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Roger Caillois (Traducteur)
ISBN : 2070328295
Éditeur : Gallimard (1994)

Note moyenne : 4.38/5 (sur 128 notes)
Résumé :
« Tout philosophe a deux philosophies, la sienne et celle de Spinoza », a écrit Henri Bergson. L'Éthique est l'oeuvre fondamentale de Spinoza (1632-1677) qu'il a achevée peu de temps avant sa mort.
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Critiques, Analyses & Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
colimasson
colimasson24 juin 2013
  • Livres 5.00/5
L'Ethique de Spinoza est une belle construction philosophique et si c'est en cet honneur qu'on le connaît principalement, ce n'est pas en vertu de cette qualité que j'aimerais lui rendre hommage. Spinoza est peut-être un philosophe accompli –et davantage encore un logicien- mais il me semble surtout certain qu'il est un homme digne de notre admiration.

Son Ethique ne m'intéresse pas particulièrement pour la rigueur de ses démonstrations. Sa construction est curieuse et donne l'impression de feuilleter un ouvrage de sciences mathématiques, axiomes, démonstrations, corollaires, scolies et lemmes en furie. Hélas, comme tout ouvrage scientifique, ses limites transparaissent dès lors qu'on remet en question le moindre axiome innocent. Exemple de l'un parmi tant d'autres : « D'une cause déterminée donnée, suit nécessairement un effet, et au contraire, s'il n'y a nulle cause déterminée, il est impossible qu'un effet s'ensuive ». le même scepticisme a déjà pu nous faire passer de la géométrie euclidienne à d'autres géométries non linéaires et on comprend bien que dans le domaine des sciences, aucune valeur sûre ne peut être affirmée. C'est pour cette raison que je suis passée d'une proposition à une autre avec peut-être un peu plus de légèreté que toute lecture conscience de L'Ethique aurait exigé. Et pourtant… je pense être aussi convaincue que l'exégète le plus minutieux de l'oeuvre de Spinoza.

Les lourdeurs de style de L'Ethique (surcharge du texte en répétitions, tournures redondantes) sont aussi ses meilleurs atouts. Il faut rappeler que Spinoza a appris le latin plutôt tardivement et que le manque de fluidité de son écriture à cet égard est parfaitement compréhensible. D'une part, les répétitions sont nombreuses et donnent l'impression d'une écriture mécanique qu'on imaginerait presque cartésienne –avant de comprendre que ce n'est (heureusement ?) pas le cas. Les tournures de ses phrases sont parfois lourdes mais évitent tout risque de malentendu. La répétition a du bon et permet aux concepts et aux idées de se faire une place de choix dans notre esprit. La décomposition du texte en axiomes, propositions et autres démonstrations semble d'autre part peu attrayante mais cette forme permet en réalité la concision et débarrasse l'auteur comme le lecteur de toute tentation de laisser s'échapper un fragment de passion.

Et pourtant… Malgré sa volonté d'être un ouvrage purement rationnel, L'Ethique laisse apercevoir l'âme d'un homme si passionné qu'il a cherché à tuer la fougue et l'immodération par la passion de la raison. Ainsi, Spinoza classe les sentiments, les actes et –plus grossièrement- les hommes en deux catégories, selon qu'ils sont dominés par l'une ou par l'autre de ces qualités : la passion/passivité ou l'action/activité. La démonstration est bien sûr extrêmement rigoureuse et je ne prétendrais pas la résumer, car elle constitue l'ouvrage même en tant qu'aucune proposition ne peut être ôtée sans ébranler la totalité de son édifice. Plusieurs concepts nécessitent toutefois d'être évoqués. Ainsi une nouvelle définition de Dieu, envisagé comme le Tout que nous pourrions également appeler Nature (faut-il rappeler que Spinoza a eu le courage de penser ceci au 17e siècle dans un contexte religieux particulièrement féroce ?), un Dieu qui ne serait plus un être désirant formé à notre image mais un Dieu prouvant sa puissance et sa perfection par le seul fait d'être. Aucune meilleure définition pour traduire ce concept n'aurait pu être donnée que la suivante : « Dieu est cause immanente, mais non transitive, de toutes choses » -et on admire encore la concision. Cet être parfait ne manque de rien. Il ne désire donc rien, et n'attend rien de nous. Branle-bas de combat dans le milieu religieux traditionnel : avec ce modèle, les églises ne valent plus rien. Qui de s'indigner : où se dirige-t-on si la morale n'existe plus ? ; qui de s'enthousiasmer : aurait-on enfin découvert la véritable liberté ? C'est en fait ici que la distinction se joue entre deux catégories d'hommes : ceux qui se croient maîtres d'eux-mêmes, et ceux qui se savent soumis à une nécessité qui les dépasse –mais infinie et si parfaite qu'elle ne se remarque pas.

