> Françoise Cartano (Traducteur)

ISBN : 2714441181
Éditeur : Belfond (2006)


Note moyenne : 4.01/5 (sur 88 notes) Ajouter à mes livres
À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian exécute neuf personnes dans son lycée. A travers des lettres au père dont elle est séparée, sa mère retrace l’itinéraire meurtrier de leur fils. Un roman coup-de-poing, violent, complexe, qui s’attaque aux pires des tab... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 17 juillet 2009

    Woland
    We Need to Talk About Kevin
    Traduction : Françoise Cartano
    En raison d'un article lu sur un blog et qui reprochait à ce livre de culpabiliser la mère à outrance, j'ai longtemps tardé à lire ce roman dont le thème central est la recherche des causes de la violence adolescente, surtout lorsque celle-ci débouche sur des meurtres de masse similaires à la tuerie de Columbine, aux USA. J'ai tardé donc mais, une fois que j'en ai commencé la lecture, je n'ai pu me séparer de ce roman avant d'en avoir lu la dernière page. Pourtant, je tiens à le préciser, certains passages, dans lesquels la mère décrit elle-même son narcissisme et son égoïsme, et ceci sans aucune complaisance, ont de quoi déclencher la colère, l'antipathie et le malaise du lecteur.
    Lionel Shriver a en effet choisi de ne nous donner que le point de vue de la mère de Kevin Khatchadourian. Point de vue fatalement partial, dépourvu d'objectivité, dira-t-on. Sans doute mais celui des autres acteurs de la tragédie eût-il été moins subjectif ? On accordera à cette mère qui s'interroge et déballe tout pour mieux comprendre comment son fils et elle en sont arrivés là, le mérite d'un franc-parler qui dérange, inquiète, blesse mais qui, jamais, ne tombe dans l'auto-complaisance.
    Le roman se présente sous forme de lettres que Mrs Khatchadourian adresse à son mari, Franklin. Ce parti pris aurait pu rebuter des lecteurs qui ne sont plus habitués aux romans épistolaires mais le style dense, d'une précision d'analyse quasi clinique, et particulièrement soutenu utilisé par l'auteur agit comme une spirale hypnotique, accrochant et rivant le lecteur à une intrigue qui dévoile lentement une structure complexe et particulièrement travaillée. Bien qu'il s'agisse d'un récit d'introspection, il n'y a aucun temps mort : à partir du moment où l'on se plonge dans l'histoire, on veut aller jusqu'au bout, quel que soit le prix à payer pour ce faire.
    Ce serait faire injure à l'habileté souveraine avec laquelle Lionel Shriver a mené sa barque que de résumer "Il faut qu'on parle de Kevin." Tout ce que vous avez besoin de savoir, c'est que Kevin s'est bien rendu coupable d'un massacre dans son lycée, qu'il a prémédité le fait et l'admet avec une curieuse bonne grâce, et que, à l'issue de son procès, sa mère est la seule personne qui vienne le voir au parloir de la prison. le reste ne se raconte pas, il se lit.
    Ce livre se double en outre d'une critique impitoyable des méthodes d'éducation laxiste qui, après avoir fleuri aux USA, ont envahi l'Europe. Non que Lionel Shriver soit pour les châtiments corporels : elle se contente de rappeler que le sens des limites et des garde-fous ne se communique pas en laissant faire à un enfant ses quatre volontés.
    En ce qui concerne la culpabilisation de la Mère que certains ont voulu voir ici, j'affirme ne pas avoir compris comment ils en étaient arrivés à cette conclusion. Shriver met en évidence, de façon parfois insoutenable, c'est vrai, le lien privilégié et presque fusionnel qui s'établit entre la mère et son enfant. Force est de constater que, en dépit de tout, en dépit de ce que lui-même professe, c'est avec sa mère que Kevin a le plus d'atomes crochus. Comme Eva Khatchadourian, il fait preuve, dès le berceau, d'une personnalité désagréable, voire insupportable mais en tous les cas puissante et déterminée. Et, le livre refermé, l'on se surprend à s'interroger sur ce qui serait advenu si l'amour maternel avait été présent dès le premier souffle de Kevin.
    Car l'amour maternel n'est pas inné. Cette idée, que véhicule tranquillement "Il faut qu'on parle de Kevin", a dû en choquer plus d'un aux USA et même ici, dans notre vieille Europe. L'affirmer haut et fort, sans pour autant accabler celle chez qui il ne se développe pas ou alors, chez qui il ne se développe que tardivement, c'est transgresser un tabou : jusque dans cette fonction qu'elle est seule à pouvoir assumer, la maternité, la Femme reste prisonnière d'étiquettes et de préjugés forgés par les mâles.
    A la fin du roman, à la fin également d'un long, douloureux et sanglant parcours, Eva Khatchadourian aura appris - sans tomber dans le mélodrame, je vous rassure - à aimer son fils. Parce qu'elle aura compris que, dès son premier souffle, la seule, l'unique personne qui ait jamais compté pour Kevin, en dépit de tout, c'était elle, sa mère. ;o)
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    Critique de qualité ? (15 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Akeera, le 05 janvier 2012

