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> Maurice Edgar Coindreau (Traducteur)

ISBN : 207036027X
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 3.87/5 (sur 409 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Frédéric Henry, jeune américain volontaire dans les ambulances sur le front d'Italie, pendant la première Guerre mondiale, est blessé et s'éprend de son infirmière, Catherine Barkley. Avec Catherine, enceinte, il tente de fuir la guerre et de passer en Suisse, où le des... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Marcellina, le 17 juin 2013

    Marcellina
    C'est une histoire forte, belle et triste à la fois. C'est un roman de guerre ; un roman d'hommes qui s'interrogent, qui boivent, qui vont au bordel du front, qui se battent, qui meurent ou sont gravement blessés, qui essaient de comprendre où cela les mène. C'est une histoire d'amour qui dure une heure, une nuit, une vie ; qui comble le vide de la solitude de l'Homme face à l'horreur de la guerre ; qui grandit face à l'absurdité des grands mots tels « devoir et honneur ».
    Un vocabulaire riche et un rythme très particulier fait de petites phrases et de nombreuses répétitions donne le ton italien à ce roman pourtant bien américain. L'auteur se sert des mots avec brio pour les descriptions, des combats notamment, et modifie son style en fonction de la nationalité et du caractère des personnages. C'est un roman bien documenté, un roman puissant, un roman vrai où l'Homme se retrouve nu face à ses peurs, face à ses joies, un roman moderne dans le ton, un grand roman !
    Les premières pages m'ont un peu perturbées, je comprenais le sens sans pour autant comprendre le style et du coup, j'avais un peu l'impression d'avoir fait un mauvais choix quant au Challenge Nobel (Hemingway 1954). J'ai bien fait de persévérer, c'est très très bien écrit et l'histoire m'a beaucoup émue!
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    • Livres 2.00/5
    Par colimasson, le 04 juin 2013

    colimasson
    Bienvenue en territoire absurde. Au cours de la Première guerre mondiale, l'américain Frederic Henry s'engage comme ambulancier volontaire pour la Croix-Rouge italienne. Il y rencontre l'infirmière anglaise Catherine Barkley.

    Frederic Henry ignore beaucoup de choses. Par exemple, il ne sait pas vraiment pourquoi il s'est engagé pour la Croix-Rouge italienne alors qu'il est américain. L'un ou l'autre des deux pays lui semble identique. Autre exemple, il ne sait pas pourquoi il jette son intérêt sur Catherine Berkley (« Je savais que je n'aimais pas Catherine Barkley et que je n'avais nulle intention de l'aimer. C'était un peu, comme le bridge, dans lequel on disait des mots au lieu de jouer des cartes »). Mais elle est une femme, il est un homme, ils sont seuls et ces conditions semblent suffisantes pour donner forme à une relation. Plus généralement, Frederic Henry ne sait pas pourquoi cette guerre est nécessaire et il ne cherche pas à le savoir. Il vit en essayant de se poser le moins de questions possible.

    L'Adieu aux armes est un roman d'inspiration autobiographique. Rien d'étonnant : Ernest Hemingway et Frederic Henry se fondent en un seul personnage laconique, entièrement corporel et aucunement intellectuel. le récit est à l'image du dénuement spirituel du personnage et les dialogues ne valent pas mieux. le monde dans lequel vivent le personnage et l'auteur, ce monde au sein duquel la guerre et l'amour ne valent pas mieux l'un que l'autre, éclate surtout par son insignifiance. On imagine le personnage du Solitaire d'Ionesco lorsque, par exemple, Frederic Henry s'enthousiasme à l'idée de se laisser pousser la barbe (« Je vais commencer tout de suite. C'est une bonne idée. Ça nous donnera quelque chose à faire »), ou encore le Rhinocéros du même dramaturge lorsque le socialisme se dessine comme l'étendard d'une nouvelle foi choisie de façon totalement arbitraire :

    « - Comment se fait-il que vous soyez socialistes ?
    - Nous sommes tous socialistes. Tout le monde est socialiste. Nous avons toujours été socialistes.
    - Il faudra venir, Tenente. On fera d'vous un socialiste aussi. »

    L'Adieu aux armes semble aussi être un adieu à la conscience. Tout cet étrange roman, rempli d'évènements mais dénué de toute empathie pour soi-même et pour les autres, nous fait traverser des paysages plats et dénudés, tristement ennuyeux et dénués de toute cohésion, à l'image de cette description qui n'est qu'un exemple représentatif parmi tant d'autres :

