> Pierre-Marie Finkelstein (Traducteur)

ISBN : 2752903065
Éditeur : Phébus (2009)


Note moyenne : 3.43/5 (sur 14 notes) Ajouter à mes livres
Nous sommes au XIX e siècle dans le Roggeveld, région parmi les plus inhospitalières d’Afrique du Sud. Une femme se meurt. Au cours de sa vie, elle a beaucoup vu et beaucoup entendu : elle a surtout énormément appris sur le coeur des hommes. Hésitante, incertaine, elle ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 08 juin 2011

    caro64
    Au XIXème siècle, une vieille femme se meurt dans une région désolée de l'Afrique du Sud. Seule dans la chambre qui fut celle de son enfance, elle se raccroche à ses souvenirs.
    Karel Schoeman a la remarquable faculté de donner une incroyable intensité aux petits moments de la vie. Une vie qu'a priori on imagine vide, sans intérêt, morne, celle d'une vieille fille dans une région au rude climat d'Afrique du sud. Sauf que, de sa position en retrait, elle a porté une attention aiguë à tout ce qui l'entourait, hommes et nature. Cette femme témoin (dont la seule ambition de vie a été de voir et d'entendre, puis de se souvenir) a eu une existence "en creux", elle a servi de révélateur aux existences des autres qui, comme elle, sont nés et ont grandi mais ont aussi aimé, se sont mariés, ont souffert, sont morts. D'elle, le lecteur ne connaît même pas le nom et ignore tout de l'apparence… Avec un talent de peintre impressionniste, l'auteur fait en sorte que les souvenirs de la narratrice émergent par bribes, par fragments, les scènes fondamentales comme les ambiances, les sons, les couleurs, les sensations, les émotions enfouies. La narratrice a tout absorbé, comme une éponge. Pressée par sa mort imminente elle restitue tout ce qui fut sa " vie minuscule", à l'ombre d'une mère autoritaire et froide, et celle de sa famille, des Afrikaners blancs, possédants parvenus.
    Le récit est d'une grande mélancolie, d'une profonde lucidité, d'une grande beauté. Schoeman fait le choix d'un récit linéaire (les souvenirs émergent dans l'ordre chronologique, pas de flash back obligeant le lecteur a une gymnastique intellectuelle), classique dans la forme, prenant cependant le risque de n'insérer aucun dialogue. Mais quelle vie néanmoins ! On croit entendre les personnages comme on croit les voir évoluer sous nos yeux, à travers ceux de la narratrice, au rythme des saisons. Cette vie est un très grand roman sur la nature humaine, la famille, les passions : l'amour, l'envie, la cupidité, la jalousie, avec en arrière-plan historique la ségrégation.
    Avec ce texte lent comme la mort, subtil, puissant et infiniment symbolique, Schoeman nous révèle son immense talent de conteur et de poète. Il donne envie de lire toute son œuvre…
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Ikebukuro, le 05 décembre 2010