    Akeera
    J'ai du mal à savoir où commencer pour vous parler de Kevin. Ce roman est de ceux qui vous mettent une grosse baffe et demandent un un certain délai entre l'ingestion et la digestion, et étant donné que je l'ai terminé il y a quelques heures à peine, je ne sais pas si ma vision du livre est la plus juste mais en tout cas elle est encore toute fraîche.
    Il faut qu'on parle de Kevin de Lionel Shriver (J'ai lu, 8,40€) décrit la trajectoire étrange d'un garçon glaçant et hypnotisant, l'impact de son existence sur celle de ses proches et de ceux qui ont pu croiser son chemin, et en particulier de ses parents. L'histoire est racontée par sa mère, Eva, au travers des lettres qu'elle écrit à son mari après ce fameux "JEUDI", où son fils Kevin a rejoint le panthéon des ados américains qui tuent froidement leurs camarades de classe.
    Après ce genre de drame, la question qui revient sans arrêt est "pourquoi?", qu'est-ce qui peut amener un ado à priori sans histoires à tuer de sang froid ses camarades?
    L'accès libre aux armes à feu pour tous est bien sûr pointé du doigt, mais la question du "qu'est-ce qui a bien pu lui passer par la tête" devient aussi obsédante. Et souvent, quand on touche à la psychologie, on en vient à reprocher quelque chose à la mère, qui a forcément foiré un truc pour que son gosse en vienne à faire un truc aussi monstrueux.
    Lorsqu'une femme accouche, on tient pour acquis qu'à l'instant même où on lui pose son nourrisson sur le sein, un amour inébranlable la lie instantanément et éternellement à son enfant. Et si ce n'était pas toujours le cas? Ce roman parle aussi de ce sujet encore très tabou de l'amour maternel qui n'est pas automatique et dont la possible absence hante sûrement beaucoup de femmes avant leur accouchement.
    Malheureusement pour Eva, le jour où Kevin entre dans sa vie n'est que le début d'une longue et lente descente aux enfers. L'enfant paraît nourrir dès son premier souffle une rage contre elle et une haine profonde de la vie, qu'il camouflera aux yeux de son père, amenant la division dans le couple autrefois heureux d'Eva et Franklin.
    Un enfant peut-il avoir le mal dans ses gênes? Ou est-ce que le fait qu'Eva n'ai pas su aimer son fils l'a déformé à vie? Et toujours la lancinante question du "pourquoi?"...
    En bref, c'est un roman magistral, très bien écrit et passionnant, qui pose des questions dérangeantes et nous pousse à plonger notre regard dans celui de Kevin pour tenter d'y trouver des réponses. Eva nous accueille dans ses pensées les plus personnelles et ses souvenirs les plus inavouables, et on assiste, sidérés, à l'explosion de vies en plein vol.
    Puissant et dévastateur.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par ph_hugot, le 28 avril 2011

    ph_hugot
    Pour moi, le plus grand livre que j'ai pu lire au cours de l'année 2008.
    Il faut qu'on parle de Kevin se compose exclusivement de lettres écrites à son mari, une femme qui y retrace la vie avant même sa conception ,pendant et après de son fils responsable d'un carnage dans son école.
    Eblouissant de maitrise et de perfection, c'est un livre qui ne peut laisser personne indemne après la lecture. On ressent comme un vrai coup de poing aux tripes devant cette histoire parfaitement menée dont les rouages vous broient petit à petit le coeur.
    Face à cette peinture sans concession aucune ,mais également pleine de sensibilité de l'héroïne de sa relation avec son fils, le roman n'oublie pas également d'aborder en toile de fond la société américaine en général, et notamment le port d'armes gratuit et cette violence banalisée qui fait qu'un adolescent peut entrer dans un lycée et y ouvrir le feu, mais tout cela est décrit sans aucun manichéisme et simplisme, ce qui rend ce livre poignant de bout en bout, jusqu'à un final absolument bouleversant.
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 1.00/5
    Par Virginia, le 09 février 2012