    « Ils m'avaient pris mon revolver sur la route et j'en plaçai l'étui sous ma vareuse. Je n'avais pas de capote et la pluie était froide. Je remontai le long du canal. Il faisait jour. La campagne était mouillée, plate et lugubre. Les champs étaient nus et mouillés. »

    Se souvenant que le roman est d'inspiration biographique, on comprendra cette platitude lorsque l'on lira ces paroles de Frederic Henry :

    « Mon moral est bas en ce moment, dis-je. C'est pourquoi je ne réfléchis jamais à tout cela. Je ne réfléchis jamais, et cependant quand je commence à parler, je dis ce que j'avais conçu dans ma tête sans réfléchir. »

    Car, en creusant bien, il est possible de deviner l'étendue de la tristesse et du désespoir que ressentent le personnage et l'auteur. En ce sens, L'Adieu aux armes est un roman précurseur de l'absurde, mais sans aucun sens de la dérision et sans la moindre trace d'humour –ou si peu. On s'y ennuie à crever. Ernest Hemingway a réussi son travail de sape. Avec lui, on reconnaît que la vie est bien maussade et qu'elle n'a pas la moindre valeur. Pire, et contrairement aux livres d'auteurs aussi désespérés que lui –Cioran, Papini, Pavese…-, on n'en tire aucune satisfaction ni aucun plaisir. A aucun moment il n'est question de donner du sens ou de transcender cette immense vacuité et lorsqu'on repose ce livre, on a l'impression d'avoir tenu un monstre insignifiant entre ses mains.


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-l-adieu-aux-armes-1929-d-ern..
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    • Livres 3.00/5
    Par ay_guadalquivir, le 06 mars 2012

    ay_guadalquivir
    Je referme L'Adieu aux armes un peu dérouté. Par la légéreté. Cette légéreté dont je ne sais finalement pas si elle sert ou dessert le propos du livre. Les nombreux dialogues s'évertuent par exemple à ne jamais parler de la guerre (ou presque) : s'agit-il d'un refus de principe (comme une mise à distance de l'événement tragique) ou de badinages gratuits? Les situations de combat sont ainsi traitées. Seul le bombardement qui blesse Henry est un peu tragique, mais le second épisode de geurre n'est qu'une fuite à la recherche d'abris et de nourriture. de même, l'alcool est omniprésent, comme inspirateur d'oubli peut-être. Quant à la passion amoureuse au coeur du roman, je l'ai trouvée légère aussi, sans la tension qui devrait donner à l'amour son intensité. Au final, je suis donc partagé. Je crois avoir aimé la distance qu'Hemingway souhaite prendre avec la guerre - qui finalement ne serait presque qu'un prétexte à la rencontre amoureuse. Mais je n'ai pas été convaincu par le traitement trop léger de l'histoire en elle-même. A ce titre, la dernière page me semble un exemple criant, qui commence ainsi : "Il paraît que les hémorragies s'étaient répétées. Rien n'avait pu les arrêter. J'entrai dans la chambre et restai avec Catherine jusqu'à sa mort. Elle ne reprit pas connaissance et il ne lui fallut pas longtemps pour mourir".
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  • Par Aela, le 02 février 2011

    Aela
    Deux êtres face à leur destin: comme le fut Ernest Hemingway, le héros, Frederic Henry, est ambulancier pendant la Première guerre. Il est engagé sur le front italien et s'éprend d'une infirmière britannique. Il est ensuite transféré dans un hôpital de Milan avec elle. Plus tard, il désertera et s'enfuira en Suisse avec Catherine, vivra avec elle le "don de soi" avant qu'elle ne meure en couches.
    Un texte beau et sincère qui illustre un monde chaotique. L'illustration parfaite de ce que Hemingway appelait la "grace under pressure", le cran, une manière de résister aux pressions.
    La grâce donnée à des héros tourmentés...
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    • Livres 3.00/5
    Par Gast, le 12 mai 2011