« Les hommes, donc, se trompent en ce qu'ils pensent être libres ; et cette opinion consiste uniquement pour eux à être conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés. L'idée de leur liberté c'est donc qu'ils ne connaissent aucune cause à leurs actions. »

La liberté n'existe donc pas absolument, si ce n'est en théorie. En pratique, il s'agit seulement de s'en approcher par la vertu –ce qu'on appellerait aussi l'intelligence- et qui consiste à se détacher de ses propres sensations pour analyser les causes de chaque effet de façon rationnelle, selon les propositions avancées par Spinoza. Encore une fois, il s'agit d'être convaincu par son système, et si on ne l'est par la remise en cause (toute rationnelle) de ses axiomes, on peut l'être par l'assentiment instinctif, c'est-à-dire par la passion, ce qui est alors contraire à l'idéologie de Spinoza. Mais peut-être faut-il en passer par là ?

Lire L'Ethique procure une grande joie ou, comme la définit son auteur : « le passage de l'homme d'une moindre à une plus grande perfection ». On se sent devenir meilleur par une abnégation raisonnée des sentiments –aussi bien des bons que des mauvais- qui, contrairement à la croyance commune, ne serait pas la traduction d'un esprit désenchanté mais au contraire la vision d'un homme perpétuellement en transe, inclus dans le monde jusqu'à sa moindre parcelle insignifiante, ne vivant plus exclusivement pour lui-même mais pour participer à la perfection originelle de l'essence du monde. Cela s'appelle la béatitude, et elle n'est pas une joie car une fois atteinte, elle est la perfection même :

« La béatitude n'est pas la récompense de la vertu, mais la vertu elle-même ; et nous n'en éprouvons pas de la joie parce que nous réprimons nos penchants ; au contraire, c'est parce que nous en éprouvons de la joie que nous pouvons réprimer nos penchants. »

Pour mieux comprendre cette idée de l'Être absolu, infini et parfait dont nous ne serions que des parties, je me suis représentée le rapport de notre Être avec nos cellules : notre pensée (notre intellect) serait l'essence, notre organisme serait le monde, et les différents constituants de notre organisme (cellules, liquides, os…) seraient les différents constituants du monde (êtres vivants, charpente géographique…). L'analogie fonctionne : notre corps est donné, parfait dans son existence même. A l'intérieur de lui se produisent des mécanismes qui, bien qu'imprévisibles et pouvant se manifester sous des formes différentes, ne sont en réalité jamais libres. On comprend enfin que, la perfection étant donnée dans son origine, elle n'empêche pas la réalisation du mal, qui pourrait être les affections ou maladies par lesquelles l'organisme se laisse envahir. L'analogie a bien sûr ses limites. Avec cet exemple, les maladies peuvent perturber jusqu'à l'intellect, ce qui signifierait que l'essence peut perdre sa perfection -ce que Spinoza n'admet pas. Encore : nos connaissances nous permettent de penser que les maladies ont souvent une origine externe (sauf peut-être dans le cas du cancer), ce qui signifierait que Dieu peut être influé par des causes qui ne dépendent pas de lui –or Dieu est parfait et rien de plus grand ne pourrait le perturber d'une façon ou d'une autre. Mais cette contradiction est peut-être, aussi, une ouverture intéressante de L'Ethique qui permettrait de considérer ce livre génial comme l'explication d'un phénomène imbriqué dans un maillon de matriochkas. Encore, cette explication signifierait que tout est lié et qu'il n'est pas irraisonnable de se sentir alarmé par des évènements qui se produisent même loin de soi –ce qu'on appelle le stress dans l'organisme peut être nommé angoisse dans le monde.

