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> Françoise Cartano (Traducteur)

ISBN : 2714441181
Éditeur : Belfond (2006)


Note moyenne : 4.28/5 (sur 362 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian exécute neuf personnes dans son lycée. A travers des lettres au père dont elle est séparée, sa mère retrace l’itinéraire meurtrier de leur fils. Un roman coup-de-poing, violent, complexe, qui s’attaque aux pires des tab... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par ygounin, le 01 septembre 2012

    ygounin
    Voici peut-être l'un des meilleurs livres que j'ai jamais lus.
    Pourtant j'ai détesté chacune de ses pages.
    Il n'y a pas une lueur d'espoir dans ce roman. Dès les premières pages, on sait que Kevin a assassiné ses camarades de lycée. La longue narration de sa mère conduit inexorablement le lecteur vers un épilogue auquel il ne peut échapper - et qui s'avèrera plus cruel encore qu'on l'avait imaginé.
    Lionel Shriver ose briser deux tabous. le premier est celui de l'innocence de l'enfant. Les enfants commettent parfois des atrocités. On les en dédouane en en cherchant la cause dans une éducation inefficiente. Mais la cause est plus immédiate : ils font le mal car ils sont, parfois, mauvais.
    Second tabou : l'amour maternel inconditionnel. Lionel Shriver ose décrire une mère qui n'aime pas son enfant, s'en méfie et mène avec lui une guerre de chaque instant.
    Dans la société contemporaine où l'enfant est roi, ces sujets sont tabous. La littérature et plus encore le cinéma sont souvent englués dans une bien-pensance mielleuse sacralisant l'enfant et l'amour maternel.
    "Il faut qu'on parle de Kevin" - magistralement porté à l'écran par Lynne Ramsay - constitue un puissant et douloureux antidote à ce conformisme bien-pensant.
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 17 juillet 2009