    Gast
    Livre phare dans la bibliographie d'Hemingway, j'avais déjà vu des adaptations cinéma de ce roman, témoignage de la boucherie que fut la première guerre mondiale, en Italie. On retrouve ici les personnages en déphasage du quotidien mais pleinement ancrés dans leur époque d'Hemingway.
    Le héros, Frederic Henry, lieutenant ambulancier, s'éprends d'une infirmière anglaise. Cette histoire d'amour, que j'ai trouvé parfois traitée de manière maladroite, est prétexte à un effet de décalage entre la guerre et la paix.
    En effet, quoi de plus pacifique, de plus civil et ordinnaire que deux êtres qui s'aiment et apprennent à se connaitre ? Et quoi de plus anormal, artificiel et antilogique que cet univers masculin de stupre, d'alcool et de machisme forcé qui caractériste une armée en campagne ? face à ces deux situation, la guerrière parait plus normale, plus ordinaire que la classique histoire de coeur ; et le personnage d'Hemingway passe de l'un à l'autre comme si deux être cohabitaient en lui ; les évocation d'un univers paraissant toujours creuses dans l'autre. L'amour tel qu'évoqué par Henry avec ses compagnons d'arme parait bien fragile, et pourtant il est solide ; et la guerre, toujours passée sous silence quand il est avec son anglaise passe pour un mauvais rêve lointain, même quand Henry, convalescent, se remet de ses blessures de guerre.
    Si à cela on ajoute l'absurdité et la roublardise des démarches pour l'obtention des médailles que gagnera Henry, et la description de l'intérieur du désastre de Caporetto rendant absurde les deux situations précédentes, et la guerre elle-même, ce livre est en effet plus intense et profond qu'il n'y paraît.
    Histoire d'amour souvent confondante de naïveté, histoire de soldtesque souvent légère, ce roman est en fait une profonde dénonciationd e l'absurdité profonde de deux piliers de nos imaginaire.
    D'un côté, l'amour pur sensé transcender les différences et déplacer des montagnes (pas étonnant que cela finisse en Suisse, pays des montagnes), amour symbolisé par la vocation à concevoir un enfant. Tout cela battu en brèche par une fin aux antipodes de cette conception judéo-chrétienne du rôle couple.
    D'un autre côté, la bravoure héroïque des hommes faisant leur devoir face à la guerre, patriotes et faisant l'ultime sacrifice pour la nation. Tout cela démoli par l'illustration d'une nation ingrate, qui distribue les médailles comme des bonbons donnés à des enfants ; et qui au premier revers, enverra de jeunes écervelés exécuter les officiers sans autre forme de procès. L'absurde de la tragédie du XXe siècle dans toutes sa dimension létale.
    Un livre qui ne pouvait que marque son lectorat, en effet.

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Citations et extraits

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  • Par lapucelaurence, le 04 mai 2011

    "On se battait dans les montagnes, et le soir, nous pouvions apercevoir les éclairs de l'artillerie. Parfois, dans l'obscurité, nous entendions des régiments passer sous nos fenêtres avec des canons traînés par des tracteurs. La nuit, le mouvement était intense.

    Les vignes étaient clairsemées, dénudées, et toute la campagne était mouillée et brune, tuée par l'automne. Tout petit et assis entre deux généraux nous apercevions souvent le roi Vittorio Emanuele derrière les vitres de sa voiture qui filait très vite. Il circulait ainsi presque chaque jour pour voir comment allaient les choses. Et les choses allaient très mal.

    A l'entrée de l'hiver une pluie persistante se mit à tomber, et la pluie amena le choléra. Mais on put l'enrayer et, en fin de compte, il n'y eut, dans l'armée que sept mille hommes qui en moururent.

    Nous étions chargés d'évacuer les blessés et les malades des postes de secours, de les transporter des montagnes aux gares de triage et de les diriger sur les hôpitaux indiqués sur leurs feuilles de route. Evidemment ma présence importait peu. Les chauffeurs des ambulances britanniques étaient tués parfois. Oh ! je savais que je ne serais pas tué. Pas dans cette guerre. Elle ne m'intéressait pas personnellement et elle me semblait pas plus dangereuse qu'une guerre de cinéma.

    Miss Barkley était assez grande. Elle portait ce qui pour moi était un uniforme d'infirmière. Elle avait la peau ambrée et des yeux gris. Je la trouvais très belle. Je pensais qu'elle était un peu folle. Personnellement je n'y voyais aucun inconvénient. Peu m'importait l'aventure dans laquelle je me lançais. Je n'avais nulle intention de l'aimer. C'était un peu, comme le bridge, dans lequel on disait des mots au lieu de jouer des cartes. Il fallait faire semblant de jouer pour un enjeu quelconque. Cela me convenait parfaitement.