    Virginia
    En préambule : désolée de casser l'excellente réputation de ce livre sur Babelio...
    D'abord séduite par cette mère-courage lucide et exigeante avec soi-même et les autres, je n'ai pu lire que ce très long livre (plus de 600 pages) qu'en diagonale...C'est un "crime" vu l'importance du sujet ! Cependant, bien qu'on parle de meurtres multiples, les thèmes et les situations sont plus que répétitifs pour un garçon meurtrier à la fois caricatural et insondable (on ne le connaîtra finalement jamais). L'excellente idée du roman épistolaire de la femme à son mari si distant finit par lasser, si ce n'est la scène finale qui intéresse forcément (voyeurisme humain oblige...). le style d'écriture n'a rien de lumineux et puissant mais ressemble plus à mon sens à un verbiage peu intéressant au regard du sujet.
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    • Livres 4.00/5
    Par Jeannequebec, le 14 août 2011

    Jeannequebec
    Il n'est pas étonnant que ce livre ait été beaucoup critiqué, ici comme ailleurs. Il est impossible à quiconque ait été mère de lire ce livre comme un spectateur. A un moment où un autre on est incluse, concernée, happée par le livre.
    Cette femme qui n'a pas trouvé dans la maternité cet autre pays qu'on lui avait promis, cet enfant qui n'a pas trouvé dans la vie ce mystère, cette découverte qu'elle est supposée être, tour à tour nous concerne, parle de nous.
    Tout au long des 200 premières pages, j'ai eu envie de fermer ce livre et de ne plus l'ouvrir. Trop lourd, trop réfléchi, trop lucide, pour cette femme qui venait de vivre l'indicible... Puis petit à petit, on s'attache à cette femme, à ses forces et à (peut être surtout) ses faiblesses.
    A lire...pour qui se sent solide dans son désir de vivre, pour qui a douté de l'intérêt de la maternité, de celle de la vie par le fait même. Pour celles qui n'ont aucun doute....je ne sais pas.
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Citations et extraits

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  • Par Virginia, le 09 février 2012

    "Pourtant, s'il n'y a aucune raison de vivre sans enfant, comment pouvait-il y en avoir une de vivre avec ?"
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  • Par sylvaine01, le 28 janvier 2012

    Mon histoire est à peu près tout ce que je possède en mon nom, aujourd'hui, et c'est pour cela que je me sens grugé. Mais une histoire, c'est beaucoup plus que ce qu'on la plupart des gens. Vous tous qui regardez, là, vous écoutez ce que je dis parce que j'ai une chose que vous n'avez pas : une histoire.
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  • Par Woland, le 17 juillet 2009

    ... Dans la chambre, il m'a laissé le déshabiller et quand je lui ai demandé quel pyjama il voulait mettre, au lieu de lever les yeux au ciel en grognant : "M'en fiche," il a réfléchi un instant avant de murmurer, d'une petite voix : "Celui de l'astronaute. J'aime bien le singe dans la fusée." C'était la première fois que je l'entendais dire qu'il aimait une pièce de sa garde-robe, et quand je me suis rendue compte qu'il s'agissait de l'unique pyjama se trouvant au linge sale, j'ai été plus que désemparée en l'extirpant du panier avant de vite revenir lui promettre de le laver le lendemain pour qu'il soit comme neuf. J'attendais un "Pas la peine," au lieu de quoi - autre première - j'ai entendu "Merci." Quand je l'ai bordé, il s'est niché volontiers, en remontant la couverture sous son menton, et quand j'ai glissé le thermomètre entre ses lèvres écarlates - son visage était criblé de rougeurs de fièvre - il a léché l'extrémité en verre à coup de minuscules succions, comme si finalement, à dix ans, il avait appris à téter. Sa température était élevée pour un enfant - plus de 38°4 - et lorsque je lui ai tamponné le front avec un linge humide, il a ronronné.