    Woland
    We Need to Talk About Kevin
    Traduction : Françoise Cartano
    En raison d'un article lu sur un blog et qui reprochait à ce livre de culpabiliser la mère à outrance, j'ai longtemps tardé à lire ce roman dont le thème central est la recherche des causes de la violence adolescente, surtout lorsque celle-ci débouche sur des meurtres de masse similaires à la tuerie de Columbine, aux USA. J'ai tardé donc mais, une fois que j'en ai commencé la lecture, je n'ai pu me séparer de ce roman avant d'en avoir lu la dernière page. Pourtant, je tiens à le préciser, certains passages, dans lesquels la mère décrit elle-même son narcissisme et son égoïsme, et ceci sans aucune complaisance, ont de quoi déclencher la colère, l'antipathie et le malaise du lecteur.
    Lionel Shriver a en effet choisi de ne nous donner que le point de vue de la mère de Kevin Khatchadourian. Point de vue fatalement partial, dépourvu d'objectivité, dira-t-on. Sans doute mais celui des autres acteurs de la tragédie eût-il été moins subjectif ? On accordera à cette mère qui s'interroge et déballe tout pour mieux comprendre comment son fils et elle en sont arrivés là, le mérite d'un franc-parler qui dérange, inquiète, blesse mais qui, jamais, ne tombe dans l'auto-complaisance.
    Le roman se présente sous forme de lettres que Mrs Khatchadourian adresse à son mari, Franklin. Ce parti pris aurait pu rebuter des lecteurs qui ne sont plus habitués aux romans épistolaires mais le style dense, d'une précision d'analyse quasi clinique, et particulièrement soutenu utilisé par l'auteur agit comme une spirale hypnotique, accrochant et rivant le lecteur à une intrigue qui dévoile lentement une structure complexe et particulièrement travaillée. Bien qu'il s'agisse d'un récit d'introspection, il n'y a aucun temps mort : à partir du moment où l'on se plonge dans l'histoire, on veut aller jusqu'au bout, quel que soit le prix à payer pour ce faire.
    Ce serait faire injure à l'habileté souveraine avec laquelle Lionel Shriver a mené sa barque que de résumer "Il faut qu'on parle de Kevin." Tout ce que vous avez besoin de savoir, c'est que Kevin s'est bien rendu coupable d'un massacre dans son lycée, qu'il a prémédité le fait et l'admet avec une curieuse bonne grâce, et que, à l'issue de son procès, sa mère est la seule personne qui vienne le voir au parloir de la prison. le reste ne se raconte pas, il se lit.
    Ce livre se double en outre d'une critique impitoyable des méthodes d'éducation laxiste qui, après avoir fleuri aux USA, ont envahi l'Europe. Non que Lionel Shriver soit pour les châtiments corporels : elle se contente de rappeler que le sens des limites et des garde-fous ne se communique pas en laissant faire à un enfant ses quatre volontés.
    En ce qui concerne la culpabilisation de la Mère que certains ont voulu voir ici, j'affirme ne pas avoir compris comment ils en étaient arrivés à cette conclusion. Shriver met en évidence, de façon parfois insoutenable, c'est vrai, le lien privilégié et presque fusionnel qui s'établit entre la mère et son enfant. Force est de constater que, en dépit de tout, en dépit de ce que lui-même professe, c'est avec sa mère que Kevin a le plus d'atomes crochus. Comme Eva Khatchadourian, il fait preuve, dès le berceau, d'une personnalité désagréable, voire insupportable mais en tous les cas puissante et déterminée. Et, le livre refermé, l'on se surprend à s'interroger sur ce qui serait advenu si l'amour maternel avait été présent dès le premier souffle de Kevin.
    Car l'amour maternel n'est pas inné. Cette idée, que véhicule tranquillement "Il faut qu'on parle de Kevin", a dû en choquer plus d'un aux USA et même ici, dans notre vieille Europe. L'affirmer haut et fort, sans pour autant accabler celle chez qui il ne se développe pas ou alors, chez qui il ne se développe que tardivement, c'est transgresser un tabou : jusque dans cette fonction qu'elle est seule à pouvoir assumer, la maternité, la Femme reste prisonnière d'étiquettes et de préjugés forgés par les mâles.
    A la fin du roman, à la fin également d'un long, douloureux et sanglant parcours, Eva Khatchadourian aura appris - sans tomber dans le mélodrame, je vous rassure - à aimer son fils. Parce qu'elle aura compris que, dès son premier souffle, la seule, l'unique personne qui ait jamais compté pour Kevin, en dépit de tout, c'était elle, sa mère. ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par verobleue, le 17 février 2014

