Au delà du réel il n'y a rien que
Le Réel. A quoi bon aller chercher une réalité supérieure, une organisation sous-jacente, une harmonie préétablie, un noumène qu'occulterait le phénomène. Et si tant est qu'écrire des livres dans quelque genre que ce soit ; (fictions romanesques miroir d'un réel qui nous échapperait, textes philosophiques s'efforçant d'abstraire du permanent et du stable d'une réalité fuyante, broyant l'opinion sous le pilon de la raison pour en extraire l'Idée, ou écrit
Poétique travaillant le langage pour le rendre à la réalité) ; si tant est qu'écrire vise à retrouver un réel un peu plus vrai, la philosophie de
Clément Rosset telle qu'elle m'apparut dans
Le réel et son double devrait bien nous dissuader d'une aussi vaine entreprise que celle qui consiste à écrire des livres.
Le Réel est un, à quoi bon le chercher ailleurs que là où il se présente à nous ici et maintenant.
Or de telles prémisses ne devraient-elle pas enjoindre le philosophe à poser sa plume et se taire (en suivant l'injonction de Wittgenstein à la fin du Tratactus) ? Mais faisant fi de l'ultime conséquence pratique de sa vision du monde
Clément Rosset continue d'écrire.
C'est ce que n'a pas manqué pas de lui faire remarquer un de ses lecteurs ; Cet essai,
Le choix des mots est une réponse à ce lecteur.
Le choix des mots ; il faut l'entendre dans un double sens nous dit-il :
Le choix des mots, ou du mot, de la langue écrite comme moyen d'expression, d'une part et d'autre part, choisir ses mots non pour exprimer sa pensée, mais pour penser. Pour
Clément Rosset, l'acte de penser s'incarne dans l'acte d'écrire (ou de dire par quelque autre moyen), la pensée ne préexiste pas à son expression ; l'expression est la pensée même (« The medium in the message » de Mcluhan ?).
Partant de ce principe se taire revient à cesser de penser ; ce qui est le comble du paradoxe pour un philosophe qui condamnerait en se taisant toute possibilité de servir autrui.
Tout aussi stimulant est le second essai de ce recueil : la joie et son paradoxe. Il existerait deux sortes de joies : la joie qu'on tire des choses, et la joie qu'on peut éprouver sans aucune cause extérieure, qui serait consubstantielle à notre existence autrement dit la joie de vivre. Ce type de joie, bien particulier devrait être universellement éprouvé, or non seulement, la plupart d'entre nous la ressentent bien rarement, mais elle nous semble fort peu visible chez les autres (cela dit ses deux idées sont peut être la même).
L'argument s'appuie sur une méditation sur le Credo quia absurdum, que le philosophe rapproche d'une analyse sur l'improbable par
Aristote dans sa
Rhétorique.
Suivent en appendice deux texte la force du comique (appendice I) et l'Espagne des apparences (Appendice II)