    Ikebukuro
    Un livre dense et fort dans un style plein de poésie, qui ne peut laisser le lecteur indifférent. A travers les souvenirs de Cette vieille femme sur son lit de mort qui se repasse le film de sa vie, c'est la vie solitaire et rude des colons sud-africains que l'on va découvrir. L'Afrique du Sud et le territoire âpre du Roggeveld servent de décor à cette existence ou plutôt à cette "non-existence". Une vie passée sous silence au rythme des saisons et des transhumances qui ponctuent cette histoire austère et forte. Tel un fantôme, dans la solitude la plus sombre et l'effacement le plus total, au milieu de ces paysages mornes battus par les vents et de la poussière, cette femme a vécu comme une ombre au sein de sa propre famille. Elle se souvient de ces hommes et de ces femmes qui ont traversé son existence sans jamais s'arrêter vraiment, elle se souvient de cette mère autoritaire et froide, de la bonté de son père, des domestiques auprès de qui elle passait ses soirées, de ses frères ardents et impétueux... Et les secrets remontent petit à petit à sa mémoire. A-t-elle rêvé ? A-t-elle bien compris les histoires de sa famille et les non-dits du passé, elle la fillette à qui personne ne parlait vraiment ? Elle ne sait plus très bien... mais elle raconte ; et le lecteur devine à travers ses récits les drames qui ont jalonné sa vie. A travers ses souvenirs, elle essaie de revivre le passé et de lui donner un sens dans le but de comprendre enfin les secrets qui ont entouré son enfance. Comment est mort Jakob, son frère aîné ? Qu'est devenue Sophie, la femme de ce frère disparu ? Ou est passé Pieter son autre frère durant toutes ces années ? Mais si les souvenirs remontent peu à peu à la surface, certains mystères demeurent, enfouis dans le silence et dans l'oubli. Un livre magnifique sur cette terre oubliée du Roggeveld, tout en nuances et en demi-teintes dans un vocabulaire d'une force incroyable, créant cette atmosphère si particulière qui sait nous bouleverser par sa poésie et la puissance de ses mots.
    Jamais je n'ai lu une histoire aussi forte sur la solitude, le silence pesant, la nature comme un défi qui modèle le caractère des hommes. Cette Afrique du Sud oubliée et dure où le pardon n'existe pas et où la loi de la terre est plus forte que celle des hommes. Elle n'était rien, juste une ombre au milieu des ombres, témoin silencieux des luttes intestines, des querelles familiales, une petite fille sage et solitaire, qui ne disait rien et se contentait d'écouter, qui acceptait son sort sans un mot. A la fin de son existence, cette femme qui a fait du silence son maître, se met enfin à parler, sans doute pour la première et la dernière fois, et à raconter Cette vie.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par petitepom, le 03 février 2011

    petitepom
    Sur son lit de mort, une femme se remémore sa vie, elle est dans sa chambre d'enfant et c'est là que commence son récit.
    Ses parents ont que 3 enfants qui ont survécu, deux garçons et une petite fille, la narratrice ; étant plus jeune et la dernière, on ne s'occupe peu d'elle, elle grandit toute seule avec la domestique Dulsie, elle ne fait pas de bruit, on oublie sa présence mais elle observe sa famille ; malgré quelque incompréhension du à son jeune age, elle a compris bien des silences ou des bouts de phrases lâchés lors d'une colère, ou surprise dans une conversation.
    Toute sa vie, elle vivra en retrait, verra ses parents vieillir et subir des épreuves, assistera aux mariages et aux enterrements, récoltera quelque réflexion qui lui servent aujourd'hui à comprendre ce qu'il sait passé : la mort accidentel de jakob, la disparition de Sofie et Pieter… .Comme il reste une part de doute dans ses souvenirs, cela installe un mystère que le lecteur est libre d'interpréter. Son retrait la classe de folle pour la société qui l'entoure, elle s'en accommode toujours avec sa discrétion élégante
    J'ai adoré ce roman, je me suis laissée captiver par le récit de cette femme, l'écriture est fluide, on lit page après page, imprégner par la vie de cette famille comme si on était nous aussi, assise au coin d'une pièce à observer les silences.
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par ivredelivres, le 18 février 2010