La pensée de L'Ethique provoque beaucoup de joie et rapproche de la vertu spinoziste en tant qu'elle apprend à raisonner, nous apaisant et nous rapprochant de la Béatitude. Toutefois, les moyens pour nous conduire à cet état sont extrêmement paradoxaux et on a parfois l'impression qu'il faut abolir la vie, dans la diversité de son expression et dans le tumulte de ses expériences, pour vivre parfaitement. C'est ce que Nietzsche aussi a remarqué, qui écrit dans Par-delà le bien et le mal :

« […] tous ces ermites par nécessité, qu'ils s'appellent Spinoza ou Giordano Bruno- finissent par devenir, ne fût-ce que dans une mascarade intellectuelle, et peut-être à leur insu, des empoisonneurs raffinés et avides de vengeance. (Qu'on aille donc une fois au fond de l'éthique et de la théologie de Spinoza !) […] »

Il faut se rappeler en effet que Spinoza, à cause d'idées qui ne convenaient ni à son époque, ni à son territoire de résidence, s'est trouvé exclu et rejeté par ses semblables alors qu'il était encore très jeune. En mettant au point un attirail rationnel poussé jusqu'au plus haut niveau, L'Ethique pourrait être pensé comme le moyen utilisé par Spinoza pour lutter contre la haine ressentie à l'égard de ceux qui l'ont rejeté, car la haine est « la tristesse accompagnée de l'idée d'une cause extérieure ». Ainsi, en construisant un système qui classe les hommes sur différentes échelles de la vertu, et en se faisant de fait, implicitement, l'homme placé sur le plus haut échelon –les autres continuant à patauger dans un marasme sans fond-, Spinoza réussit à transformer sa tristesse en joie par l'usage de la raison, ce qui lui fait écrire qu'il s'agit du plus grand bien.

« Agir par vertu absolument n'est rien d'autre en nous qu'agir, vivre, conserver son être (ces trois mots signifient la même chose) sous la conduite de la Raison, d'après le principe qu'il faut chercher l'utile qui nous est propre. »