    Je ne saurais dire si nous sommes moins nous-mêmes quand nous sommes malades, ou plus. Mais ces deux semaines hors du commun ont été pour moi une révélation. (...) Je sais bien que nous changeons tous, dans un sens ou dans un autre, quand nous sommes malades, mais Kevin n'était pas seulement sur les nerfs ou fatigué, il était une personne radicalement différente. C'est d'ailleurs ce qui m'a permis d'évaluer la quantité d'énergie et de volonté qu'il devait dépenser le reste du temps pour être un autre enfant (ou d'autres enfants). (...) J'avais cru immuable le registre émotionnel qui le gouvernait depuis sa naissance. Rage ou colère, la seule variante était le degré d'intensité. Or, sous les couches de fureur, je découvrais, avec stupéfaction, une strate de désespoir. Il n'était pas furieux. Il était triste. ...
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    Citation de qualité ? (13 votes positifs)
  • Par pyrouette, le 26 septembre 2010

    "Désolée, mais je ne suis pas l'auteur de ces films, et toute femme dont les dents se sont cariées, les os fragilisés, la peau détendue connaît le tribut prélevé par un parasite occupant les lieux pendant neuf mois. Tous ces films sur les animaux montrant la longue remontée des saumons femelles en train de se battre contre le courant pour pondre leur oeuf avant de se désintégrer - voile sur les yeux, écailles qui tombent - me rendaient folle. Tout le temps où j'ai été enceinte de Kevin, j'ai combattu l'idée de Kevin, la notion que je m'étais moi même dégradée du statut de conducteur à celui de véhicule, de propriétaire de maison à maison."


    "Par ailleurs, je serais éventuellement plus sensible à cette notion ultra-séculière voulant que chaque fois qu'il se passe des abominations il faut un coupable, si une curieuse petite auréole d'irréprochabilité ne semblait accompagner ces gens qui se perçoivent comme cernés par des agents du mal. En d'autres termes, on a l'impression que les mêmes personnes qui vont attaquer devant le tribunal les maçons n'ayant pas su les protéger parfaitement des dégâts d'un tremblement de terre seront les premières à affirmer que leur fils a raté son contrôle de math à cause d'un déficit de sa capacité de concentration, et pas parce qu'il a passé la nuit précédente dans une galerie de jeux vidéo, au lieu d'étudier les fractions complexes."


    "La plupart des enfants sont mortifiés par la perspective du divorce de leurs parents, et je ne nie pas que la conversation surprise par Kevin l'ait expédié dans une spirale descendante, il n'empêche que j'étais déconcertée. Depuis quinze ans, cet enfant essayait de nous séparer. Pourquoi n'était il pas satisfait? Et si j'étais une telle horreur, pourquoi n'était il pas ravi de larguer son abominable mère? Rétrospectivement, ma seule hypothèse est qu'il était assez désagréable de vivre avec une femme froide , soupçonneuse, hostile, accusatrice et distante. Une seule éventualité devait lui sembler pire, et c'était de vivre avec toi Franklin, se retrouver à la colle avec papa.

    A la colle avec son créitn de père."

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  • Par Woland, le 17 juillet 2009

    ... - "C'est toujours la faute de la mère, pas vrai ?" a-t-elle dit tout bas, en ramassant son manteau. "Ce gamin a mal tourné parce que sa mère, elle est alcoolo ou accro à la drogue. Elle le laisse à l'abandon, elle lui apprend pas la différence entre le bien et le mal. Elle est jamais à la maison quand il rentre de l'école. Personne va jamais dire que le père est un poivrot, ou qu'il est pas à la maison quand il revient de l'école. Et personne non plus va jamais dire qu'il y a des enfants qu'ont la méchanceté. Croyez pas ces vieilles salades. Les laissez pas vous charger avec tous ces meurtres.

    - LORETTA GREENLEAF ! [Appel du gardien.]

    - C'est dur d'être une maman. Personne n'a jamais fait voter de loi disant qu'il faut être parfaite avant de tomber enceinte. Je suis sûre que vous avez fait de votre mieux. Vous êtes dans ce trou à rats par un beau samedi-après-midi ? Vous essayez encore. ...
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