    ivredelivres
    C'est le troisième roman que je lis de Karel Schoeman, j'ai beaucoup aimé En étrange pays et plus encore celui-ci.
    En Afrique du Sud à la fin du XIXème siècle, au fond du Roggeveld, seule dans sa chambre d'enfant, une femme va mourir et tente en un long monologue de comprendre toutes ces images qui affleurent à sa mémoire.
    « J'ai trop de souvenirs, dit-elle. Toute ma vie, j'ai eu trop d'occasions de regarder, d'écouter, de voir, d'entendre et de me souvenir. Je n'ai pas fait exprès d'emmagasiner toutes ces connaissance et je n'ai pas demandé à les retenir mais aujourd'hui que me voici arrivée au soir de ma vie, je considère toute cette sagesse et je me rends soudain compte qu'elle est loin d'être vaine».
    Bribes après bribes ses souvenirs remontent, elle tente de retrouver les visages de tous, les frères aimés, la mère crainte, le père effacé, les domestiques et Sofie la bien aimée.
    Sa vie fut longue, enfant personne ne l'a vraiment aimé, elle était une ombre silencieuse, un oeil innocent, une oreille attentive.
    Sa mémoire n'est pas sûre, en longs allers et retours la narratrice fait remonter des lambeaux de souvenirs qui morceau après morceau vont recomposer sa vie : les leçons des précepteurs, l'arrivée de Sofie femme de son frère aîné, belle et rieuse, la naissance de Maans son neveu, le seul qui lui ait un peu appartenu.
    L'histoire de la famille s'écrit dans la nuit : les départs et les morts, les mariages et les naissances qui viennent s'inscrire dans la bible familiale, les non dits, les paroles de colère, les secrets, les actions honteuses.
    On est envoûté littéralement par le récit, peu à peu absorbé par le paysage. La vie se déroule au rythme des saisons : la transhumance annuelle lorsque vient l'hiver, la lumière changeante sur le veld, l'explosion de couleurs au printemps
    L'écriture d'une grande beauté de Karel Schoeman nous emporte dans un pays dur et ingrat, où le paysan survit plus qu'il ne vit, où les hommes et femmes sont corsetés dans des traditions et une religion austère.
    Magnifique roman d'un temps révolu, ode lyrique, subtil et poétique à son pays. L'éditeur parle de chef-d'oeuvre de la littérature Sud-Africaine, c'est le mot juste.


    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2009/04/04/cette-vie..
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  • Par keisha, le 23 décembre 2009

    keisha
    "Le passé est un autre pays: où est la route qui y mène? L'on ne peut que suivre à l'aveuglette la trace sous nos pas, sans pouvoir choisir la direction dans laquelle l'on voudrait aller."
    Dans sa chambre, dans la ferme où elle est née et a passé presque toute son existence, une femme âgée rappelle ses souvenirs... Une vie dans une ferme du veld de cette Afrique du Sud au 19ème siècle. Une vie limitée géographiquement à cette ferme, au village qui se bâtira tout près, et à la maison où qui les accueille les hivers, après un véritable déménagement, laissant derrière eux la ferme aux éléments. Une vie austère, retirée, dans la réserve, l'isolement au milieu des siens, les secrets seulement devinés, le silence et l'aridité des sentiments.
    "La vie était quelque chose que je voyais s'écouler au-dehors dans la lumière du jour, par l'encadrement de la porte d'entrée, quelque chose qui se déroulait dans la cour et que j'observais sur le seuil de la porte."
    Mais finalement, le temps passant, la solitude lui vaudra de vivre d'intenses moments de liberté...
    Voilà un roman très fort, avec des personnages peu attrayants, beaucoup de zones d'ombres mais d'éblouissantes images du veld. On vit ces décennies où le pays évolue, avec quelques impacts dans ce coin perdu au pied des montagnes, et demeure une belle peinture de ce milieu replié sur lui même.
    Lire la suite: http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-cette-vie-40230366.html#ixzz0aWxiITUT


    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-cette-vie-402303..
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Critiques presse (1)