Et dans cette oeuvre remplie de joie, Spinoza aurait fini par être conduit par l'Amour, cette « joie accompagnée de l'idée d'une cause extérieure », et qui se traduit par l'existence géniale de son Ethique. Dans un sens, Spinoza n'a pas tort : tout est nécessaire, et ce qui peut nous apparaître immédiatement comme un mal indiscutable (la haine de la majorité de ses semblables pour l'auteur) peut en fait être une possibilité donnée à la vertu de s'exprimer par l'usage de la raison. Quant à la nécessité de la publication de L'Ethique, on ne la recherchera pas, comme on ne recherche plus la nécessité de ce qui est devenu parfait.
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Chri
Chri06 septembre 2015
  • Livres 5.00/5
L'Ethique est Ce Qu'il Fallait Démontrer pour s'affranchir d'un seul coup des anciens dogmes et superstitions. Mais s'il n'y a plus à craindre ou à espérer des prescriptions divines il reste cependant à composer pratiquement avec la palette variée et inconstante des sentiments bien humains qui sont aussi capables d'asservir l'homme. La voie libre est donc difficile à première vue, elle dépend de la Raison qui est elle-même limitée mais largement perfectible.
La voie est nécessairement pragmatique à l'image de l'exposé de la formation des états et des lois qui découlera du besoin des hommes de s'entraider pour mieux préserver leur être. Pragmatique aussi est l'évaluation des avantages et des inconvénients de chaque situation ; ainsi il vaudra mieux donner la préférence aux sentiments d'humilité et de repentir, d'espoir et de crainte (toujours exploités par les prophètes), plutôt qu'à l'orgueil "suprême ignorance de soi" qui est absolument incompatible avec la concorde des hommes.
En conséquence Nietzsche, s'il avait vraiment compris Spinoza comme il le pense, ne serait pas contenter de banaliser l'idée de "la race des conquérants et des maîtres-nés, celle des Aryens »* et de la considérer comme autre chose qu'une très grande menace pour l'humanité. (*Nietzsche, La Généalogie de la Morale).
La priorité à la concorde des hommes ou l'amour de son prochain, chacun peut la percevoir à sa manière, comme l'ont perçue les prophètes. Les Ecritures ne contiennent que ce type d'enseignement très simple accompagné d'un contenu historique et surtout d'une énorme dose d'imagination, en tous les cas rien qui permette de réclamer l'obéissance à Dieu sauf si on considère Dieu comme un prince. Loin d'appeler à un nouvel ascétisme, le perfectionnement de la Raison permet à l'homme de jouir d'une légèreté de l'Être car à un certain point il n'est plus dominé par les passions et son esprit ne confond plus la réalité avec les fruits de son imagination.
Comme la sagesse réclame la Raison, la lecture de l'Ethique réclame une attention particulière pour suivre un raisonnement difficile construit de façon mathématique. A la manière d'une épreuve j'ai essayé de décrocher le moins possible jusqu'à cette proposition : "L'esprit humain ne peut être absolument détruit avec le corps, mais il en subsiste quelque chose qui est éternel". Je ne peux pas affirmer que celle-ci soit absolument démontrée, et je dois même dire la même chose pour de nombreuses parties du raisonnement mais en même temps il est impressionnant de noter dans les commentaires (scolies) à quel point l'expérience rejoint les propositions.
Ainsi l'Ethique montre comment le perfectionnement de la Raison prépare tranquillement l'esprit à accéder à la connaissance intuitive et à la "la joie inhérente à la conscience de soi" ou béatitude (on pourrait dire aussi l'Eveil). le choix d'un vocabulaire religieux est aussi fait pour préparer en douceur les croyants des anciens dogmes à accueillir une nouvelle idée de la religion.
Voici donc la première idée claire et distincte de Spinoza : "Dieu est une substance consistant en une infinité d'attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie ». Et par le raisonnement on n'obtient que « ni l'entendement ni la volonté n'appartiennent à la nature de Dieu ». Il n'y a donc aucune représentation anthropomorphique possible, mais puisque les hommes ne peuvent s'empêcher de former des images, alors c'est l'image de la Nature qui convient le mieux : "Deus sive Natura" (j'y vois aussi le Tao de Lao Tse). Cette vision dépasse la perception nombriliste des hommes convaincus que tout ce qui arrive, arrive pour eux. "Ainsi ont-ils été conduits à former ces notions par lesquelles ils disent expliquer la nature des choses, à savoir le Bien, le Mal, l'Ordre, la Confusion, le Chaud, le Froid, la Beauté et la Laideur ; et du fait qu'ils s'estiment libres, sont nées les notions suivantes : la Louange et le blâme, la Faute et le Mérite."
