sol est une recrue. Sa hanche est inondée de sang caillé. Il est si épuisé que je saisis mon bidon, dans lequel j'ai du thé au rhum. Kat arrête ma main et se penche sur le soldat : "Où as-tu été touché, camarade ?"

    Il remue les yeux. Il est trop faible pour répondre. Nous coupons son pantalon avec précaution. Il gémit. "Du calme, du calme, ça va aller mieux ..."

    S'il a été touché au ventre, il ne faut pas qu'il boive. Il n'a pas vomi, c'est de bon augure. Nous mettons sa hanche à nu. C'est une bouillie de chair, avec des esquilles d'os. L'articulation est atteinte. Ce garçon ne pourra plus jamais marcher.

    Je lui frotte les tempes de mon doigt mouillé, et je lui donne un coup à boire. Ses yeux s'animent. Alors seulement nous nous apercevons que son bras saigne aussi. Kat étale autant qu'il peut deux paquets de pansements afin de recouvrir la plaie. Je cherche de l'étoffe pour l'enrouler tout autour, sans trop serrer. Nous n'avons plus rien. Alors, je relève la jambe de pantalon du blessé pour faire une bande avec un morceau de son caleçon, mais il n'en a pas ; je le regarde attentivement, c'est le blondin de tout à l'heure. [Pour la première fois au feu, il avait eu une crise de panique et n'avait pu retenir ses fonctions naturelles. Le narrateur l'avait invité à se débarrasser de son sous-vêtement.] Cependant, Kat a trouvé, dans les poches d'un mort, d'autres paquets de pansements que nous appliquons sur la blessure avec précaution. Je dis au jeune homme, qui nous regarde fixement : "Nous allons maintenant chercher une civière." Alors, il ouvre la bouche et murmure : "Restez ici." Kat dit : "Nous revenons tout de suite ; nous allons te chercher un brancard."

    On ne peut pas savoir s'il a compris. Derrière nous, il gémit comme un enfant : "Ne me quittez pas." Kat se retourne et dit tout bas : "Ne vaudrait-il pas mieux simplement prendre un révolver pour que tout soit fini ?" ... [...]
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  • Par Woland, le 10 octobre 2010

    [...] L'horreur du front disparaît lorsque nous lui tournons le dos ; nous faisons à son sujet des plaisanteries ignobles et féroces. Lorsque quelqu'un meurt, nous disons qu'il a fermé son cul et c'est ainsi que nous parlons de tout. Cela nous empêche de devenir fous. Tant que nous le prenons de cette façon, nous sommes capables de résister.

    Mais nous n'oublions pas ! Ce que disent les journaux de guerre au sujet du magnifique humour des troupes, qui s'occupent d'organiser des danses, à peine sont-elles sorties de la zone du bombardement, n'est que stupidité. Si nous agissons ainsi, ce n'est pas parce que nous avons de l'humour mais nous avons de l'humour parce que, autrement, nous crèverions. Du reste, nous serons bientôt à bout de nos ressources et notre humour devient chaque mois plus amer.

    Et, je le sais, tout ce qui maintenant, tant que nous sommes en guerre, s'enfonce en nous comme des pierres, se ranimera après la guerre et alors seulement commencera l'explication, - à la vie, à la mort.

    Les jours, les semaines, les années de front ressusciteront à leur heure et nos camarades morts reviendront alors et marcheront avec nous. Nos têtes seront lucides, nous aurons un but et ainsi nous marcherons avec, à côté de nous, nos camarades morts et, derrière nous, les années du front : nous marcherons ... contre qui ? contre qui ? ... [...]
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  • Par belette2911, le 15 avril 2012

    Le silence se prolonge. Je parle, il faut que je parle. C'est pourquoi je m'adresse à lui, en lui disant : "Camarade, je ne voulais pas te tuer. Si, encore une fois, tu sautais dans ce trou, je ne le ferais plus, à condition que toi aussi tu sois raisonnable. Mais d'abord tu n'as été pour moi qu'une idée, une combinaison née dans mon cerveau et qui a suscité une résolution ; c'est cette combinaison que j'ai poignardée. A présent je m'aperçois pour la première fois que tu es un homme comme moi. J'ai pensé à tes grenades, à ta baïonnette et à tes armes ; maintenant c'est ta femme que je vois, ainsi que ton visage et ce qu'il y a en nous de commun. Pardonne-moi, camarade. Nous voyons les choses toujours trop tard. Pourquoi ne nous dit-on pas sans cesse que vous êtes, vous aussi, de pauvres chiens comme nous, que vos mères se tourmentent comme les nôtres et que nous avons tous la même peur de la mort, la même façon de mourir et les mêmes souffrances ? Pardonne-moi, camarade ; comment as-tu pu être mon ennemi ? Si nous jetions ces armes et cet uniforme tu pourrais être mon frère, tout comme Kat et Albert. Prends vingt ans de ma vie, camarade, et lève-toi... Prends-en davantage, car je ne sais pas ce que, désormais, j'en ferai encore."
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  • Par Patsy_Stone, le 20 février 2010

    Si nous étions rentrés chez nous en mil neuf cent seize, par la douleur et la force de ce que nous avions vécu, nous aurions déchaîné une tempête. Si maintenant nous revenons dans nos foyers, nous sommes las, déprimés, vidés, sans racine et sans espoirs. Nous ne pourrons plus reprendre le dessus.
    On ne nous comprendra pas non plus, car devant nous croît une génération qui, il est vrai, a passé ces années·là en commun avec nous, mais qui avait déjà un foyer et une profession et qui, maintenant, reviendra dans ses anciennes positions, où elle oubliera la guerre; et, derrière nous, croît une génération semblable à ce que nous étions autrefois, qui nous sera étrangère et nous écartera.
    Nous sommes inutiles à nous-mêmes. Nous grandirons; quelques-uns s'adapteront; d'autres se résigneront et beaucoup seront absolument désemparés; les années s'écouleront et, finalement, nous succomberons.
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  • Par cequejelis, le 20 novembre 2011

    Une partie de notre être, au premier grondement des obus, s'est brusquement vue ramenée à des milliers d'années en arrière. C'est l'instinct de la bête qui s'éveille en nous, qui nous guide et nous protège. Il n'est pas conscient, il est beaucoup plus rapide, beaucoup plus sûr et infaillible que la conscience claire : on ne peut pas expliquer ce phénomène. Voici qu'on marche sans penser à rien et soudain on se trouve couché dans un creux de terrain et l'on voit au-dessus de soi se disperser des éclats d'obus, mais on ne peut pas se rappeler avoir entendu arriver l'obus, ni avoir songé à se jeter par terre. Si l'on avait attendu de le faire, l'on ne serait plus maintenant qu'un peu de chair çà et là répandu. C'est cet autre élément, ce flair perspicace qui nous a projetés à terre et qui nous a sauvés sans qu'on sache comment. Si ce n'était pas cela, il y a déjà longtemps que, des Flandres aux Vosges, il ne subsisterait plus un seul homme.

    Quand nous parlons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes.

    Le Livre de Poche n° 197 p. 45.

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