    verobleue
    Trois jours avant l’anniversaire de ses 16 ans, Kevin Katchadourian exécute, avec son arbalète, neuf personnes au sein de son école, la Gladston High School. Les victimes ont été attirées et enfermées dans le gymnase de l’école, sont retrouvées criblées de flèches, vidées de leur sang alors que l’auteur attend tranquillement la police.
    Voici un roman que je ne suis pas prête d’oublier. J’ai découvert "Il faut qu'on parle de Kevin" de Lionel Shriver via Babelio. Les critiques des babelionautes m’ont donné envie de le rechercher et de le lire. Ce n’est pas une histoire vraie mais elle colle tellement à la réalité qu’elle pourrait prétendre au documentaire.
    Tout le récit est une correspondance à sens unique entre une maman et son mari. Eva relate les dix-huit années d’existence de leur fils, l’auteur de la fusillade du collège. Avec lucidité, elle relate l’enfance de Kevin, revit étape par étape l’évolution de leur relation jusqu’au terrible JEUDI, dans l’espoir de comprendre, de pardonner et peut-être de se pardonner. Elle écrit à Franklin, son mari, papa de Kevin et lui raconte sa version.
    A l’époque, Eva partage sa vie avec Franklin, amoureux dévoué qui n’imagine pas son avenir sans progéniture. Elle, la trentaine, directrice d’une collection de guides de voyages à succès, ne se sent pas attirée par la maternité. L’idée même d’avoir un enfant la terrorise.
    A la naissance de Kévin, le rejet est bilatéral.
    Kevin est un étrange bébé apathique, aux yeux froids et absents, hermétique à l’amour maternel. Eva, troublée par le rejet dont elle fait l'objet, ne parvient pas à aimer ce petit garçon. Elle s’oblige dans ses moindres gestes et paroles avec lui, agit avec son fils de façon raisonnée, jamais par amour. En retour, elle a un enfant amorphe, passif, qui se transforme progressivement en un être sournois et malfaisant. Les répercussions sont subtiles, l’enfant attire par son comportement la froideur et le rejet tandis que la mère empêche de son côté la complicité et la confiance.
    L’enfant devient un adolescent introverti, inconsciemment surprotégé par un père qui cherche à compenser le manque d’attention de la maman. Eva le voit comme un manipulateur machiavélique, s’inquiète de sa maturité implacable, s’angoisse de la rage froide, contrôlée, monstrueuse qu’elle sent poindre sous son aspect normal et est la seule à mesurer sa perversité, sa méchanceté.
    Accrochez-vous… En première partie, Eve se mue en narratrice égocentrique, dissèque ses sentiments à n’en plus finir. J’ai été exaspérée, faute de comprendre où elle voulait en venir. Ensuite, la tendance s’inverse, j’ai assimilé sa lente incarcération, pourtant consentie, dans cette vie abhorrée. Sa recherche sincère de toute explication, son approche psychologique approfondie, cohérente et acide. Chaque comportement est décortiqué, chaque mot écrit est disséqué, dans un souci d’authenticité totale, quitte à choquer... C’est une analyse minutieuse de sa relation avec son fils, mais aussi par contrecoup, de ses relations avec son mari et sa fille. Les questions sont claires, les réponses le sont beaucoup moins.
    Qui n’a jamais cherché le mode d’emploi de l’ « enfant » ? Le métier de maman est difficile. Je sais que l’enfant peut, ne ressembler en rien à ce que l’on a imaginé, rêvé. Toute maman peut s'identifier à Eva, quelques soient ses relations avec ses enfants.
    Lionel Shriver pousse le lecteur à s’interroger. La mère est-elle fautive ? L’enfant est-il naturellement mauvais ? Le récit accumule les sujets tabous, égratigne l’idéal familial, fait réfléchir sur la parentalité, la maltraitance au sein de la cellule familiale, la malveillance enfantine, l'inné et le vécu, la culpabilité.
    Le pire est dit sans verser dans les scènes meurtrières, sans propos obscène, sans description glauque, le rythme est donné par les raisonnements implacables d’Eva.
    Seulement en fin de livre, on comprend jusqu’où ira Kevin dans la recherche passionnée de l'amour de sa mère. C’est terrible.
    C’est un livre « coup de poing » dont on ne sort pas indemne.

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    • Livres 5.00/5
    Par Arakasi, le 03 mai 2013