Autrement dit Spinoza dénonce aussi les anciens dogmes comme une limitation de la puissance divine, ultime provocation sans doute pour les théologiens. Il se sait accusé d'hérésie ce qui n'est pas une mince affaire, mais l'Ethique est sagesse et donc respect. C'est donc avec sa force d'âme et un discours cartésien qu'il va affronter ses adversaires qui eux se fondent sur l'arbitraire interprétation des Ecritures. Dans le Traité des autorités théologique et politique il analyse le sens du droit divin, son rôle dans un état démocratique et la liberté que l'homme doit conserver lorsqu'il transfère ses droits à l'Etat.
L'engagement de Spinoza dans un contexte d'obscurantisme faussement religieux nous ramène évidemment à l'actualité. L'Ethique devrait certainement prendre sa place dans les programmes scolaires à la suite de l'enseignement laïque des faits religieux. Et que dire aux enfants à l'âge où ils nous assaillent de pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ?...Je sais en tous les cas qu'ils doivent percevoir l'effort de la raison parce qu'ils sont capables de comprendre, plutôt que subir un flot d'explications surnaturelles parce qu'ils sont facilement impressionnables.
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vincentf
vincentf08 décembre 2012
  • Livres 5.00/5
A la fois rigueur et joie, la pensée de Spinoza séduit l'esprit autant que le corps, qu'elle ne sépare presque pas, tout se trouvant rassemblé par Dieu, en Dieu, c'est-à-dire en la Nature. Il n'y a, pour Spinoza, qu'une substance, qu'un être, c'est Dieu, et ce Dieu est indivisible, donc partout. Il est la Nature. Nous sommes une partie de Dieu, nous sommes même Dieu lui-même, puisqu'il est indivisible. Malheureusement, nous ne sommes pas spontanément conscients de cette adéquation entre notre corps (Dieu perçu sous le point de vue de l'étendue), notre esprit et Dieu, parce que nous sommes affectés de mille façons par l'extérieur et que nous sommes souvent passifs, pénétrés de tristesse et non de joie. le travail de l'esprit consistera donc toujours à chercher la joie, l'action, la pensée adéquate qui correspond à la vérité de la Nature. Son désir sera de se conserver, d'être utile à lui-même, c'est-à-dire, toujours, à Dieu. N'est moral que ce qui est utile à ma conservation. Ce qui me plaît dans l'éthique de Spinoza, même si ses démonstration m'échappent parfois, c'est que c'est une éthique du désir et non du devoir, une quête de joie et non du "bien", défini simplement par l'utile. C'est qui m'est utile est bien, et non le contraire. Bien sûr, Spinoza surestime l'entendement humain, mais il le désencombre des vieux modes de penser qui le corsetaient.
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CS_Constant
CS_Constant06 janvier 2016
  • Livres 5.00/5
En suivant la méthode de la démonstration géométrique, Spinoza expose sa vision causale du monde à travers cinq parties : Dieu, l'esprit et le corps, les sentiments, la servitude humaine, la liberté humaine ou l'entendement ; il propose une éthique à suivre pour vivre dans la joie et dans ce qu'il appelle la "vertu suprême de l'esprit".
Difficile de donner en quelques lignes un juste aperçu d'une pensée aussi vaste ; je me contenterai de donner ici quelques impressions, mon expérience de lecture de cet ouvrage qui a toutes les chances de devenir un de mes livres de chevet et qui est digne d'être lu et relu à tout moment, en entier, par bribes ou par segments.
C'est une lecture difficile, et je n'y suis pas arrivée directement : j'avais déjà eu une première approche de l'Éthique en écoutant les enregistrements des cours de Gilles Deleuze sur cette oeuvre. J'avais acheté le livre juste après, mais j'avais abandonné au bout de trois pages, parce que je n'y comprenais rien du tout. Pourtant les cours de Deleuze étaient limpides, et ce que j'avais entendu avait déjà changé ma vision du monde. Quelques années après, j'ai décidé de m'y coller pour de bon. Ça a été un mois de lecture laborieuse, avec deux cahiers remplis de notes, mais j'en suis venue à bout. Je crois avoir à peu près compris ce que j'ai lu. La prise de notes est absolument nécessaire, je pense, si on veut tirer quelque enseignement d'un ouvrage de ce genre. Je pourrais sans doute le relire des dizaines de fois et comprendre encore de nouveaux aspects, mais c'est déjà une grande victoire de l'avoir lu de bout en bout, pour moi qui ne suis pas une grande lectrice de philosophie.
La démonstration de la pensée de Spinoza est faite avec une rigueur méthodique qui peut rebuter au début, car elle induit une lecture ardue, avec l'assimilation d'un vocabulaire et de définitions, avec une construction en propositions, démonstrations, scolies et renvois qui nécessitent sans cesse des retours en arrière, des va-et-viens de page en page et de chapitres en chapitres qui ont de quoi perdre un lecteur peu concentré (d'où l'importance de la prise de notes).