    Le lendemain, on nous dit qu'il allait y avoir une attaque sur la rivière, en amont, et qu'il nous fallait envoyer quatre voitures. Je me trouvais dans la première voiture. Nous garâmes les voitures derrière une briqueterie. Les fours et de grands trous avaient été aménagés en postes de secours. Il faisait noir et, derrière nous, les longs faisceaux des projecteurs autrichiens balayaient les montagnes. Le silence dura quelques minutes, puis tous les canons derrière nous entrèrent en action. Un obus éclata tout près de la rivière. Un autre arriva sur nous, si brusquement que nous eûmes à peine le temps de l'entendre venir.

    Le sol était défoncé et, en face de moi, il y avait une poutre déchiquetée. Dans le chaos de ma tête j'entendis quelqu'un crier. J'essayai de bouger, mais je ne pouvais pas bouger. Dans une éblouissante clarté je voyais les obus à étoile monter, éclater, flotter dans l'air, tout blancs. J'entendis quelqu'un crier " Mamma mia ! Oh ! Mamma mia ! " et vis Passini les jambes broyées au-dessus du genoux. Je compris que j'étais également blessé.

    Les Anglais étaient arrivés avec trois ambulances, on m'apporta au poste de secours. Il y avait des odeurs fortes, odeurs de produits chimiques, et la fade odeur du sang. Le soir qui précéda mon départ Rinaldi vint me voir avec le major de notre mess. Ils me dirent que j'allais être hospitalisé à Milan dans un hôpital américain récemment installé. Il me dit également que Miss Barkley allait être envoyée à Milan elle aussi.

    Quand je m'éveillai le soleil entrait à flot dans ma chambre. Je ressentis une douleur aiguë dans les jambes. Je les regardai dans leurs bandages sales, et cette vue me rappela où j'étais. J'entendis des pas qui s'approchaient. Je tournai les yeux vers la porte. C'était Catherine Barkley. Elle était fraîche et belle. Il me sembla que je n'avais jamais vu de femme aussi belle. Dieu sait que je ne voulais pas tomber amoureux d'elle. Je ne voulais tomber amoureux de personne. Mais Dieu sait aussi, que, malgré cela, j'étais amoureux, et j'étais là, dans ce lit d'hôpital, à Milan, et toutes sortes de choses me passaient par la tête, et je me sentais merveilleusement bien.

    Catherine Barkley était fort aimée des autres infirmières parce qu'elle était toujours disposée à assurer le service de nuit. Nous passions ensemble tous les moments de loisir. Je l'aimais beaucoup et elle m'aimait. Je dormais le jour et nous nous envoyions des billets toute la journée quand nous étions éveillés. Ferguson se chargeait de les transmettre.

    L'été fut charmant. Dès que je pus sortir, nous fîmes des promenades en voiture dans le parc. Je me rappelle la voiture, le cheval qui marchait lentement, et, devant nous, le dos du cocher avec son haut-de-forme verni, et Catherine Barkley assise à côté de moi. Je disais à Catherine que je voulais l'épouser, mais Catherine disait que si nous étions mariés on la renverrait, et que cela bouleverserait notre vie. J'aurais voulu que nous fussions mariés, parce que, j'avais peur d'avoir un enfant, mais nous prétendions que nous étions mariés et nous ne nous préoccupions guère, et au fond j'étais peut-être heureux de n'être pas marié.

    C'est ainsi que s'écoula l'été. Je ne me souviens pas très bien des journées, sinon qu'elles étaient très chaudes et que les journaux ne parlaient que de victoires. Au front nous avancions sur le Carso. Nous avions pris Kuk, de l'autre côté de la Plava, et nous cherchions à nous emparer du plateau de Bainsizza. La guerre semblait devoir se prolonger. L'Amérique venait d'entrer en guerre, mais je pensais qu'il faudrait bien un an avant qu'on pût envoyer des contingents suffisant et les entraîner au combat. Il me semblait que cette guerre là c'était peut-être une nouvelle guerre de Cent ans.

    Un jour Catherine m'annonça : " Je vais avoir un bébé, chéri. Presque trois mois déjà. Ca ne t'ennuie pas, dis ? Je t'en supplie, il ne faut pas que ça te tourmente.