  • Lecturejeune , le 17 février 2012
    Lecture Jeune, n°131 - septembre 2009 - La femme qui raconte est vieille. Elle tente dans un ultime effort, avant de s'éteindre, de se remémorer son passé et celui de toute sa famille afrikaner. On l'a transportée dans la vieille maison, au toit de chaume, au sol de bouse séchée, dans sa chambre d'enfant où lui reviennent, par lambeaux, des fragments de vie des quatre générations de fermiers qui se sont succédé tout au long du XIXe siècle. Elle a toujours été une spectatrice effacée et timide du comportement des adultes et c'est donc dans un récit chaotique et lacunaire qu'elle tente de comprendre une réalité qui se dérobe.
    Au fil de la narration se dessine l'ascension sociale d'une famille afrikaner dominée par la figure d'une mère autoritaire et illettrée, avide de richesse et de considération sociale, qui voit son ambition se concrétiser dans son petit-fils. Car il faut être dur et inflexible pour réussir sur ces plateaux hostiles d'Afrique du Sud. Un travail acharné, une vie économe et la gestion judicieuse des alliances matrimoniales permettent de sortir de la pauvreté. Dans cette société presbytérienne, chacun s'observe, se jalouse tout en respectant les rituels qui assurent une certaine cohésion. Il n'y a pas de place pour l'expression de l'amour entre ces hommes et ces femmes, sauf dans la fuite. C'est le secret de famille jamais totalement dévoilé. En arrière-plan évoluent les pauvres blancs errant avec leur chariot misérable, les esclaves noirs attachés à vie au service de leur maîtresse blanche, les métis méprisés, les indigènes bochimans et hottentots dont le sort ne préoccupe personne tant ces Afrikaners sont sûrs de leurs droits.
    Mais la mémoire de la narratrice restitue aussi les paysages immenses du veld, les cieux balayés par le vent, les éclats de lumière à la surface des lacs, l'âpreté des hivers et la beauté des prairies fleuries au printemps, dans une belle prose lyrique. Que reste-t-il de tous ceux qui ont vécu et souffert sur cette terre quand leurs traces matérielles disparaissent, si ce n'est le récit de cette vieille femme sage et compatissante ? L'auteur a obtenu le prix Hertzog, la plus prestigieuse récompense littéraire d'Afrique du Sud, pour ce roman, à conseiller à de bons lecteurs. Colette Broutin

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Citations et extraits

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  • Par ay_guadalquivir, le 05 avril 2012

    "Etait-ce vraiment un choix - ai-je jamais eu le choix? A examiner ma vie de près, on pourrait en douter ; pourtant, bien que je ne puisse pas expliquer le fond de ma pensée, je voudrais dire que si j'ai jamais eu un jour le privilège de pouvoir choisir, c'est sans doute lorsque j'étais assise toute seule, dans un coin de cette cuisine sombre, et où j'ai décidé, à l'aveuglette et sans le savoir, de mon avenir."
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  • Par cc, le 20 décembre 2010

    Seule dans l'obscurité de sa chambre, une vieille femme se meurt et resonge à sa vie discrète, passée à écouter et à observer les autres. Au crépuscule de son existence, elle lève enfin le voile sur les secrets inavoués de son clan et recompose un puzzle intime, pétri de rancoeurs et de douleurs. Sur fond de paysage tissé par le vent, la poussière et le silence, c'est un monde fantôme qui se déploie sous ses yeux, celui des Afrikaners, austères et secrètement ardents, débarqués au début du XIXe siècle, sur les terres arides d'Afrique du Sud. Là " où le pardon n'existe pas ".
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  • Par caro64, le 08 juin 2011

    J'ai trop de souvenir. Toute ma vie, j'ai eu trop d'occasions de regarder, d'écouter, de voir, d'entendre et de me souvenir. Je n'ai pas fait exprès d'emmagasiner toutes ces connaissance et je n'ai pas demandé à les retenir mais aujourd'hui que me voici arrivée au soir de ma vie, je considère toute cette sagesse et je me rends soudain compte qu'elle est loin d'être vaine.
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par Ikebukuro, le 02 décembre 2010

    Pays pauvre, pays rude, pays chéri. Comment ai-je pu vivre ici toute ma vie sans jamais te regarder, ou si peu, me contentant de temps à autre de coups d'oeil furtifs qui m'ont laissée inassouvie, brûlant toujours du désir de te revoir ?
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  • Par ay_guadalquivir, le 21 février 2012

    "Qu'il était riche, notre Roggeveld, pendant les quelques semaines qui suivaient la fin de l'hiver, lorsque les fleurs sauvages, seul luxe qu'ait jamais connu ce pays de misère, surgissaient soudain dans la lumière crue et le vent froid du printemps encore hésitant !"
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