    Arakasi
    Il existe une peur dont on ne parle jamais. Elle est pourtant latente chez de nombreux futurs parents, insidieuse comme le venin d’un serpent : et si je n’aimais pas mon enfant ? Et si mon enfant ne m’aimait pas ? Et si cet amour si naturel que l’on dit spontané n’était pour moi ni l’un, ni l’autre ? Eve Khatchadourian, reporter auprès d’un magazine de tourisme, n’a quant à elle jamais désiré de fils – la grossesse, la maternité, la dépendance, tout ceci lui répugne et l’effraie à la fois. Mais lors d’une nuit d’angoisse, terrorisée à l’idée de perdre un jour l’homme qu’elle adore sans rien conserver de lui, elle prend un risque malavisé… Neuf mois plus tard, Kevin naît. Et Eve ne l’aime pas. Elle ne parvient pas à l’aimer. Rongé par la culpabilité, elle tente pourtant de donner le change, couvre le bébé de marques d’affection, mais Kevin est un étrange petit garçon, curieusement apathique et totalement hermétique à la moindre tendresse.
    Le petit garçon silencieux devient un enfant trop calme, aux yeux froids et absents. L’enfant devient un adolescent introverti – un gamin comme les autres selon son père, mais un manipulateur sans scrupules selon sa mère. Car non seulement Eve n’aime pas son fils, mais elle en a peur : peur de sa maturité glaciale, si peu conforme à son jeune âge, peur de son effrayante atonie, peur de la rage froide, contrôlée, gigantesque qu’elle sent parfois frémir sous cette enveloppe trop lisse et qu’elle semble être la seule à percevoir… Et un jour, fatalement, les choses tournent mal. Très mal. Un drame terrible, sanglant, d’autant plus terrifiant qu’Eve elle-même répugne à en parler, ne l’évoquant que sous le terme « l’affaire ». Dix-huit ans après la naissance de Kevin, voici donc Eve seule, abandonnée de tous et confrontée à ce monstre inconnu : son fils. Enfermée dans son appartement, elle va coucher par écrit l’enfance de Kevin, revivre étape par étape l’évolution de leur relation jusqu’à « l’affaire », dans l’espoir de parvenir à comprendre, à lui pardonner et peut-être – et c’est là le plus difficile – à se pardonner à elle-même.
    Etonnant comme un livre peut à la fois vous fasciner au point d’en dévorer les pages à toute vitesse, tout en créant une sensation de malaise telle que chaque ligne lue laisse une sensation d’aigreur au fond de l’estomac. Il faut reconnaître que « Il faut qu’on parle Kevin » accumule les sujets tabous, écorchant méchamment l’idéal familial américain au passage : l’absence d’amour entre parents et enfants, la culpabilité qu’elle entraine, les mauvais traitements physiques et psychologiques au sein de la cellule familiale, la malveillance enfantine et bien d’autres sujets tout aussi affriolants. Cette dissection sans merci d’une relation mère/fils s’avère pourtant incroyablement prenante, le genre de récit qui vous prend littéralement aux tripes et ne vous lâche plus avant la dernière page (surtout que cette relation n’est pas entièrement fondée sur le rejet, comme on pourrait le croire : il y a quelque chose d’intensément fusionnel dans le lien qui unit Kevin à sa mère, peut-être même un embryon d’amour déçu…) Le style employé y est pour beaucoup : précis, analytique, acide, presque clinique par moment, car Eve Khatchadourian n’est pas une femme facile et pas toujours une narratrice très sympathique.
    Le tout donne un roman noir, glaçant, passionnant qui ose véhiculer cette idée honnie : non, l’amour maternel n’est pas inné – ou du moins pas toujours et pas pour tout le monde. L’amour maternel se construit, se forme, se déforme… Et naît parfois d’étonnante façon. Au terme de son récit, Eve Khatchadourian finira par confesser « Après dix-huit ans moins trois jours, je peux finalement annoncer que je suis trop épuisée, et confuse, et seule, pour continuer de lutter, et que, serait-ce par désespoir, voire par paresse, j’aime mon fils » Mais à quel prix cet amour venu trop tard ?
    (Et j’en profite pour recommander très chaudement l’excellente adaptation au cinéma de Lynne Ramsay d’une beauté visuelle époustouflante et portée par deux acteurs magnifiques de justesse et de tension. N’hésitez pas, les gens !)
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    • Livres 5.00/5
    Par le_Bison, le 02 mai 2012