Cependant, c'est cette rigueur méthodique qui fait la force de son système de pensée : il est d'une cohérence absolue. Il a réponse à tout. Je mets au défi quiconque d'y trouver une faille. On peut poser à ce texte toutes les questions que l'on veut et y trouver une réponse à l'intérieur.
Je ne m'étendrai pas sur le contenu en lui-même, je me contenterai de dire qu'une lecture attentive de l'Éthique amène l'esprit du lecteur à faire l'expérience vertigineuse de ce que Spinoza développe dans son ouvrage, à savoir la puissance de l'esprit et du corps, et le fondement même de la nature de tout être, qui est désir.
Ainsi, depuis ma rencontre directe avec l'oeuvre, je me sens encore plus liée à cette philosophie de la joie et ma compréhension s'en est améliorée, même si elle est loin d'être complète.
Le seul travers que je pourrais reprocher à Spinoza, c'est que l'Éthique ne s'adresse de toute évidence qu'aux hommes, et pas aux femmes : il parle aux êtres doués de raison et, quelques allusions le suggèrent, selon lui les femmes n'en font pas partie. Ça me fait un peu mal qu'un aussi grand penseur, qui était largement en avance sur son temps par bien des aspects, n'ait pas su voir plus loin que la mentalité de son époque sur ce point-là. Mais c'est un biais historique (on est en 1677) qui ne saurait remettre en cause les fondements de sa pensée. Spinoza s'adresse aux femmes comme aux hommes, même s'il ne le sait pas. Son oeuvre est encore plus intelligente que lui, c'est ça qui est génial.
Pour conclure en espérant vous donner envie de vous lancer dans l'Éthique, je pourrais ajouter qu'il y a quelques livres qui ont changé ma vie, et à propos desquels je suis convaincue que le monde serait meilleur si tout le monde les avait lus. Celui-ci en fait partie.
Lien : http://le-cornepage.ek.la/l-..
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Fx1
Fx105 avril 2014
  • Livres 5.00/5
L'un des ouvrages fondamentaux de la philosophie. Spinoza c'est la liberté par l'esprit. Loin des considérations de nombre de philosophes plus ou moins pertinents , il s'advére que son discours , sa vision du monde et de dieu fédére un large public . Certes à l'époque l'on imagine ce que cette vision a pu lui apporter comme problémes graves. Sa vision , sa perception de Dieu rejoint celle d'Einstein , pour qui également la vision de Dieu ne pouvait étre ce que les religions en font , bien au contraire. Spinoza , on le comprend ici , était un homme simple , qui avait la volonté , le besoin de penser. Certes parfois une certaine urgence se ressent dans l'écriture de Spinoza. Pour lui comme ce livre le démontre , la pensée était comme l'air , vitale. Il fut l'un des précurseurs de ce courant de pensée qui s'opposait au dogmatisme religieux , qui le fuyait , préférant et de trés loin , une vision réaliste de la vie. Il est vrai que cet ouvrage n'est pas facile d'approche , il faut avoir la volonté et le besoin de découvrir la pensée de ce grand homme. Il est vrai qu'il faut y revenir plusieurs fois pour réelement prendre la mesure de ces mots si forts , si nécessaire, tellement la somme de savoir que l'on retire de cet ouvrage est colossale. L'on dis souvent que chaque livre attend son lecteur jusqu'a l'age ou celui - ci pourra enfin profiter pleinement de ces pages , et avec Spinoza c'est un peu le cas . Et dans cet ouvrage , qui est la piéce maitresse de sa vision , c'est une leçon de vie , de liberté que l'on rencontre . Liberté par la raison , liberté par la pensée , cet ouvrage peut se lire a tout les instants de la vie. L'on aura toujours quelque chose a y trouver. Fondamental pour une meilleure connaissance de la vie.
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Citations & extraits (149) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson29 janvier 2014
Cette Tristesse qu’accompagne l’idée de notre faiblesse s’appelle Humilité. Au contraire, la Joie qui naît de la considération de nous-même se nomme Amour-propre ou Satisfaction intérieure.
Et comme cette joie se renouvelle toutes les fois que l’homme considère ses propres vertus, autrement dit sa puissance d’agir, chacun est donc naturellement avide de raconter ses actions et de faire étalage des forces de son corps et de son âme, et voilà pourquoi les hommes se rendent insupportables les uns pour les autres.
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colimassoncolimasson12 octobre 2013
L’homme n’est pas un empire dans un empire : partie infime de la Nature totale, il dépend des autres parties. Dans son ignorance des causes véritables, il se croit libre. Il est pourtant rarement la cause adéquate de ses actes et dans la mesure où il n’en est que la cause inadéquate, dans la mesure où le monde l’envahit et le rend comme étranger à lui-même, à sa nature véritable, il est passif, c’est-à-dire encore passionné.