    Pendant un instant nous restâmes tranquilles sans dire un mot. Nous étions soudain séparés comme des gens qui se trouvent embarrassés parce que quelqu'un est entré brusquement dans la chambre.

    -Tu n'as pas l'impression d'être pris au piège ? -

    - Peut-être un peu, mais pas par toi. On se trouve toujours pris au piège, au sens biologique -

    Nous étions de nouveau ensemble. Toute gêne avait disparu.

    - Nous ne sommes en réalité qu'une seule et même personne et il ne faut pas faire exprès de ne pas nous comprendre -

    - Non il ne faut pas. Parce que nous sommes seuls, nous deux ; et dans le monde il y a tous les autres. Si quelque chose se mettait entre nous, nous serions perdus et le monde nous reprendrait -

    Le soir de mon départ pour le front, je fis mes adieux à l'hôpital et je partis. Je descendis jusqu'au coin où il y avait un cabaret dans lequel j'attendis Catherine en regardant par la fenêtre. Dehors il faisait noir et froid, et il y avait du brouillard. Quand j'aperçus Catherine je frappai au carreau. Nous partîmes ensemble sur le trottoir, le long des cabarets. Nous avions dépassé la cathédrale. Elle était belle dans le brouillard.

    Il y avait un hôtel face à la gare et nous y trouvâmes une chambre. Catherine s'était assise sur le lit et regardait le lustre en cristal taillé. Elle n'avait pas l'air heureux.

    - C'est la première fois que j'ai l'impression d'être une grue -

    Je n'avais pas prévu que les choses tourneraient ainsi.

    - Tu es ma bonne petite femme -

    - Ah certes oui, je suis bien à toi - dit-elle Je suis une petite femme toute simple.

    Mais bientôt ce fut le temps de partir.

    La pluie semblait très claire et transparente dans la lumière de la gare.

    - Autant se dire adieu maintenant, adieu, dis-je, prends bien soin de toi et de la petite Catherine -

    - Adieu chéri -

    Je descendis sous la pluie et la voiture partit. Catherine se pencha et je vis son visage dans la lumière. Elle sourit et agita la main et me fit signe d'aller m'abriter. J'obéis et restai debout, les yeux fixés sur la voiture qui tournait au coin de la rue. Alors seulement je traversai le hall et passai sur la voie.

    C'était l'automne. Les arbres étaient nus et les routes boueuses. D'Udine je me rendis à Gorizia sur un camion. Là je fis la connaissance de Gino qui me raconta que le San Gabriele avait été un véritable enfer et que j'avais eu de la chance d'être blessé dès le début. Il dit que les Autrichiens avaient beaucoup d'artillerie dans les bois, plus loin et au-dessus de nous, et que la nuit, ils bombardaient violemment les routes. Nous manquions de nourriture.

    J'ai toujours été embarrassé par les mots sacrés ; glorieux, sacrifice. Nous les avions lus sur les proclamations que les colleurs d'affiches placardaient depuis longtemps sur d'autres proclamations. Je n'avais rien vu de sacré, et ce qu'on appelait glorieux n'avait pas de gloire, et les sacrifices ressemblaient aux abattoirs de Chicago avec cette différence que la viande ne servait qu'à être enterrée. Il y avait beaucoup de mots qu'on ne pouvait plus tolérer. Les mots abstrait tels que gloire, honneur, courage ou sainteté étaient indécents.

    Le vent s'éleva dans la nuit et, à trois heures du matin, sous une pluie torrentielle, le bombardement commença.

    La nuit suivante la retraite commença. Elle s'effectua, méthodique, mouillée, lugubre. Dans la nuit, sur les routes où nous avancions lentement, nous rencontrâmes des troupes qui marchaient sous la pluie, des chevaux qui tiraient des voitures, des mules, des camions, et tout cela s'éloignait du front. Il n'y avait pas plus de désordre que quand on avançait.

    A Gorizia je trouvai une note pour moi me recommandant de remplir mes voitures avec le matériel empilé dans le vestibule et de me diriger sur Pordenone. Quand nous nous trouvâmes sur la route, les troupes, les camions, les charrettes et les canons y formaient une large colonne qui se déplaçait lentement. La pluie s'apaisait et nous avancions. L'aube n'avait pas encore paru que nous étions de nouveau arrêtés et je compris qu'il nous faudrait abandonner la grand-route e passer à travers champs si nous voulions jamais a
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  • Par skyso, le 27 février 2010

    C'est toujours comme ça... On n'a jamais le temps d'apprendre. On vous pousse dans le jeu. On vous apprend les règles et, à la première faute, on vous tue.