    le_Bison
    Étrange garçon que ce Kevin. Il faut en parler. Absolument. Il faut qu'on parle de Kevin Khatchadourian. A l'aube de ses seize ans, il tue sept de ses camarades de collège, un employé de la cafétéria et un professeur. Bienvenue dans l'Amérique qui fait peut, celle des massacres de masse, tueries gratuites perpétrées par des enfants à peine adolescents.
    Eva Khatchadourian, sa mère, se remet ainsi en cause. A travers des lettres adressées au père, devenu depuis « l'affaire » un mari « absent », elle fait le point, elle tente de retracer le chemin traversé par son fils, d'imaginer ses raisons. Entre des visites au parloir de la prison et de son intime chez-soi, elle veut comprendre ce qui a poussé Kevin à commettre cet acte et surtout elle essaye de savoir quelle est sa part de responsabilité, à elle en tant que mère génitrice d'un « monstre »…
    Une façon économique de faire son auto-psychanalyse où la moleskine verte d'une thérapeute est simplement remplacée par des feuilles de papier. Eva, écrit, écrit, écrit. Au début, une fois par semaine, puis plus fréquemment, puis tous les deux jours. Elle écrit pour s'en sortir. Ça coutera moins chère à la Sécurité Sociale, d'autant plus que côté mutuelle, elle ne doit plus être très aidée, surtout depuis « l'affaire ». Qu'est-ce qu'elle raconte dans ses lettres, toutes adressées à son mari ?
    Sa culpabilité ? Eva se souvient son peu d'entrain à devenir mère, ses difficultés à sacrifier sa brillante carrière pour s'occuper de sa famille. Elle ne croit avoir jamais eu la fibre maternelle et dès la naissance de Kevin, elle a eu peur, peur de ce petit bonhomme haut comme trois pommes, effrayée par ses yeux grands ouverts et absents. Il faut dire que Kevin, dès son plus jeune âge, a eu un comportement plus qu'ambigu. le regard solitaire et l'œil méchant, ce rejeton donne de sacrés frissons dans le dos.
    Plus de 600 pages de lettres sans réponses comme autant de bouteilles lancées à la mer. Je me suis demandé si cela n'allait pas user de ma patience, me lasser à la longue – lire cette correspondance à sens unique. Et au final, chaque missive (qu'elle fasse 5 pages ou 20 pages) passe comme une lettre à la Poste. Car à chaque fois, j'en découvre un peu plus sur Kevin, sur Eva, sur l'ambiance familiale et l'atmosphère pesante de cette maison. Je ne me suis jamais ennuyé, j'en voulais toujours et encore plus.
    [...]

    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/?p=2678
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Citations et extraits

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  • Par PiertyM, le 25 octobre 2014

    On ne peut atteindre quelqu'un que s'il possède une conscience. On ne peut punir quelqu'un que s'il a des espoirs que l'on peut contrarier, ou des attachements que l'on peut rompre ; quelqu'un qui se soucie de ce que l'on pense de lui. On ne peut punir que des gens qui ont déjà un tout petit peu quelque chose de bon en eux.

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  • Par Woland, le 17 juillet 2009

    ... Dans la chambre, il m'a laissé le déshabiller et quand je lui ai demandé quel pyjama il voulait mettre, au lieu de lever les yeux au ciel en grognant : "M'en fiche," il a réfléchi un instant avant de murmurer, d'une petite voix : "Celui de l'astronaute. J'aime bien le singe dans la fusée." C'était la première fois que je l'entendais dire qu'il aimait une pièce de sa garde-robe, et quand je me suis rendue compte qu'il s'agissait de l'unique pyjama se trouvant au linge sale, j'ai été plus que désemparée en l'extirpant du panier avant de vite revenir lui promettre de le laver le lendemain pour qu'il soit comme neuf. J'attendais un "Pas la peine," au lieu de quoi - autre première - j'ai entendu "Merci." Quand je l'ai bordé, il s'est niché volontiers, en remontant la couverture sous son menton, et quand j'ai glissé le thermomètre entre ses lèvres écarlates - son visage était criblé de rougeurs de fièvre - il a léché l'extrémité en verre à coup de minuscules succions, comme si finalement, à dix ans, il avait appris à téter. Sa température était élevée pour un enfant - plus de 38°4 - et lorsque je lui ai tamponné le front avec un linge humide, il a ronronné.

    Je ne saurais dire si nous sommes moins nous-mêmes quand nous sommes malades, ou plus. Mais ces deux semaines hors du commun ont été pour moi une révélation. (...) Je sais bien que nous changeons tous, dans un sens ou dans un autre, quand nous sommes malades, mais Kevin n'était pas seulement sur les nerfs ou fatigué, il était une personne radicalement différente. C'est d'ailleurs ce qui m'a permis d'évaluer la quantité d'énergie et de volonté qu'il devait dépenser le reste du temps pour être un autre enfant (ou d'autres enfants). (...) J'avais cru immuable le registre émotionnel qui le gouvernait depuis sa naissance. Rage ou colère, la seule variante était le degré d'intensité. Or, sous les couches de fureur, je découvrais, avec stupéfaction, une strate de désespoir. Il n'était pas furieux. Il était triste. ...
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  • Par pyrouette, le 26 septembre 2010