-Introduction-
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colimassoncolimasson30 juin 2013
Le véritable cogito spinoziste […] ce n’est pas le moi qui pense, mais la position de la totalité de l’être, de Dieu être intelligible et intelligibilité de l’être. Quand nous disons que la substance est en soi et est conçue par soi, aucun aspect ne dépend de l’autre, mais la pensée révèle l’être qui est en soi. Elle le révèle parce qu’elle est comme la transparence de l’être. La pensée est attribut de Dieu, est donc Dieu, mais elle n’est pas attribut de l’homme qui n’est, lui, qu’un mode –un entendement- de cette pensée divine, ou mieux : de cette pensée qui est Dieu. Il n’y a pas d’individu qui pense, mais des hommes qui participent de la pensée qui est Dieu.

-Introduction-
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colimassoncolimasson27 janvier 2014
Enfin, de cette nature de l’homme et de l’inconstance de son jugement, de ce que l’homme juge souvent des choses d’après son seul sentiment, et que les choses qu’il croit faire pour éprouver de la joie ou de la tristesse –et c’est pourquoi […] il s’efforce de les faire se produire ou de les écarter- ne sont souvent qu’imaginaires (pour ne rien dire d’ailleurs des autres causes d’incertitude que nous avons montrées dans la seconde partie) : à partir de toutes ces raisons, nous concevons facilement que l’homme peut souvent être l’auteur tant de sa tristesse que de sa joie, autrement dit qu’il est affecté tant d’une tristesse que d’une joie qu’accompagne l’idée de lui-même comme cause.
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colimassoncolimasson28 juin 2013
Par définition, […] Dieu est « l’être infiniment infini », c’est-à-dire la substance qui consiste « en une infinité d’attributs dont chacun exprime une essence éternelle et infinie ». Or la substance est, par définition, l’être même et l’absolument intelligible, l’être qui est absolument intelligible, « ce qui est en soi et est conçu par soi ». Dieu, par définition, est donc substance, la substance qui, étant en soi et conçue par soi (excluant tout autre), n’a pas de limite, autrement dit est le tout infini. Non pas la somme empirique des êtres, mais l’être des êtres, qui les transcende en tant qu’ils sont des donnés particuliers, totalité de l’être, unité totale ou encore infinité d’être. La substance, ou Dieu, ne peut donc avoir un nombre fini d’attributs, par définition, elle est l’infinité d’attributs éternels et infinis. Elle est –en soi et pour l’esprit- positivité absolue, sans négation, être indéterminé, il-limité. Hors d’elle, rien ne peut exister, il n’y a pas d’autre qui la puisse limiter du dehors : autrement dit, elle est libre. Tout ce qui est, est en Dieu et ne peut être conçu sans lui, mais Dieu est en soi et conçu par soi.

-Introduction-
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