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  • Par Pseudo, le 06 avril 2013

    Si elle allait mourir ? Non, elle ne mourra pas. On ne meurt plus en couches de nos jours. C’est l’opinion de tous les maris. Oui, mais tout de même, si elle allait mourir ?.. Non elle ne mourra pas. C’est un mauvais moment à passer, voilà tout. Après, on parlera de ce mauvais moment et Catherine dira que ce n’était pas si terrible que cela après tout. Mais si elle allait mourir ?… Elle ne peut pas mourir… oui, mais pourtant, si elle allait mourir ?..Elle ne peut pas mourir, je vous dis, il ne faut pas être stupide. C’est un mauvais moment à passer, voilà tout. C’est tout simplement la nature qui l’embête. Le premier accouchement est toujours laborieux. Oui, mais si elle allait mourir ? Elle ne peut pas mourir. Pourquoi mourrai-t-elle ? Quelles raisons y-a-t-il pour qu’elle meure ? C’est tout simplement un enfant qui veut naître… le produit des belles nuits de milan. Il cause des ennuis, il naît, on s’en occupe et on finit par l’aimer peut-être. Mais si elle allait mourir ? Elle ne mourra pas. Elle va très bien. Mais tout de même, si elle mourait ?


    Page 304
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  • Par Pseudo, le 02 avril 2013

    Au bout du pont il y avait des officiers et des carabiniers, debout de chaque côté, munis de lampes électriques [...]. Les officiers dévisageaient chaque homme de la colonne [...] ils firent sortir quelqu'un juste au moment où nous passions [...] c'était un lieutenant-colonel [...] il avait les cheveux gris [...] le carabinier le poussa derrière la rangée d'officiers [...] puis, l'un d'eux me désigna du doigt et parla à un carabinier. Je vis le carabinier s'avancer vers moi. Il se fraya un passage au milieu des fuyards, et je me sentis pris au collet [...] ils faisaient partie de la police des armées [...] les deux qui m'avaient appréhendé me poussèrent dans le groupe qui allait être interrogé [...] les juges avaient tout le zèle, le flegme, le sang-froid d'Italiens qui tuent sans risquer d'être tués [...].

    "Si vous voulez me fusiller, dit le lieutenant-colonel, veuillez me fusiller tout de suite [...] l'interrogatoire est idiot."

    Les officiers se consultèrent. L'un d'eux écrivit quelque chose sur une main de papier. "Abandon de troupes. Condamné à être fusillé", dit-il. Deux carabiniers conduisirent le lieutenant-colonel sur le bord du fleuve [...] je ne le vis pas fusiller, mais j'entendis les détonations. Ils en interrogeaient un autre. C'était également un officier qui s'était trouvé séparé de ses troupes [...] quand on le fusilla, ils en interrogeaient déjà un autre [...] ils exécutaient tous les officiers supérieurs qui avaient été séparés de leurs troupes [...] jusqu'alors ils avaient exécuté tous ceux qu'ils avaient interrogés. Les juges avaient ce beau détachement, cette dévotion à la stricte justice d'hommes qui dispensent la mort sans y être eux-mêmes exposés. Ils étaient en train de questionner un colonel d'infanterie de ligne [...] je bousculai deux hommes, et tête baissée, je m'élançai vers le fleuve.



    Pages 214-217
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  • Par Sachenka, le 19 mai 2014

    Ils me demandèrent si le président Wilson déclarerait la guerre à l'Autriche et je répondis que ce n'était plus qu'une question de jours. Je ne savais point quel griefs nous pouvions avoir contre l'Autriche, mais il me semblait logique qu'on lui déclarât la guerre tout comme à l'Allemagne. Ils me demandèrent si nous déclarerions la guerre à la Turquie. Je répondis que c'était douteux. "Turkey, dis-je, est notre oiseau national" ; mais le calembour traduit était très mauvais ; ils avaient l'air de ne pas comprendre et de se méfier, aussi dis-je que oui, que probablement nous déclarerions la guerre à la Turquie.
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