    "Désolée, mais je ne suis pas l'auteur de ces films, et toute femme dont les dents se sont cariées, les os fragilisés, la peau détendue connaît le tribut prélevé par un parasite occupant les lieux pendant neuf mois. Tous ces films sur les animaux montrant la longue remontée des saumons femelles en train de se battre contre le courant pour pondre leur oeuf avant de se désintégrer - voile sur les yeux, écailles qui tombent - me rendaient folle. Tout le temps où j'ai été enceinte de Kevin, j'ai combattu l'idée de Kevin, la notion que je m'étais moi même dégradée du statut de conducteur à celui de véhicule, de propriétaire de maison à maison."


    "Par ailleurs, je serais éventuellement plus sensible à cette notion ultra-séculière voulant que chaque fois qu'il se passe des abominations il faut un coupable, si une curieuse petite auréole d'irréprochabilité ne semblait accompagner ces gens qui se perçoivent comme cernés par des agents du mal. En d'autres termes, on a l'impression que les mêmes personnes qui vont attaquer devant le tribunal les maçons n'ayant pas su les protéger parfaitement des dégâts d'un tremblement de terre seront les premières à affirmer que leur fils a raté son contrôle de math à cause d'un déficit de sa capacité de concentration, et pas parce qu'il a passé la nuit précédente dans une galerie de jeux vidéo, au lieu d'étudier les fractions complexes."


    "La plupart des enfants sont mortifiés par la perspective du divorce de leurs parents, et je ne nie pas que la conversation surprise par Kevin l'ait expédié dans une spirale descendante, il n'empêche que j'étais déconcertée. Depuis quinze ans, cet enfant essayait de nous séparer. Pourquoi n'était il pas satisfait? Et si j'étais une telle horreur, pourquoi n'était il pas ravi de larguer son abominable mère? Rétrospectivement, ma seule hypothèse est qu'il était assez désagréable de vivre avec une femme froide , soupçonneuse, hostile, accusatrice et distante. Une seule éventualité devait lui sembler pire, et c'était de vivre avec toi Franklin, se retrouver à la colle avec papa.

    A la colle avec son créitn de père."

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  • Par Woland, le 17 juillet 2009

    ... - "C'est toujours la faute de la mère, pas vrai ?" a-t-elle dit tout bas, en ramassant son manteau. "Ce gamin a mal tourné parce que sa mère, elle est alcoolo ou accro à la drogue. Elle le laisse à l'abandon, elle lui apprend pas la différence entre le bien et le mal. Elle est jamais à la maison quand il rentre de l'école. Personne va jamais dire que le père est un poivrot, ou qu'il est pas à la maison quand il revient de l'école. Et personne non plus va jamais dire qu'il y a des enfants qu'ont la méchanceté. Croyez pas ces vieilles salades. Les laissez pas vous charger avec tous ces meurtres.

    - LORETTA GREENLEAF ! [Appel du gardien.]

    - C'est dur d'être une maman. Personne n'a jamais fait voter de loi disant qu'il faut être parfaite avant de tomber enceinte. Je suis sûre que vous avez fait de votre mieux. Vous êtes dans ce trou à rats par un beau samedi-après-midi ? Vous essayez encore. ...
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  • Par FRANGA, le 21 mars 2012

    - Votre père-vous vous entendiez avec lui, ou bien c'était la bagarre ?
    - Mr Plastic ? s'est gaussé Kevin. Il aurait fallu que ce soit mon jour de chance pour qu'on ait une dispute. Non, on était toujours dans le "rions ensemble", les hot dogs et les chips au fromage. Un faux cul total, vous voyez ? Genre : "Si on allait au musée d'Histoire naturelle, Kev', ils ont des cailloux super chouettes". Il se faisait un cinéma Little League, coincé dans les années cinquante. J'étais abreuvé de "Je t'aime-je t'aime-je t'aime, fiston !" et moi je le regardais : "Tu parles à qui, là, mon gars ?" Ca veut dire quoi, un père qui t'aime-t'aime-t'aime et qui n'a pas la moindre idée de qui tu es ? Il aime quoi, en fait ? Un môme de la série Happy Days. Pas moi.
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